{"id":1326,"date":"2023-09-11T19:11:27","date_gmt":"2023-09-11T17:11:27","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=1326"},"modified":"2023-12-05T11:32:40","modified_gmt":"2023-12-05T10:32:40","slug":"le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/","title":{"rendered":"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"777\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar-777x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1396\" srcset=\"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar-777x1024.jpg 777w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar-227x300.jpg 227w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar-768x1013.jpg 768w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar-300x396.jpg 300w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar-850x1121.jpg 850w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud_in_Harar.jpg 1026w\" sizes=\"(max-width: 777px) 100vw, 777px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Elle est retrouv\u00e9e.<br>Quoi&nbsp;? \u2013 L\u2019\u00c9ternit\u00e9.<br>C\u2019est la mer all\u00e9e<br>Avec le soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>ARTHUR RIMBAUD, Derniers vers<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant-propos&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab La culture, c\u2019est ce qui reste quand on a tout oubli\u00e9 \u00bb<\/strong> professait l\u2019inusable \u00c9douard Herriot, qui fourn\u00eet avec cette lapalissade percutante et cibl\u00e9e, fort pertinente, des sujets de dissertation pour des g\u00e9n\u00e9rations de potaches \u2014 au temps o\u00f9 l\u2019on faisait encore des dissertations, bien entendu&nbsp;! \u2014&nbsp;; tout aphorisme intelligent pouvant se d\u00e9cliner \u00e0 l\u2019infini, bon nombre de grands musiciens ont dit, sur le mode d\u2019innombrables variations, que Mozart, <strong>\u00ab&nbsp;c\u2019est ce qui reste quand on a tout oubli\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong>, et, Baudelaire comme pour justifier ce point de vue professait que <strong>\u00ab&nbsp;le g\u00e9nie, c\u2019est l\u2019enfance retrouv\u00e9e \u00e0 volont\u00e9. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;De tout savoir, \u00e0 terme, on ne retient de fait que ce qui relevait de la Gr\u00e2ce, permettait d\u2019un peu l\u2019approcher, voire de l\u2019effleurer, de la toucher. Dans cet esprit, quel po\u00e8me resterait, une fois que toute d\u00e9sillusion de la vie bue, on se sentirait au bout du voyage, pr\u00eat \u00e0 rentrer au port&nbsp;? Quel est le po\u00e8me, que, la m\u00e9moire mang\u00e9e par la maladie, on aimerait savoir encore pour garder un lien avec le langage, le <strong>\u00ab verbe \u00bb<\/strong> et son <strong>\u00ab&nbsp;alchimie \u00bb,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: la vie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pour moi, la r\u00e9ponse [Oh&nbsp;! sans h\u00e9sitation aucune] est depuis que j\u2019ai d\u00e9couvert ce po\u00e8me \u00e0 l\u2019adolescence&nbsp;: <strong>\u00ab Aube \u00bb <\/strong>de Jean-Nicolas Arthur Rimbaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est deux g\u00e9nies-enfants&nbsp;: Mozart en musique, Rimbaud en po\u00e9sie, et, sans conteste possible aucun, ces deux-l\u00e0, pour moi, surpassent tous les autres. Ce n\u2019est qu\u2019un point de vue, simplement qu\u2019un simple point de vue, bien entendu. Je ne cherche pas \u00e0 l\u2019imposer, mais \u00e0 le partager, ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici la chose&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab AUBE \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai embrass\u00e9 l\u2019aube d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rien ne bougeait encore au front des palais. L\u2019eau \u00e9tait morte. Les camps d\u2019ombres ne quittaient pas la route du bois. J\u2019ai march\u00e9, r\u00e9veillant les haleines vives et ti\u00e8des, et les pierreries regard\u00e8rent, et les ailes se lev\u00e8rent sans bruit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re entreprise fut, dans le sentier d\u00e9j\u00e0 empli de frais et bl\u00eames \u00e9clats, une fleur qui me dit son nom.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ris au <em>wasserfall<\/em> blond qui s\u2019\u00e9chevela \u00e0 travers les sapins&nbsp;: \u00e0 la cime argent\u00e9e je reconnus la d\u00e9esse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors je levai un \u00e0 un les voiles. Dans l\u2019all\u00e9e, en agitant les bras. Par la plaine, o\u00f9 je l\u2019ai d\u00e9nonc\u00e9e au coq. \u00c0 la grand\u2019ville elle fuyait parmi les clochers et les d\u00f4mes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En haut de la route, pr\u00e8s d\u2019un bois de lauriers, je l\u2019ai entour\u00e9e avec ses voiles amass\u00e9s, et j\u2019ai senti un peu son immense corps. L\u2019aube et l\u2019enfant tomb\u00e8rent au bas du bois.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au r\u00e9veil il \u00e9tait midi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Arthur Rimbaud, in <strong><em>Les Illuminations<\/em> <\/strong>(1874)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr\u00e9ambule&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Charleville-M\u00e9zi\u00e8res, dans les Ardennes, en 1854, au mitant du mouvement romantique europ\u00e9en, Rimbaud, m\u00e9tis de la culture latine et germanique, est aux confluences de deux cultures compl\u00e9mentaires, sinon contradictoires parfois. Si quelqu\u2019un \u00e9tait \u00e0 m\u00eame de comprendre visc\u00e9ralement le c\u0153ur battant du romantisme allemand, les concepts complexes et formidablement t\u00e9r\u00e9brants de \u00ab&nbsp;<em>Sehnsuch<\/em> \u00bb et de \u00ab <em>Stimmung<\/em> \u00bb, c\u2019est bien lui&nbsp;; et il ne faudrait pas dire \u00ab comprendre \u00bb de fait, mais bien plut\u00f4t \u00ab sentir&nbsp;\u00bb, fid\u00e8le en cela au pr\u00e9cepte jamais formul\u00e9 par le bon Jean-Jacques, lequel fut le mod\u00e8le pour les jeunes romantiques allemands, d\u2019Eichendorff \u00e0 Jean-Paul Richter, concept jamais formul\u00e9 mais que tout son \u0152uvre cependant proclame et exalte&nbsp;: \u00ab Je sens, donc je suis.&nbsp;\u00bb Une sensation&nbsp;; Rimbaud, un esprit dans un corps, faisant preuve de pens\u00e9e incarn\u00e9e toujours, part, visc\u00e9ralement, de ses sensations, pour \u00eatre, pour penser.<\/p>\n\n\n\n<p>En amont, de ces fils germains de Rousseau, du <strong>\u00ab Promeneur solitaire \u00bb <\/strong>qui donna naissance \u00e0 la typologie du <em>Wanderer<\/em>, c\u2019est de Friedrich H\u00f6lderlin, dont Rimbaud est le premier h\u00e9ritier&nbsp;; et c\u2019est H\u00f6lderlin, qui, magistralement, le premier, posa ce qui constituait depuis la naissance du romantisme en Angleterre vers 1750 en r\u00e9action au capitalisme naissant qui allait occulter tout spiritualisme et toute spiritualit\u00e9, tout enchantement\u2026&nbsp;la question du si\u00e8cle qui finissait et du si\u00e8cle qui allait suivre, \u00e0 savoir&nbsp;: <strong>\u2014 \u00ab \u00c0 quoi bon des po\u00e8tes dans ces temps de mis\u00e8re&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00bb <\/strong>H\u00f6lderlin posa non seulement LA Question, la question essentielle pour les po\u00e8tes de sa g\u00e9n\u00e9ration et pour celles qui la suivirent, mais y r\u00e9pondit \u00e9galement&nbsp;: les po\u00e8tes sont d\u00e9sormais l\u00e0, clama-t-il, pour nous \u00e0 apprendre \u00e0 <strong>\u00ab&nbsp;habiter le monde po\u00e9tiquement \u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, Eichendorff, Richter, et leurs comparses, ont tent\u00e9 de mettre le projet en pratique, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re\u2026 mais, comme pour les<strong> \u00ab&nbsp;chevaliers de la Table ronde \u00bb<\/strong> \u00e0 la recherche du <strong>\u00ab&nbsp;Saint Graal \u00bb,<\/strong> on peut raisonnablement penser \u00e0 le lire qu\u2019il n\u2019y eut qu\u2019un seul \u00e9lu qui r\u00e9alisa cet id\u00e9al : Rimbaud, et d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge. \u00c0 seize ans, en mars 1870, dans un court po\u00e8me, <strong>\u00ab&nbsp;Sensation&nbsp;\u00bb<\/strong>, Jean-Nicolas Arthur \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par les soirs bleus d\u2019\u00e9t\u00e9, j\u2019irai dans les sentiers,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Picot\u00e9 par les bl\u00e9s, fouler l\u2019herbe menue&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00eaveur, j\u2019en sentirai la fra\u00eecheur \u00e0 mes pieds.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je laisserai le vent baigner ma t\u00eate nue.<\/strong> \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ne parlerai pas, je ne penserai rien&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais l\u2019amour infini me montera dans l\u2019\u00e2me,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et j\u2019irai loin, bien loin, comme un boh\u00e9mien,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par la Nature, \u2014 heureux comme avec une femme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qui pouvait mieux exprimer alors les r\u00eaveries qu\u2019avait H\u00f6lderlin, de pouvoir s\u2019unir \u00e0 la D\u00e9esse M\u00e8re, \u00e0 la D\u00e9esse-Amante Nature, selon le rituel plurimill\u00e9naire jadis d\u00e9fini par les myst\u00e8res d\u2019\u00c9leusis qui nourrissaient ses fantasmes&nbsp;?\u2026 Un peu plus \u00e2g\u00e9, Rimbaud dans son \u0152uvre-somme <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>, dans un po\u00e8me en prose intitul\u00e9 <strong>\u00ab&nbsp;Vies&nbsp;\u00bb<\/strong>, dans <strong>\u00ab Vies, I \u00bb,<\/strong> repris dans son chef d\u2019\u0153uvre <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>, \u00e9crit, \u00e9voquant explicitement cette union avec la d\u00e9esse, et combien il a compris que de toutes les exp\u00e9riences \u00e0 tenter, c\u2019\u00e9tait la plus d\u00e9terminante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O les \u00e9normes avenues du pays saint, les terrasses du temple&nbsp;! Qu&rsquo;a-t-on fait du brahmane qui m&rsquo;expliqua les Proverbes ? D&rsquo;alors, de l\u00e0-bas, je vois encore m\u00eame les vieilles !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et surtout ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;Je me souviens des heures d&rsquo;argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon \u00e9paule, et de nos caresses debout dans les plaines poivr\u00e9es. \u2014 Un envol de pigeons \u00e9carlates tonne autour de ma pens\u00e9e. \u2014 Exil\u00e9 ici, j&rsquo;ai eu une sc\u00e8ne o\u00f9 jouer les chefs-d&rsquo;\u0153uvre dramatiques de toutes les litt\u00e9ratures. Je vous indiquerais les richesses inou\u00efes. J\u2019observe l\u2019histoire des tr\u00e9sors que vous trouv\u00e2tes. Je vois la suite&nbsp;! Ma sagesse est aussi d\u00e9daign\u00e9e que le chaos. Qu\u2019est mon n\u00e9ant, aupr\u00e8s de la stupeur qui vous attend.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et dans <strong>\u00ab Vies, III \u00bb<\/strong>, on lit encore, comme pr\u00e9figurant la conception et r\u00e9daction de la c\u00e9l\u00e8bre <strong><em>Saison en enfer<\/em><\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans un grenier o\u00f9 je fus enferm\u00e9 \u00e0 douze ans j&rsquo;ai connu le monde, j&rsquo;ai illustr\u00e9 la com\u00e9die humaine. Dans un cellier j&rsquo;ai appris l&rsquo;histoire. \u00c0 quelque f\u00eate de nuit dans une cit\u00e9 du Nord j\u2019ai rencontr\u00e9 toutes les femmes des anciens peintres. Dans un vieux passage \u00e0 Paris on m\u2019a enseign\u00e9 les sciences classiques. Dans une magnifique demeure cern\u00e9e par l\u2019Orient entier j\u2019ai accompli mon immense \u0153uvre et pass\u00e9 mon illustre retraite. J\u2019ai brass\u00e9 mon sang. Mon devoir m\u2019est remis. Il ne faut m\u00eame plus songer \u00e0 cela. Je suis r\u00e9ellement d\u2019outre-tombe, et pas de commissions.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On notera, on observera donc qu\u2019aussit\u00f4t, pour Rimbaud, cette union charnelle avec la Nature n\u2019est pas sans s\u2019accompagner, par effet de contraste, de d\u00e9sillusions cuisantes. Il est bien convaincu d\u2019avoir v\u00e9cu par cette union l\u2019exp\u00e9rience la plus fondamentale, qu\u2019un po\u00e8te, qu\u2019un \u00eatre humain en g\u00e9n\u00e9ral, pourra jamais vivre, mais il n\u2019est pas pour autant sauv\u00e9, parce qu\u2019il n\u2019en a pas fini avec les contradictions qui le navrent, qui l\u2019emp\u00eachent, qui emp\u00eachent de vivre, h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus avant, parmi ses <strong><em>Illuminations<\/em><\/strong>, on lit parall\u00e8lement dans un texte, peut-\u00eatre par antinomie, par provocation, nomm\u00e9 <strong>\u00ab L\u2019Impossible \u00bb<\/strong>, une r\u00e9flexion pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette impossibilit\u00e9, et il en cherche, avec la panac\u00e9e r\u00e9demptrice, les raisons et les causes &nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>N&rsquo;est-ce pas parce que nous cultivons la brume ? Nous mangeons la fi\u00e8vre avec nos l\u00e9gumes aqueux. Et l&rsquo;ivrognerie&nbsp;! et le tabac ! et l&rsquo;ignorance ! et les d\u00e9vouements&nbsp;! \u2014 Tout cela est-il assez loin de la pens\u00e9e de la sagesse de l&rsquo;Orient, la patrie primitive ? Pourquoi un monde moderne, si de pareils poisons s&rsquo;inventent !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les gens d&rsquo;\u00c9glise diront : C&rsquo;est compris. Mais vous voulez parler de l&rsquo;\u00c9den. Rien pour vous dans l&rsquo;histoire des peuples orientaux. \u2014 C&rsquo;est vrai ; c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00c9den que je songeais ! Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est pour mon r\u00eave, cette puret\u00e9 des races antiques !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et voici la raison profonde, et voici sans doute, sans conteste m\u00eame, le rem\u00e8de \u00e0 cette mal\u00e9diction, \u00e0 cette d\u00e9r\u00e9liction d\u00e9solante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les philosophes : Le monde n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e2ge. L&rsquo;humanit\u00e9 se d\u00e9place, simplement. Vous \u00eates en Occident, mais libre d&rsquo;habiter dans votre Orient, quelque ancien qu&rsquo;il vous le faille, \u2014 et d&rsquo;y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous \u00eates de votre Occident.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette question capitale pour lui de l\u2019Orient, capitale de fait pour tout le mouvement romantique et la litt\u00e9rature occidentale moderne, nous reviendrons au final, en conclusion&nbsp;; elle est vraiment fondamentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette osmose, cette communion avec la Nature, la Nature-m\u00e8re, la Nature-amante, Rimbaud en fait l\u2019\u00e9l\u00e9ment constitutif de l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique en son temps&nbsp;; et c\u2019est une exp\u00e9rience \u00e0 ce point \u00e0 la port\u00e9e de tous \u00e0 son \u00e9poque \u2014 foin des possessions mat\u00e9rielles et de la culture, du savoir acquis \u2014, qu\u2019il la veut, ou qu\u2019il la pressent plut\u00f4t, universelle. Pour conna\u00eetre \u00ab&nbsp;l\u2019illumination&nbsp;\u00bb po\u00e9tique, il suffit de fait, de se lever avant tout le monde, d\u2019aller \u00ab&nbsp;rencontrer \u00bb la Nature, \u00ab l\u2019Aube \u00bb, au sens biblique, avant tout le monde&nbsp;; et c\u2019est bien \u00e0 la port\u00e9e de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa fameuse <strong>\u00ab Lettre du Voyant \u00bb<\/strong> \u2014&nbsp;pour se montrer plus pr\u00e9cis, une de ses lettres, puisqu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 il y en a deux \u2014, il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re \u00e9tude de l\u2019homme qui veut \u00eatre po\u00e8te est sa propre connaissance, enti\u00e8re&nbsp;; il cherche son \u00e2me, il l\u2019inspecte, il la tente, l\u2019apprend. D\u00e8s qu\u2019il la sait, il doit la cultiver&nbsp;; cela semble simple&nbsp;: en tout cerveau s\u2019accomplit un d\u00e9veloppement naturel&nbsp;; tant d\u2019\u00e9go\u00efstes se proclament auteurs&nbsp;; il en est bien d\u2019autres qui s\u2019attribuent leur progr\u00e8s intellectuel&nbsp;! [\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je dis qu\u2019il faut \u00eatre voyant, se faire voyant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Po\u00e8te se fait voyant par un long, immense et raisonn\u00e9 d\u00e9r\u00e8glement de tous les sens.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans <strong><em>Une saison en enfer<\/em><\/strong> (1873), dans son po\u00e8me manifeste <strong>\u00ab&nbsp;Alchimie du Verbe \u00bb<\/strong>, pour se lib\u00e9rer de sa mal\u00e9diction native, il pr\u00e9cise clairement son projet et sa po\u00e9tique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 moi. L&rsquo;histoire d&rsquo;une de mes folies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Depuis longtemps je me vantais de poss\u00e9der tous les paysages possibles, et trouvais d\u00e9risoires les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de la peinture et de la po\u00e9sie moderne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et voici concr\u00e8tement la strat\u00e9gie qu\u2019il envisage pour s\u2019exorciser, en un premier temps, de ses tourments&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je m&rsquo;habituai \u00e0 l&rsquo;hallucination simple : je voyais tr\u00e8s franchement une mosqu\u00e9e \u00e0 la place d&rsquo;une usine, une \u00e9cole de tambours faite par des anges, des cal\u00e8ches sur les routes du ciel, un salon au fond d&rsquo;un lac ; les monstres, les myst\u00e8res&nbsp;; un titre de vaudeville dressait des \u00e9pouvantes devant moi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Puis j&rsquo;expliquai mes sophismes magiques avec l&rsquo;hallucination des mots !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1\u00b0) \u00ab L\u2019Hallucination simple \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ph\u00e9nom\u00e9nologue avant la lettre, persuad\u00e9 qu\u2019il est que le regard objectif n\u2019existe pas, qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une vue de l\u2019esprit, Rimbaud invite son disciple ou sa disciple en po\u00e9sie, \u00e0 faire preuve de la vision la plus cr\u00e9ative possible, pour enchanter le monde, le r\u00e9enchanter avec le regard d\u2019un enfant, d\u2019un enfant qui, sans fin, d\u00e9couvre le monde.&nbsp; Le premier stade de la vision et de l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique est effectivement <strong>\u00ab l\u2019hallucination simple&nbsp;\u00bb<\/strong>. C\u2019est ce que Rimbaud met en \u0153uvre dans son chef d\u2019\u0153uvre <strong>\u00ab&nbsp;Aube&nbsp;\u00bb<\/strong> pour nous en convaincre, plus subtilement nous en persuader&nbsp;: une exp\u00e9rience quasiment accessible, sinon \u00e0 toutes et \u00e0 tous, du moins au plus grand nombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous voulez participer de l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique, la conna\u00eetre intimement&nbsp;?\u2026 Remontez donc \u00e0 l\u2019origine du monde, jusqu\u2019\u00e0 la for\u00eat primitive et la premi\u00e8re aube. Pour ce faire, c\u2019est tout simple&nbsp;: levez-vous avant l\u2019aube, avant tout le monde, et marchez vers la for\u00eat, votre berceau, pour y voir l\u2019aube se lever, dans une solitude qui, tr\u00e8s vite, va se r\u00e9v\u00e9ler une union avec les forces primordiales, les forces originelles qui vous environnent. Pour tenter l\u2019exp\u00e9rience, pas besoin d\u2019\u00eatre dipl\u00f4m\u00e9 de ci ou de \u00e7a, pas besoin d\u2019argent, le seul besoin et la seule n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;: \u00eatre \u00e9veill\u00e9\u2026 mais, cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0, cet \u00e9veil d\u00e9j\u00e0, va tr\u00e8s vite vous faire passer dans une autre dimension.<\/p>\n\n\n\n<p>Le narrateur du po\u00e8me de Rimbaud invite sa lectrice, son lecteur \u00e0 la projection, \u00e0 ne plus faire qu\u2019un, corps et \u00e2me, avec lui\u2026&nbsp;avec lui, son narrateur-po\u00e8te, avec la Nature&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai embrass\u00e9 l\u2019aube d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De suite, d\u00e8s l\u2019attaque du texte, c\u2019est de pl\u00e9nitude, d\u2019\u00e9panouissement, de plaisir physique, d\u2019extension de l\u2019\u00eatre et de la conscience, dont il s\u2019agit&nbsp;; d\u2019embl\u00e9e le projet et sa r\u00e9alisation sont enthousiasmants et justifient pleinement le r\u00e9cit, qui va \u00eatre comme un retour sur la jouissance et m\u00eame sur l\u2019extase \u00e9prouv\u00e9es. On se souviendra \u00e0 propos qu\u2019\u00ab embrasser \u00bb dans une seconde acceptation du terme, signifie \u00e9galement \u00ab comprendre \u00bb&nbsp;; Rimbaud fait r\u00e9f\u00e9rence l\u00e0 \u00e0 l\u2019intelligence trinitaire qui lui est ch\u00e8re, la seule pour lui&nbsp;: intelligence des sens, du c\u0153ur, et de l\u2019esprit, <strong>\u00ab&nbsp;les trois mages de l\u2019esprit \u00bb<\/strong> comme il les appelle, sachant qu\u2019il faudrait les citer dans l\u2019ordre inverse pour mieux d\u00e9finir l\u2019intensit\u00e9 du ressenti qui peut leur \u00eatre associ\u00e9, plus \u00e9clairant, plus t\u00e9r\u00e9brant. Chacune et chacun de nous a connu au moins une fois dans sa vie charnelle et spirituelle, cette sensation de pl\u00e9nitude du corps et de l\u2019\u00eatre que l\u2019on peut ressentir, saisi par elle, se sentant soudain nu sous ses v\u00eatements, rendu \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de son corps, \u00e0 la perception de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 et \u00e0 l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de son \u00eatre, corps, \u00e2me, esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Natif de Charleville, Rimbaud n\u2019a pas loin \u00e0 aller pour trouver la for\u00eat, la grande et v\u00e9n\u00e9rable for\u00eat des Ardennes aux allures de palais ou de cath\u00e9drale archa\u00efque d\u00e8s qu\u2019on l\u2019approche&nbsp;: la for\u00eat domaniale de la Haveti\u00e8re avec ses prononc\u00e9s mais pourtant doux d\u00e9nivel\u00e9s n\u2019est qu\u2019\u00e0 une heure trente \u00e0 pieds de la Place ducale&nbsp;: une paille pour <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019homme [, pour l\u2019enfant, pour l\u2019adolescent] aux semelles de vent \u00bb<\/strong> toujours pr\u00eat \u00e0 s\u2019enfuir, \u00e0 fuguer.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re chronologique, la plus simple, Rimbaud va nous faire revivre son exp\u00e9rience&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rien ne bougeait encore au front des palais. L\u2019eau \u00e9tait morte. Les camps d\u2019ombres ne quittaient pas la route du bois.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, se met en place, par le biais de ce que Rimbaud appelle <strong>\u00ab l\u2019hallucination simple \u00bb<\/strong>, une temporalit\u00e9 po\u00e9tique particuli\u00e8re qui existe d\u00e9j\u00e0 chez H\u00f6lderlin et qu\u2019on retrouvera chez Char, qui, toujours, se revendiquera comme \u00e9tant un<strong> \u00ab&nbsp;fils du soleil \u00bb<\/strong>, fils de Rimbaud en droite ligne&nbsp;; un esprit libre, intelligent, \u201cpo\u00e9tique\u201c, vit, en effet \u00e0 plusieurs \u00e9poques en m\u00eame temps&nbsp;; en l\u2019occurrence ici, pour H\u00f6lderlin, comme pour Rimbaud et pour Char, \u00e0 la fois dans l\u2019antiquit\u00e9 grecque, c\u2019est-\u00e0-dire dans l\u2019antiquit\u00e9 hom\u00e9rique et mythique, et leur \u00e9poque contemporaine respective. Dans l\u2019une de ses <strong>\u00ab&nbsp;Lettres du voyant \u00bb<\/strong>, celle du 15 mars 1871 envoy\u00e9e \u00e0 Paul Demeny \u00e0 Douai, Rimbaud fait explicitement allusion \u00e0 la po\u00e9sie grecque qui occupait alors son esprit, et constituait alors la base de tout enseignement litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas que, vue de loin et devin\u00e9e dans la nuit, la lisi\u00e8re de la for\u00eat, avec son alignement de troncs, de f\u00fbts de haute taille, lui apparaisse comme \u00e9tant la colonnade imposante de palais antiques align\u00e9s, gard\u00e9s par des masses d\u2019ombres opaques comme autant de troupes amass\u00e9es de gardes pr\u00e9toriennes, qui vont lui donner l\u2019impression de rentrer dans les \u00e9difices, sit\u00f4t que le soleil va commencer \u00e0 se lever. Quant \u00e0 l\u2019eau, sans m\u00eame avoir \u00e0 recourir aux magiques tableaux de Monet \u00e0 Giverny pour le comprendre, on sait tr\u00e8s bien qu\u2019elle ne commence \u00e0 vivre qu\u2019avec la lumi\u00e8re et le vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le film des \u00e9v\u00e9nements commence donc d\u2019abord avec un plan fixe qui impose l\u2019id\u00e9e, pardon&nbsp;: la sensation, d\u2019immobilit\u00e9 et de mort, pour mieux contraster bient\u00f4t avec la suite des \u00e9v\u00e8nements qui s\u2019\u00e9chelonnera sur le mode de la gradation croissante du mouvement&nbsp;: par avance elle en assure le contraste, elle les souligne, et en accentuera la gradation, l\u2019intensit\u00e9. Cette double temporalit\u00e9 d\u2019un pr\u00e9sent ponctuel et anecdotique qui coexiste avec un lointain pass\u00e9 se poursuivra, sera fil\u00e9e habilement tout au long du texte, provisionnant en quelque sorte cette r\u00e9alit\u00e9 cette r\u00e9alit\u00e9 prosa\u00efque de la promenade, de la fugue, par une r\u00e9alit\u00e9 seconde mythique, voire all\u00e9gorique, comme on aura l\u2019occasion plus tard de le voir et de le comprendre. Rimbaud, pardon&nbsp;: le narrateur auquel la lectrice ou le lecteur naturellement s\u2019associe et dans lequel il se projette, poursuit sa progression, d\u2019autant plus mise en valeur par ce d\u00e9cor pour l\u2019heure encore mort, immobile&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai march\u00e9, r\u00e9veillant les haleines vives et ti\u00e8des, et les pierreries regard\u00e8rent, et les ailes se lev\u00e8rent sans bruit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On se souviendra \u00e0 propos peut-\u00eatre que la devise de <strong>\u00ab l\u2019homme aux semelles de vent \u00bb, <\/strong>comme l\u2019appellera plus tard Verlaine, \u00e9tait <strong>\u00ab&nbsp;En avant&nbsp;! \u00bb<\/strong>&nbsp;; on se souviendra \u00e9galement, que, petit paysan ardennais, il portait des godillots clout\u00e9s sur toute la surface des semelles, faits pour durer mille ans, et qui sur les chemins pierreux devaient faire un boucan d\u2019enfer. <strong>\u00ab Les haleines vives et ti\u00e8des&nbsp;\u00bb<\/strong> sont donc &nbsp;\u00e9videmment celles des animaux qu\u2019il \u00e9veille, dont il per\u00e7oit les fr\u00e9missements et la fuite sans pouvoir les distinguer&nbsp;; quant aux <strong>\u00ab&nbsp;pierreries \u00bb<\/strong> qui<strong> \u00ab&nbsp;regarde[nt]&nbsp;\u00bb<\/strong>, et qui pr\u00e9figurent les m\u00e9taphores surr\u00e9alistes par la mise en abyme qu\u2019elle constitue d\u2019une m\u00e9taphore contenue dans une autre m\u00e9taphore, elles \u00e9voquent les gouttes de ros\u00e9e suspendues aux v\u00e9g\u00e9taux, qui, atteintes par la lumi\u00e8re, semblent s\u2019ouvrir comme des yeux, et chatoyer soudain ainsi que des pierres pr\u00e9cieuses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Les ailes [qui] se l[\u00e8vent] sans bruit \u00bb<\/strong> font \u00e9galement allusion \u00e0 deux choses et jouent possiblement sur deux plans&nbsp;: le premier ponctuel, le second all\u00e9gorique. Tout d\u2019abord, d\u00e8s que l\u2019aube appara\u00eet, les oiseaux, qui sont venus par nu\u00e9es passer la nuit en lisi\u00e8re de la for\u00eat dans les arbres, regagnent les champs pour se sustenter le temps du jour&nbsp;: premi\u00e8re interpr\u00e9tation&nbsp;; d\u2019autre part, dans la mythologie antique, et chez les \u00c9gyptiens cette fois, la d\u00e9esse Nuit \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e comme une femme ail\u00e9e qui, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, au cr\u00e9puscule, refermait ses ailes sur le monde, et les rouvrait le lendemain&nbsp;: seconde interpr\u00e9tation possible. On peut penser qu\u2019\u00e0 nouveau, Rimbaud, dans son <strong>\u00ab&nbsp;hallucination simple \u00bb <\/strong>invite \u00e0 vivre cet instant de mani\u00e8re prosa\u00efque, mais \u00e9galement all\u00e9gorique\u2026&nbsp;et, cela, c\u2019est le commencement de \u00ab la po\u00e9sie \u00bb&nbsp;: vivre sur deux plans, voire trois, de m\u00eame que la jouissance et que le plaisir commencent avec l\u2019association de deux sens, voire de davantage, l\u2019orgasme \u00e9tant l\u2019union des cinq par le biais du sixi\u00e8me, sur le mode des <strong>\u00ab correspondances \u00bb<\/strong> baudelairiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>En gradation croissante, de mani\u00e8re th\u00e9\u00e2trale et simple, les \u00e9v\u00e8nements vont \u00e0 pr\u00e9sent se succ\u00e9der \u201cen cascade\u201c, jusqu\u2019\u00e0 nous faire parvenir \u00e0 l\u2019acm\u00e9 puis \u00e0 la chute du po\u00e8me&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re entreprise fut, dans le sentier d\u00e9j\u00e0 empli de frais et bl\u00eames \u00e9clats, une fleur qui me dit son nom.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est un tr\u00e8s beau tableau d\u2019Auguste Renoir qui repr\u00e9sente un nu de jeune femme \u00e9clair\u00e9 par un soleil tamis\u00e9 par les frondaisons des arbres, dont la chair fra\u00eeche et grenue apparait tach\u00e9e comme celle d\u2019un l\u00e9opard&nbsp;; ainsi en est-il du chemin \u00e9clair\u00e9 de mani\u00e8re al\u00e9atoire par le soleil qui le tache, filtr\u00e9 par les feuillages mouvants.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ouvrant et s\u2019\u00e9panouissant aux premiers rayons du soleil, une fleur d\u00e9livre son parfum au promeneur et ainsi \u00ab son nom \u00bb&nbsp;; cela fait penser \u00e0 deux c\u00e9l\u00e8bres pages de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise&nbsp;: d\u2019abord \u00e0 Rousseau, celui du sixi\u00e8me livre des <strong><em>Confessions<\/em><\/strong>, o\u00f9 herborisant avec son ami du Peyrou, Jean-Jacques, envahi par la fragrance du souvenir de Madame de Warens et de sa maison des Charmettes, soudain se r\u00e9jouit&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! voil\u00e0 de la pervenche \u00bb&nbsp;<\/strong>; puis, en un second temps, on songe \u00e0 Proust, dans La <strong><em>Recherche<\/em><\/strong>, lequel note avec sa sagacit\u00e9 sensorielle exacerb\u00e9e habituelle qu\u2019il faut \u00eatre toujours le premier \u00e0 passer dans un paysage, d\u00e8s l\u2019aube, pour reconna\u00eetre rien qu\u2019au parfum les fleurs, parce que tr\u00e8s vite, apr\u00e8s quelques passages d\u2019humains ou d\u2019autres cr\u00e9atures, ce n\u2019est plus qu\u2019une <strong>\u00ab&nbsp;compote \u00bb<\/strong> d\u2019odeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Rimbaud exalte ainsi avec insistance ce sentiment que l\u2019on peut ressentir \u00e0 \u00eatre le premier \u00e0 passer quelque part, dans un paysage, comme si l\u2019on \u00e9tait revenu aux premiers matins du monde. Il semble dire que, si l\u2019on veut \u2014 si on en fait l\u2019effort par l\u2019\u00e9lan, le courage physique que l\u2019on met dans sa pr\u00e9sence au monde \u2014, chaque jour est toujours le premier&nbsp;: le monde recommence chaque jour, chaque jour rena\u00eet, pour qui, <strong>\u00ab voyant \u00bb<\/strong>, sait le voir et sait l\u2019appr\u00e9cier, le d\u00e9busquer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ris au <em>Wasserfall<\/em> &nbsp;blond qui s\u2019\u00e9chevela \u00e0 travers les sapins&nbsp;: \u00e0 la cime argent\u00e9e, je reconnus la d\u00e9esse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il manquait \u00e0 ce paysage onirique qui se caract\u00e9risait d\u00e9j\u00e0 par son silence, l\u2019intrusion brutale du son, de la sonorisation du texte, et pas n\u2019importe quel son&nbsp;: un rire&nbsp;! Un rire, comme on le verra plus tard, qu\u2019on pourra consid\u00e9rer comme presque nietzsch\u00e9en. Et \u00e0 cette apparition brutale du son correspond l\u2019apparition brutale du mouvement&nbsp;; en l\u2019occurrence la chute d\u2019eau d\u2019une cascade qui, \u00e9clatant au sol, projette le regard de celui qui observe la sc\u00e8ne vers le ciel, du bas vers le haut, pour mettre en valeur, avec th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, l\u2019apparition magistrale de l\u2019aube, de la lumi\u00e8re en majest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses et les \u00eatres ne commencent \u00e0 exister qu\u2019en les nommant&nbsp;; c\u2019est <strong>\u00ab l\u2019Alchimie du Verbe \u00bb&nbsp;: \u00ab Dieu dit&nbsp;: que la Lumi\u00e8re soit, et la Lumi\u00e8re fut\u2026 \u00bb<\/strong> Etc\u2026 Et c\u2019est l\u00e0 pourquoi \u00e0 sa cr\u00e9ature, \u00e0 Adam, Dieu demanda de nommer les \u00eatres et les choses de l\u2019univers qu\u2019il lui donnait. La \u00ab <em>Materia Prima<\/em> \u00bb du monde est l\u00e0, et, quiconque le sait, peut d\u00e8s lors accomplir \u00ab&nbsp;Le Grand \u0152uvre \u00bb et g\u00e9n\u00e9rer ainsi toute transsubstantiation&nbsp;; du c\u00f4t\u00e9 du \u00ab&nbsp;Verbe \u00bb, lequel est premier, c\u2019est par l\u00e0 qu\u2019il fallait chercher. Par la gr\u00e2ce de la po\u00e9sie, les mots ne d\u00e9signent pas les \u00eatres ou les choses&nbsp;: ils les inventent, ils les m\u00e9tamorphosent, ils les contiennent, ils d\u00e9terminent, parfois, voire m\u00eame souvent, leur destin m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Un po\u00e8te ne choisit donc pas n\u2019importe quel mot, ne se laisse pas choisir par n\u2019importe quel mot&nbsp;; et ce mot doit \u00eatre sonore ou color\u00e9, avoir du relief, voire les trois. Pour Rimbaud, qui est de double culture, latine et germanique \u00e0 la fois, il est clair que le mot \u00ab&nbsp;cascade \u00bb sonne un peu plat\u2026 que le mot <strong>\u00ab <em>Wasserfall <\/em>\u00bb<\/strong>, par contre, chute dans un chuintement tr\u00e8s imitatif, puis \u00e9clate de mani\u00e8re sonore, \u00e9clatante. Ainsi, le <strong>\u00ab <em>Wasserfall<\/em> \u00bb \u00ab&nbsp;s\u2019\u00e9chevell[e]&nbsp;\u00bb<\/strong> comme une crini\u00e8re blonde peign\u00e9e de mani\u00e8re impromptue au passage par la ramure saugrenue des sapins&nbsp;; la lumi\u00e8re du soleil irisant le sommet de la cascade, tout le fil de l\u2019eau s\u2019est en effet progressivement allum\u00e9 dans l\u2019ombre o\u00f9 elle chute, et, parvenu dans la cuvette au bas, il rebondit vers le ciel&nbsp;; le regard du narrateur po\u00e8te suivant ce mouvement aveuglant se l\u00e8ve alors vers les nues et d\u00e9couvre, par-del\u00e0 la cime humide des sapins qui rutile d\u2019une lueur m\u00e9tallique, l\u2019aube aveuglante dans sa splendeur&nbsp;: <strong>\u00ab \u00c0 la cime argent\u00e9e, je reconnus la d\u00e9esse.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors je levai un \u00e0 un les voiles. Dans l\u2019all\u00e9e, en agitant les bras.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Que sont ces <strong>\u00ab voiles \u00bb<\/strong>&nbsp;? Rien de myst\u00e9rieux concr\u00e8tement&nbsp;; La diff\u00e9rence de temp\u00e9rature entre un sol humide et l\u2019air frais d\u2019un matin qui na\u00eet produit de la brume, un brouillard bas, qui, comme les parfums \u00e9clos au matin, va se disperser au premier passage d\u2019un animal ou d\u2019un humain intempestif qui passe. On peut raisonnablement penser que ce que Rimbaud nous raconte ici dans ce texte est ce qu\u2019on appelle en psychanalyse <strong>\u00ab la sc\u00e8ne primitive \u00bb, <\/strong>l\u2019instant fulgurant, l\u2019\u00e9pisode fulgurant de sa vie, o\u00f9, enfant, il s\u2019est d\u00e9couvert \u00ab po\u00e8te \u00bb&nbsp;; au reste, la fin du texte sous forme d\u2019un suspens le confirme&nbsp;: on y trouve le mot <strong>\u00ab enfant \u00bb<\/strong>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Comme un enfant, ou plut\u00f4t parce qu\u2019il est encore un enfant, Rimbaud, petit paysan ardennais, court avec exaltation, exultation, dans ce brouillard, dans cette brume, <strong>\u00ab&nbsp;en agitant les bras \u00bb<\/strong>, en faisant des moulinets pour la dissiper sur son passage&nbsp;: il est comme le Zarathoustra nietzsch\u00e9en qui retrouve au terme de ses p\u00e9r\u00e9grinations et de ses tribulations spirituelles le rire de l\u2019enfant, ses jeux\u2026 \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il est enfant, qu\u2019il est l\u2019enfant, l\u2019adolescent fugueur de <strong>\u00ab&nbsp;Charleston \u00bb<\/strong>, de Charleville. Il court <strong>\u00ab&nbsp;dans l\u2019all\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/strong> faisant l\u2019ascension de la d\u00e9clivit\u00e9 de la colline avec ses gros souliers clout\u00e9s&nbsp;; et c\u2019est dire qu\u2019il fait un boucan d\u2019enfer qui se propage dans la plaine, dans la vall\u00e9e, au point qu\u2019il r\u00e9veille un coq&nbsp;; un po\u00e8te se doit d\u2019\u00eatre \u00e9veill\u00e9 avant les coqs, \u00eatre celui qui les \u00e9veille&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par la plaine, o\u00f9 je l\u2019ai d\u00e9nonc\u00e9e au coq. \u00c0 la grand\u2019ville elle fuyait parmi les clochers et les d\u00f4mes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 donc le narrateur du po\u00e8me arriv\u00e9 au sommet de la colline qu\u2019il gravissait en courant. L\u00e0, sans doute, tout un layon d\u2019arbres coup\u00e9s, d\u00e9bit\u00e9s, exploit\u00e9s, d\u00e9gag\u00e9 dans un angle, lui permet de lancer, de projeter son regard vers l\u2019horizon et son au-del\u00e0, et, d\u00e8s lors, il voit la lumi\u00e8re d\u2019un soleil toujours montant atteindre <strong>\u00ab&nbsp;la grand\u2019ville \u00bb<\/strong>, allumer les clochers recouverts de cuivre neuf \u2014 \u00e0 la mode en ce dernier quart du XIX<sup>e<\/sup> s. \u2014 et les <strong>\u00ab d\u00f4mes \u00bb <\/strong>de cuivre \u00e9galement; et, avec ces <strong>\u00ab d\u00f4mes \u00bb<\/strong>, on retrouve ce regard typique de la po\u00e9sie d\u2019H\u00f6lderlin, que l\u2019on retrouvera chez Char&nbsp;: ce regard d\u2019ubiquit\u00e9 temporelle qui vous permet de vivre \u00e0 deux \u00e9poques diff\u00e9rentes, en l\u2019occurrence ici&nbsp;: l\u2019antiquit\u00e9 et la p\u00e9riode contemporaine d\u2019alors, celle des <strong>\u00ab&nbsp;clochers \u00bb<\/strong>&nbsp;; tous les gens intelligents et sensibles vivent conjointement \u00e0 deux, voire \u00e0 trois, voire \u00e0 davantage d\u2019\u00e9poques apparemment contradictoires, afin de pouvoir survivre, respirer dans d\u2019autres eaux, dans d\u2019autres airs&nbsp;; et quiconque ne fait pas cela cr\u00e8ve&nbsp;; on notera donc la simultan\u00e9it\u00e9 significative \u00e0 la fois des <strong>\u00ab d\u00f4mes \u00bb<\/strong> et des <strong>\u00ab&nbsp;clochers \u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>En haut de sa colline, en plein c\u0153ur de \u00ab la campagne \u00bb, comme tous les petits \u00e9coliers de l\u2019\u00e9poque, voire d\u2019aujourd\u2019hui encore, le narrateur se repr\u00e9sente en esprit, par l\u2019imagination, que la lumi\u00e8re de l\u2019aube atteint \u00e0 pr\u00e9sent la mer, car au bout de tout paysage, il y a la mer&nbsp;; la pr\u00e9sence des <strong>\u00ab&nbsp;quais de marbre \u00bb<\/strong> atteste \u00e0 nouveau que \u2014 comme dans les tableaux d\u2019Hubert Robert \u2014&nbsp;nous voil\u00e0 retourn\u00e9s \u00e0 l\u2019antique, dans l\u2019antiquit\u00e9 mythique encore&nbsp;; notre narrateur <strong>\u00ab&nbsp;mendiant \u00bb<\/strong> implorant <strong>\u00ab l\u2019Aube \u00bb<\/strong> de rester, de ne pas l\u2019abandonner, la Lumi\u00e8re de l\u2019aube va, nonobstant ses pri\u00e8res, atteindre la mer, les flots, les survoler, les d\u00e9passer, et s\u2019\u00e9loigner vers des horizons sans limites&nbsp;!\u2026 La qu\u00eate de l\u2019infini am\u00e8ne en effet et le plus souvent \u00e0 une frustration sans limites&nbsp;; et, c\u2019est bien ce qui se passe ici\u2026&nbsp;mais, en apparence\u2026 oui, en apparence seulement. Comme un chasseur avide, le narrateur semble bredouille&nbsp;; toutefois il ne faut jamais s\u2019avouer vaincu, et avec les entit\u00e9s \u2014&nbsp;et surtout les entit\u00e9s f\u00e9minines \u2014 il ne faut jamais, non jamais surtout, se fier aux seules apparences.<\/p>\n\n\n\n<p>Atteignant le sommet du sommet, d\u00e9passant la trou\u00e9e du layon ouvert, o\u00f9 il <strong>\u00ab chassai[t] \u00bb<\/strong> sa proie, le narrateur, soudain, surpris, refermant d\u2019un geste naturel et enfantin ses bras sur lui, \u00e0 travers, au travers ce qui reste des rouleaux, des <strong>\u00ab&nbsp;voiles \u00bb<\/strong> de brume et de brouillard, va enfin ressentir la pr\u00e9sence physique et charnelle du corps de <strong>\u00ab l\u2019Aube \u00bb<\/strong>, <strong>\u00ab senti[r] un peu son immense corps \u00bb<\/strong> en sentant son propre corps en osmose soudain, nu et grenu sous la toile, la &nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;pressentant violemment \u00bb<\/strong> \u2014 pour reprendre une expression de Rimbaud dans son texte <strong>\u00ab Les Po\u00e8tes de sept ans&nbsp;\u00bb <\/strong>\u2014<strong>,<\/strong> l\u2019embrassant.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, dans un geste enfantin encore, encore au bord du layon large, au bord m\u00eame de son versant, l\u00e0, pr\u00e8s d\u2019<strong>\u00ab un bois de lauriers&nbsp;\u00bb,<\/strong> en ultime geste de jeu enfantin, les bras toujours referm\u00e9s sur soi et sur la sensation physique qu\u2019il a de la jouissance qu\u2019il \u00e9prouve de croire la serrer contre lui, il va se laisser tomber, se laisser rouler, tout le long du versant qu\u2019il va d\u00e9valer jusqu\u2019<strong>\u00ab au bas du bois \u00bb<\/strong>, c\u00e9dant \u00e0 l\u2019illusion de l\u2019avoir entra\u00een\u00e9e avec lui si soud\u00e9 \u00e0 elle qu\u2019il croyait \u00eatre en l\u2019embrassant de si pr\u00e8s,\u2026 et, l\u00e0, au comble du plaisir, comme tous les \u00eatres masculins au comble du plaisir, il va s\u2019endormir sur le dos, et ne sera r\u00e9veill\u00e9 que par la lumi\u00e8re z\u00e9nithale du soleil, \u00e0 <strong>\u00ab&nbsp;midi \u00bb<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En haut de la route, pr\u00e8s d\u2019un bois de lauriers, je l\u2019ai entour\u00e9e avec ses voiles amass\u00e9s, et j\u2019ai senti un peu son immense corps. L\u2019aube et l\u2019enfant tomb\u00e8rent au bas du bois.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au r\u00e9veil il \u00e9tait midi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme on peut le voir, ce qui est racont\u00e9 ici, l\u2019exp\u00e9rience qui est relat\u00e9e et cont\u00e9e ici, semble \u00e0 la port\u00e9e de toutes et de tous. Il suffit d\u2019avoir une for\u00eat \u00e0 proximit\u00e9 de chez soi et de se lever avant l\u2019aube. Nul besoin d\u2019argent. Nul besoin de savoir ou de connaissances autres que celles relevant de la connaissance famili\u00e8re et intime de la Nature&nbsp;: savoir reconna\u00eetre une fleur par exemple \u00e0 son seul parfum. Tout le reste appara\u00eet clairement superflu, superf\u00e9tatoire&nbsp;; on est ici somm\u00e9 de dire&nbsp;: \u00ab Tout le reste est litt\u00e9rature&nbsp;! \u00bb Ah&nbsp;! Oui&nbsp;! vraiment&nbsp;! \u2014 Rimbaud le croit, l\u2019esp\u00e8re&nbsp;\u2014&nbsp;: un jour, un jour, demain, la po\u00e9sie sera faite par toutes et par tous&nbsp;! Chacune, chacun d\u2019entre nous, nous sommes \u00ab&nbsp;po\u00e8tes&nbsp;\u00bb, potentiellement&nbsp;; il suffit de s\u2019ouvrir \u00e0 cette potentialit\u00e9 merveilleuse en soi, de la <strong>\u00ab cultiver \u00bb<\/strong>, pour pouvoir un jour la voir s\u2019\u00e9panouir, nous \u00e9panouir, telle <strong>\u00ab&nbsp;une fleur&nbsp;\u00bb<\/strong> qui veut dire <strong>\u00ab&nbsp;son nom \u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2\u00b0) Un po\u00e8me initiatique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rimbaud cessant d\u2019\u00e9crire sans doute vers 1875, disparaissant des radars qui ne l\u2019avaient gu\u00e8re d\u00e9tect\u00e9 au reste, pour ne plus \u00e9crire qu\u2019avec ses pieds <strong>\u00ab aux semelles de vent \u00bb<\/strong>, qu\u00eate qui le m\u00e8nera jusqu\u2019au fin fond de l\u2019\u00c9thiopie, au Harar, en Abyssinie d\u2019alors, pour enfin quitter ce monde le 10 novembre 1891 \u00e0 Marseille apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9 suite \u00e0 une \u00ab carcinose g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00bb, il faut attendre des critiques m\u00e9t\u00e9ores et t\u00e9r\u00e8brants comme Roland de Ren\u00e9ville en 1929 [avec <strong><em>Rimbaud le voyant, <\/em><\/strong>puis la premi\u00e8re \u00e9dition dans la biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9i\u00e4de, en 1946] ou Bouillane de Lacoste [avec quatre publications s\u2019\u00e9chelonnant de 1939 \u00e0 1949, dont la premi\u00e8re publication exhaustive au Mercure de France des <strong><em>Illuminations<\/em><\/strong>] pour qu\u2019on commence \u00e0 entrevoir la dimension sid\u00e9rale exceptionnelle et sid\u00e9rante du po\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, comme le grand, le coruscant Henri Guillemin se plaisait \u00e0 le rappeler avec son honn\u00eatet\u00e9 critique incorruptible, son esprit t\u00e9r\u00e9brant infaillible, c\u2019est \u00e0 Claudel, que nous devons d\u2019avoir pu commencer \u00e0 conceptualiser mais surtout d\u2019abord ressentir la dimension toute mystique des tribulations de l\u2019aventurier radical des Lettres, qui, coup sur coup, mit sur le papier <strong><em>Une saison en enfer<\/em><\/strong> en 1873, et en 1874 <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>&nbsp;; le jeune ath\u00e9e Claudel, la\u00efcard fieff\u00e9 par sa famille, imp\u00e9nitent, les d\u00e9couvrit en 1886 dans la confidentielle mais excellente revue <strong><em>La Vogue<\/em><\/strong>, et leur lecture provoqua \u00e0 terme, professa-t-il, sa conversion dans la cath\u00e9drale de Paris, le jour de No\u00ebl de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019en d\u00e9plaise au <strong>\u00ab Pape du Surr\u00e9alisme \u00bb<\/strong>, le pauvre Andr\u00e9 Breton, grand inquisiteur qui excommunia \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les ouailles de son concile, sauf les l\u00e9gumes extasi\u00e9s, et qui ne s\u00fbt consid\u00e9rer l\u2019\u0152uvre rimbaldien qu\u2019\u00e0 l\u2019aune de son nombril et de son pauvre <strong>\u00ab&nbsp;anus \u00bb<\/strong> <strong>\u00ab&nbsp;solaire \u00bb<\/strong> qu\u2019il avait d\u00e9clar\u00e9 sadien \u201cpour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, amen&nbsp;!\u201c, &nbsp;c\u2019est Paul Claudel qui trouva la meilleure formule, in\u00e9gal\u00e9e et insurpass\u00e9e \u00e0 ce jour pour d\u00e9signer Arthur Rimbaud et son parcours&nbsp;: Rimbaud est <strong>\u00ab un mystique en libert\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/strong>; avec cette formule, de fait, tout est dit&nbsp;!\u2026 et Henri Guillemin, inlassable, indomptable pi\u00e9ton des chemins litt\u00e9raires et de l\u2019Histoire, ne manquait pas d\u2019arguments de poids, indubitables, aveuglants voire sid\u00e9rants, pour le prouver \u00e0 qui pouvait, surtout \u00e0 qui voulait l\u2019entendre, \u00e0 qui gardait encore des oreilles pour entendre, des yeux pour voir et pour lire, en d\u00e9pit, en-de\u00e7\u00e0, au-del\u00e0 des chapelles et des conciles <strong>\u00ab que dans les cabarets tiennent les imb\u00e9ciles \u00bb, <\/strong>comme dans son <strong><em>Cyrano de Bergerac <\/em><\/strong>disait Rostand.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Certes, Claudel, de Rimbaud, de ce qui l\u2019avait m\u00fb, fait agir et \u00e9crire, avait tout compris intimement \u2014 on pourrait dire&nbsp;: charnellement \u2014, comme Ren\u00e9 Char, plus tard, ath\u00e9e pourtant, pourra le comprendre lui aussi\u2026&nbsp;Mais, pour \u00eatre spiritualiste, et, m\u00eame en la mati\u00e8re un Ma\u00eetre, est-il utile pour autant, de se croire embarqu\u00e9 <strong>\u00ab dans une noce avec J\u00e9sus Christ pour beau-p\u00e8re&nbsp;\u00bb, <\/strong>et de croire en un Dieu&nbsp;?\u2026 \u2014 Certes, non&nbsp;! Il existe un spiritualisme ath\u00e9e aussi, aussi puissant et parfois plus que celui de la croyance, et, pour preuve, le Bouddhisme, lequel est porteur d\u2019un enseignement spirituel lib\u00e9rateur, n\u2019est pas, comme on le sait, une religion, et le revendique. Pour comprendre la po\u00e9sie, pouvoir <strong>\u00ab&nbsp;mettre sa nuit au plein jour&nbsp;\u00bb<\/strong> \u2014 empruntons sa belle formule \u00e0 Cocteau \u2014 et la lire comme un musicien peut lire une partition sans avoir m\u00eame \u00e0 la jouer, ne faut-il pas \u00eatre po\u00e8te&nbsp;?\u2026 Claudel l\u2019\u00e9tait. Char aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le rappelait Henri Guillemin dans ses \u00e9crits comme dans ses conf\u00e9rences, les r\u00e9f\u00e9rences que Rimbaud fait \u00e0 la religion sont non seulement cons\u00e9quentes, tr\u00e8s nombreuses, voire obsessionnelles, mais aussi tr\u00e8s \u00e9loquentes. Rimbaud, dit-il, est travaill\u00e9, constamment, par la question de la transcendance, d\u2019un au-del\u00e0, d\u2019un monde parall\u00e8le sup\u00e9rieur d\u00e9celable sans cesse intuitivement, accessible, qui provisionnerait le r\u00e9el, ce qu\u2019on appelle \u00e0 d\u00e9faut de trouver d\u2019inventer d\u2019autres mots&nbsp;: \u201cle r\u00e9el\u201c. Ainsi, Rimbaud n\u2019a-t-il pas, quasi d\u00e8s le d\u00e9part, mis la notion, le concept philosophique mais bien davantage m\u00e9taphysique de \u00ab&nbsp;voyance \u00bb, au c\u0153ur de sa d\u00e9marche po\u00e9tique, de son processus de lib\u00e9ration de l\u2019esprit et du corps, du destin de fait, pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019\u00e0 la fin, pour \u00eatre honn\u00eate sur ce point, lucide et objectif, il faut qu\u2019on se souvienne bien&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je dis qu&rsquo;il faut \u00eatre <em>voyant<\/em>, se faire <em>voyant<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le po\u00e8te se fait <em>voyant<\/em> par un long, immense et raisonn\u00e9 <em>d\u00e9r\u00e8glement de tous les sens<\/em>. Toutes les formes d&rsquo;amour, de souffrance, de folie&nbsp;; il cherche lui-m\u00eame, il \u00e9puise en lui tous les poisons, pour n&rsquo;en garder que les quintessences. Ineffable torture o\u00f9 il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, o\u00f9 il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, \u2014 et le supr\u00eame Savant&nbsp;! \u2014 Car il arrive \u00e0 l&rsquo;inconnu&nbsp;! \u2014&nbsp; Puisqu&rsquo;il a cultiv\u00e9 son \u00e2me, d\u00e9j\u00e0 riche, plus qu&rsquo;aucun&nbsp;! Il arrive \u00e0 l&rsquo;<em>inconnu<\/em>&nbsp;; et quand, affol\u00e9, il finirait par perdre l&rsquo;intelligence de ses visions, il les a vues&nbsp;! Qu&rsquo;il cr\u00e8ve dans son bondissement par les choses inou\u00efes et innommables&nbsp;: viendront d&rsquo;autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons o\u00f9 l&rsquo;autre s&rsquo;est affaiss\u00e9 !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cela donne quoi&nbsp;? Dans la pratique, dans la pratique po\u00e9tique de la gestion du quotidien, de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;?\u2026 Ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 moi. L&rsquo;histoire d&rsquo;une de mes folies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Depuis longtemps je me vantais de poss\u00e9der tous les paysages possibles, et trouvais d\u00e9risoires les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de la peinture et de la po\u00e9sie moderne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;aimais les peintures idiotes, dessus de portes, d\u00e9cors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la litt\u00e9rature d\u00e9mod\u00e9e, latin d&rsquo;\u00e9glise, livres \u00e9rotiques sans orthographe, romans de nos a\u00efeules, contes de f\u00e9es, petits livres de l&rsquo;enfance, op\u00e9ras vieux, refrains niais, rythmes na\u00effs.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je r\u00eavais croisades, voyages de d\u00e9couvertes dont on n&rsquo;a pas de relations, r\u00e9publiques sans histoires, guerres de religion \u00e9touff\u00e9es, r\u00e9volutions de m\u0153urs, d\u00e9placements de races et de continents : je croyais \u00e0 tous les enchantements.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;inventai la couleur des voyelles ! \u2014 A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. \u2014 Je r\u00e9glai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d&rsquo;inventer un verbe po\u00e9tique accessible, un jour ou l&rsquo;autre, \u00e0 tous les sens. Je r\u00e9servais la traduction.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce fut d&rsquo;abord une \u00e9tude. J&rsquo;\u00e9crivais des silences, des nuits, je notais l&rsquo;inexprimable. Je fixais des vertiges. [\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La vieillerie po\u00e9tique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je m&rsquo;habituai \u00e0 l&rsquo;hallucination simple : je voyais tr\u00e8s franchement une mosqu\u00e9e \u00e0 la place d&rsquo;une usine, une \u00e9cole de tambours faite par des anges, des cal\u00e8ches sur les routes du ciel, un salon au fond d&rsquo;un lac ; les monstres, les myst\u00e8res&nbsp;; un titre de vaudeville dressait des \u00e9pouvantes devant moi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Puis j&rsquo;expliquai mes sophismes magiques avec l&rsquo;hallucination des mots !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je finis par trouver sacr\u00e9 le d\u00e9sordre de mon esprit. J&rsquo;\u00e9tais oisif, en proie \u00e0 une lourde fi\u00e8vre : j&rsquo;enviais la f\u00e9licit\u00e9 des b\u00eates, \u2014 les chenilles, qui repr\u00e9sentent l&rsquo;innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginit\u00e9 !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mon caract\u00e8re s&rsquo;aigrissait. je disais adieu au monde dans d&rsquo;esp\u00e8ces de romances [\u2026].<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;aimai le d\u00e9sert, les vergers br\u00fbl\u00e9s, les boutiques fan\u00e9es, les boissons ti\u00e9dies. Je me tra\u00eenais dans les ruelles puantes et, les yeux ferm\u00e9s, je m&rsquo;offrais au soleil, dieu de feu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral, s&rsquo;il reste un vieux canon sur tes remparts en ruines, bombarde-nous avec des blocs de terre s\u00e8che. Aux glaces des magasins splendides ! dans les salons ! Fais manger sa poussi\u00e8re \u00e0 la ville. Oxyde les gargouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis br\u00fblante&#8230;\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Oh ! le moucheron enivr\u00e9 \u00e0 la pissoti\u00e8re de l&rsquo;auberge, amoureux de la bourrache, et que dissout un rayon ! [\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Enfin, \u00f4 bonheur, \u00f4 raison, j&rsquo;\u00e9cartai du ciel l&rsquo;azur, qui est du noir, et je v\u00e9cus, \u00e9tincelle d&rsquo;or de la lumi\u00e8re <em>nature<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que le po\u00e8me fulgurant d\u2019<strong><em>Une saison en enfer, <\/em><\/strong>que sont <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>, qu\u2019est-ce que le po\u00e8me <strong>\u00ab Aube \u00bb<\/strong>, po\u00e8me <strong>\u00ab phare \u00bb<\/strong> comme dirait Baudelaire, au sein m\u00eame de ces <strong><em>Illuminations<\/em><\/strong>, sinon un parcours initiatique, une initiation, h\u00e9riti\u00e8re m\u00eame du romantisme anglais, du romantisme allemand surtout, du romantisme hugolien, dont elle est la synth\u00e8se et la quintessence afin de tenter d\u2019accomplir le r\u00eave d\u2019aller voir ce qui est au-del\u00e0 <strong>\u00ab des portes de cornes et d\u2019ivoire \u00bb<\/strong> du r\u00eave, port\u00e9 par &nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9panchement du r\u00eave dans la vie r\u00e9elle \u00bb<\/strong> comme l\u2019eut dit Nerval&nbsp;? <strong><em>Les Illuminations <\/em><\/strong>d\u2019Arthur Rimbaud en sont le Grand \u0152uvre, oui, \u00e0 terme, l\u2019accomplissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le seul romantique qui ait vraiment r\u00e9ussi, c\u2019est Rimbaud. <strong>\u00ab&nbsp;Hugo a bien du vu dans ses derniers volumes <\/strong>\u00bb&nbsp;; Baudelaire, avant Rimbaud \u00e9tait <strong>\u00ab le premier voyant, un vrai dieu&nbsp;\u00bb <\/strong>comme Rimbaud l\u2019affirme avec ferveur dans sa <strong>\u00ab Lettre du Voyant \u00bb<\/strong>, mais son <strong>\u00ab&nbsp;Voyage \u00bb&nbsp;\u00ab au fond de l\u2019inconnu pour trouver du nouveau&nbsp;\u00bb<\/strong> aboutit \u00e0 le dissoudre \u00e0 l\u2019horizon, \u00e0 faire de lui un <strong>\u00ab&nbsp;bateau ivre&nbsp;\u00bb<\/strong>, un naufrag\u00e9 perdu&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;arriv[\u00e9] \u00e0 l&rsquo;<em>inconnu<\/em>&nbsp; [\u2026] affol\u00e9, [qui a] fini[\u2026]par perdre l&rsquo;intelligence de ses visions, il les a vues&nbsp;! <\/strong>[Certes&nbsp;! mais il a fini, exsangue, par]<strong> cr[e]ve[r] dans son bondissement par les choses inou\u00efes et innommables <\/strong>[&nbsp;; et, est venu un]<strong> autre[\u2026] horrible[\u2026] travailleur[\u2026] ; [qui a] commenc[\u00e9] par les horizons o\u00f9 l&rsquo;autre s&rsquo;est affaiss\u00e9 ! \u00bb<\/strong>&nbsp;: Rimbaud&nbsp;!\u2026 &nbsp;Tous ont failli. Rimbaud, lui, a r\u00e9ussi \u00e0 passer. Il est le Galaad de la Qu\u00eate qui a enterr\u00e9 tous les Lancelots qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, qui ont \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a que les sourds et les aveugles, il n\u2019y a que les imb\u00e9ciles, pour penser que l\u2019\u0152uvre rimbaldien est un \u00e9chec, qui, \u00e0 terme, le laisse sans voix, le rend muet. Puisqu\u2019il parlait lui-m\u00eame d\u2019<strong>\u00ab&nbsp;Alchimie du Verbe \u00bb<\/strong>, Rimbaud a accompli le Grand \u0152uvre, l\u2019a r\u00e9alis\u00e9, est parvenu \u00e0 la transsubstantiation ultime&nbsp;; et le Grand \u0152uvre on ne le r\u00e9alise pas deux fois&nbsp;; une fois qu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9, on passe \u00e0 autre chose. On se contente de vivre, et, peut-\u00eatre de se survivre, oui&nbsp;; mais, au moins apr\u00e8s avoir \u00e9crit la po\u00e9sie dans un brouillon, on essaie de vivre la po\u00e9sie dans la vie, au quotidien, faisant de la vie m\u00eame sa qu\u00eate, ses p\u00e9r\u00e9grinations et ses tribulations. On peut comprendre la vie, en embrasser les myst\u00e8res, se fondre \u00e0 eux, mais nul ne peut <strong>\u00ab&nbsp;changer la vie \u00bb<\/strong>, ni arr\u00eater le cours du temps. C\u2019est ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>La structure m\u00eame du po\u00e8me <strong>\u00ab Aube \u00bb<\/strong>, en trois parties, parce qu\u2019\u00e9voquant trois \u00e9preuves \u00e0 passer avant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00ab illumination \u00bb r\u00e9v\u00e8le sa dimension toute initiatique. Pour pouvoir acc\u00e9der \u00e0 la gr\u00e2ce d\u2019<strong>\u00ab embrasser \u00bb \u00ab l\u2019Aube \u00bb<\/strong>, il faudra passer trois \u00e9preuves de plus en plus ardues, absconses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re entreprise fut, dans le sentier empli de frais et bl\u00eames \u00e9clats, une fleur qui me dit son nom.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Rimbaud disait d\u00e9j\u00e0 dans sa fameuse <strong>\u00ab Lettre du voyant \u00bb<\/strong> \u00e0 Paul Demeny&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La premi\u00e8re \u00e9tude de l&rsquo;homme qui veut \u00eatre po\u00e8te est sa propre connaissance, enti\u00e8re. Il cherche son \u00e2me, il l&rsquo;inspecte, il la tente, l&rsquo;apprend. D\u00e8s qu&rsquo;il la sait, il la doit cultiver&nbsp;: cela semble simple&nbsp;: en tout cerveau s&rsquo;accomplit un d\u00e9veloppement naturel&nbsp;; tant d&rsquo;\u00e9go\u00efstes se proclament auteurs&nbsp;; il en est bien d&rsquo;autres qui s&rsquo;attribuent leur progr\u00e8s intellectuel&nbsp;! \u2014 Mais il s&rsquo;agit de faire l&rsquo;\u00e2me monstrueuse&nbsp;: \u00e0 l&rsquo;instar des comprachicos, quoi&nbsp;! Imaginez un homme s&rsquo;implantant et se cultivant des verrues sur le visage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019abord, Rimbaud met en garde&nbsp;: s\u2019il doit se conna\u00eetre soi-m\u00eame et chercher en soi et d\u00e9couvrir aux deux acceptations du terme son universalit\u00e9 au point de la faire ressentir comme singuli\u00e8re, comme une <strong>\u00ab inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00bb <\/strong>pour reprendre prospectivement ici l\u2019expression c\u00e9l\u00e8bre de Freud, la faire ressentir \u00e0 son <strong>\u00ab&nbsp;hypocrite lecteur, [s]on semblable, [s]on fr\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/strong>, aveugle, lui,\u2026 il importe \u00e9galement que \u2014&nbsp;se reconnaissant <strong>\u00ab&nbsp;comme un morceau de la Nature \u00bb<\/strong> comme le formulera plus tard le philosophe pr\u00e9-\u00e9cologiste Emmanuel Berl&nbsp;\u2014 l\u2019apprenti po\u00e8te connaisse parfaitement la Nature-M\u00e8re, m\u00e8re et amante, dans le moindre d\u00e9tail de toutes ses manifestations. Aux jeunes intellectuels parisiens qui d\u00e9barquaient dans la communaut\u00e9 paysanne et mystique du Contadour, venus souvent des \u201cgrandes \u00e9coles\u201c de Paris ou d\u2019ailleurs, provocateur, comme un ma\u00eetre bouddhiste cherchant \u00e0 r\u00e9veiller, \u00e0 \u00e9veiller son disciple, Jean Giono lan\u00e7ait souvent&nbsp;:<strong> \u00ab Que sais-tu toi, qui ne sais m\u00eame pas nommer le vent, dire d\u2019o\u00f9 vient le vent&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/strong> Ainsi, \u00e0 quelle r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 quelle v\u00e9rit\u00e9 pourrait pr\u00e9tendre en effet un po\u00e8te, qui ne saurait m\u00eame pas reconna\u00eetre une fleur, rien qu\u2019au parfum, rien qu\u2019\u00e0 l\u2019odeur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, cela ne suffirait pas&nbsp;: voici la seconde <strong>\u00ab entreprise \u00bb<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ris au <em>Wasserfall<\/em> blond qui s\u2019\u00e9chevela \u00e0 travers les sapins&nbsp;: \u00e0 la cime argent\u00e9e je reconnus la d\u00e9esse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas si difficile de fait \u00e0 d\u00e9crypter, pour qui a d\u00e9j\u00e0 un peu m\u00e9dit\u00e9, et sur la vie et sur le monde&nbsp;: derri\u00e8re les choses, il y a des choses&nbsp;: il faut savoir les reconna\u00eetre&nbsp;! Baudelaire d\u00e9j\u00e0 le disait magistralement dans son <strong>\u00ab Art po\u00e9tique \u00bb<\/strong>,le po\u00e8me <strong>\u00ab&nbsp;Correspondances&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/strong>: <strong>\u00ab La Nature est un temple o\u00f9 de vivants piliers \/ Laissent parfois sortir de confuses paroles \/ L\u2019homme y passe \u00e0 travers des for\u00eats de symboles &nbsp;\/ Qui l\u2019observent avec des regards familiers. \u00bb<\/strong>&nbsp;Nerval, que Baudelaire admirait tant parce qu\u2019il le pr\u00e9c\u00e9dait dans ses intuitions, ne disait pas autre chose, dans <strong>\u00ab Vers dor\u00e9s&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;: <strong>\u00ab Homme&nbsp;! libre penseur \u2014 te crois-tu seul pensant \/ Dans ce monde o\u00f9 la vie \u00e9clate en toute chose&nbsp;: \/ Des forces que tu tiens ta libert\u00e9 dispose, \/ Mais de tous tes conseils l\u2019univers est absent. \/\/ Respecte dans la b\u00eate un esprit agissant&nbsp;: \/ Chaque fleur est une \u00e2me \u00e0 la Nature \u00e9close&nbsp;; \/ Un myst\u00e8re d\u2019amour dans le m\u00e9tal repose&nbsp;: \/ \u201cTout est sensible&nbsp;!\u201c \u2014 Et tout sur ton \u00eatre est puissant&nbsp;! \/\/ Crains dans le mur aveugle un regard qui t\u2019\u00e9pie \/ \u00c0 la mati\u00e8re m\u00eame un verbe est attach\u00e9\u2026 \/ Ne la fait pas servir \u00e0 quelque usage impie&nbsp;! \/\/ Souvent dans l\u2019\u00eatre obscur habite un Dieu cach\u00e9&nbsp;; \/ Et comme un \u0153il naissant couvert par ses paupi\u00e8res, \/ Un pur esprit s\u2019accro\u00eet sous l\u2019\u00e9corce des pierres&nbsp;! \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>Ainsi, le narrateur-po\u00e8te d\u2019<strong>\u00ab Aube \u00bb<\/strong> allait-il \u00ab reconna\u00eetre \u00bb <strong>\u00ab la d\u00e9esse \u00bb<\/strong>, \u00e0 la <strong>\u00ab&nbsp;cime argent\u00e9e \u00bb<\/strong> des sapins&nbsp;?\u2026 Allait-il entrevoir au passage sa suivante&nbsp;: l\u2019ondine blonde, qui plongea du sommet de la cascade dans les flots pour tenter d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son regard&nbsp;? \u2026 \u2026 \u2026&nbsp; Oui&nbsp;!\u2026 Et c\u2019est d\u2019un rire pr\u00e9-nietzsch\u00e9en qu\u2019il salue sa victoire \u00e0 cette \u00e9preuve seconde qui consistait \u00e0 v\u00e9rifier s\u2019il avait ou non en lui l\u2019intuition, le don de double vue, le don de voir ce qui se cache de divinit\u00e9 sous les choses, \u00e0 v\u00e9rifier s\u2019il \u00e9tait ou non capable de sentir puis de voir, d\u2019entrevoir les forces cach\u00e9es, et toutes puissantes sur lui et sur ses <strong>\u00ab semblables \u00bb<\/strong>, de la Nature omnipr\u00e9sente, de la Nature qui pr\u00e9existait et qui peut-\u00eatre survivra \u00e0 l\u2019homme, de la Nature \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me \u00e9preuve est \u00e9videmment de toutes la plus subtile, la plus inattendue, la plus surprenante, d\u00e9stabilisante, la plus ind\u00e9tectable, la plus difficile \u00e0 passer, et c\u2019est pourquoi elle constitue le s\u00e9same qui m\u00e8ne \u00e0 terme \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;Illumination \u00bb, \u00e0 la victoire, \u00e0 ses <strong>\u00ab lauriers \u00bb<\/strong>. Triompher de la troisi\u00e8me \u00e9preuve ne peut \u00e9videmment pas se faire sans avoir triomph\u00e9 de la seconde qui permet d\u00e9j\u00e0 de lever des <strong>\u00ab&nbsp;voiles \u00bb<\/strong>&nbsp;; et d\u00e8s lors une question se pose&nbsp;: si la d\u00e9esse est d\u00e9masqu\u00e9e, d\u00e9couverte \u00e0 demi, va-t-elle pour autant se donner&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors je levai un \u00e0 un les voiles. Dans l\u2019all\u00e9e, en agitant les bras. Par la plaine, o\u00f9 je l\u2019ai d\u00e9nonc\u00e9e au coq. \u00c0 la grand\u2019ville elle fuyait parmi les clochers et les d\u00f4mes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certes, on sait que Rimbaud, selon les t\u00e9moignages de Paul Verlaine, serait l\u2019auteur d\u2019un recueil, d\u2019un po\u00e8me g\u00e9nial, voire surhumain, intitul\u00e9 <strong>\u00ab La Chasse spirituelle \u00bb<\/strong>, qui, par les mains de Mathilde Maut\u00e9 de Fleurville, l\u2019\u00e9pouse jalouse de Verlaine, finira dans la chemin\u00e9e avec les lettres envoy\u00e9es par le jeune Ardennais au <strong>\u00ab Pauvre L\u00e9lian \u00bb<\/strong>&nbsp;; certes, dans une premi\u00e8re acception du terme <strong>\u00ab&nbsp;je la chassais \u00bb<\/strong> signifie objectivement et prosa\u00efquement que le narrateur-po\u00e8te court apr\u00e8s <strong>\u00ab l\u2019Aube \u00bb<\/strong> comme un chasseur apr\u00e8s sa proie\u2026&nbsp;mais dans un second temps, une seconde acception du terme s\u2019impose, et affirme qu\u2019il la cong\u00e9die, voyant qu\u2019elle se refuse, qu\u2019il y renonce, en d\u2019autres termes qu\u2019il admet qu\u2019elle ne lui appartient pas, qu\u2019elle ne peut lui appartenir, qu\u2019elle n\u2019appartient \u00e0 personne, qu\u2019elle n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 elle-m\u00eame, et qu\u2019un tel \u00eatre ne se conna\u00eet ainsi \u2014 au sens biblique \u2014 que s\u2019il se donne&nbsp;; ce qui veut dire qu\u2019au-del\u00e0 du geste d\u2019orgueil outrag\u00e9 de celui qui cong\u00e9die, qui \u00ab&nbsp;chasse&nbsp;\u00bb, il faut entendre qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 c\u2019est un geste d\u2019humilit\u00e9 profonde qui fait le constat, qui avoue que cet \u201c\u00eatre\u201c ne peut \u00eatre conquis, soumis, qu\u2019il ne peut d\u00e8s lors que se donner, et que s\u2019il y conssent, il convient de consid\u00e9rer cela comme une gr\u00e2ce, comme La Gr\u00e2ce ultime.<\/p>\n\n\n\n<p>La V\u00e9rit\u00e9, l\u2019Illumination, personne ne la poss\u00e8de, personne ne peut la poss\u00e9der&nbsp;: elle se donne, elle vous \u00e9chappe en se donnant, elle vous traverse \u2014 <strong>\u00ab un \u00e9clair, puis la nuit [\u2026] \u00bb<\/strong> comme dirait Baudelaire dans son po\u00e8me <strong>\u00ab \u00c0 une passante \u00bb<\/strong> \u2014&nbsp;; ensuite ne reste, ne reste ensuite que le <strong>\u00ab passage de sa Visitation \u00bb<\/strong> &nbsp;pour reprendre la belle formule du po\u00e8te Andr\u00e9 Fr\u00e9naud\u2026 La V\u00e9rit\u00e9, l\u2019Illumination, selon l\u2019esprit des <strong>\u00ab B\u00e9atitudes \u00bb,<\/strong> ne se donne en somme qu\u2019aux humbles, qu\u2019\u00e0 ceux qui ont reconnu leur pauvret\u00e9 absolue&nbsp;: <strong>\u00ab Heureux&nbsp;! les pauvres&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/strong>, l\u2019Illumination est \u00e0 eux le temps d\u2019un \u00e9clair absolu, une acm\u00e9, o\u00f9 la vie se r\u00e9sume, s\u2019accomplit soudain toute enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le prologue d\u2019<strong><em>Une saison en enfer<\/em><\/strong>, on peut lire&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Un soir, j\u2019ai assis la Beaut\u00e9 sur mes genoux \u2013 Et je l\u2019ai trouv\u00e9e am\u00e8re. \u2014 Et je l&rsquo;ai injuri\u00e9e. \u00bb &nbsp;<\/strong>Cela n\u2019est pas sans \u00e9voquer immanquablement la toute fin de <strong>\u00ab D\u00e9lires II, Alchimie du verbe \u00bb<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 damn\u00e9 par l&rsquo;arc-en-ciel. Le Bonheur \u00e9tait ma fatalit\u00e9, mon remords, mon ver : ma vie serait toujours trop immense pour \u00eatre d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 la force et \u00e0 la beaut\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Le Bonheur ! Sa dent, douce \u00e0 la mort, m&rsquo;avertissait au chant du coq, \u2014 <em>ad matutinum<\/em>, au <em>Christus venit<\/em>, \u2014 dans les plus sombres villes :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d4 saisons, \u00f4 ch\u00e2teaux !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelle \u00e2me est sans d\u00e9fauts ?<\/strong> \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J&rsquo;ai fait la magique \u00e9tude<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du bonheur, qu&rsquo;aucun n&rsquo;\u00e9lude.<\/strong>  \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Salut \u00e0 lui, chaque fois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que chante le coq gaulois.<\/strong>  \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ah ! je n&rsquo;aurai plus d&rsquo;envie :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il s&rsquo;est charg\u00e9 de ma vie.<\/strong>  \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce charme a pris \u00e2me et corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et dispers\u00e9 les efforts.<\/strong>  \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d4 saisons, \u00f4 ch\u00e2teaux !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;heure de sa fuite, h\u00e9las !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>Sera l&rsquo;heure du tr\u00e9pas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00d4 saisons, \u00f4 ch\u00e2teaux !<\/strong>  \/\/<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cela s&rsquo;est pass\u00e9. Je sais aujourd&rsquo;hui saluer la beaut\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, dans ce po\u00e8me laconique et faussement obscur en vers le mot <strong>\u00ab&nbsp;bonheur&nbsp;\u00bb<\/strong> laisse momentan\u00e9ment place \u00e0 cet autre mot plus all\u00e9gorique&nbsp;: <strong>\u00ab l\u2019Aube \u00bb<\/strong> dans le texte qui nous int\u00e9resse&nbsp;; mais on retrouve pourtant le coq \u00e0 qui Rimbaud a d\u00e9nonc\u00e9 <strong>\u00ab la d\u00e9esse&nbsp;\u00bb<\/strong> dans <strong>\u00ab&nbsp;Aube \u00bb<\/strong>. En somme, c\u2019est par-del\u00e0 l\u2019\u00e9chec, par-del\u00e0 le sentiment de l\u2019\u00e9chec que l\u2019accomplissement s\u2019accomplit comme une r\u00e9demption, comme une Gr\u00e2ce. Pour que le bonheur se donne un jour \u00e0 vous, s\u2019\u00e9prouve, il faut d\u2019abord avoir su renoncer \u00e0 lui. Pour qu\u2019une femme se donne, il faut d\u2019abord lui prouver que l\u2019on a renonc\u00e9 \u00e0 elle, \u00e0 la poss\u00e9der. Pour que la V\u00e9rit\u00e9 ou pour que l\u2019Illumination se donne, il faut lui prouver que l\u2019on a renonc\u00e9 \u00e0 elle, \u00e0 la poss\u00e9der&nbsp;: c\u2019est l\u00e0 l\u2019\u00e9preuve ultime. C\u2019est par l\u2019\u00e9chec, le sentiment de l\u2019\u00e9chec et son aveu, que le Grand \u0152uvre en un troisi\u00e8me temps s\u2019accomplit. Sans l\u2019humilit\u00e9, sans le renoncement, sans le sentiment de l\u2019\u00e9chec et sa r\u00e9demption qui ne vient soudainement que parce qu\u2019elle est inattendue, point de Gr\u00e2ce, de Gr\u00e2ce donn\u00e9e, re\u00e7ue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En haut de la route, pr\u00e8s d\u2019un bois de lauriers, je l\u2019ai entour\u00e9e avec ses voiles amass\u00e9es, et j\u2019ai senti un peu son immense corps. L\u2019aube et l\u2019enfant tomb\u00e8rent au bas du bois.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au r\u00e9veil, il \u00e9tait midi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humilit\u00e9, le renoncement du narrateur-po\u00e8te trouve enfin l\u00e0 sa r\u00e9compense&nbsp;: il peut enlacer <strong>\u00ab&nbsp;L\u2019Aube&nbsp;\u00bb<\/strong>, malgr\u00e9 les secrets qui demeurent, malgr\u00e9 <strong>\u00ab ses voiles amass\u00e9s \u00bb<\/strong>, il peut la sentir au travers d\u2019eux et l\u2019embrasser, rouler comme la pierre de Sisyphe avec elle au bas de la montagne, de la colline, s\u2019unir \u00e0 elle, comme les initi\u00e9s des myst\u00e8res d\u2019\u00c9leusis s\u2019unissaient aux pr\u00eatresses vestales du culte des saints myst\u00e8res de C\u00e9r\u00e8s et de Dionysos, saints myst\u00e8res des sucs et des s\u00e8ves, de l\u2019ivresse de vie, dans une expansion de conscience, une apoth\u00e9ose de connaissances, d\u2019appr\u00e9hension des myst\u00e8res du monde et de la vie, dans l\u2019union d\u2019une pens\u00e9e enfin trinitaire&nbsp;: c\u0153ur, sens, esprit. Et tout s\u2019est accompli, en <strong>\u00ab&nbsp;un \u00e9clair \u00bb<\/strong>, en un \u00e9clair\u2026 un foudroiement de pl\u00e9nitude et de Lumi\u00e8re. &nbsp;<strong>\u00ab Au r\u00e9veil, il \u00e9tait midi. \u00bb<\/strong> &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Trois \u00e9tapes donc, sur le chemin de la connaissance. Trois \u00e9preuves \u00e0 passer. On ne peut que songer alors aux trois \u00e9tapes du Grand \u0152uvre alchimique, puisque Rimbaud lui-m\u00eame nous y invite avec le titre du texte phare de sa <strong><em>Saison en enfer<\/em><\/strong>&nbsp;, qui se pr\u00e9sente \u00e0 lui seul comme un manifeste, celui de son <strong>\u00ab<\/strong>&nbsp;<strong>Art po\u00e9tique&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;:<strong> \u00ab Alchimie du verbe&nbsp;\u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois \u00e9tapes du Grand \u0152uvre alchimique sont&nbsp;: premi\u00e8rement, l\u2019\u0152uvre au noir&nbsp;; secondement, l\u2019\u0152uvre au blanc&nbsp;; troisi\u00e8mement, l\u2019\u0152uvre au jaune \u2014 phase interm\u00e9diaire \u2014 qui am\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u0152uvre au rouge, r\u00e9alisation du Grand \u0152uvre. Dans l\u2019op\u00e9ration alchimique, il s\u2019agit de s\u00e9parer le souffre du mercure depuis la <em>materia prima<\/em>, cette mythique mati\u00e8re primitive et universelle, qui a servi \u00e0 Dieu pour fa\u00e7onner la terre et l\u2019\u00eatre humain, laquelle, <em>a priori <\/em>\u2014 les chimistes l\u2019ont bien prouv\u00e9 \u2014 n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la phase de \u00ab&nbsp;L\u2019\u0152uvre au noir \u00bb (<em>melanosis<\/em> en grec et <em>nigredo<\/em> en latin), il y a, sous le signe de Saturne, calcination&nbsp;: il y a mort, dissolution du mercure et coagulation du souffre. Dans L\u2019\u0152uvre au blanc (<em>leukosi<\/em>s en grec, <em>albedo<\/em> en latin) il y a sous le signe de la lune, lessivage, purification, lavage. Dans \u00ab L\u2019\u0152uvre au jaune \u00bb (<em>xanthosis<\/em> en grec, <em>citrinitas<\/em> en latin), il y a, sous le signe de V\u00e9nus, sublimation, \u00e9puration, transformation en vapeur par la chaleur&nbsp;; et, d\u00e8s lors peut s\u2019accomplir naturellement \u00ab L\u2019\u0152uvre au rouge \u00bb (<em>iosis<\/em> en grec, <em>rubedo<\/em> en latin)&nbsp;: il y a, sous le signe du soleil, incandescence, il y a union du mercure et du souffre, incarnation de l\u2019esprit, au terme. Et l\u2019id\u00e9e g\u00e9niale de Rimbaud, c\u2019est que la <em>materia prima<\/em>, si l\u2019on croit <strong><em>La Gen\u00e8se<\/em><\/strong> dans <strong><em>La Bible<\/em><\/strong>, ne pouvait \u00eatre, ne pourrait \u00eatre, ne saurait \u00eatre que \u00ab le verbe&nbsp;\u00bb&nbsp;; d\u2019o\u00f9 <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019Alchimie du verbe \u00bb. \u00ab Au commencement \u00e9tait le Verbe. Et le Verbe s\u2019est fait chair [\u2026]. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et voici sur par quelle phrase Rimbaud choisit de conclure ou plut\u00f4t d\u2019ouvrir son po\u00e8me <strong>\u00ab Alchimie du Verbe&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cela s&rsquo;est pass\u00e9. Je sais aujourd&rsquo;hui saluer la beaut\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Rimbaud, couronn\u00e9 de \u00ab laurier \u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>3\u00b0) Le retour \u00e0 l\u2019Orient, ou quand l\u2019Occident bavard s\u2019efface devant l\u2019Orient, laisse place \u00e0 \u00ab la patrie primitive \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On sait combien le chiffre trois est symbolique, mais l\u2019on croit souvent qu\u2019il ne l\u2019est qu\u2019en Occident&nbsp;; or, c\u2019est faux&nbsp;: il l\u2019est \u00e9galement en Orient. Dans la pens\u00e9e bouddhiste, on retrouve les trois \u00e9tapes de l\u2019initiation alchimique qui m\u00e8ne au Grand \u0152uvre. Il y a plusieurs versions de la chose qui content qu\u2019il y a trois \u00e9tapes dans le parcours de l\u2019imp\u00e9trant vers la sagesse bouddhiste ultime. Pour r\u00e9sumer, il est une premi\u00e8re \u00e9tape, laquelle correspond sans doute \u00e0 l\u2019enfance, o\u00f9 pour l\u2019imp\u00e9trant, l\u2019eau est eau, la terre est terre, le feu est feu, l\u2019air est air. Il est une seconde \u00e9tape, laquelle correspond \u00e0 l\u2019adolescence sans doute, une p\u00e9riode de crise et de mise en doute de tout, o\u00f9, pour l\u2019imp\u00e9trant, l\u2019air n\u2019est plus air, le feu n\u2019est plus feu, la terre n\u2019est plus terre, et l\u2019eau n\u2019est plus eau. Il est une troisi\u00e8me \u00e9tape enfin, laquelle correspond \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, \u00e0 la maturit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on triomphe parfois des emb\u00fbches pour les \u00e2mes fortes et d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 se r\u00e9aliser&nbsp;: l\u2019eau alors redevient eau, mais n\u2019est plus seulement eau&nbsp;; la terre redevient terre, mais n\u2019est plus seulement terre&nbsp;; l\u2019air redevient air mais n\u2019est plus seulement air&nbsp;; le feu redevient feu mais n\u2019est plus seulement feu&nbsp;: car il est apparu au-del\u00e0 des tribulations, comme une \u00e9vidence, que derri\u00e8re les \u00e9l\u00e9ments se cachent des forces, des forces sup\u00e9rieures et occultes, qui les animent, les prolongent, les relient \u00e0 un au-del\u00e0 toujours pr\u00e9sent. C\u2019est bien exactement l\u00e0 ce qui nous est d\u00e9crit au travers des trois \u00e9tapes, des trois \u00e9preuves que le narrateur-po\u00e8te doit subir dans notre po\u00e8me pour pouvoir parvenir enfin \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019Illumination \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Orient&nbsp;! \u2026&nbsp;\u2026 \u2026 L\u2019Orient mythique&nbsp;! \u2026&nbsp;Le cerveau et l\u2019imaginaire de Rimbaud en sont pleins&nbsp;! H\u00e9ritier des romantismes \u00e0 la fois allemand et fran\u00e7ais, n\u00e9 litt\u00e9rairement au point exact et m\u00e9dian de leur convergence, Rimbaud n\u2019a certes pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ce fantasme universel en Europe depuis le milieu du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9chappatoire onirique vers l\u2019Orient, la n\u00e9cessit\u00e9 du <strong>\u00ab&nbsp;voyage en Orient \u00bb<\/strong> ou du retour \u00e0 l\u2019Orient, qui caract\u00e9rise la po\u00e9sie occidentale de la seconde moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et de tout le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, en somme le mouvement profond, le mouvement occulte du mouvement romantique en Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui a sans doute provoqu\u00e9 cet engouement, ce fantasme, ce mirage ou cet id\u00e9al, au mitan du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, au moment o\u00f9, en Angleterre le capitalisme naissait avec l\u2019industrialisation qui allait consacrer \u2014&nbsp;les po\u00e8tes l\u2019ont vite compris \u00ad\u2014 le triomphe du mat\u00e9rialisme, au d\u00e9triment des croyances, de l\u2019univers des l\u00e9gendes, du merveilleux et de l\u2019enchantement, c\u2019est la d\u00e9couverte de l\u2019univers des <strong><em>Contes des Mille et une nuits,<\/em><\/strong> qui avaient commenc\u00e9 par \u00eatre popularis\u00e9 par la premi\u00e8re traduction et r\u00e9\u00e9criture paraphras\u00e9e et les compilations surtout du Fran\u00e7ais Antoine Galland de 1704 \u00e0 1717&nbsp;; Jacques Cazotte dans le second quart du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle lui prit le pas, et, d\u00e8s lors les traductions prolif\u00e9r\u00e8rent avec rivalit\u00e9 en Europe vers la fin des ann\u00e9es de 1830. M\u00eame Voltaire fut atteint de cette \u201corientalite\u201c&nbsp;; apr\u00e8s lui, de Chateaubriand \u00e0 Claudel, les auteurs fran\u00e7ais \u2014 entre autres&nbsp;\u2014 voulurent presque tous, quand ils en avaient les moyens, faire leur <strong>\u00ab voyage en Orient \u00bb<\/strong>&nbsp;; les fantasmes de fuite ou de d\u00e9couverte d\u2019une panac\u00e9e salvatrice, de Victor Hugo \u00e0 Segalen, les portant de plus en plus \u00e0 l\u2019Est, vers l\u2019Extr\u00eame-Orient. L\u2019imaginaire litt\u00e9raire romantique fran\u00e7ais partit donc de l\u2019Espagne anciennement occup\u00e9e o\u00f9 circule encore le sang maure pour aller jusqu\u2019au maghreb, puis au machrek, puis en Perse d\u00e9j\u00e0 pour Goethe, en Chine d\u00e9j\u00e0 pour Baudelaire, enfin, au-del\u00e0 du mouvement, en Chine pour Claudel et pour Segalen. &nbsp;Rimbaud, lui, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 en esprit jusqu\u2019en Extr\u00eame-Orient, au Japon, comme on va pouvoir le voir de mani\u00e8re pr\u00e9cise et indubitable.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 Goethe r\u00eavait dans son <strong><em>Div\u00e2n occidental- oriental,<\/em> <em>West-\u00f6stlicher Divan<\/em><\/strong>, r\u00e9dig\u00e9 de 1819 \u00e0 1827, \u00e0 la Perse, \u00e0 sa grande civilisation.&nbsp; Toute la grande po\u00e9sie occidentale \u00e0 compter de l\u2019\u00e9poque romantique n\u2019est qu\u2019un grand r\u00eave de retour \u00e0 l\u2019Orient, \u00e0 <strong>\u00ab la patrie primitive&nbsp;\u00bb<\/strong> comme dira Rimbaud. Le r\u00eave de l\u2019Orient dans le romantisme est partout pr\u00e9sent. Quitter&nbsp; <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019Europe aux anciens parapets \u00bb <\/strong>comme l\u2019annonce Rimbaud dans son po\u00e8me-phare manifeste&nbsp;: <strong>\u00ab Le Bateau ivre \u00bb<\/strong>, voil\u00e0 la tentation, sinon l\u2019objet de tout projet qui tente de s\u2019affirmer.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il avait entrevue la chose et sa n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e8s <strong>\u00ab Le Bateau ivre \u00bb<\/strong>, Rimbaud va pr\u00e9ciser le projet et dresser le r\u00e9quisitoire de l\u2019Occident clairement dans son texte flamboyant m\u00e9t\u00e9ore et volcanique <strong>Une saison en enfer<\/strong>, dans le po\u00e8me <strong>\u00ab&nbsp;L\u2019Impossible&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M&rsquo;\u00e9tant retrouv\u00e9 deux sous de raison \u2014 \u00e7a passe vite ! \u2014 je vois que mes malaises viennent de ne m&rsquo;\u00eatre pas figur\u00e9 assez t\u00f4t que nous sommes \u00e0 l&rsquo;Occident. Les marais occidentaux&nbsp;! Non que je croie la lumi\u00e8re alt\u00e9r\u00e9e, la forme ext\u00e9nu\u00e9e, le mouvement \u00e9gar\u00e9&#8230; Bon ! voici que mon esprit veut absolument se charger de tous les d\u00e9veloppements cruels qu&rsquo;a subis l&rsquo;esprit depuis la fin de l&rsquo;Orient&#8230; Il en veut, mon esprit !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8230; Mes deux sous de raison sont finis ! L&rsquo;esprit est autorit\u00e9, il veut que je sois en Occident. Il faudrait le faire taire pour conclure comme je voulais. [\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>N&rsquo;est-ce pas parce que nous cultivons la brume ? Nous mangeons la fi\u00e8vre avec nos l\u00e9gumes aqueux. Et l&rsquo;ivrognerie&nbsp;! et le tabac ! et l&rsquo;ignorance ! et les d\u00e9vouements&nbsp;! \u2014 Tout cela est-il assez loin de la pens\u00e9e de la sagesse de l&rsquo;Orient, la patrie primitive ? Pourquoi un monde moderne, si de pareils poisons s&rsquo;inventent !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les gens d&rsquo;\u00c9glise diront : C&rsquo;est compris. Mais vous voulez parler de l&rsquo;\u00c9den. Rien pour vous dans l&rsquo;histoire des peuples orientaux. \u2014 C&rsquo;est vrai ; c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00c9den que je songeais ! Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est pour mon r\u00eave, cette puret\u00e9 des races antiques !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les philosophes : Le monde n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e2ge. L&rsquo;humanit\u00e9 se d\u00e9place, simplement. Vous \u00eates en Occident, mais libre d&rsquo;habiter dans votre Orient, quelque ancien qu&rsquo;il vous le faille, \u2014 et d&rsquo;y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous \u00eates de votre Occident.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le retour \u00e0 <strong>\u00ab la patrie primitive \u00bb<\/strong> donc&nbsp;; <strong>\u00ab vivre dans [notre] Orient, quelque ancien qu\u2019il [n]ous le faille \u00bb&nbsp;<\/strong>: tout est donc dit&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a trois \u00e9tapes vers le chemin de la sagesse dans le bouddhisme avons-nous dit d\u00e9j\u00e0, comme il y a trois \u00e9tapes dans le chemin alchimique abrupt et exigeant, presque abscons, qui m\u00e8ne au Grand \u0152uvre. Dans la mystique bouddhiste Zen, il y a trois supports de la m\u00e9ditation qui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019illumination, au \u00ab&nbsp;<em>nirvana<\/em>&nbsp;\u00bb, au \u00ab&nbsp;<em>satori<\/em>&nbsp;\u00bb. Avec Arthur Rimbaud, avant Claudel et Segalen, nous voici en Extr\u00eame-Orient, non pas en Chine, mais au Japon, au-del\u00e0 donc&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier support de la m\u00e9ditation pour certaines \u00e9coles de la mystique Zen, c\u2019est le tir \u00e0 l\u2019arc&nbsp;; et l\u2019on cite toujours \u00e0 ce titre l\u2019exemple du vieux Grand Ma\u00eetre, qui, \u00e0 l\u2019issue de sa m\u00e9ditation, parvenu \u00e0 l\u2019illumination, ayant mis sa fl\u00e8che au c\u0153ur de la cible, et, \u00e0 qui on pr\u00e9sentait l\u2019arc qu\u2019on lui avait retir\u00e9 des mains alors qu\u2019il revenait \u00e0 la conscience ordinaire, quittant les sph\u00e8res de la supra conscience donc, demandait toujours avec surprise en regardant l\u2019arc&nbsp;: \u00ab Qu\u2019est-ce donc&nbsp;?&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second support de la m\u00e9ditation dans la mystique Zen, c\u2019est la peinture&nbsp;; et l\u2019on cite toujours \u00e0 ce titre l\u2019exemple du vieux Grand Ma\u00eetre, qui, \u00e0 l\u2019issue de sa m\u00e9ditation, parvenu \u00e0 l\u2019illumination, dans un \u00e9tat second, en une seconde n\u2019avait trac\u00e9 \u00e0 l\u2019encre sur la papier de riz devant lui ou le kak\u00e9mono, qu\u2019un simple trait courbe, mais qui symbolisait, comme une \u00e9vidence pour tous, parfaitement l\u2019horizon&nbsp;; \u00e0 cet \u00e9gard il est une anecdote relative \u00e0 Goethe, qui relie le Ma\u00eetre japonais au Ma\u00eetre allemand&nbsp;; une nuit, G\u0153the, qui comme tous les \u00e9crivains avait aupr\u00e8s de son lit de quoi \u00e9crire, r\u00e9veill\u00e9 par elle est travers\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e sublime qui devrait pouvoir sauver enfin l\u2019humanit\u00e9&nbsp;; trouvant \u00e0 t\u00e2tons l\u2019encrier et le papier, sans rallumer la chandelle, il la note, et se rendort convaincu que toute mis\u00e8re pour les hommes, pour le genre humain, est d\u00e9sormais exorcis\u00e9e, bannie, chass\u00e9e&nbsp;; le lendemain au r\u00e9veil, il se pr\u00e9cipite sur le papier o\u00f9 il a not\u00e9 cette id\u00e9e sublime qui ne peut lui avoir \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e que par la volont\u00e9 divine, par la Gr\u00e2ce, et ne voit qu\u2019un trait courbe, s\u00e9parant le papier en deux, dont il ne comprend plus \u2014 h\u00e9las&nbsp;! pour nous&nbsp;! h\u00e9las&nbsp;! pour lui&nbsp;! \u2014 la signification.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me support de la m\u00e9ditation dans la mystique Zen, c\u2019est la po\u00e9sie, sous la forme br\u00e8ve et ultra concise du ha\u00efka\u00ef, qui ne comprend que dix-sept syllabes souvent divis\u00e9es en deux vers, parfois en trois. Assis en position du lotus, le po\u00e8te, avec devant lui, comme pour le peintre, encre et papier de riz, m\u00e9dite d\u2019abord devant un paysage ou face \u00e0 un \u00eatre ou un objet, ou face au vide, et, quand l\u2019illumination le saisit, dans un \u00e9tat second, \u00e9crit en deux ou trois vers ses dix-sept syllabes qui contiennent \u00e0 eux seuls le myst\u00e8re du monde et de l\u2019instant. Si l\u2019illumination s\u2019est produite apr\u00e8s une m\u00e9ditation devant un paysage, s\u2019il a ce qu\u2019il faut pour le faire, le m\u00e9ditant, l\u2019illumin\u00e9 peut alors inscrire ce ha\u00efka\u00ef sur une pierre, dans le paysage o\u00f9 l\u2019illumination a eu lieu pour favoriser l\u2019illumination chez l\u2019\u00e9tranger de passage, le passant de hasard&nbsp;; c\u2019est ce que le po\u00e8te Victor Segalen appellera une <strong>\u00ab st\u00e8le \u00bb<\/strong>. &nbsp;Matsuo Bash\u00f4, un po\u00e8te japonais du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, fut sans doute le plus grand po\u00e8te de ha\u00efkus de l\u2019Histoire de l\u2019humanit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Brume et pluie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fuji cach\u00e9. Mais maintenant je vais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Content.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Gageons que Bash\u00f4, embrassant l\u2019esprit du mont Fuji, sentant un peu <strong>\u00ab&nbsp;son immense corps \u00bb<\/strong> par-del\u00e0 les <strong>\u00ab voiles amass\u00e9s \u00bb<\/strong> de la Brume, apr\u00e8s avoir \u00e9crit ce ha\u00efka\u00ef, roula avec lui, avec le dieu Fuji, sur son versant, jusqu\u2019\u00e0 sa base pour s\u2019endormir en l\u2019enla\u00e7ant, et qu\u2019<strong>\u00ab au r\u00e9veil <\/strong>[pour lui]<strong> il \u00e9tait midi. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si Rimbaud, au d\u00e9part, avait trouv\u00e9 pour titre \u00e0 son recueil, <strong><em>Painting Plates<\/em><\/strong>, il l\u2019a abandonn\u00e9 au profit d\u2019un autre plus que clairement oriental et bouddhiste, m\u00eame bouddhiste Zen&nbsp;: <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>. Que l\u2019on observe la mise en page du po\u00e8me <strong>\u00ab&nbsp;Aube \u00bb<\/strong>, et l\u2019on verra clairement et assez rapidement qu\u2019Arthur Rimbaud a ins\u00e9r\u00e9 un po\u00e8me de type occidental explicatif \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un ha\u00efka\u00ef&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai embrass\u00e9 l\u2019aube d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au r\u00e9veil il \u00e9tait midi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avec ce ha\u00efka\u00ef, tout est dit, mais pour que le public occidental le comprenne et puisse recevoir le message spirituel, philosophique, il convenait de l\u2019aider de mani\u00e8re p\u00e9dagogique, en ins\u00e9rant un po\u00e8me occidental, en somme explicatif, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du ha\u00efka\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, Rimbaud aurait pu garder son illumination pour lui, pour lui seul, et ne pas chercher \u00e0 la partager&nbsp;; il l\u2019a fait au reste pour bon nombre des autres po\u00e8mes des <strong><em>Illuminations<\/em><\/strong>, que l\u2019on n\u2019a pas fini de vouloir tenter de commenter, et, le plus souvent, sans succ\u00e8s&nbsp;; mais c\u2019est mal conna\u00eetre Rimbaud que de le prendre pour un po\u00e8te prof fonctionnaire bourgeois \u00e0 la Mallarm\u00e9, qui se satisfait de l\u2019herm\u00e9tisme, et se drape dans sa toge d\u2019\u00eatre suppos\u00e9 sup\u00e9rieur avant de s\u2019offrir aux lecteurs, aux lecteurs et aux critiques. Parmi ses <strong>\u00ab&nbsp;Illuminations \u00bb<\/strong>, Rimbaud a voulu mettre, pour favoriser la lecture de tous ses autres po\u00e8mes, une sorte de \u201cmode d\u2019emploi\u201c, en un mot, un <strong>\u00ab&nbsp;Art po\u00e9tique \u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est deux types de bouddhas&nbsp;: ceux qui gardent le secret du chemin qui les a men\u00e9s \u00e0 l\u2019illumination pour eux, et il est aussi les boddhisatvas, les bouddhas compatissants, qui prennent le temps d\u2019expliquer \u00e0 leurs fr\u00e8res et s\u0153urs comment on parvient au <em>nirvana<\/em>, au <em>satori<\/em>, bref en un mot un seul \u00e0 l\u2019illumination. C\u2019est ce que Rimbaud a fait dans son po\u00e8me <strong>\u00ab&nbsp;Aube \u00bb<\/strong>, il a pris le temps d\u2019\u00e9crire l\u00e0 un \u00ab Art po\u00e9tique \u00bb, communiste et fraternel, pour partager son savoir avec ses fr\u00e8res, ses camarades et ses s\u0153urs \u2014 car, enfin, n\u2019oublions pas sa pr\u00e9diction dans sa <strong>\u00ab Lettre du Voyant \u00bb<\/strong>&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Quand sera bris\u00e9 l&rsquo;infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l&rsquo;homme \u2014 jusqu&rsquo;ici abominable, \u2014&nbsp; lui ayant donn\u00e9 son renvoi, elle sera po\u00e8te, elle aussi&nbsp;! La femme trouvera de l&rsquo;inconnu&nbsp;! Ses mondes d&rsquo;id\u00e9es diff\u00e9reront-ils des n\u00f4tres&nbsp;? \u2014 Elle trouvera des choses \u00e9tranges, insondables, repoussantes, d\u00e9licieuses&nbsp;; nous les prendrons, nous les comprendrons \u00bb <\/strong>\u2014&nbsp;; il a pris le temps de montrer \u201ccomment il faut faire\u201c pour devenir \u00ab&nbsp;po\u00e8te \u00bb, pour <strong>\u00ab&nbsp;embrasse[r] l\u2019aube d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00bb<\/strong>, pour s\u2019\u00e9veiller enfin, se r\u00e9veiller et conna\u00eetre le <strong>\u00ab midi \u00bb<\/strong> de la pens\u00e9e, de la conscience de soi, d\u2019\u00eatre au monde, le <strong>\u00ab&nbsp;midi \u00bb<\/strong> de la pens\u00e9e en expansion de conscience. Sur ce concept de <strong>\u00ab&nbsp;midi&nbsp;\u00bb<\/strong>, d\u2019un <strong>\u00ab midi \u00bb <\/strong>all\u00e9gorique d\u2019un accomplissement, d\u2019une pl\u00e9nitude, Nietzsche, Val\u00e9ry, Char, feront \u00e9cho.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des artistes qui choisissent l\u2019herm\u00e9tisme et d\u2019autres la vulgarisation pour favoriser le partage&nbsp;; ceux qui choisissent de vulgariser leur savoir, de le partager, sont \u00e9videmment les plus grands, parce que les plus indispensables&nbsp;; les \u0153uvres des autres, si suppos\u00e9es \u201cgrandes\u201c soient-elles ne sont jamais de fait que de tristes <strong>\u00ab abolis bibelots d\u2019inanit\u00e9s sonores \u00bb<\/strong> mallarm\u00e9ens, qui, en v\u00e9rit\u00e9, ne servent \u00e0 rien, ni \u00e0 personne&nbsp;; quand il \u00e9crit <strong>\u00ab Aube&nbsp;\u00bb<\/strong>, c\u2019est le ressenti de Rimbaud&nbsp;; en pleine r\u00e9daction, conception de ses <strong>Illuminations<\/strong>, il ressent soudain le go\u00fbt du partage.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, ne croyez pas pour autant que Rimbaud s\u2019en conte sur ce qu\u2019il \u00e9crit, que Rimbaud est dupe sur ce r\u00f4le qu\u2019il accepte de jouer, ponctuellement, que Rimbaud extrapole et se m\u00e9prend sur le r\u00f4le que pourrait jouer la litt\u00e9rature et sur l\u2019influence qu\u2019elle pourrait avoir sur le r\u00e9el, sur les destins. La litt\u00e9rature ne fut pour lui qu\u2019un brouillon, et qu\u2019une exp\u00e9rience, qu\u2019un tremplin, \u00e0 la recherche qu\u2019il \u00e9tait plut\u00f4t d\u2019une planche de salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il demeure que le soleil se l\u00e8ve \u00e0 l\u2019Est et se couche \u00e0 l\u2019Ouest&nbsp;; la civilisation s\u2019\u00e9veille \u00e0 l\u2019Orient et s\u2019endort \u00e0 l\u2019Occident, appara\u00eet \u00e0 l\u2019Orient, puis dispara\u00eet \u00e0 l\u2019Occident\u2026 Qui pourrait le nier&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Trouver la source, y retourner&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Que reste-t-il du po\u00e8me \u00ab Aube \u00bb une fois qu\u2019on a tout oubli\u00e9&nbsp;?\u2026 Un \u00e9blouissant ha\u00efka\u00ef o\u00f9 tout est dit et qui nous ouvre sur le myst\u00e8re de notre \u00eatre mis en abyme avec le monde&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai embrass\u00e9 l\u2019aube d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au r\u00e9veil, il \u00e9tait midi.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le monde \u00e9triqu\u00e9, \u00e2nonnant et carri\u00e9riste de la critique universitaire, qui ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 l\u2019infini, par veulerie servile, complaisante, baveuse et int\u00e9ress\u00e9e, par souci obnubil\u00e9 de promotion, les conneries parfois \u201cH\u00e9naurmes\u201c \u00e9dict\u00e9es par les directeurs de th\u00e8se, on a quand m\u00eame fini par comprendre avec le temps quoique timidement que l\u2019impressionnisme existait \u00e9galement en litt\u00e9rature avec Verlaine et Maupassant. On n\u2019a pas encore compris par contre que le japonisme, qui se manifesta en peinture en France entre autres tableaux&nbsp; avec Le <strong><em>Portrait de Zola<\/em><\/strong> en 1868 et <strong><em>La Dame aux \u00e9ventails<\/em><\/strong> d\u2019\u00c9douard Manet en 1873, \u00e9galement chez Monet et chez Van Gogh, collectionneurs \u00e9blouis d\u2019estampes japonaises d\u2019Utamaro, d\u2019Hokusa\u00ef, d\u2019Hiroshige, avec le go\u00fbt pour le jaune imp\u00e9rial qui fut affirm\u00e9 obsessionnellement \u2014 entre autres chefs-d\u2019\u0153uvre du pauvre Vincent \u2014 &nbsp;dans les tableaux des <strong><em>Tournesols<\/em><\/strong>,a \u00e9galement des repr\u00e9sentants en litt\u00e9rature, et que Rimbaud est en bonne place dans l\u2019application de cette esth\u00e9tique japonaise \u00e0 la po\u00e9sie de son temps&nbsp;; m\u00eame si les occurrences de la chose sont fugitives dans son \u0152uvre complet, elles n\u2019en sont pas moins fulgurantes et d\u00e9terminantes. Rimbaud a bien atteint <strong>\u00ab&nbsp;[son] Orient \u00bb<\/strong>, et nous invite \u00e0 l\u2019y rejoindre.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2014&gt; En suspens conclusif&nbsp;: Apr\u00e8s 1875, le \u00ab&nbsp;silence \u00bb de Rimbaud est-il la preuve d\u2019un \u00e9chec ou la preuve d\u2019un h\u00e9ro\u00efsme&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8te Ren\u00e9 Char, qui, toute sa vie, s\u2019est revendiqu\u00e9 comme \u00e9tant un h\u00e9ritier de l\u2019\u0152uvre de Rimbaud, fils spirituel, <strong>\u00ab fils du soleil \u00bb<\/strong> ind\u00e9fectible, a compos\u00e9 un livre d\u2019heures qui rend compte de son parcours de pi\u00e9ton, aventurier radical et de l\u2019\u00e2me et de la pens\u00e9e, de sa qu\u00eate inlassable au cours des ann\u00e9es, un livre qui rend hommage aux compagnons <em>Wanderer<\/em> comme lui qui l\u2019ont accompagn\u00e9, et dont le titre \u00e0 lui seul r\u00e9sume toute l\u2019\u00e9pop\u00e9e humble, inflexible et d\u00e9termin\u00e9e de sa vie&nbsp;: <strong><em>Recherche de la base et du<\/em> <em>sommet<\/em><\/strong>. Ren\u00e9 Char fait para\u00eetre ce livre-somme en 1955, soit approximativement cent ans apr\u00e8s la naissance de ce <strong>\u00ab&nbsp;passant consid\u00e9rable \u00bb <\/strong>\u2014 comme le qualifia Mallarm\u00e9 \u2014<strong>, <\/strong>r\u00e9solument d\u00e9terminant, inoubliable, que fut Rimbaud dans son \u0152uvre, son parcours, sa trajectoire, dans sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab La base \u00bb<\/strong> et le <strong>\u00ab sommet \u00bb<\/strong>&nbsp;: l\u2019illumination et la simple vie, la vie comme tout le monde, exactement comme tout le monde, oui, souvent en pire\u2026 On ne peut se faire une id\u00e9e de la valeur d\u2019un grenier, si l\u2019on ne visite pas aussi la cave \u2014 Bachelard aurait \u00e0 dire l\u00e0-dessus \u2014&nbsp;; elle est l\u2019\u00e9quivalent objectivement de la cale pour la passerelle de coup\u00e9e d\u2019un navire&nbsp;; et, pour conna\u00eetre, pour savoir la valeur du navire, il faut incontestablement avoir visit\u00e9 les deux, avoir pu les comparer, comprendre \u00e0 quel point ces deux espaces se r\u00e9pondaient, comment ils se r\u00e9pondent. Un po\u00e8te, dans son parcours, \u00e7a passe ainsi, au fil du temps, selon son rythme propre et son destin, du grenier \u00e0 la cave, de la cave au grenier, de <strong>\u00ab la base \u00bb<\/strong> au <strong>\u00ab sommet \u00bb<\/strong>, du <strong>\u00ab sommet \u00bb<\/strong> \u00e0 <strong>\u00ab la base&nbsp;\u00bb,<\/strong> &nbsp;jusqu\u2019au moment o\u00f9 la mort semble venir le fixer\u2026 mais, en v\u00e9rit\u00e9, elle ne le fixe jamais ni au grenier, ni \u00e0 la cave, ni \u00e0 la <strong>\u00ab&nbsp;base \u00bb<\/strong>, ni au <strong>\u00ab&nbsp;sommet \u00bb<\/strong>,&nbsp;ni dans la cale, ni sur la passerelle de coup\u00e9e&nbsp;: non, elle le fixe dans l\u2019amplitude qu\u2019il a su donner au mouvement de va et vient, entre l\u2019une et l\u2019autre, l\u2019autre et l\u2019une. Un vrai po\u00e8te se d\u00e9finit par le grenier et par la cave, par <strong>\u00ab la base&nbsp;\u00bb<\/strong> et par <strong>\u00ab le sommet \u00bb<\/strong>, les deux \u00e9tant indissociables. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Avant m\u00eame d\u2019\u00e9crire <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>, et ce sublime <strong>\u00ab Art po\u00e9tique \u00bb<\/strong> qu\u2019est <strong>\u00ab Aube&nbsp;\u00bb<\/strong>, Rimbaud avait d\u00e9j\u00e0 pris ses distances vis \u00e0 vis de la litt\u00e9rature, de la po\u00e9sie, s\u2019en \u00e9tait m\u00eame d\u00e9j\u00e0 distanci\u00e9 radicalement. Dans <strong><em>Une saison en enfer<\/em><\/strong>, \u00e9crit dans le grenier de la ferme familiale de Roche d\u2019o\u00f9 Rimbaud fouilla ses abysses, dans le po\u00e8me <strong>\u00ab&nbsp;L\u2019Impossible \u00bb<\/strong>, d\u00e8s l\u2019attaque du texte, comme s\u2019il revenait par avance sur ce qu\u2019il allait conter, relater dans <strong>\u00ab&nbsp;Aube&nbsp;\u00bb<\/strong>, il s\u2019exclame&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 que le meilleur des mendiants, fier de n&rsquo;avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c&rsquo;\u00e9tait. \u2014 Et je m&rsquo;en aper\u00e7ois seulement !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme on le remarque, on retrouve l\u00e0 \u2014 en situation, faudrait-il dire \u2014 le <strong>\u00ab mendiant&nbsp;\u00bb<\/strong> mis en sc\u00e8ne dans <strong>\u00ab Aube \u00bb<\/strong>, mais autrement situ\u00e9, qui, sous la forme d\u2019un monologue ou d\u2019un dialogue int\u00e9rieur, se fait \u00e0 soi-m\u00eame des aveux&nbsp;; et, \u00e0 la toute fin du texte, comme en \u00e9cho, comme pour corroborer le propos, attester de cette distance d\u00e9j\u00e0 prise, on lit \u00e9galement non sans un vague sentiment, une vague sensation de d\u00e9sillusion qui le mord&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>O puret\u00e9 ! puret\u00e9 !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C&rsquo;est cette minute d&rsquo;\u00e9veil qui m&rsquo;a donn\u00e9 la vision de la puret\u00e9 ! \u2014 Par l&rsquo;esprit on va \u00e0 Dieu !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9chirante infortune !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Est-ce \u00e0 dire, l\u00e0, qu\u2019un po\u00e8te ayant atteint son apog\u00e9e \u2014 son <strong>\u00ab&nbsp;apoth\u00e9ose \u00bb<\/strong> aurait dit Baudelaire \u2014 se survit toujours \u00e0 soi-m\u00eame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui dans la culture orientale se nomme \u00ab illumination \u00bb, dans la culture occidentale jud\u00e9o-chr\u00e9tienne se nomme \u00ab extase \u00bb&nbsp;; par \u00ab&nbsp;l\u2019extase \u00bb, <strong>\u00ab&nbsp;on va \u00e0 Dieu \u00bb<\/strong>, par \u00ab l\u2019illumination \u00bb on acc\u00e8de au c\u0153ur du Myst\u00e8re de vie qu\u2019on ne nommera pas, mais Rimbaud a la sensation que Dieu reste Dieu, le Myst\u00e8re myst\u00e8re, et soi, qu\u2019on reste soi, soi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, avec la dure <strong>\u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00e9treindre \u00bb<\/strong>&nbsp;; ce qu\u2019il ne manque pas de dire, plut\u00f4t de crier, dans <strong>\u00ab Adieu \u00bb<\/strong>, po\u00e8me par lequel se cl\u00f4t <strong><em>Une saison en enfer<\/em><\/strong>, pour lequel le recueil s\u2019ouvre au final&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2014 Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joies. Un grand vaisseau d&rsquo;or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 toutes les f\u00eates, tous les triomphes, tous les drames. J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J&rsquo;ai cru acqu\u00e9rir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d&rsquo;artiste et de conteur emport\u00e9e !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispens\u00e9 de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir \u00e0 chercher et la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00e9treindre ! Paysan !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Suis-je tromp\u00e9 ? la charit\u00e9 serait-elle s\u0153ur de la mort, pour moi ? Enfin, je demanderai pardon pour m&rsquo;\u00eatre nourri de mensonge. Et allons.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais pas une main amie ! et o\u00f9 puiser le secours ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9chirante infortune. Cuisante frustration. O\u00f9 puiser le secours, en effet&nbsp;?\u2026 Au seuil de la mort, peut-\u00eatre, sans qu\u2019on l\u2019ait jamais \u00e9crit \u00e0 ce jour, a-t-il, contre toute attente, \u00e0 la fin, trouv\u00e9 la r\u00e9ponse\u2026 Mais, pour l\u2019heure, il lui faut se battre&nbsp;! Et il commente ce constat d\u2019abandon, de d\u00e9sarroi, d\u2019aporie, de d\u00e9r\u00e9liction m\u00eame, dans le m\u00eame texte, am\u00e8rement peut-\u00eatre, mais positivement nonobstant, en se secouant, en se d\u00e9pouillant de sa poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toiles, en s\u2019admonestant, car, en d\u00e9pit de tout, il esp\u00e8re, il esp\u00e8re encore&nbsp;; il se bat&nbsp;! Il se bat&nbsp;! Il se bat&nbsp;!\u2026 m\u00eame s\u2019il sait que le combat \u00e0 terme sera <strong>\u00ab inutile \u00bb<\/strong>, comme il le pressent. Il en sera ainsi d\u2019autant <strong>\u00ab plus beau&nbsp;\u00bb<\/strong>, comme le dira plus tard Rostand dans son <strong><em>Cyrano<\/em><\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il faut \u00eatre absolument moderne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Point de cantique : tenir le pas gagn\u00e9. Dure nuit ! le sang s\u00e9ch\u00e9 fume sur ma face, et je n&rsquo;ai rien derri\u00e8re moi, que cet horrible arbrisseau !&#8230; Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d&rsquo;homme ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cependant c&rsquo;est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse r\u00e9elle. Et, \u00e0 l&rsquo;aurore, arm\u00e9 d&rsquo;une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Entrer dans la Cit\u00e9, s\u2019inscrire dans la Cit\u00e9. Voil\u00e0, oui voil\u00e0 en effet le but, le but nouveau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c&rsquo;est que je puis rire des vieilles amours mensong\u00e8res, et frapper de honte ces couples menteurs, \u2014 j&rsquo;ai vu l&rsquo;enfer des femmes l\u00e0-bas ; \u2014 et il me sera loisible de poss\u00e9der la v\u00e9rit\u00e9 dans une \u00e2me et un corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois \u00ab l\u2019illumination \u00bb \u201cconnue\u201c \u2014 on peut le penser&nbsp;: au sens biblique&nbsp;; on peut le penser&nbsp;: avant m\u00eame de la conna\u00eetre \u2014 Rimbaud a fait tr\u00e8s vite un constat&nbsp;: on ne s\u2019installe pas dans \u00ab&nbsp;l\u2019illumination \u00bb, puisqu\u2019elle est \u00ab une Gr\u00e2ce \u00bb&nbsp;; elle ne peut \u00eatre que travers\u00e9e&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side le tragique du cas rimbaldien. &nbsp;Pour lui, si poss\u00e9der l\u2019instant, c\u2019est poss\u00e9der l\u2019\u00e9ternit\u00e9 un instant, on ne peut s\u2019installer dans cette \u00e9ternit\u00e9, jamais. Aucune ni aucun mystique n\u2019a pu s\u2019installer dans l\u2019extase&nbsp;: elle ne peut \u00eatre qu\u2019un <strong>\u00ab passage \u00bb<\/strong>, celui d\u2019une <strong>\u00ab visitation \u00bb<\/strong> qu\u2019on ne peut ma\u00eetriser, contr\u00f4ler&nbsp;; elle est en effet al\u00e9atoire, un don, une \u00ab&nbsp;Gr\u00e2ce \u00bb. Reste alors pour qui l\u2019a connue, a re\u00e7u la \u00ab Gr\u00e2ce \u00bb rare, inou\u00efe, de la sentir, de la ressentir charnellement et spirituellement \u00e0 la fois, \u00e0 choisir entre la m\u00e9ditation ou bien l\u2019action&nbsp;: soit une vie de m\u00e9ditation, soit une vie de combats, d\u2019action. C\u2019est <strong>\u00ab&nbsp;irr\u00e9m\u00e9diable \u00bb<\/strong> pour reprendre un mot baudelairien. &nbsp;Rimbaud, <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019homme aux semelles de vent \u00bb<\/strong> dont la devise \u00e9tait gaillardement <strong>\u00ab&nbsp;En avant&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/strong> ne pouvait que choisir l\u2019action, l\u2019aventure, et c\u2019est elle qu\u2019il choisit, oui&nbsp;!\u2026 m\u00eame s\u2019il savait qu\u2019elle ne serait jamais triomphe, <strong>\u00ab&nbsp;apoth\u00e9ose \u00bb<\/strong> comme eut dit Baudelaire, acm\u00e9, mais qu\u2019au contraire m\u00eame elle ne pouvait \u00eatre que \u00ab tribulations \u00bb, voire tribulations tragiques, d\u00e9risoires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019illumination fait \u00ab sortir du monde \u00bb, tout en donnant l\u2019illusion de vous installer en son c\u0153ur&nbsp;; mais une fois retourn\u00e9 au monde, le r\u00e9veil accompli, reste la dure <strong>\u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00e9treindre \u00bb <\/strong>comme Rimbaud la nomme dans ce po\u00e8me<strong> \u00ab Adieu \u00bb<\/strong>, d\u00e9cid\u00e9ment fondamental, qui le replace dans la probl\u00e9matique qu\u2019il \u00e9voque d\u00e9j\u00e0 dans <strong>\u00ab Alchimie du verbe \u00bb<\/strong>&nbsp;: attendre, attendre, attendre, attendre qu\u2019\u00e0 nouveau se produise \u00ab&nbsp;l\u2019illumination \u00bb, ce serait dans les faits en effet <strong>\u00ab [\u00eatre] oisif, en proie \u00e0 une lourde fi\u00e8vre : [envier] la f\u00e9licit\u00e9 des b\u00eates, \u2014 les chenilles, qui repr\u00e9sentent l&rsquo;innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginit\u00e9 !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et s\u2019il faisait ce choix,<\/p>\n\n\n\n<p><strong>[s]on caract\u00e8re s&rsquo;aigri[r]ait.<\/strong> [Il continuerait \u00e0 \u00e9crire, et n\u2019en finirait pas de] <strong>di[re] adieu au monde dans d&rsquo;esp\u00e8ces de romances <\/strong>[sans queues ni t\u00eate, m\u00eame \u201csans paroles\u201c]<strong>. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e7a, ce serait \u00e7a, l\u2019<strong>\u00ab enfer \u00bb<\/strong>&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 &nbsp;Des <strong>\u00ab romances \u00bb<\/strong> sans paroles, sans queue ni t\u00eate, sans message, <strong>\u00ab abolis bibelots d\u2019inanit\u00e9s sonores \u00bb<\/strong> comme eut dit Mallarm\u00e9&nbsp;?\u2026\u00c0 quoi bon&nbsp;!\u2026 \u00c0 quoi bon, vraiment&nbsp;!\u2026 \u2026 &nbsp;Devenir comme Verlaine, en somme, <strong>\u00ab un chapelet aux pinces&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;main \u00e0 plume \u00bb <\/strong>encore, comme \u00e0 une <strong>\u00ab&nbsp;charrue&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;?\u2026 Non&nbsp;! Non&nbsp;! Non&nbsp;! Oh&nbsp;! que non&nbsp;! Que non&nbsp;!\u2026 <strong>\u00ab Main \u00e0 plume vaut main \u00e0 charrue<\/strong> \u00bb se r\u00e9p\u00e8te Rimbaud que ce dilemme enrage. Et il tranche&nbsp;! Il tranche&nbsp;: \u2014 Ta\u00efau&nbsp;! Ta\u00efau&nbsp;! Basta&nbsp;! Basta&nbsp;! <strong>\u00ab En avant&nbsp;! \u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;main \u00e0 \u00bb \u00ab chapelet \u00bb&nbsp;? \u2026&nbsp; \u00ab&nbsp;\u2014 quel si\u00e8cle \u00e0 mains&nbsp;! je n\u2019aurai jamais ma main. Apr\u00e8s la domesticit\u00e9 m\u00e8ne trop loin. L\u2019honn\u00eatet\u00e9 de la mendicit\u00e9 me navre. Les criminels d\u00e9go\u00fbtent comme des ch\u00e2tr\u00e9s&nbsp;; moi, je suis intact, et \u00e7a m\u2019est \u00e9gal. \u00bb <\/strong>se sermonne-t-il. Il y a certes \u00ab&nbsp;l\u2019illumination \u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019extase \u00bb, mais il y a <strong>\u00ab la vie \u00e0 \u00e9treindre&nbsp;\u00bb<\/strong>, <strong>\u00ab&nbsp;la bataille d\u2019homme \u00bb<\/strong>&nbsp;!\u2026 La <strong>\u00ab bataille \u00bb<\/strong>, oui, est devant soi\u2026 Ne plus attendre&nbsp;! Ne pas attendre donc, mais partir, trancher, partir, <strong>\u00ab&nbsp;fuir&nbsp;\u00bb, \u00ab l\u00e0-bas, fuir&nbsp;\u00bb, \u00ab <\/strong>[sentir]<strong> que les oiseaux sont ivres d\u2019\u00eatre parmi l\u2019\u00e9cume inconnue et les cieux. <\/strong>[Dire, se dire&nbsp;:]<strong> Je partirais, steamer balan\u00e7ant ta m\u00e2ture, l\u00e8ve l\u2019ancre pour une exotique nature&nbsp;\u00bb<\/strong>, comme r\u00eavait, fantasmait plut\u00f4t d\u00e9j\u00e0 Mallarm\u00e9 en h\u00e9ritier de Baudelaire, dans <strong>\u00ab Brise marine \u00bb,<\/strong> et d\u00e8s 1866<strong>, <\/strong>mais rong\u00e9 par sa procrastination n\u00e9vrotique. Se secouer, trancher. D\u00e9finir le cap, une direction&nbsp;: tout est l\u00e0. Tout est l\u00e0, vraiment&nbsp;! Agir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Rester le sage <strong>\u00ab en pri\u00e8re sur la terrasse \u00bb<\/strong> comme dans <strong>\u00ab&nbsp;Enfance IV \u00bb, <\/strong>Rimbaud, s\u2019imaginant <strong>\u00ab plusieurs vies \u00bb<\/strong>, parce qu\u2019ayant eu plusieurs <strong>\u00ab enfance[s]&nbsp;\u00bb, <\/strong>Rimbaud l\u2019a bien envisag\u00e9, un temps&nbsp;; mais on peut dire qu\u2019il a fait le tour de la question avec lucidit\u00e9, r\u00e9alisme, et qu\u2019il a bien compris, tr\u00e8s vite, ce \u00e0 quoi cela pouvait le mener. Avant que de s\u2019\u00e9loigner de ce pensum de d\u00e9votion asthmatique et t\u00e9tanisante, prospectivement, il se la d\u00e9crit, il s\u2019en d\u00e9taille par le menu l\u2019\u00e9tat, pour bien, pour mieux s\u2019en d\u00e9go\u00fbter&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Je suis le saint, en pri\u00e8re sur la terrasse, &#8212; comme les b\u00eates<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>pacifiques paissent jusqu&rsquo;\u00e0 la mer de Palestine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent \u00e0 la crois\u00e9e de la biblioth\u00e8que.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Je suis le pi\u00e9ton de la grand&rsquo;route par les bois nains ; la rumeur des \u00e9cluses couvre mes pas. Je vois longtemps la m\u00e9lancolique lessive d&rsquo;or du couchant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Je serais bien l&rsquo;enfant abandonn\u00e9 sur la jet\u00e9e partie \u00e0 la haute mer, le petit valet suivant l&rsquo;all\u00e9e dont le front touche le ciel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Les sentiers sont \u00e2pres. Les monticules se couvrent de gen\u00eats. L&rsquo;air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut \u00eatre que la fin du monde, en avan\u00e7ant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh&nbsp;! certes, Rimbaud se souvient dans <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>, dans <strong>\u00ab&nbsp;Phrases \u00bb,<\/strong> qu\u2019il a un temps, aux heures o\u00f9 il connaissait ses extases, couru au-dessus de la r\u00e9alit\u00e9, au-dessus de la m\u00eal\u00e9e des hommes et des \u00eatres, dans\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai tendu des cordes de clocher \u00e0 clocher ; des guirlandes de fen\u00eatre \u00e0 fen\u00eatre ; des cha\u00eenes d\u2019or d\u2019\u00e9toile \u00e0 \u00e9toile, et je danse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais tresser <strong>\u00ab&nbsp;des cordes de clocher \u00e0 clocher \u00bb<\/strong> et <strong>\u00ab danser \u00bb<\/strong> comme Zarathoustra, \u00eatre un <strong>\u00ab<\/strong>&nbsp;<strong>danseur de corde \u00bb<\/strong> sans fin qui vit sur son fil au-dessus des hommes, c\u2019est une illusion, au pire une activit\u00e9 de danseur de foire, au mieux l\u2019asc\u00e8se d\u2019un stylite&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;c\u2019est mal \u00bb<\/strong>. Ce qu\u2019il faut \u00e0 terme, c\u2019est rejoindre le monde des hommes, s\u2019y inscrire, <strong>\u00ab Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d&rsquo;homme \u00bb, <\/strong>mais ayant men\u00e9 \u00e0 terme <strong>\u00ab le combat spirituel \u00bb<\/strong> autant qu\u2019il l\u2019a fait,c\u2019est sans nul doute, c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent <strong>\u00ab la bataille d\u2019hommes \u00bb <\/strong>qu\u2019il faut tenter d\u2019affronter. <strong>\u00ab&nbsp;En avant&nbsp;!&nbsp;\u00bb <\/strong>En v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9 on peut le dire, pour Rimbaud \u2014 tous comptes faits, toute honte bue aussi \u2014 <strong>\u00ab&nbsp;Il faut \u00eatre absolument moderne.&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019inscrire au c\u0153ur d\u2019un r\u00e9el, au c\u0153ur d\u2019une <strong>\u00ab ville \u00bb<\/strong>, d\u2019une <strong>\u00ab&nbsp;Cit\u00e9 \u00bb<\/strong>, la forcer au besoin, si lointaine que vous puissiez la choisir&nbsp;; et, quand Rimbaud aura une bonne fois pour toute pris la d\u00e9cision de s\u2019inscrire dans son \u00e9poque, dans son temps, avec une vie \u00e0 gagner\u2026 quand on lui reparlera d\u2019un temps d\u2019<strong>\u00ab&nbsp;oisive jeunesse \u00bb<\/strong>, o\u00f9, \u00ab oisif \u00bb, il ne songeait qu\u2019\u00e0 \u00e9crire, qu\u2019\u00e0 r\u00eaver, <strong>\u00ab les poings dans ses poches crev\u00e9es \u00bb,<\/strong> il conclura, il commentera s\u00e8chement, repensant \u00e0 ce pass\u00e9 sans regrets et sans nostalgie&nbsp;: <strong>\u00ab C\u2019\u00e9tait mal&nbsp;! \u00bb<\/strong> Une fois redescendu sur terre, la vie, elle est \u00e0 vivre, \u00e0 vivre \u00e2prement, \u00e0 gagner. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non&nbsp;! la destin\u00e9e d\u2019un Zarathoustra pour un homme moderne n\u2019est pas une destin\u00e9e <strong>\u00ab \u00e0 \u00e9treindre \u00bb<\/strong>&nbsp;; elle ne peut <strong>\u00ab s\u2019\u00e9treindre&nbsp;\u00bb<\/strong> et que vous \u00e9teindre&nbsp;; c\u2019est celle d\u2019un mythe, une illusion&nbsp;! Baudelaire \u2014 <strong>\u00ab le premier voyant, un vrai dieu \u00bb<\/strong> comme le Rimbe le proclamait dans sa <strong>\u00ab Lettre du voyant \u00bb<\/strong> adress\u00e9e \u00e0 Paul Demeny \u2014 avait d\u00e9j\u00e0 tout dit sur le sujet, fait le bilan dans son texte pr\u00e9monitoire, <strong>\u00ab Les Plaintes d\u2019un Icare \u00bb,<\/strong> repris dans <strong>\u00ab&nbsp;Spleen et id\u00e9al \u00bb, <\/strong>la premi\u00e8re partie qui ouvre ses <strong><em>Fleurs du Mal<\/em><\/strong>, recherche, s\u2019il en fut avant Char, et de <strong>\u00ab la base \u00bb<\/strong> et du <strong>\u00ab&nbsp;sommet \u00bb<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les amants des prostitu\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sont heureux, dispos et repus ;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quant \u00e0 moi, mes bras sont rompus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour avoir \u00e9treint des nu\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br><br>C&rsquo;est gr\u00e2ce aux astres nonpareils,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui tout au fond du ciel flamboient,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que mes yeux consum\u00e9s ne voient<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Que des souvenirs de soleils.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br><br>En vain j&rsquo;ai voulu de l&rsquo;espace<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trouver la fin et le milieu ;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sous je ne sais quel \u0153il de feu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je sens mon aile qui se casse ;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br><br>Et br\u00fbl\u00e9 par l&rsquo;amour du beau,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je n&rsquo;aurai pas l&rsquo;honneur sublime<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>De donner mon nom \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui me servira de tombeau.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Partir \u00bb<\/strong> d\u2019abord ou <strong>\u00ab fuir \u00bb,<\/strong> donc s\u2019extraire, <strong>\u00ab quitter \u00bb<\/strong> \u2014 qu\u2019importe le vocable&nbsp;! \u2014&nbsp;; de fait, c\u2019est une question de point de vue, et chacun nommera la chose comme il l\u2019entend. Nonobstant, il doit, il doit cependant exister une demie mesure, un biais&nbsp;: sortir du monde, quitter au moins <strong>\u00ab l\u2019Europe aux anciens parapets \u00bb<\/strong>, mais pour rejoindre l\u2019Orient, <strong>\u00ab&nbsp;la patrie primitive \u00bb<\/strong>. Voil\u00e0&nbsp;! Apr\u00e8s avoir embrass\u00e9 <strong>\u00ab&nbsp;L\u2019Aube \u00bb<\/strong>, affronter, affronter la dure <strong>\u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 \u00e9treindre \u00bb<\/strong>, mais au moins l\u2019affronter dans l\u2019espace d\u2019une autre culture, l\u2019affronter en devenant un <strong>\u00ab \u00e9tranger \u00bb<\/strong>, comme disait encore Baudelaire, y retrouver une sorte de l\u00e9gitimit\u00e9 primitive&nbsp;: celle d\u2019un homme qui choisit de se r\u00e9accoucher au monde, tel un \u201chomme nouveau\u201c, mais parmi des hommes \u201cprimitifs\u201c, \u201cpurs\u201c, primordiaux, non gangren\u00e9s par la civilisation pourrie que l\u2019on fuit&nbsp;! Gauguin sentira cet appel aussi, cette n\u00e9cessit\u00e9, au moment o\u00f9 Rimbaud quittera ce monde, en 1891. Gauguin sera son h\u00e9ritier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014<strong> \u00ab Partir&nbsp;! \u00bb \u00ab Quitter \u00bb. \u00ab&nbsp;Partir \u00bb<\/strong>. <strong>\u00ab quitter \u00bb<\/strong>, s\u2019extraire, s\u2019extraire d\u00e9finitivement donc. Oh&nbsp;! Oui&nbsp;! <strong>\u00ab&nbsp;Partir&nbsp;! \u00bb\u2026<\/strong> se r\u00e9p\u00e8te comme une litanie Rimbaud. Ah&nbsp;! pauvre Mallarm\u00e9, si mal arm\u00e9&nbsp;! Baudelaire, l\u00e0 encore semble souffler \u00e0 l\u2019Ardennais fugueur fonceur et aventurier&nbsp;: <strong>\u00ab Certes, je sortirai quant \u00e0 moi satisfait \/ D\u2019un monde o\u00f9 l\u2019action n\u2019est pas la s\u0153ur du r\u00eave \u00bb<\/strong>&nbsp;; c\u2019est un extrait de son po\u00e8me iconoclaste<strong> \u00ab Le Reniement de Saint Pierre \u00bb<\/strong>, o\u00f9 l\u2019on retrouve les <strong>\u00ab&nbsp;r\u00e9pugnances \u00bb<\/strong> et la distance qu\u2019Arthur Rimbaud \u00e9prouvait vis \u00e0 vis de toute religion. Le d\u00e9part, la rupture se doivent d\u2019\u00eatre iconoclastes, iconoclastes en diable, oui, pour \u00eatre&nbsp;! Rimbaud l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit en filigrane dans ses textes d\u2019adolescent, comme <strong>\u00ab Les Po\u00e8tes de sept ans \u00bb<\/strong>, ou <strong>\u00ab&nbsp;Accroupissements \u00bb<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Le Voyage \u00bb<\/strong>, po\u00e8me avec lequel Baudelaire cl\u00f4t en un suspens ses <strong><em>Fleurs du Mal,<\/em><\/strong> et <strong>\u00ab Le Bateau ivre \u00bb<\/strong> de Rimbaud qui lui r\u00e9pond en \u00e9cho ne disent pas autre chose&nbsp;: <strong>\u00ab <em>Any where out of<\/em> \u00bb<\/strong> l\u2019Occident&nbsp;: s\u2019\u00e9chapper, se faire la belle, <strong>\u00ab Partir \u00bb<\/strong>. Si m\u00eame Mallarm\u00e9 l\u2019a compris, alors&nbsp;! \u2026 Eh&nbsp;! bien&nbsp;: faut le faire&nbsp;! Il faut&nbsp;!\u2026 C\u2019est un devoir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je partirai&nbsp;! Steamer balan\u00e7ant ta m\u00e2ture,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u00e8ve l\u2019ancre pour une exotique nature&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un Ennui, d\u00e9sol\u00e9 par les cruels espoirs,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Croit encore \u00e0 l\u2019adieu supr\u00eame des mouchoirs&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et, peut-\u00eatre, les m\u00e2ts, invitant les orages,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sont-ils de ceux qu\u2019un vent penche sur les naufrages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Perdus, sans m\u00e2ts, sans m\u00e2ts, ni fertiles \u00eelots\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais, \u00f4 mon c\u0153ur, entends le chant des matelots&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Eh&nbsp;! Oui&nbsp;!\u2026 Mallarm\u00e9 ayant h\u00e9rit\u00e9 de toutes les n\u00e9vroses baudelairiennes, Mallarm\u00e9 ne sachant s\u2019arracher \u00e0 son immobilisme, \u00e0 sa procrastination, vaincu, lui finira par pourrir sans recours, <strong>\u00ab&nbsp;irr\u00e9m\u00e9diable[ment]&nbsp;\u00bb<\/strong>, <strong>\u00ab irr\u00e9parable[ment] \u00bb <\/strong>\u2014 pour reprendre sous forme d\u2019adverbes deux adjectifs baudelairiens \u2014 dans la vase en fermentation du symbolisme, seul, <strong>\u00ab\u2014sous les yeux horribles des pontons<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;; <strong>\u00ab Brise marine&nbsp;\u00bb<\/strong> en 1866, pr\u00e9figurait d\u00e9j\u00e0 la fin du po\u00e8me manifeste et magistral de cent vers que Rimbaud \u00e9crirait quatre ans plus tard. Baudelaire d\u00e9j\u00e0 trop us\u00e9, <strong>\u00ab \u00e2me fatigu\u00e9e des luttes de la vie [\u2026] qui n'[avait d\u00e9j\u00e0] plus ni curiosit\u00e9 ni ambition, <\/strong>[sinon celles de]<strong> contempler, couch\u00e9 dans le belv\u00e9d\u00e8re ou accoud\u00e9 sur le m\u00f4le <\/strong>[d\u2019un port]<strong>, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le d\u00e9sir de voyager ou de s&rsquo;enrichir&nbsp;\u00bb<\/strong> comme il l\u2019avoue dans son beau po\u00e8me du <strong><em>Spleen de Paris<\/em><\/strong>, <strong>\u00ab Le Port&nbsp;\u00bb<\/strong>, lui non plus ne l\u2019a pas fait, ne s\u2019est pas \u201carrach\u00e9\u201c, jamais. De fait, pour Baudelaire comme pour Mallarm\u00e9, ce d\u00e9sir du d\u00e9part, cette <strong>\u00ab&nbsp;invitation au voyage \u00bb <\/strong>n\u2019\u00e9tait pas sans cacher un d\u00e9sir plus profond sans conteste&nbsp;: un d\u00e9sir de mort&nbsp;; qu\u2019on relise l\u2019attaque du c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me pour s\u2019en convaincre&nbsp;: la chose est dite en toutes lettres, et d\u00e8s les premiers vers&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mon enfant, ma s\u0153ur,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Songe \u00e0 la douceur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019aller l\u00e0-bas vivre ensemble&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aimer \u00e0 loisir,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aimer et mourir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au pays qui te ressemble&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>[\u2026]<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u00e0, tout n\u2019est qu\u2019ordre et beaut\u00e9,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Luxe, calme et volupt\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Il n\u2019y a que la mort qui me rend parfaite \u00bb<\/strong>, comme l\u2019\u00e9crit en po\u00e8te la peintre persane Firoozeh Radji.<\/p>\n\n\n\n<p>Baudelaire, Mallarm\u00e9, sont vaincus. Rimbaud n\u2019est pas vaincu, lui. Rimbaud a l\u2019\u00e9nergie du d\u00e9sespoir. Toute sa po\u00e9sie exprime le plus profond \u00e9lan vital. Rimbaud, c\u2019est \u201cune nature\u201c&nbsp;; Rimbaud, c\u2019est un colosse&nbsp;! Rimbaud dans <strong>\u00ab Mauvais sang \u00bb, <\/strong>comme dans un <strong>\u00ab&nbsp;<em>De profondis clamavi <\/em>\u00bb<\/strong>, s\u2019exclame, proclame sur le m\u00eame sujet, pour exprimer la m\u00eame pulsion \u00e0 la fois de mort et vitale, mais avec quelle fougue et quels autres tons et registres, bon sang&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le sang pa\u00efen revient ! L&rsquo;Esprit est proche, pourquoi Christ ne m&rsquo;aide-t-il pas, en donnant \u00e0 mon \u00e2me noblesse et libert\u00e9. H\u00e9las ! l&rsquo;\u00c9vangile a pass\u00e9 ! l&rsquo;\u00c9vangile ! l&rsquo;\u00c9vangile.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inf\u00e9rieure de toute \u00e9ternit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et tout \u00e0 la pr\u00e9m\u00e9ditation du d\u00e9part, prospectivement il commente avec une sordide mais si solide exultation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s&rsquo;allument dans le soir. Ma journ\u00e9e est faite ; je quitte l&rsquo;Europe. L&rsquo;air marin br\u00fblera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l&rsquo;herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du m\u00e9tal bouillant, \u2014 comme faisaient ces chers anc\u00eatres autour des feux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois cette nouvelle \u00e9preuve, cette initiation qui sera victorieusement pass\u00e9e, il le pressent, il proph\u00e9tise&nbsp;:<br><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l&rsquo;\u0153il furieux : sur mon masque, on me jugera d&rsquo;une race forte. J&rsquo;aurai de l&rsquo;or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces f\u00e9roces infirmes retour des pays chauds. Je serai m\u00eal\u00e9 aux affaires politiques. Sauv\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour bien marquer sa d\u00e9termination, il termine par ce constat qui gueule que les ponts sont rompus, qu\u2019il ne lui sera plus loisible, jamais, non jamais, de reculer&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>Maintenant je suis maudit, j&rsquo;ai horreur de la patrie. Le meilleur, c&rsquo;est un sommeil bien ivre, sur la gr\u00e8ve.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette sensation de mal\u00e9diction, Rimbaud, plusieurs fois l\u2019exprimera encore dans la correspondance qu\u2019il enverra du Harar&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Il m\u2019est tout \u00e0 fait impossible de quitter mes affaires, avant un d\u00e9lai ind\u00e9fini. Quand on est engag\u00e9 dans les affaires de ces satan\u00e9s pays, on n\u2019en sort plus. Je me porte bien, mais il me blanchit un cheveu par minute. &nbsp;\u00bb<\/strong> (lettre \u00e0 sa m\u00e8re du 21 avril 1890).<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce \u00e0 dire l\u00e0 qu\u2019il revient sur le bien-fond\u00e9 de sa d\u00e9cision de rupture avec la po\u00e9sie&nbsp;? Non. Certes, non&nbsp;! Il se plaint, mais regarde les choses en face. Il lutte de toutes ses forces. Il ira jusqu\u2019au bout de ses forces, inlassable&nbsp;!\u2026 In\u00e9branlable dans sa d\u00e9termination, m\u00eame amput\u00e9 apr\u00e8s son retour du Harar, il persiste et signe dans son choix d\u00e9sormais arr\u00eat\u00e9 pour <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9ternit\u00e9&nbsp;\u00bb \u2014<\/strong> puisque <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9ternit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong> est <strong>\u00ab retrouv\u00e9e \u00bb \u2014,<\/strong> &nbsp;d\u2019\u00eatre un <em>Wanderer<\/em> aventurier, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 le <em>Wanderer <\/em>spirituel qu\u2019on sait. Ce simple extrait de la lettre 15 juillet 1891, envoy\u00e9e de Marseille par un homme crucifi\u00e9 dans sa chair, \u00e9cartel\u00e9, suffirait \u00e0 le prouver&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Je passe la nuit et le jour \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir&nbsp;\u00e0 des moyens de circulation : c\u2019est un vrai supplice ! Je voudrais faire ceci et cela, aller ici et l\u00e0, voir, vivre, partir : impossible, impossible au moins pour longtemps, sinon pour toujours ! Je ne vois \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi que ces maudites b\u00e9quilles : sans ces b\u00e2tons, je ne puis faire un pas, je ne puis exister. Sans la plus atroce gymnastique, je ne puis m\u00eame m\u2019habiller ; je suis arriv\u00e9 \u00e0 courir presque avec mes b\u00e9quilles, mais je ne puis monter ou descendre des escaliers, et, si le terrain est accident\u00e9, le ressaut d\u2019une \u00e9paule \u00e0 l\u2019autre fatigue beaucoup. J\u2019ai une douleur n\u00e9vralgique tr\u00e8s forte dans le bras et l\u2019\u00e9paule droite, et avec cela la b\u00e9quille qui scie l\u2019aisselle, \u2014 une n\u00e9vralgie encore dans la jambe gauche, et avec tout cela il faut faire l\u2019acrobate tout le jour pour avoir l\u2019air d\u2019exister. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La correspondance de Rimbaud, d\u2019apr\u00e8s 1875, r\u00e9manence de fait de toute sa production litt\u00e9raire et po\u00e9tique pass\u00e9e selon l\u2019intuition du t\u00e9r\u00e9brant Henri Guillemin, s\u2019ach\u00e8ve sur ces phrases ultimes adress\u00e9es au Directeur des Messageries Maritimes dans cette lettre \u00e9crite au bord de la mort, le 9 novembre 1891 :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Envoyez-moi donc le prix des services d\u2019Aphinar \u00e0 Suez. Je suis compl\u00e8tement paralys\u00e9 : donc je d\u00e9sire me trouver de bonne heure \u00e0 bord. Dites-moi \u00e0 quelle heure je dois \u00eatre transport\u00e9 \u00e0 bord\u2026&nbsp;\u00bb<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Je suis compl\u00e8tement paralys\u00e9&nbsp;: donc [\u2026]. \u00bb<\/strong> On est loin des torpeurs de Baudelaire et de Mallarm\u00e9&nbsp;!\u2026 Rimbaud, une fois qu\u2019il a cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire, choisi de cesser d\u2019\u00e9crire, Rimbaud, c\u2019<strong>est \u00ab&nbsp;une force qui va \u00bb<\/strong>, un ouragan.<\/p>\n\n\n\n<p>Bris\u00e9, cass\u00e9 en plein \u00e9lan, Rimbaud meurt le 10 novembre 1891, et entre \u201c dans sa gloire\u201c.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de mourir, il n\u2019aura pas manqu\u00e9 de rendre justice \u00e0 sa m\u00e8re, \u00e0 <strong>\u00ab&nbsp;la M\u00e8re Rimbe \u00bb<\/strong>. Oh&nbsp;! certes discr\u00e8tement, avec toute la pudeur et la distance qu\u2019on lui conna\u00eet&nbsp;; mais il faut en comprendre les raisons. Cette m\u00e8re, jadis ex\u00e9cr\u00e9e, maudite \u2014 du moins adolescent en faisait-il aupr\u00e8s de ses compagnons potaches, d\u2019infortune et de r\u00eaves, un sujet de plaisanterie r\u00e9curent, s\u2019inventant l\u00e0 une pose qu\u2019on ne saurait qualifier de dandy, mais presque \u2014, lui, pass\u00e9 dans l\u2019\u00e2ge adulte enfin, avec une vie \u00e0 gagner, avec en amont &nbsp;<strong>une belle gloire d&rsquo;artiste et de conteur emport\u00e9e ! \u00bb<\/strong>, lui, lui <strong>\u00ab&nbsp;qui [s\u2019\u00e9tait] dit mage ou ange, dispens\u00e9 de toute morale, <\/strong>[soudain]<strong> rendu au sol, avec un devoir \u00e0 chercher, et la r\u00e9alit\u00e9 rugueuse \u00e0 \u00e9treindre ! <\/strong>[Il se sent soudain&nbsp;:]<strong> Paysan&nbsp;!&nbsp;\u00bb <\/strong>comme il l\u2019\u00e9crit rageusement dans le po\u00e8me <strong>\u00ab Adieu&nbsp;\u00bb<\/strong> qui cl\u00f4t, plut\u00f4t qui ouvre <strong><em>Une saison en enfer.<\/em><\/strong> En <strong>\u00ab&nbsp;paysan \u00bb,<\/strong> c\u2019est une m\u00e8re qu\u2019il reconna\u00eet paysanne, paysanne, oui comme lui&nbsp;; il la revendique comme s\u2019il \u00e9tait atteint soudain de \u00ab&nbsp;conscience de classe \u00bb&nbsp;: ils sont tous deux de la race maudite, marqu\u00e9e, <strong>\u00ab Race de Ca\u00efn <\/strong>[qui] <strong>monte au ciel&nbsp;\u00bb <\/strong>parfois pour<strong> &nbsp;<\/strong>demander des comptes, m\u00eame s\u2019il sait sa vieille m\u00e8re confite dans la religion. Ne notait-il pas dans <strong>\u00ab&nbsp;Mauvais sang \u00bb&nbsp;: \u00ab Je suis n\u00e9 de race inf\u00e9rieure de toute \u00e9ternit\u00e9 \u00bb<\/strong>&nbsp;? Quand Rimbaud retourne \u00e0 sa m\u00e8re pour la derni\u00e8re fois, la derni\u00e8re, oui, et qu\u2019il le sait, qu\u2019il le craint, cela a \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 quelque chose d\u2019absolument, d\u2019intrins\u00e9quement et de r\u00e9solument, christique. &nbsp;Dans sa d\u00e9r\u00e9liction, son d\u00e9sarroi et sa d\u00e9tresse, il semble dire muettement&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2014&nbsp;M\u00e8re&nbsp;! Voici ton fils&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019est bouleversant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<strong>Pas une main amie&nbsp;! [\u2026] o\u00f9 puiser le secours ?&nbsp; \u00bb<\/strong> s\u2019\u00e9criait-il dans <strong>\u00ab Adieu \u00bb<\/strong>&nbsp;; en v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9 pour lui, il n\u2019est qu\u2019une main et qu\u2019un secours passager avant de retourner comme il l\u2019esp\u00e8re \u00e0 son <strong>\u00ab&nbsp;enfer&nbsp;\u00bb<\/strong>, puisqu\u2019il esp\u00e8re se r\u00e9tablir pour repartir d\u00e8s qu\u2019il le pourra&nbsp;: sa m\u00e8re, sa m\u00e8re, sa vieille m\u00e8re trimardeuse, paysanne et aust\u00e8re, qui a tant souffert et trim\u00e9, trim\u00e9 comme une damn\u00e9e comme lui, oui, sa vieille m\u00e8re, Vitalie. Qu\u2019on l\u2019observe et le note&nbsp;: Rimbaud est toujours revenu, magn\u00e9tiquement attir\u00e9 la ferme familiale, le dur berceau, l\u2019\u00e2pre berceau familial, \u00e0 Roche, apr\u00e8s toutes ses p\u00e9r\u00e9grinations, apr\u00e8s toutes ses tribulations, apr\u00e8s tous ses d\u00e9boires, la ferme o\u00f9 Vitalie est n\u00e9e&nbsp;; il doit bien avoir une raison \u00e0 cela. Pourquoi ne pas s\u2019accommoder, se satisfaire de la plus simple&nbsp;? Je la reformule&nbsp;: il n\u2019est qu\u2019un seul \u00eatre, il n\u2019en est qu\u2019une seule <strong>\u00ab parmi toutes les femmes \u00bb<\/strong> qui pouvait le comprendre un peu \u00e0 la fin&nbsp;: sa propre m\u00e8re jadis honnie. Oh&nbsp;! ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une conjecture, certes&nbsp;!\u2026 &nbsp;Elle est certes fond\u00e9e. Est-elle pour autant la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;?\u2026 Nul n\u2019aura jamais la r\u00e9ponse. Nul n\u2019aura jamais le fin mot de ce myst\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour bien inscrire sa trajectoire dans l\u2019Histoire litt\u00e9raire, il demeure que jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle, Jean-Nicolas Arthur Rimbaud reste et restera l\u2019h\u00e9ritier <em>Wanderer<\/em> de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs <em>Wanderer <\/em>comme lui, comme il reste au reste l\u2019h\u00e9ritier aussi du plus ambitieux r\u00eave romantique&nbsp;: bien plus que d\u2019\u00e9crire des \u0153uvres, tenter de faire de sa vie un chef d\u2019\u0153uvre&nbsp;; ce d\u00e9passement de l\u2019\u0153uvre d\u2019Art au profit de la tentative de faire de sa propre vie une \u0152uvre, se retrouvera chez les situationnistes, qui s\u2019en proclameront h\u00e9ritiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisque nous arrivons \u00e0 une conclusion suspensive apr\u00e8s notre assez long parcours, notre balade, notre fugue rimbaldienne, en pr\u00e9sence, je l\u2019esp\u00e8re humblement, du Rimbe, r\u00e9sumons-nous&nbsp;: apr\u00e8s <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong>, qu\u2019\u00e9crire d\u2019autre et de plus alchimique, de plus chaud&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00c9tait-il possible en esprit d\u2019aller plus loin, plus haut&nbsp;? On le sait, la r\u00e9ponse est non. Pour autant, une fois qu\u2019il a d\u00e9cid\u00e9 de cesser d\u2019\u00e9crire, pas question de s\u2019installer quelque-part en s\u00e9dentaire pour Rimbaud. Pas question de m\u00e9diter comme un sage, un <strong>\u00ab saint \u00bb<\/strong> assis sur une <strong>\u00ab&nbsp;terrasse&nbsp;\u00bb, <\/strong>de se camper, d\u2019adopter la pose d\u2019un pseudo sage qui pr\u00e9tend dominer le monde et surplomber le monde des hommes. Pas question non plus de devenir un homme des bois, comme le Henri David Thoreau du <strong><em>Walden ou la vie dans les bois<\/em><\/strong> de 1854, ou un homme des champs, <strong>\u00ab <em>on the road<\/em> \u00bb<\/strong> saisonnier, comme le Walt Withman de <strong><em>Feuilles d\u2019herbes<\/em><\/strong>, plus tard, en 1891.<\/p>\n\n\n\n<p>Rimbaud fut, reste et fut un <em>Wanderer<\/em>. Le plus pur des <em>Wanderer <\/em>qui ait jamais exist\u00e9, je pense, l\u2019exemple absolu et insurpassable du type. Il est <strong>\u00ab l\u2019homme aux semelles de vent \u00bb<\/strong> comme l\u2019a dit le Pauvre L\u00e9lian rest\u00e9 \u00e0 jamais \u00e9bloui par ce m\u00e9t\u00e9ore. Dans la lign\u00e9e du <em>Wanderer<\/em> rural joyeux d\u2019Eichendorf, b\u00e2ti sur le mode du <strong>\u00ab&nbsp;promeneur solitaire \u00bb<\/strong> de Rousseau, et dont les beatniks et surtout les hippies seront des h\u00e9ritiers,&nbsp; lequel devient assez vite un <strong>\u00ab Juif errant \u00bb<\/strong>, un maudit\u2026&nbsp;dans la lign\u00e9e du <em>Wanderer<\/em> urbain invent\u00e9 par Baudelaire sur le mode de <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019homme des foules \u00bb<\/strong> d\u2019Edgar Alan Poe, Rimbaud a de fait invent\u00e9 deux nouveaux types, deux nouvelles typologies&nbsp;: celle du <em>Wanderer<\/em> spirituel, <strong>\u00ab&nbsp;mystique en libert\u00e9 \u00bb<\/strong> ainsi que le commentera Claudel, puis, dans la foul\u00e9e pourrait-on dire, celle du <em>Wanderer<\/em> aventurier qui \u00e9crit avec ses pieds, auquel il se tiendra, jusqu\u2019\u00e0 sa mort&nbsp;; de ce dernier type, le Henry de Monfreid des <strong><em>Secrets de la mer rouge<\/em><\/strong> (1931), et le Kessel des <strong><em>Cavaliers<\/em><\/strong> (1967) sont les h\u00e9ritiers directs. Gageons que Rimbaud, une fois cousu d\u2019or, une fois rentr\u00e9 au pays, devenu rentier, mari\u00e9, p\u00e8re de famille \u2014 car tel \u00e9tait son projet, une fois sa pelote faite&nbsp;; il l\u2019a \u00e9crit, m\u00eame r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans sa correspondance \u2014 se serait peut-\u00eatre lanc\u00e9 dans des r\u00e9cits du type de ceux de ces deux-l\u00e0, de ces deux fils&nbsp;; il est mort \u00e0 trente-sept ans, en plein effort, alors qu\u2019il se consacrait enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de sa fortune \u00e0 l\u2019exclusion de tout le reste&nbsp;; qui nous dit ce qu\u2019il aurait fait de sa vie, une fois rendu \u00e0 l\u2019oisivet\u00e9, une fois rentier, apr\u00e8s le combat pour la survie, pour la vie, disons apr\u00e8s la cinquantaine&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Guy Debord, chef de file des situationnistes, d\u00e9finira l\u2019horizon de sa r\u00e9volution qui avait pour but la lib\u00e9ration de l\u2019\u00eatre humain, la possibilit\u00e9 de lui permettre d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation de la <strong>\u00ab&nbsp;soci\u00e9t\u00e9 du spectacle&nbsp;\u00bb<\/strong> instaur\u00e9e par le capitalisme \u2014 capitalisme que combattaient d\u00e8s leur apparition les romantiques, puisque le romantisme fut une r\u00e9action au capitalisme naissant, au d\u00e9senchantement du monde \u2014 en affirmant, entre autres directions \u00e0 suivre, \u00e0 creuser, qu\u2019il fallait, en marge de <strong>\u00ab&nbsp;la Soci\u00e9t\u00e9 du spectacle&nbsp;\u00bb<\/strong>, faire de sa vie un chef-d\u2019\u0153uvre. \u2014 Sa strat\u00e9gie pour y parvenir&nbsp;?\u2026 Tr\u00e8s simple&nbsp;: d\u00e9passer l\u2019\u0153uvre d\u2019Art pour faire de sa vie un chef d\u2019\u0153uvre, ce qui constituait d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps, voire originellement, l\u2019id\u00e9al du r\u00eave romantique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Debord, comme pour ses disciples, l\u2019aventure, l\u2019esprit d\u2019aventure, se consacrer \u00e0 l\u2019aventure, s\u2019y d\u00e9vouer voire s\u2019y sacrifier sciemment, \u00e9tait la seule panac\u00e9e, du moins la seule voie\u2026 Elle devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e en soi comme une esth\u00e9tique, la seule qui ne puisse \u00eatre suspect\u00e9e de perversion nombriliste, d\u00e9go\u00fbtante, d\u00e9gradante, ali\u00e9nante, dandy\u2026 <strong>\u00ab&nbsp;bourgeoise&nbsp;\u00bb<\/strong> pour l\u00e2cher le mot, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re bien s\u00fbr \u00e0 la vision de Guy Debord et \u00e0 sa terminologie. Rimbaud est ainsi clairement, magistralement m\u00eame&nbsp;! \u00e9loquemment, l\u2019un des pr\u00e9curseurs, sinon le premier, voire le tout premier, des situationnistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Quarante ann\u00e9es que je milite, pour mon humble part, pour un situationnisme rimbaldien ou un rimbaldisme situationniste, lequel devrait nous permettre de r\u00e9soudre nos contradictions intrins\u00e8ques, nos querelles id\u00e9ologiques, et de surfer sur les abominations cyniques et d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pr\u00e9sentes des temps capitalistes finissant, et cela pour nous en sauver, mieux pour nous en exorciser. Je pr\u00eache bien s\u00fbr dans le d\u00e9sert, depuis pr\u00e8s de quarante ann\u00e9es, davantage, mais, \u00e0 force de catastrophes, \u00e0 force de d\u00e9convenues, peut-\u00eatre finira-t-on pas m\u2019entendre&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Faire de sa vie un chef-d\u2019\u0153uvre \u00bb<\/strong>&nbsp;: rien de bien neuf en v\u00e9rit\u00e9, diront aussit\u00f4t les niais et les salauds de mauvaise foi, car enfin on objectera&nbsp;\u2014 pour ne citer que deux exemples, lesquels ne sont certes pas les moins parlants \u2014&nbsp;: c\u2019est bien ce qu\u2019ont fait et Byron, et Chateaubriand\u2026 mais ce ne furent l\u00e0, ces deux-l\u00e0, que des dandies, dandies qui ne songeaient qu\u2019\u00e0 b\u00e2tir leur l\u00e9gende&nbsp;: ils se sont mis en sc\u00e8ne sur fond d\u2019Orient mythique, soit&nbsp;! mais ils n\u2019ont fait que des selfies. L\u2019aventure r\u00e9elle ne saurait se contenter d\u2019\u00eatre la simple illustration d\u2019un dandysme, une simple propagande sciemment manipul\u00e9e&nbsp;; ainsi, on sait bien que Byron n\u2019est pas mort au combat aux c\u00f4t\u00e9s des combattants grecs \u00e0 Missolonghi, en avril 1823, mais des cons\u00e9quences de ses exc\u00e8s de table, de boisson et de lit, en un lit&nbsp;; quant \u00e0 Chateaubriand, son <strong>\u00ab&nbsp;voyage en Orient \u00bb<\/strong> n\u2019est qu\u2019une succession de poses prises pour la post\u00e9rit\u00e9, souvent grotesques et path\u00e9tiques, des selfies <strong>\u00ab&nbsp;d\u2019outre-tombe \u00bb\u2026<\/strong> Ah&nbsp;! l\u2019on pourrait en citer d\u2019autres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a aucun dandysme chez Rimbaud, simplement la volont\u00e9 simple de vivre son aventure, sa propre aventure, \u00e2pre \u2014 \u00f4 combien&nbsp;! \u2014 h\u00e9ro\u00efque modeste, impeccable, totale, admirable, qui l\u2019inscrit dans nos m\u00e9moires et notre imaginaire comme un mod\u00e8le&nbsp;; pas n\u2019importe lequel&nbsp;: un mod\u00e8le \u00e0 suivre, pour le coup, ind\u00e9niablement. Ce qu\u2019il y a de bouleversant en somme et qui le rend insurpassable, c\u2019est la sinc\u00e9rit\u00e9 rimbaldienne qui rend compte sans fard et sans pose aucune de l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9grale d\u2019un homme total, qui <strong>\u00ab a mis sa peau sur la table \u00bb<\/strong>, pour reprendre l\u2019expression de C\u00e9line&nbsp;:<strong> \u00ab On n\u2019obtient rien, tant qu\u2019on n\u2019a pas mis sa peau sur la table. <\/strong>\u00bb Rimbaud ne frime pas, lui&nbsp;! Jamais&nbsp;! Il n\u2019a jamais, jamais frim\u00e9&nbsp;!\u2026 Il est simplement soi, nu et total, fondamental, \u00e9corch\u00e9.&nbsp;Aucune mise en sc\u00e8ne, pas de pose&nbsp;: son aventure \u00e0 lui se vit dans le plus strict anonymat, la sinc\u00e9rit\u00e9 la plus concr\u00e8te, la plus radicale, absolue. &nbsp;Il y a quelques rares \u00e9crivains qui incarnent \u00e0 eux seuls l\u2019adh\u00e9sion totale assum\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience fondamentale de la condition humaine&nbsp;: Rimbaud, C\u00e9line [quoi qu\u2019on puisse en dire, et quelque \u00e9c\u0153urement ponctuellement plus que l\u00e9gitime qu\u2019il puisse inspirer], Artaud\u2026 Bref, ceux que j\u2019appelle pour ma part les \u00e9crivains, les artistes, de l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9grale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Alors, abandon de la po\u00e9sie&nbsp;? \u00c9chec ou pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Art n\u2019est qu\u2019un tremplin&nbsp;; l\u2019Art n\u2019est qu\u2019un brouillon&nbsp;; l\u2019Art n\u2019est jamais une fin en soi&nbsp;; il n\u2019est qu\u2019un enseignement avant d\u2019<strong>\u00ab&nbsp;entrer dans le fleuve \u00bb<\/strong>, un enseignement aust\u00e8re, s\u00e9v\u00e8re et enchanteur pourtant, qui nous donne le courage d\u2019y entrer &nbsp;comme dirait Peter Handke aujourd\u2019hui, et disait H\u00e9raclite d\u2019\u00c9ph\u00e8se, bien avant lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce \u00e0 dire qu\u2019un po\u00e8te ayant atteint son apog\u00e9e se survit toujours \u00e0 soi-m\u00eame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non&nbsp;! Apr\u00e8s qu\u2019il a prouv\u00e9 ce qu\u2019il avait \u00e0 se prouver et \u00e0 donner au monde, simplement, il assume d\u2019autres combats. Comme l\u2019Hernani de Hugo, pour justifier son combat, le plus simple&nbsp;: celui d\u2019\u00eatre au monde, Rimbaud peut arguer pour r\u00e9pondre \u00e0 toute question, justifier l\u2019existence, la pr\u00e9sence au monde de son \u00eatre, plus prosa\u00efquement de son \u00ab \u00eatre-l\u00e0 \u00bb&nbsp;: <strong>\u00ab Je suis une force qui va. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La sagesse bouddhiste nous dit ceci&nbsp;: ce qu\u2019il y a d\u2019extraordinaire pour un homme ordinaire, c\u2019est de faire quelque chose d\u2019extraordinaire&nbsp;; mais ce qu\u2019il y a d\u2019extraordinaire pour un homme extraordinaire, c\u2019est de faire quelque chose d\u2019ordinaire. L\u2019un des plus grands g\u00e9nies que la terre ait jamais compt\u00e9, Rimbaud, a fini ainsi dans la peau d\u2019un commer\u00e7ant souvent malheureux, parfois franchement calamiteux, mais qui s\u2019est battu jusqu\u2019au bout&nbsp;: un mod\u00e8le de courage et de pers\u00e9v\u00e9rance, on dirait aujourd\u2019hui&nbsp;: de r\u00e9silience.&nbsp;\u2014 Gr\u00e2ce lui en soit rendue&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, il ne se voyait pas <strong>\u00ab embarqu\u00e9 dans une noce avec J\u00e9sus Christ pour beau-p\u00e8re \u00bb<\/strong>, mais il appara\u00eet de jour en jour, de seconde en seconde, que le crucifi\u00e9 le plus moderne et le plus durable dans le monde des Arts et de la pens\u00e9e, de la philosophie et de la spiritualit\u00e9<strong> \u00ab&nbsp;moderne \u00bb<\/strong> en Occident, c\u2019est sans doute, c\u2019est peut-\u00eatre, lui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Gloire \u00e0 celui qui fut, qui demeure \u00e0 jamais notre fr\u00e8re, pour ce qu\u2019il nous reste d\u2019avenir, en l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Son suppos\u00e9 \u00e9chec \u2014 qui reste \u00e0 d\u00e9finir&nbsp;: d\u2019o\u00f9 se campe-t-on arbitrairement et totalitairement pour le voir et pour en juger&nbsp;? \u2014 loin de le diminuer, cette naturelle empathie, sympathie, qu\u2019il a manifest\u00e9e sans faille \u00e0 l\u2019\u00e9gard de notre commune condition humaine, nous le rend \u00e0 jamais, pour toujours, plus proche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Rimbaud, notre fr\u00e8re \u00e0 jamais&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>En somme qu\u2019est ce po\u00e8me <strong>\u00ab Aube \u00bb<\/strong>, outre la fl\u00e8che de l\u2019\u00e9difice que constituent <strong><em>Les Illuminations<\/em><\/strong> d\u2019Arthur Rimbaud&nbsp;? \u2014 Un po\u00e8me sur les pouvoirs mirifiques de la po\u00e9sie et sur ses limites d\u00e9cevantes. Dans ce po\u00e8me, tout est dit&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Cocteau aimait \u00e0 dire&nbsp;: <strong>\u00ab L\u2019Art est une grande vibration, o\u00f9 personne ne d\u00e9passe personne. \u00bb<\/strong> Certes, mais chaque artiste a sa vibration particuli\u00e8re, et il est indubitable que certaines \u0153uvres vibrent plus que d\u2019autres\u2026&nbsp;; et, lorsqu\u2019une \u0153uvre vibre et respire d\u2019un souffle \u00e0 la fois propre et universel&nbsp;?\u2026 Eh&nbsp;! Bien&nbsp;! c\u2019est ce qu\u2019on appelle&nbsp;: \u00ab un chef d\u2019\u0153uvre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab Aube \u00bb<\/strong> d\u2019Arthur Rimbaud, po\u00e8me-phare de son recueil des <strong><em>Illuminations<\/em><\/strong>, <strong>\u00ab Art po\u00e9tique \u00bb<\/strong> fraternel, est pour moi le plus beau po\u00e8me du monde&nbsp;: celui dont je me souviendrai, quand je passerai dans l\u2019autre monde, pour me rappeler les beaut\u00e9s \u00e2pres, douces et am\u00e8res, de ce monde-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !<\/h2>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 CHAR<\/p>\n\n\n\n<p>Recueil : <em><strong>Fureur et myst\u00e8re<\/strong><\/em> (1948)<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Tes dix-huit ans r\u00e9fractaires \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, \u00e0 la malveillance, \u00e0 la sottise des po\u00e8tes de Paris ainsi qu\u2019au ronronnement d\u2019abeille st\u00e9rile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les \u00e9parpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur pr\u00e9coce guillotine. Tu as eu raison d\u2019abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l\u2019enfer des b\u00eates, pour le commerce des rus\u00e9s et le bonjour des simples.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9lan absurde du corps et de l\u2019\u00e2me, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant \u00e9clater, oui, c\u2019est bien l\u00e0 la vie d\u2019un homme ! On ne peut pas, au sortir de l\u2019enfance, ind\u00e9finiment \u00e9trangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns \u00e0 croire sans preuve le bonheur possible avec toi.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&gt; EN OUVERTURE&nbsp; le<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>DIVAN ORIENTAL-OCCIDENTAL<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>de Johan Wolfgang von Goethe<\/p>\n\n\n\n<p>EN DOUZE LIVRES<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>LIVRE I<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>MOGANNI NAMEH.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>LIVRE DU CHANTEUR<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019ai laiss\u00e9 s\u2019\u00e9couler vingt ann\u00e9es, et j\u2019ai joui de ce qui me fut donn\u00e9 en partage&nbsp;: p\u00e9riode parfaitement heureuse, comme le temps des Barm\u00e9cides.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Texte liminaire&nbsp;:]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;H\u00e9gire \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le nord et l\u2019ouest et le sud volent en \u00e9clats, les tr\u00f4nes se brisent, les royaumes tremblent&nbsp;: sauve-toi, va dans le pur orient respirer l\u2019air des patriarches&nbsp;; au milieu des amours, des festins et des chants, la source de Chiser te rajeunira.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u00e0, dans la puret\u00e9 et la justice, je veux p\u00e9n\u00e9trer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019origine premi\u00e8re des races humaines, jusqu\u2019\u00e0 ces temps o\u00f9 elles recevaient encore de Dieu la c\u00e9leste doctrine dans les langues terrestres et ne se creusaient pas l\u2019esprit&nbsp;;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ces temps o\u00f9 elles v\u00e9n\u00e9raient les anc\u00eatres et d\u00e9fendaient tout culte \u00e9tranger&nbsp;; je veux me complaire dans l\u2019\u00e9troit horizon du premier \u00e2ge&nbsp;: une foi vaste, une pens\u00e9e restreinte, \u00e9tait alors importante comme la parole, parce qu\u2019elle \u00e9tait une parole prononc\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je veux me m\u00ealer aux bergers, me rafra\u00eechir dans les oasis, voyageant avec les caravanes et faisant commerce de ch\u00e2les, de caf\u00e9 et de musc&nbsp;; je veux fouler chaque sentier du d\u00e9sert jusqu\u2019aux villes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 la mont\u00e9e et \u00e0 la descente, tes chants, Hafiz, charment le p\u00e9nible chemin de rochers, quand le guide, avec ravissement, sur la haute croupe du mulet, chante pour \u00e9veiller les \u00e9toiles et pour effrayer les brigands.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans les bains et les tavernes, saint Hafiz, je veux penser \u00e0 toi, quand ma bien-aim\u00e9e soul\u00e8ve son voile et, secouant sa chevelure ambr\u00e9e, exhale de doux parfums. Oui, que l\u2019amoureux chuchotement du po\u00ebte fasse na\u00eetre le d\u00e9sir m\u00eame chez les houris&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Si vous voulez lui envier cette joie ou m\u00eame la troubler, sachez que les paroles du po\u00ebte voltigent sans cesse aux portes du paradis, et frappent doucement, implorant la vie \u00e9ternelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous vous souvenez, Amies, Amis, de ce que disait, de que nous disait le Rimbe&nbsp;?&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le monde n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e2ge. L&rsquo;humanit\u00e9 se d\u00e9place, simplement. Vous \u00eates en Occident, mais libre d&rsquo;habiter dans votre Orient, quelque ancien qu&rsquo;il vous le faille, &#8211; et d&rsquo;y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous \u00eates de votre Occident.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour une ouverture et une nouvelle aventure, c\u2019est ce qu\u2019on appelle une ouverture-aventure, non&nbsp;? \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On va se quitter sur les mots d\u2019or de cette bouche d\u2019or, en un suspens, Camarades&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bons combats&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous retrouverons \u00e0 la Victoire&nbsp;! Mais souvenons-nous, et chaque jour, \u00e0 chaque heure, \u00e0 chaque minute, \u00e0 chaque seconde, qu\u2019elle est d\u2019abord personnelle, et quotidienne, et humble, dans le secret des \u00e2mes, des esprits, des c\u0153urs, et du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Souvenons-nous aussi, inlassablement, ind\u00e9fectiblement du camarade Arthur Rimbaud, de sa geste h\u00e9ro\u00efque en diable, et de tout ce que nous lui devons.<\/p>\n\n\n\n<p><em>In medias res.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>In Memoriam.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n\n\n\n<p>Article r\u00e9dig\u00e9 du samedi 26 ao\u00fbt au dimanche 10 septembre 2023.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle est retrouv\u00e9e.Quoi&nbsp;? \u2013 L\u2019\u00c9ternit\u00e9.C\u2019est la mer all\u00e9eAvec le soleil. ARTHUR RIMBAUD, Derniers vers Avant-propos&nbsp;:&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1588,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-1326","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-peres-meres-nos-modeles-nos-heros-nos-saints-nos-valeurs"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud - Revue Polaire<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud - Revue Polaire\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Elle est retrouv\u00e9e.Quoi&nbsp;? \u2013 L\u2019\u00c9ternit\u00e9.C\u2019est la mer all\u00e9eAvec le soleil. ARTHUR RIMBAUD, Derniers vers Avant-propos&nbsp;:...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Revue Polaire\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/polaire.editions\/?locale=fr_FR\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2023-09-11T17:11:27+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-12-05T10:32:40+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1366\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Jean-Louis Clo\u00ebt\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Jean-Louis Clo\u00ebt\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"90 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"Jean-Louis Clo\u00ebt\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/11d483a5451aa8b6c61183495e4e3cd5\"},\"headline\":\"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud\",\"datePublished\":\"2023-09-11T17:11:27+00:00\",\"dateModified\":\"2023-12-05T10:32:40+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/\"},\"wordCount\":20661,\"publisher\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/09\\\/Rimbaud-scaled.jpg\",\"articleSection\":[\"P\u00e8res &amp; M\u00e8res (nos mod\u00e8les, nos h\u00e9ros, nos saints, nos valeurs)\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/\",\"url\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/\",\"name\":\"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud - Revue Polaire\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/09\\\/Rimbaud-scaled.jpg\",\"datePublished\":\"2023-09-11T17:11:27+00:00\",\"dateModified\":\"2023-12-05T10:32:40+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/09\\\/Rimbaud-scaled.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/09\\\/Rimbaud-scaled.jpg\",\"width\":2560,\"height\":1366},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/2023\\\/09\\\/11\\\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#website\",\"url\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/\",\"name\":\"Revue Polaire\",\"description\":\"Pour retrouver magn\u00e9tiquement, au-del\u00e0, en-de\u00e7\u00e0 des frilosit\u00e9s postmodernes, l&#039;esprit des p\u00f4les, le grand Air\u2026\",\"publisher\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#organization\",\"name\":\"Revue Polaire\",\"url\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/10\\\/cropped-cropped-cropped-b-vert-deau-1-2.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/10\\\/cropped-cropped-cropped-b-vert-deau-1-2.png\",\"width\":246,\"height\":246,\"caption\":\"Revue Polaire\"},\"image\":{\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/polaire.editions\\\/?locale=fr_FR\"]},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/11d483a5451aa8b6c61183495e4e3cd5\",\"name\":\"Jean-Louis Clo\u00ebt\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/08\\\/Montage-9-150x150.jpg\",\"url\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/08\\\/Montage-9-150x150.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2023\\\/08\\\/Montage-9-150x150.jpg\",\"caption\":\"Jean-Louis Clo\u00ebt\"},\"sameAs\":[\"http:\\\/\\\/revuepolaire.com\"],\"url\":\"https:\\\/\\\/revuepolaire.com\\\/index.php\\\/author\\\/admin3723\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud - Revue Polaire","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud - Revue Polaire","og_description":"Elle est retrouv\u00e9e.Quoi&nbsp;? \u2013 L\u2019\u00c9ternit\u00e9.C\u2019est la mer all\u00e9eAvec le soleil. ARTHUR RIMBAUD, Derniers vers Avant-propos&nbsp;:...","og_url":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/","og_site_name":"Revue Polaire","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/polaire.editions\/?locale=fr_FR","article_published_time":"2023-09-11T17:11:27+00:00","article_modified_time":"2023-12-05T10:32:40+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1366,"url":"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-scaled.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Jean-Louis Clo\u00ebt","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Jean-Louis Clo\u00ebt","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"90 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#article","isPartOf":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/"},"author":{"name":"Jean-Louis Clo\u00ebt","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#\/schema\/person\/11d483a5451aa8b6c61183495e4e3cd5"},"headline":"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud","datePublished":"2023-09-11T17:11:27+00:00","dateModified":"2023-12-05T10:32:40+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/"},"wordCount":20661,"publisher":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#organization"},"image":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-scaled.jpg","articleSection":["P\u00e8res &amp; M\u00e8res (nos mod\u00e8les, nos h\u00e9ros, nos saints, nos valeurs)"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/","url":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/","name":"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud - Revue Polaire","isPartOf":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#primaryimage"},"image":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-scaled.jpg","datePublished":"2023-09-11T17:11:27+00:00","dateModified":"2023-12-05T10:32:40+00:00","breadcrumb":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#primaryimage","url":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-scaled.jpg","contentUrl":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-scaled.jpg","width":2560,"height":1366},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2023\/09\/11\/le-plus-beau-poeme-du-monde-aube-darthur-rimbaud\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"http:\/\/revuepolaire.com\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Le plus beau po\u00e8me du monde ?\u2026 \u00ab\u00a0Aube\u00a0\u00bb d\u2019Arthur Rimbaud"}]},{"@type":"WebSite","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#website","url":"http:\/\/revuepolaire.com\/","name":"Revue Polaire","description":"Pour retrouver magn\u00e9tiquement, au-del\u00e0, en-de\u00e7\u00e0 des frilosit\u00e9s postmodernes, l&#039;esprit des p\u00f4les, le grand Air\u2026","publisher":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"http:\/\/revuepolaire.com\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#organization","name":"Revue Polaire","url":"http:\/\/revuepolaire.com\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/cropped-cropped-cropped-b-vert-deau-1-2.png","contentUrl":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/cropped-cropped-cropped-b-vert-deau-1-2.png","width":246,"height":246,"caption":"Revue Polaire"},"image":{"@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/polaire.editions\/?locale=fr_FR"]},{"@type":"Person","@id":"http:\/\/revuepolaire.com\/#\/schema\/person\/11d483a5451aa8b6c61183495e4e3cd5","name":"Jean-Louis Clo\u00ebt","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Montage-9-150x150.jpg","url":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Montage-9-150x150.jpg","contentUrl":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Montage-9-150x150.jpg","caption":"Jean-Louis Clo\u00ebt"},"sameAs":["http:\/\/revuepolaire.com"],"url":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/author\/admin3723\/"}]}},"author_meta":{"display_name":"Jean-Louis Clo\u00ebt","author_link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/author\/admin3723\/"},"featured_img":"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Rimbaud-300x160.jpg","coauthors":[],"tax_additional":{"categories":{"linked":["<a href=\"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/category\/peres-meres-nos-modeles-nos-heros-nos-saints-nos-valeurs\/\" class=\"advgb-post-tax-term\">P\u00e8res &amp; M\u00e8res (nos mod\u00e8les, nos h\u00e9ros, nos saints, nos valeurs)<\/a>"],"unlinked":["<span class=\"advgb-post-tax-term\">P\u00e8res &amp; M\u00e8res (nos mod\u00e8les, nos h\u00e9ros, nos saints, nos valeurs)<\/span>"]}},"comment_count":"0","relative_dates":{"created":"Publi\u00e9 3 ans il y a","modified":"Mis \u00e0 jour 2 ans il y a"},"absolute_dates":{"created":"Publi\u00e9 le 11 septembre 2023","modified":"Mise \u00e0 jour le 5 d\u00e9cembre 2023"},"absolute_dates_time":{"created":"Publi\u00e9 le 11 septembre 2023 19h11","modified":"Mise \u00e0 jour le 5 d\u00e9cembre 2023 11h32"},"featured_img_caption":"","series_order":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1326","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1326"}],"version-history":[{"count":40,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1326\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1589,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1326\/revisions\/1589"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1588"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1326"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1326"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1326"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}