{"id":1312,"date":"2023-08-25T08:47:37","date_gmt":"2023-08-25T06:47:37","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=1312"},"modified":"2023-12-05T11:41:49","modified_gmt":"2023-12-05T10:41:49","slug":"rene-char-ou-le-rimbaldien-inflexible-ladolescent-soufflete-in-les-matinaux-1950","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/08\/25\/rene-char-ou-le-rimbaldien-inflexible-ladolescent-soufflete-in-les-matinaux-1950\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Char ou le rimbaldien merveilleux [retour sur \u00ab\u00a0L\u2019Adolescent soufflet\u00e9 \u00bb in Les Matinaux (1950)]"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"1005\" src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Cereste_R._C._et_son_chat_1941.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1398\" srcset=\"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Cereste_R._C._et_son_chat_1941.jpg 800w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Cereste_R._C._et_son_chat_1941-239x300.jpg 239w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Cereste_R._C._et_son_chat_1941-768x965.jpg 768w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Cereste_R._C._et_son_chat_1941-300x377.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Voici la chose :<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00eames coups qui l&rsquo;envoyaient au sol le lan\u00e7aient en m\u00eame temps loin devant sa vie, vers les futures ann\u00e9es o\u00f9, quand il saignerait, ce ne serait plus \u00e0 cause de l&rsquo;iniquit\u00e9 d&rsquo;un seul.<br>Tel l&rsquo;arbuste que r\u00e9confortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son f\u00fbt r\u00e9sistant, il descendait ensuite \u00e0 reculons dans le mutisme de ce savoir et dans son innocence.<br>Enfin il s&rsquo;\u00e9chappait, s&rsquo;enfuyait et devenait souverainement heureux.<br>Il atteignait la prairie et la barri\u00e8re des roseaux dont il cajolait la vase et percevait le sec fr\u00e9missement.<br>Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus pers\u00e9v\u00e9rant, l&rsquo;avait, en compensation, adopt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il recommencerait ainsi jusqu&rsquo;au moment o\u00f9, la n\u00e9cessit\u00e9 de rompre disparue, il se tiendrait droit et attentif parmi les hommes, \u00e0 la fois plus vuln\u00e9rable et plus fort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014Ren\u00e9 Char, in Les Matinaux, 1950.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 Char, de son adolescence \u00e0 sa mort, durant toute sa carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain, se revendiqua comme \u00e9tant un fils de Rimbaud. Ce qu\u2019il fut hautement, incontestablement&nbsp;: ayant retrouv\u00e9 sa \u00ab dignit\u00e9 de fils du Soleil \u00bb&nbsp;comme disait Rimbaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi Baudelaire et Rimbaud sont-ils si importants dans l\u2019Histoire litt\u00e9raire fran\u00e7aise, europ\u00e9enne, voire mondiale&nbsp;? Parce que deux esth\u00e9tiques, deux familles antith\u00e9tiques, se sont d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir d\u2019eux et de leur h\u00e9ritage, et qu\u2019on n\u2019en a toujours pas chang\u00e9. Les Baudelairiens ont h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritage du romantisme sataniste, du romantisme noir&nbsp;; ils sont porteurs du concept que l\u2019Occident est mort et que le Mal a triomph\u00e9&nbsp;: ils incarnent la Litt\u00e9rature du Mal&nbsp;; les Rimbaldiens, eux, s\u2019\u00e9tant tourn\u00e9s vers l\u2019Orient \u2014 puisque le soleil se l\u00e8ve \u00e0 l\u2019Est et se couche \u00e0 l\u2019Ouest \u00ad\u2014 sont convaincus que le salut se trouve \u00e0 l\u2019Est, dans la sagesse orientale, et croient que la vie continue&nbsp;! Ils incarnent la Litt\u00e9rature du Bien. Quand le fleuve est pollu\u00e9, il s\u2019agit de remonter \u00e0 sa source.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du romantisme, les artistes op\u00e8rent un voyage intellectuel \u2014 voire physique&nbsp;: que l\u2019on nommait alors&nbsp;: \u00ab voyage en Orient \u00bb&nbsp;\u2014 vers l\u2019Est. Au tout d\u00e9but du romantisme fran\u00e7ais, vers 1802-1830, les artistes r\u00eavaient et fantasmaient sur le Maghreb et sur l\u2019Espagne qui avait longtemps \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par l\u2019Islam&nbsp;; puis, le temps passant, les esprits vont partir de plus en plus \u00e0 l\u2019Est, vers le Machrek&nbsp;: Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Palestine, et au-del\u00e0&nbsp;: la Perse. Ce fut le cas pour Goethe qui, d\u00e8s 1819 dans son <em>Divan occidental et oriental<\/em> (1819) cit\u00e9 par Th\u00e9ophile Gautier dans la pr\u00e9face d\u2019<em>\u00c9maux et cam\u00e9es <\/em>(1852), r\u00eave de la Perse mythique des grands po\u00e8tes et des princesses des mille et une nuits. Baudelaire est d\u00e9j\u00e0 plus loin, puisqu\u2019il r\u00eave dans ses <em>Fleurs du Mal<\/em> (1856) d\u00e9j\u00e0 de l\u2019Inde ou de la Chine. &nbsp;Rimbaud et ses \u00e9mules iront plus loin encore, puisqu\u2019ils trouveront leurs ports en extr\u00eame-Orient, au Japon. \u00c0 ce Japon mythique, Ren\u00e9 Char se pla\u00eet de faire correspondre la Gr\u00e8ce archa\u00efque, berceau de la civilisation occidentale&nbsp;: celle d\u2019H\u00e9raclite d\u2019\u00c9ph\u00e8se, VI<sup>e<\/sup> s. avant J.C. Si cet autre fils de Rimbaud que fut le grand po\u00e8te belge Henri Michaux choisit et revendique hautement le Japon et l\u2019Orient, Ren\u00e9 Char, lui, se sert plus volontiers comme argument d\u2019autorit\u00e9 de la mystique primitive d\u2019H\u00e9raclite, de la Gr\u00e8ce \u00e9ternelle comme les romantiques allemands, dont, paradoxalement, ce proven\u00e7al se sent l\u2019h\u00e9ritier de droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Rimbaud, dans son voyage vers l\u2019Orient, retrouve le concept d\u2019\u00ab&nbsp;illumination bouddhiste \u00bb, pour en faire le c\u0153ur de son esth\u00e9tique \u00e0 terme, c\u2019est pour lui le milieu naturel qui permet cette illumination, cet \u00e9tat de supra conscience, qui, en un \u00e9clair, peut r\u00e9v\u00e9ler et comprendre l\u2019harmonie entre le moi et le monde, la Nature, dans laquelle il se dissout par le biais de la m\u00e9ditation, jusqu\u2019\u00e0 parvenir au non-\u00eatre, qui m\u00e8ne pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00catre, \u00e0 la possibilit\u00e9 de se fondre et de se confondre avec lui, dans un \u00e9tat de supra conscience cosmique qu\u2019on nomme en Orient&nbsp;: \u00ab l\u2019Illumination \u00bb, dans le bouddhisme hindou&nbsp;: \u00ab le nirv\u00e2na \u00bb, dans le bouddhisme japonais zen&nbsp;: \u00ab le satori \u00bb. \u00ab J\u2019ai embrass\u00e9 l\u2019Aube d\u2019\u00e9t\u00e9 [\u2026]&nbsp;[dira Rimbaud] Au r\u00e9veil, il \u00e9tait midi&nbsp;\u00bb, &nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: dans le z\u00e9nith de sa toute conscience exalt\u00e9e et transcend\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Char, lui, con\u00e7oit \u00ab l\u2019Illumination \u00bb&nbsp;dans la rencontre avec l\u2019autre, souvent dans la rencontre amoureuse&nbsp;; amicale ou amoureuse, donc. Il y a dans ce recueil mythique publi\u00e9 en 1950, <em>Les Matinaux<\/em>,&nbsp; juste aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, et de son engagement dans la R\u00e9sistance en tant que chef de maquis sous le pseudonyme du \u00ab&nbsp;capitaine Alexandre&nbsp;\u00bb, plusieurs textes ou s\u00e9ries de textes qui en attestent et qui l\u2019illustrent&nbsp;: plusieurs textes d\u2019amour, comme \u00ab&nbsp;Anoukis&nbsp;\u00bb , et la magnifique s\u00e9rie des \u00ab Transparents \u00bb, qui rend hommage \u00e0 tous ces pauvres, transparents, invisibles aux regards des riches, qui lui semblent \u00e0 lui porteurs de toute la sagesse et de toute la noblesse mill\u00e9naires de l\u2019humain, du \u00ab&nbsp;tr\u00e8s humain \u00bb, du \u00ab&nbsp;trop humain&nbsp;\u00bb, dirait Nietzsche.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Rimbaud \u00e9tait le g\u00e9nie enfant, puisqu\u2019il a \u00e9crit tous ses textes de l\u2019\u00e2ge de sept ans \u00e0 celui de vingt, Char, lui, fait de l\u2019adolescent qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 le p\u00e8re de toute la po\u00e9sie qu\u2019il va \u00e9crire ensuite. C\u2019est pourquoi, le texte \u00ab L\u2019Adolescent soufflet\u00e9 \u00bb est sans doute le texte phare de tout le recueil, qui r\u00e9sume toute l\u2019esth\u00e9tique, et, surtout, toute la sagesse et toute la philosophie du recueil, \u00e0 lui seul.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord le titre&nbsp;: \u00ab L\u2019Adolescent soufflet\u00e9 \u00bb. Un titre doit, dans l\u2019id\u00e9al, toujours \u00eatre comme un coup de diapason donn\u00e9 sur le bord d\u2019un piano pour l\u2019accorder&nbsp;: il donne le la. C\u2019est \u00e0 l\u2019adolescence que l\u2019individu va d\u00e9terminer ses choix. Si Char \u00e9crit qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab soufflet\u00e9&nbsp;\u00bb, en usant d\u2019un champ lexical chevaleresque, aristocratique, qui est celui du Duel et du d\u00e9fi, tout en pratiquant l\u2019ellipse, puisqu\u2019on ne sait pas qui souffl\u00e8te, c\u2019est que Char veut signifier que chaque adolescent, dans son id\u00e9alisme natif, doit affronter le d\u00e9fi que lui lance la soci\u00e9t\u00e9, qui le gratifie d\u2019un soufflet, lui lance un d\u00e9fi, le provoque en duel. Quel est l\u2019enjeu de ce duel&nbsp;: \u2014 Pauvre petite conne, pauvre petit con, sauras-tu \u00eatre \u00e0 la hauteur de tes r\u00eaves&nbsp;? Sinon, soumets-toi d\u2019embl\u00e9e. La jeunesse, qui, en principe, est porteuse et r\u00eave d\u2019id\u00e9al, con\u00e7oit ce d\u00e9fi de mani\u00e8re chevaleresque&nbsp;: elle entend \u00eatre \u00ab&nbsp;le chevalier blanc \u00bb qui pourrait, qui devrait sauver la plan\u00e8te et le genre humain. C\u2019est cela \u00eatre jeune&nbsp;: vouloir changer le monde, le r\u00eaver beau, le vouloir meilleur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;<strong><em>&nbsp;&nbsp; Les m\u00eames coups qui l\u2019envoyaient au sol le lan\u00e7aient en m\u00eame temps loin devant sa vie, vers les futures ann\u00e9es o\u00f9, quand il saignerait, ce ne serait plus \u00e0 cause de l\u2019iniquit\u00e9 d\u2019un seul.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Entre l\u2019id\u00e9alisme et la r\u00e9alit\u00e9, le r\u00e9veil est cuisant pour l\u2019adolescent&nbsp;; il apprend d\u2019abord, en tout premier lieu, en effet, que la vie est un combat de boxe, o\u00f9 tous les coups sont permis&nbsp;; et, il roule au tapis&nbsp;; il apprend que la premi\u00e8re r\u00e8gle dans la vie, c\u2019est de se relever pour combattre&nbsp;; Winston Churchill avait une belle formule&nbsp;: \u00ab&nbsp;La premi\u00e8re victoire, c\u2019est de continuer \u00e0 se battre.&nbsp;\u00bb&nbsp;George Cl\u00e9menceau en avait une autre, qui, sans doute, la pr\u00e9figure&nbsp;: \u00ab Le vainqueur, c\u2019est celui qui croit cinq minutes de plus que l\u2019autre \u00e0 la victoire. \u00bb Comme les choses n\u2019existent que par contrastes, comme le disait d\u00e9j\u00e0 H\u00e9raclite d\u2019\u00c9ph\u00e8se, comme le rediront tous les philosophes, en passant de Montaigne, \u00e0 Leibniz, pour arriver \u00e0 Hegel, et \u00e0 Nieztsche \u2026&nbsp;comme le disait Nietzsche&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout ce qui ne nous d\u00e9truit pas nous construit. \u00bb Tout \u00e9chec est donc potentiellement une pierre qui nous b\u00e2tit. Et, il faut laisser du temps au temps. L\u2019homme se b\u00e2tit dans l\u2019\u00e9preuve. Et il faut du temps. Vivre, c\u2019est se projeter en avant de soi, c\u2019est \u00e9pouser son propre devenir. \u00ab Je ne suis pas. Je deviens.&nbsp;\u00bb Un jour, le temps de la maturit\u00e9 arrive. Quelle est-elle&nbsp;? Elle est h\u00e9ro\u00efque. Le h\u00e9ros, par d\u00e9finition, est capable de vivre en de\u00e7\u00e0, au-del\u00e0, de soi. Il est capable de se d\u00e9passer. Si le premier coup est difficile \u00e0 encaisser, les autres qui suivent deviennent de plus en plus indiff\u00e9rents, de plus en plus l\u00e9gers pour l\u2019individu m\u00eame qui les re\u00e7oit&nbsp;; par contre, il peut int\u00e9rioriser l\u2019exp\u00e9rience de la souffrance qu\u2019il en a ressentie, \u00e9prouv\u00e9e, pour se sentir un jour en empathie, et en sympathie avec ceux qui souffrent&nbsp;; et, cela, c\u2019est la maturit\u00e9&nbsp;!&nbsp;Ne plus souffrir pour soi-m\u00eame, saigner et souffrir pour autrui&nbsp;: s\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9. Un homme v\u00e9ritable, un homme accompli, un h\u00e9ros, ne souffre plus que des maux que souffre autrui, et, auxquels, il compatit, qu\u2019il prend en charge.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Tel l\u2019arbuste que r\u00e9confortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son f\u00fbt r\u00e9sistant, il descendait ensuite \u00e0 reculons dans le mutisme de ce savoir et dans son innocence.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le symbole de l\u2019arbre est quasi universel dans toutes les civilisations. Il est quasiment toujours associ\u00e9 \u00e0 la vie, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de vie originelle et essentielle. Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019A\u00e7atva des hindous, avec ses \u00ab branches d\u2019en bas \u00bb, et ses \u00ab racines d\u2019en haut \u00bb, tel que James Cameron l\u2019a magnifiquement mis en sc\u00e8ne dans son film <em>Avatar,<\/em> qu\u2019il s\u2019agisse de \u00ab L\u2019Arbre de vie \u00bb du paradis originel dans la religion catholique, l\u2019arbre, c\u2019est toujours le symbole de la vie. Dans la culture des vieux Germains, quand un enfant naissait, on plantait un ch\u00eane&nbsp;; quand l\u2019adulte mourrait, on taillait dans ce ch\u00eane qu\u2019on abattait alors une pirogue mortuaire que l\u2019on l\u00e2chait sur le Rhin&nbsp;; les arch\u00e9ologues ont ainsi r\u00e9cemment d\u00e9couvert sous les eaux, \u00e0 l\u2019embouchure du Rhin, des centaines, voire des milliers de ces barques fun\u00e9raires qui avaient \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9es jusqu\u2019alors. L\u2019adolescent n\u2019est pas encore un arbre, un arbre solide et fort&nbsp;; il n\u2019est qu\u2019un arbuste&nbsp;; mais la force de l\u2019arbuste, ce sont ses racines et son f\u00fbt, son tronc. Les racines sont le symbole des racines culturelles&nbsp;: il faut savoir de quel terreau culturel on vient et lui rester fid\u00e8le \u00e0 jamais&nbsp;; Char, par exemple, jeune po\u00e8te, est mont\u00e9 \u00e0 Paris, au moment du mouvement surr\u00e9aliste, mais, tr\u00e8s vite, il est redescendu dans sa Provence natale, dans son Lub\u00e9ron natal, \u00e0 l\u2019Isle-sur-Sorgue, aux bords de la Sorgue, n\u00e9e des Fontaines de Vaucluse, o\u00f9 allait r\u00eaver le po\u00e8te P\u00e9trarque pour y chanter la jeune Laure de Noves, native du village d\u2019Eygali\u00e8re, un peu plus loin, le long du massif des Alpilles. Char s\u2019est install\u00e9 dans la maison familiale, \u00ab les N\u00e9vons \u00bb&nbsp;; et il a pass\u00e9 le reste de sa vie \u00e0 vivre l\u00e0, parce que ses racines \u00e9taient l\u00e0. Et, il est devenu un arbre magnifique, un magnifique A\u00e7atva po\u00e9tique, imm\u00e9morial. Quoi de plus terrible que de n\u2019avoir pas ou plus de racines&nbsp;? Je pense soudain \u00e0 ces jeunes filles ou \u00e0 ces jeunes gars des banlieues fran\u00e7aises, issus de l\u2019immigration maghr\u00e9bine&nbsp;: ils ne sont ni Fran\u00e7ais, ni Arabes&nbsp;; en France, m\u00eame s\u2019ils sont la quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, on continue \u00e0 les traiter de \u00ab bougnouls \u00bb&nbsp;; quand ils retournent au pays, on ne cesse de les menacer et de les traiter de \u00ab sales blancs \u00bb&nbsp;; alors, pour tenter de retrouver un semblant de racines, une identit\u00e9, les filles portent le voile, les jeunes gars portent la djellaba et la barbe&nbsp;; je les trouve pour ma part, path\u00e9tiques et touchants, et je les comprends. Quelle que soit notre culture \u2014 toutes se valent et sont uniques, leur ensemble est compl\u00e9mentaire et indispensable \u2014 il faut \u00eatre fier de sa culture&nbsp;: c\u2019est l\u00e0 notre richesse, c\u2019est notre bien, notre h\u00e9ritage&nbsp;; c\u2019est notre monnaie d\u2019\u00e9change pour commercer dans le sens le plus noble du terme avec les autres cultures, puisque, comme le disait le grand Montaigne, philosophe juif espagnol par sa m\u00e8re, m\u00e9tis donc&nbsp;: \u00ab&nbsp;il faut limer et frotter sa cervelle contre celle d\u2019autrui \u00bb, il faut limer et frotter sa culture contre celle d\u2019autrui, pour l\u2019\u00e9prouver, la prouver, comme on frotte l\u2019or sur une pierre de touche pour en conna\u00eetre la valeur. \u2026 \u2026 Les \u00ab rameaux \u00bb&nbsp;? \u2026 Ce sont les r\u00eaves. Que font les adultes face au foisonnement des r\u00eaves des adolescents&nbsp;? Ils taillent dedans&nbsp;! \u2026 \u2014 \u00ab Non&nbsp;! tu ne seras pas danseuse \u00e9toile, ma fille, ou chanteuse&nbsp;! \u2026&nbsp;Passe ton bac d\u2019abord&nbsp;! \u2026 \u00bb&nbsp;\u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;Non&nbsp;! tu ne seras pas explorateur ou \u00e9crivain, mon fils&nbsp;! \u2026&nbsp;Passe ton bac d\u2019abord&nbsp;! \u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00ab&nbsp;Vous serez assureur comme papa, ou pharmacienne, comme maman. Ce sera tr\u00e8s bien. \u00bb&nbsp;C\u2019est cela les parents, souvent. Il y a deux types d\u2019individus, il y a ceux dont les r\u00eaves ont la vie courte&nbsp;: il suffit de les tailler une fois ou deux et on en a raison&nbsp;: ils ne repoussent plus&nbsp;; il y a ceux enfin dont les r\u00eaves poussent drus&nbsp;! Et, comme disent tous les bons jardiniers&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plus on coupe du bois, plus il y en a&nbsp;!&nbsp;\u00bb Plus on taille dans les r\u00eaves d\u2019un adolescent droit dans ses bottes, droit dans ses racines, et bien droit dans son f\u00fbt, dans son tronc\u2026&nbsp;et plus ils repoussent&nbsp;! Telle est la r\u00e8gle. Ne jamais rien l\u00e2cher, jamais&nbsp;! Tenir&nbsp;! Telle \u00e9tait la devise de Guillaume d\u2019Orange&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je maintiendrais&nbsp;\u00bb&nbsp;; l\u2019\u00e9diteur et po\u00e8te Pierre Seghers l\u2019avait faite sienne. Guy Levis Mano, \u00ab le B\u00e9n\u00e9dictin de la po\u00e9sie \u00bb, comme Seghers l\u2019appelait, \u00e9diteur et po\u00e8te, comme lui, y ajoutait cet aphorisme de Guillaume d\u2019Orange, dit \u00ab Le Taciturne \u00bb&nbsp;: \u00ab Point n\u2019est besoin d\u2019esp\u00e9rer pour entreprendre, ni de r\u00e9ussir pour pers\u00e9v\u00e9rer. \u00bb Il avait imprim\u00e9 et mit au-dessus de ses presses \u00e0 bras cet adage, pour se donner le courage de continuer son \u0153uvre. \u2026&nbsp;\u2026 Descendre \u00e0 reculons&nbsp;: qu\u2019est-ce donc que Char veut dire&nbsp;? \u00ab Il descendait ensuite \u00e0 reculons dans le mutisme de ce savoir et dans son innocence. \u00bb&nbsp;Une fois qu\u2019on sait quelque chose et qu\u2019on a appris quelque chose, il importe avant tout de savoir, de conna\u00eetre enfin, qu\u2019on ne sait pas&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 le vrai savoir, ou le commencement du seul vrai savoir. Socrate \u2014&nbsp;le propos sera repris ensuite par S\u00e9n\u00e8que et par bien des sages ensuite \u2014 le proclamait comme un adage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sais que je ne sais rien. \u00bb&nbsp;Un des grands penseurs chr\u00e9tiens du Moyen-\u00c2ge, Nicolas de Cuse, Nicolas de Cusa, \u00e9v\u00eaque de Mayence, mystique rh\u00e9nan, a, aux alentours des ann\u00e9es 1430 invent\u00e9 un concept qui est directement issu de la pens\u00e9e de Socrate&nbsp;: celui de \u00ab&nbsp;la docte ignorance&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agit pour y parvenir de remonter dans le temps&nbsp;; il s\u2019agit de retrouver l\u2019enfant, le b\u00e9b\u00e9 qui ne parlait pas encore, qu\u2019on a \u00e9t\u00e9. Un b\u00e9b\u00e9 ne parle pas, mais pour autant ne communique-t-il pas, ne pense-t-il pas&nbsp;? Il s\u2019agit de remonter jusqu\u2019\u00e0 ce savoir inn\u00e9 et qui ne se communiquait pas, dans ce savoir \u00ab muet \u00bb, et \u00ab innocent \u00bb.&nbsp; Char \u00e9tait de ceux qui pensaient que la po\u00e9sie est silence&nbsp;: qu\u2019\u00eatre po\u00e8te, c\u2019est se taire avec des mots. Il pensait, comme le po\u00e8te Jo\u00e9 Bousquet, que tout po\u00e8me est \u00ab&nbsp;traduit du silence \u00bb. Plus un \u00e9crivain est grand, plus il se tait. Ainsi, tout le commentaire que je suis en train de b\u00e2tir et d\u2019extraire de ce texte \u00e9tait contenu dans le silence du texte, au-del\u00e0, en-de\u00e7\u00e0 des mots&nbsp;; ce n\u2019est pas explicite, jamais, mais c\u2019\u00e9tait l\u00e0&nbsp;; il suffisait de le traduire, d\u2019aller le chercher. \u00ab Lire, c\u2019est cr\u00e9er \u00e0 deux \u00bb dit Balzac&nbsp;; \u00ab&nbsp;Ce que veut le lecteur, c\u2019est se lire \u00bb dit Cocteau&nbsp;; quand l\u2019\u00e9crivain dit tout, il ne dit rien&nbsp;; quand l\u2019\u00e9crivain ne dit rien, s\u2019il est \u00e9crivain, il dit tout. C\u2019est \u00e0 nous de le traduire. Tout le plaisir de la lecture est l\u00e0&nbsp;: traduire&nbsp;; traduire du silence des mots&nbsp;; voir en de\u00e7\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Enfin il s\u2019\u00e9chappait, s\u2019enfuyait et devenait souverainement heureux.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tous les adolescents de la g\u00e9n\u00e9ration de Ren\u00e9 Char, n\u00e9 en 1907, ont \u00e9tudi\u00e9 au coll\u00e8ge, voire au lyc\u00e9e encore, une pi\u00e8ce de Corneille intitul\u00e9e <em>Horace<\/em> ; elle raconte l\u2019histoire de deux familles depuis toujours ennemies, qui avaient chacune trois fils&nbsp;: les trois Horaces et les trois Curiaces&nbsp;; les vieux p\u00e8res, ne pouvant plus se battre eux-m\u00eames vont lancer leurs trois fils les uns contre les autres, pour une histoire de vengeance, de <em>vendetta<\/em> obscure et stupide&nbsp;; dans l\u2019affrontement, deux Horaces sont tu\u00e9s imm\u00e9diatement&nbsp;; le troisi\u00e8me Horace alors s\u2019enfuit&nbsp;; mais, s\u2019il s\u2019enfuit, ce n\u2019est pas par l\u00e2chet\u00e9, c\u2019est simplement par strat\u00e9gie&nbsp;: il a compris, selon leur gabarit, que les trois Curiaces ne vont pas courir \u00e0 la m\u00eame vitesse, et, il va ainsi pouvoir les abattre les uns apr\u00e8s les autres, alors que s\u2019il les e\u00fbt affront\u00e9s ensemble, il e\u00fbt p\u00e9ri. Voil\u00e0 la le\u00e7on que tous les adolescents connaissent&nbsp;: la bonne strat\u00e9gie parfois, la seule, c\u2019est la fuite \u2026 ce qu\u2019on appelle en langage psychanalytique&nbsp;: la r\u00e9gression. Quel adolescent en peine ne s\u2019est pas senti soudain r\u00e9confort\u00e9 d\u2019embl\u00e9e en adoptant une attitude enfantine, en remontant le fleuve, en quelque sorte, \u00ab&nbsp;\u00e0 reculons \u00bb&nbsp;; il faut parfois se pr\u00e9server et aller se cacher et se ressourcer au \u00ab royaume \u00bb&nbsp;; encore faut-il en avoir encore un, ne pas l\u2019avoir abandonn\u00e9&nbsp;! Ainsi, notre bien le plus cher est ce \u00ab&nbsp;royaume d\u2019enfance \u00bb, dont il ne faut jamais perdre le chemin&nbsp;; comme le Petit Poucet, si un po\u00e8te \u00e9crit, s\u00e8me des rimes, c\u2019est pour marquer le chemin d\u2019un retour possible&nbsp;; c\u2019est ce que dit Rimbaud dans \u00ab Ma Boh\u00e8me \u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Petit Poucet r\u00eaveur, j\u2019\u00e9grenais dans ma course des rimes \u00bb. Car, pour \u00eatre \u00ab&nbsp;souverainement heureux \u00bb, encore faut-il poss\u00e9der un royaume.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Il atteignait la prairie et la barri\u00e8re des roseaux dont il cajolait la vase et percevait le sec<\/em><\/strong> <strong><em>fr\u00e9missement.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le royaume d\u2019enfance pour Char, c\u2019est la prairie, la prairie des N\u00e9vons, la maison de son enfance au bord de la Sorgue, de la rivi\u00e8re n\u00e9e des Fontaines de Vaucluse, ces sources geysers creusant la roche du Luberon. On constate que Char semble indiquer qu\u2019il faut traverser la rivi\u00e8re, passer la barri\u00e8re des roseaux, pour enfin atteindre la prairie. Dans les romans de chevalerie, comme ceux de Chr\u00e9tien de Troyes, et tout sp\u00e9cialement <em>Lancelot ou le chevalier de la charrette<\/em> (vers 1170), la rivi\u00e8re marque la fronti\u00e8re entre deux mondes&nbsp;; plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce roman entre le monde des vivants et le monde des morts. Dans ce po\u00e8me de Char, elle marque la fronti\u00e8re entre le monde des adultes et le monde de l\u2019enfance. Il s\u2019agit de la traverser&nbsp;; il s\u2019agit \u00e9galement de traverser la barri\u00e8re des roseaux, qui sont \u00e0 eux seuls aussi un symbole. Baudelaire disait que tout grand texte s\u2019\u00e9crit sur un palimpseste&nbsp;; un palimpseste, c\u2019est le nom donn\u00e9 \u00e0 ces textes qui r\u00e9apparaissaient sur les parchemins en peau de chevreau que l\u2019on grattait par souci d\u2019\u00e9conomie pour pouvoir r\u00e9\u00e9crire dessus&nbsp;; ainsi, sous tout grand texte litt\u00e9raire y a-t-il un voire plusieurs textes qu\u2019un lecteur avis\u00e9 peut reconna\u00eetre et d\u00e9crypter&nbsp;; Char, nous a d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 la pi\u00e8ce d\u2019<em>Horace<\/em> de Corneille apprise \u00e0 l\u2019\u00e9cole, au coll\u00e8ge\u2026 on peut penser qu\u2019ici, il \u00e9voque \u00e0 la fois Jean de La Fontaine et le philosophe Blaise Pascal. Le roseau de La Fontaine va durer plus longtemps que le ch\u00eane, puisqu\u2019il a choisi l\u2019humilit\u00e9 plut\u00f4t que la grandeur&nbsp;; Char a choisi de retourner \u00e0 la vie paysanne de son enfance, plut\u00f4t que de se perdre dans les mirages des grandeurs de la capitale&nbsp;; clairement, il donne ici une le\u00e7on de modestie&nbsp;: le bonheur se trouve dans l\u2019humilit\u00e9, pas dans les grandeurs illusoires. Le ch\u00eane se rompt au premier orage un peu fort&nbsp;\u2014 Char a connu deux guerres mondiales, la grippe espagnole, le Krach de 29, et d\u2019autres catastrophes\u2026&nbsp;et il est toujours l\u00e0, massif, puissant, mais humble et souple \u00e9galement&nbsp;: comme le roseau, il \u00ab&nbsp;plie, mais ne rompt point \u00bb comme dit le fabuliste&nbsp;; et, comme le commente le philosophe Blaise Pascal&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019homme est un roseau, le plus faible de la Nature, mais c\u2019est un roseau pensant. \u00bb \u2026 \u2026 Pourquoi donc faut-il cajoler la vase&nbsp;? Que peut-elle repr\u00e9senter&nbsp;? D\u2019abord, la vase, c\u2019est ce qui nourrit les roseaux. Comme valeur embl\u00e9matique, on peut consid\u00e9rer que Char \u00e9voque, psychanalytiquement, tout ce qui est refoul\u00e9&nbsp;; or, on sait que l\u2019inconscient nourrit le conscient&nbsp;; la vase, c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 refoul\u00e9&nbsp;: ce sont les \u00e9checs, qui, si on les laisse d\u00e9canter, se transformer, peuvent \u00eatre l\u2019aliment de la r\u00e9ussite. Rien n\u2019existe que par contraste, comme le disait d\u00e9j\u00e0 H\u00e9raclite d\u2019\u00c9ph\u00e8se qui est l\u2019un des penseurs, le grand penseur pr\u00e9socratique, auquel Char se r\u00e9f\u00e8re le plus. Il ne tient qu\u2019\u00e0 nous de rendre positif ce qu\u2019on a pu conna\u00eetre de n\u00e9gatif dans nos vies. Quant au \u00ab sec fr\u00e9missement \u00bb, on entend bien l\u2019oxymore ou l\u2019oxymoron&nbsp;: le fr\u00e9missement est \u00e0 connotation d\u2019empathie, de sympathie, d\u2019\u00e9motion partag\u00e9e\u2026&nbsp;le terme \u00ab sec \u00bb, au contraire, est \u00e0 connotation de retenue, voire de rudesse&nbsp;; telle est la gentillesse pourtant des gens qui ont v\u00e9cu, qui ont fait leurs preuves&nbsp;: ils sont gentils, chaleureux et pr\u00e9venants, attentifs, mais ne font pas dans la guimauve et dans la complaisance. Tel \u00e9tait Char, pour celles et ceux qui l\u2019ont rencontr\u00e9, pratiqu\u00e9, connu&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un homme de prime abord froid et distant, mais on ne tardait pas \u00e0 comprendre qu\u2019il \u00e9tait un \u00eatre profond\u00e9ment chaleureux et attentif \u00e0 l\u2019autre, mais jamais dans la complaisance&nbsp;: sa gentillesse se m\u00e9ritait, en quelque sorte. Et, il est vrai que la gentillesse se m\u00e9rite, elle n\u2019est pas un d\u00fb, jamais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Il semblait que ce que la terre avait produit de plus noble et de plus pers\u00e9v\u00e9rant, l\u2019avait, en compensation, adopt\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jusque-l\u00e0, \u00e0 la mani\u00e8re de certains textes des <em>Illuminations <\/em>d\u2019Arthur Rimbaud \u2014&nbsp;je pense tout particuli\u00e8rement \u00e0 \u00ab Aube \u00bb \u2014, le texte de Char \u00e9tait un parcours initiatique en gradation croissante. Apr\u00e8s avoir d\u00e9taill\u00e9 les conditions de l\u2019apprentissage, voici \u00e0 pr\u00e9sent que Char va \u00e9voquer la r\u00e9compense. On notera d\u2019abord la prudence avec laquelle Char \u00e9voque cette possible r\u00e9compense, cette possible r\u00e9alisation de soi, comme s\u2019il semblait nous dire comme Aragon que \u00ab&nbsp;Rien n\u2019est jamais acquis \u00e0 l\u2019homme \u00bb, et, comme s\u2019il entendait nous rappeler avec La Fontaine que&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cent fois sur le m\u00e9tier remettez votre ouvrage \u00bb \u2026 mais, quand m\u00eame&nbsp;! La r\u00e9compense ultime, c\u2019est d\u2019\u00eatre adoub\u00e9 comme un chevalier par une famille spirituelle, par une sorte de cour du roi Arthur, o\u00f9 se trouvent ceux qui sont les plus nobles et les plus pers\u00e9v\u00e9rants&nbsp;; entendons pourtant que ce ne sont pas seulement des \u00eatres humains, mais qu\u2019il peut aussi s\u2019agir d\u2019animaux, de v\u00e9g\u00e9taux, d\u2019\u00e9l\u00e9ments naturels, voire de choses. Noble et pers\u00e9v\u00e9rant&nbsp;: il est clair que le meilleur signe de la noblesse pour Char, le plus patent, le plus indubitable, est la pers\u00e9v\u00e9rance. Ce qui est noble est pers\u00e9v\u00e9rant, et ce qui est pers\u00e9v\u00e9rant est noble&nbsp;: une nouvelle fa\u00e7on de nous dire que rien n\u2019est jamais vraiment acquis et que tout est \u00e0 reconqu\u00e9rir, toujours. D\u2019autre part, Char nous dit clairement que le bonheur n\u2019est qu\u2019une compensation&nbsp;; une fois de plus on entend que rien n\u2019existe que par contraste&nbsp;: \u00e0 petits malheurs, petits bonheurs, \u00e0 grands malheurs, grands bonheurs. L\u2019une des conditions essentielles du bonheur est donc la dignit\u00e9&nbsp;; une autre de ses conditions est la solidarit\u00e9, la reconnaissance que l\u2019autre est l\u2019\u00e9cho de soi, qu\u2019on est l\u2019\u00e9cho de l\u2019autre, et qu\u2019on existe en harmonie selon des r\u00e8gles morales de vertus civiques. Enfin, on retrouve la notion d\u2019humilit\u00e9, puisque c\u2019est la terre qui a produit ces \u00eatres, comme elle produit les arbres, les v\u00e9g\u00e9taux, les animaux, les fruits\u2026 Comme le disait si justement le philosophe Emmanuel Berl dans l\u2019entre-deux guerres&nbsp;: chaque homme est et doit surtout se consid\u00e9rer comme&nbsp;\u00ab un morceau de la Nature \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong><em> Il recommencerait ainsi jusqu\u2019au moment o\u00f9, la n\u00e9cessit\u00e9 de rompre disparue, il se tiendrait droit et attentif parmi les hommes, \u00e0 la fois plus vuln\u00e9rable et plus fort.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Rien n\u2019est jamais acquis \u00e0 l\u2019homme \u00bb, il faut toujours recommencer, toujours se battre. Vivre est une tension, une attention, de chaque instant, de chaque seconde&nbsp;: attention \u00e0 soi, attention \u00e0 l\u2019autre, attention au monde et aux choses. La r\u00e9compense ultime est durable \u00e0 terme, c\u2019est la paix&nbsp;: la confiance en soi, la tranquillit\u00e9 de l\u2019\u00e2me au c\u0153ur des combats de la vie. \u00ab Qui vit en guerre vit en roi&nbsp;; qui vit en paix vit en esclave. \u00bb&nbsp;Un jour vient o\u00f9 l\u2019on se tient droit, droit et attentif parmi les hommes, \u00e0 la fois plus vuln\u00e9rable \u2014 puisqu\u2019\u00eatre debout parmi des gens couch\u00e9s ou assis, c\u2019est immanquablement prendre le risque sans cesse de servir de cible \u2014&nbsp;; mais, c\u2019est \u00e9galement une force presque invincible que d\u2019avoir le courage d\u2019enfin s\u2019affirmer. Au pire, on sera un \u201cvaincu vainqueur\u201c, comme les grands h\u00e9ros de la trag\u00e9die, comme les martyrs de toutes les cultures et de toutes les religions, encore plus grands morts que vivants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Conclusion<\/u><\/strong><strong>&nbsp;:<\/strong> Comme on le voit, on est loin de l\u2019h\u00e9ritage baudelairien, du satanisme romantique, de ses n\u00e9vroses, de ses miasmes, de ses mal\u00e9dictions&nbsp;; on est bien dans l\u2019h\u00e9ritage rimbaldien, positif, spirituel et id\u00e9aliste. La devise de Rimbaud \u00e9tait&nbsp;: \u00ab En avant&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; il est assez int\u00e9ressant de noter que l\u2019Abb\u00e9 Pierre l\u2019a reprise \u00e0 son compte. La grande le\u00e7on de ce texte, c\u2019est que \u00ab&nbsp;L\u2019enfant, c\u2019est le p\u00e8re de l\u2019homme \u00bb comme disait Nietzsche. La grande le\u00e7on de ce texte, c\u2019est ce qu\u2019\u00e9crivait le grand romantique catholique Alfred de Vigny&nbsp;: \u00ab&nbsp;r\u00e9ussir sa vie, c\u2019est r\u00e9aliser \u00e0 l\u2019\u00e2ge m\u00fbr, les r\u00eaves qu\u2019on a form\u00e9s adolescent. \u00bb&nbsp;; et, comme l\u2019adolescent de l\u2019\u00e9poque romantique correspond incontestablement \u00e0 l\u2019enfant d\u2019aujourd\u2019hui avec l\u2019\u00e9volution des m\u0153urs, nous dirons donc plut\u00f4t&nbsp;: \u00ab les r\u00eaves que l\u2019on a form\u00e9s enfant \u00bb. Am\u00e9d\u00e9o Modigliani ne disait pas autre chose en \u00e9crivant \u00e0 son ami Oscar Ghiglia, alors qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 Venise et qu\u2019ils avaient tous deux vingt ans&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ton devoir r\u00e9el est de sauver ton r\u00eave&nbsp;! \u00bb. Cet adage ne concerne-t-il que ceux qui ont vingt ans et les moins de vingt ans&nbsp;? Andr\u00e9 Malraux constatait&nbsp;: \u00ab Il n\u2019y a pas de grandes personnes. \u00bb Le grand peintre juif Marc Chagall acquies\u00e7ait sans conteste, quand, lors d\u2019une interview qu\u2019il accorda alors qu\u2019il avait plus de quatre vingt dix ans, il r\u00e9pondit \u00e0 la question&nbsp;: \u00ab Qui \u00eates-vous, Marc Chagall&nbsp;? \u2026&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Je suis un enfant d\u2019un certain \u00e2ge. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui caract\u00e9rise les chefs-d\u2019\u0153uvre, toujours, c\u2019est l\u2019intemporalit\u00e9, et l\u2019universalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Louis Clo\u00ebt, ces 16 et 17 mai 2020.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici la chose : Les m\u00eames coups qui l&rsquo;envoyaient au sol le lan\u00e7aient en 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