{"id":1917,"date":"2020-02-10T14:06:00","date_gmt":"2020-02-10T13:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=1917"},"modified":"2024-03-14T13:31:24","modified_gmt":"2024-03-14T12:31:24","slug":"un-cours-sur-le-rouge-et-le-noir-de-stendhal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2020\/02\/10\/un-cours-sur-le-rouge-et-le-noir-de-stendhal\/","title":{"rendered":"Un cours sur \u00ab Le Rouge et le Noir \u00bb de Stendhal"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"724\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646-724x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1976\" srcset=\"https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646-724x1024.jpg 724w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646-212x300.jpg 212w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646-768x1086.jpg 768w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646-300x424.jpg 300w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646-850x1202.jpg 850w, https:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/Unknown_Artist_-_Portrait_of_Stendhal_Henry_Beyle_Grenoble_-_MeisterDrucke-913646.jpg 891w\" sizes=\"(max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ACCEPTATION \u201cH\u00c9ROIQUE\u201c DE LA PUNITION PAR L\u2019AMBITIEUX, LIVRE II, CHAP. 36, &nbsp;\u00bb&nbsp; D\u00c9TAILS TRISTES &nbsp;\u00bb,&nbsp; in <em>LE ROUGE ET LE NOIR <\/em>(1830)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ne vous attendez point de ma part \u00e0 de la faiblesse. Je me suis veng\u00e9. J\u2019ai m\u00e9rit\u00e9 la mort, et me voici. Priez pour mon \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Schiller.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Id\u00e9e s\u00e9duisante de d\u00e9part qui est le commentaire de l\u2019exergue&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme on le sait, le romantisme est d\u2019abord apparu vers 1750 en Angleterre, en r\u00e9action au capitalisme qui \u00e9tait en train de se mettre en place, et, au mat\u00e9rialisme associ\u00e9 qui promettait d\u2019\u00eatre triomphant et implacable \u2014 le royaume britannique faisant de Londres le centre du monde, vers lequel tous les produits du monde convergeaient \u2014&nbsp;;&nbsp;puis, le romantisme a gagn\u00e9 ce qu\u2019on nomme aujourd\u2019hui l\u2019Allemagne, entit\u00e9 regroupant des tas de petits \u00c9tats et qui n\u2019a pu se constituer que sur les ruines du Second Empire fran\u00e7ais apr\u00e8s sa d\u00e9faite en 1871. Le romantisme allemand d\u00e9bute dans la continuit\u00e9 du romantisme anglais vers 1774. Schiller, l\u2019un des principaux romantiques allemands dans les ann\u00e9es 1780, 1790, 1800, l\u2019un des deux principaux dramaturges romantiques allemands avec Goethe, a invent\u00e9 d\u00e8s 1781 un type de la typologie romantique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Brigand&nbsp;\u00bb dans sa pi\u00e8ce <em>Les Brigands<\/em>, \u00e9ponyme. Le type du&nbsp;\u00ab&nbsp;brigand&nbsp;\u00bb \u00e0 la Schiller, incarne et pr\u00e9figure le r\u00e9volutionnaire, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 secouer le joug de l\u2019absolutisme, tel qu\u2019il se mat\u00e9rialisera en France \u00e0 partir de 1789&nbsp;; c\u2019est pourquoi les jeunes romantiques allemands, dont Schiller, seront, au d\u00e9part, des adeptes inconditionnels de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Ce petit cr\u00e9tin de Julien Sorel se prend pour un h\u00e9ros de Schiller, entre autres. Il vit dans le phantasme depuis le d\u00e9but. \u00c9videmment, il ne va pas se r\u00e9veiller vers la fin de sa com\u00e9die, ou plut\u00f4t de sa farce&nbsp;: il va continuer \u00e0 jouer ce qu\u2019il croit son r\u00f4le&nbsp;: imperturbable.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;[\u2026]&nbsp;Un juge parut dans la prison.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019ai donn\u00e9 la mort avec pr\u00e9m\u00e9ditation, lui dit Julien&nbsp;; j\u2019ai achet\u00e9 et fait charger les pistolets chez un tel, l\u2019armurier. L\u2019article 1342 du Code p\u00e9nal est clair, je m\u00e9rite la mort, et je l\u2019attends. Le juge, \u00e9tonn\u00e9 de cette fa\u00e7on de r\u00e9pondre, voulut multiplier les questions pour faire en sorte que l\u2019accus\u00e9 <em>se coup\u00e2t<\/em> dans ses r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des individus pour qui l\u2019orgueil, l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait de soi, est plus importante que tout. Julien Sorel fait partie de ces imb\u00e9ciles. Il est tellement orgueilleux et imbu de lui-m\u00eame, que ce n\u2019est pas \u00e0 un juge de d\u00e9cider de sa mort, c\u2019est \u00e0 lui-m\u00eame de l\u2019ordonner. On notera que c\u2019est Julien Sorel qui prend symboliquement l\u2019initiative de la parole, alors que dans une proc\u00e9dure de Justice, c\u2019est au juge de parler en premier. Soyons bien clairs&nbsp;: il y a des critiques qui vont vous pr\u00e9senter ce passage comme le signe m\u00eame de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme ultime de Julien Sorel. C\u2019est un point de vue. La particularit\u00e9 de la critique est qu\u2019elle est contradictoire, que chaque critique a un point de vue diff\u00e9rent, une mani\u00e8re diff\u00e9rente d\u2019attaquer l\u2019\u0153uvre. C\u2019est le droit le plus strict et pour tout dire le droit premier de la critique. Pour ma part, Julien Sorel est un sale petit arriviste qui manipule les \u00eatres, qui salit l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019amour puisque ses femmes ne sont que des instruments de son ascension sociale et des mani\u00e8res d\u2019autoglorification&nbsp;; donc, cette fin de Julien Sorel est pour moi encore plus lamentable que tout ce qui a pu pr\u00e9c\u00e9der&nbsp;: jusqu\u2019au bout, il s\u2019enferre dans son erreur&nbsp;; jusqu\u2019au bout, la seule chose qui compte pour lui est de sauver l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019est faite de soi. Quel \u00e9tait le v\u00e9ritable point de vue de Stendhal&nbsp;? Je crois que Stendhal se mentant sur lui-m\u00eame et Julien Sorel \u00e9tant son avatar, on est en droit de penser que Stendhal absout son h\u00e9ros de toutes ses fautes pass\u00e9es dans cette sc\u00e8ne finale. Mais, comme il convient d\u2019\u00eatre critique \u00e0 la fois vis \u00e0 vis de l\u2019auteur et de l\u2019\u0153uvre, je prends le parti que je vous ai expos\u00e9 plus haut, et je n\u2019en d\u00e9mordrai pas. Julien Sorel nous fait le coup ici du condamn\u00e9 \u00e0 mort, qui, face au peloton d\u2019ex\u00e9cution, commande le feu. On appr\u00e9ciera l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 qui \u00e9voque le \u00ab Code Civil&nbsp;\u00bb, puisque ce dernier est l\u2019\u0153uvre de Napol\u00e9on I<sup>Ier<\/sup>, l\u2019idole de notre h\u00e9ros, la quintessence de l\u2019esprit de la R\u00e9volution, son aboutissement. \u2014 De quoi un juge a-t-il besoin&nbsp;? \u2026&nbsp;: de preuves. Sorel les lui fournit. Le juge est \u00e0 ce point d\u00e9contenanc\u00e9 qu\u2019il interroge Sorel afin que Sorel se coupe, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: se trompe en diff\u00e9rant dans ses r\u00e9ponses, afin qu\u2019il puisse le sauver&nbsp;; c\u2019est synecdotique du fait qu\u2019il croit sans doute avoir affaire \u00e0 un fou. Pour bien marquer l\u2019\u00e9gotisme \u2014 voire le beylisme \u2014 incurables de Julien Sorel, on appr\u00e9ciera l\u2019anaphore du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb. L\u2019accus\u00e9 entend mener la danse devant ses juges. Certains peuvent trouver cela grand&nbsp;; d\u2019autres peuvent trouver cela grotesque et intol\u00e9rable. C\u2019est mon cas. Ce cynisme, \u00e0 mon sens, pr\u00e9figure d\u00e9j\u00e0 celui de George Duroy, le h\u00e9ros de <em>Bel-Ami de<\/em> Maupassant. Au fond, Julien Sorel est d\u00e9j\u00e0 une sorte de &nbsp;\u00ab&nbsp;Bel-Ami&nbsp;\u00bb&nbsp;; la seule chose qui les diff\u00e9rencie, est que Sorel se moque de l\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais ne voyez-vous pas, lui dit Julien en souriant, que je me fais aussi coupable que vous pouvez le d\u00e9sirer&nbsp;? Allez, monsieur, vous ne manquerez pas la proie que vous poursuivez. Vous aurez le plaisir de condamner. \u00c9pargnez-moi votre pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>La posture bravache du h\u00e9ros peut&nbsp;: soit exalter, soit \u00e9c\u0153urer. Ce sourire de provocation et d\u2019autosatisfaction \u00e9gotiste est en tous cas bien \u00e9clairant sur la nature du personnage. La question rh\u00e9torique est \u00e9galement une provocation. Les provocations vont au reste en gradation croissante. Sorel use de l\u2019all\u00e9gorie pour pr\u00e9senter le juge comme un pr\u00e9dateur. Il le pr\u00e9sente \u00e9galement comme un sadique qui a plaisir \u00e0 tuer, alors m\u00eame que le juge cherche \u00e0 le sauver. Enfin, il le cong\u00e9die comme un domestique par cette provocation ultime&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9pargnez-moi votre pr\u00e9sence.&nbsp;\u00bb&nbsp;Sorel va mourir, et voil\u00e0 qu\u2019il se prend pour le Roi. On a toujours affaire \u00e0 ce personnage obsessionnel qui est en attente de vengeance dans sa strat\u00e9gie de \u00ab&nbsp;lutte des classes&nbsp;\u00bb, et, qui, pourtant, n\u2019a rien d\u2019un r\u00e9volutionnaire, puisqu\u2019il \u201cne roule\u201c que pour lui seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me reste un ennuyeux devoir \u00e0 remplir, pensa Julien, il faut \u00e9crire \u00e0 mademoiselle de La Mole.<\/p>\n\n\n\n<p>On continue dans l\u2019abjection. Que Sorel puisse pr\u00e9senter la m\u00e8re de son enfant comme une&nbsp;\u00ab&nbsp;demoiselle&nbsp;\u00bb, et qu\u2019il puisse parler d\u2019\u00ab&nbsp;un ennuyeux devoir \u00e0 remplir&nbsp;\u00bb, pour ce qui est de lui \u00e9crire, est vraiment monstrueux. \u00c9tant en quelque sorte son h\u00e9ros, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas que Stendhal puisse user de ce qu\u2019on appelle pour un romancier&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;le point de vue omniscient&nbsp;\u00bb&nbsp;; il conna\u00eet, bien s\u00fbr, son Julien Sorel par c\u0153ur&nbsp;: comme s\u2019il l\u2019avait fait&nbsp;! C\u2019est m\u00eame mieux, ou pire&nbsp;: il est Julien Sorel, potentiellement&nbsp;; du moins, il l\u2019a \u00e9t\u00e9 ou il aurait pu l\u2019\u00eatre, jadis.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis veng\u00e9, lui disait-il. Malheureusement, mon nom para\u00eetra dans les journaux, et je ne puis m\u2019\u00e9chapper de ce monde incognito.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voici qu\u2019en style indirect, Stendhal va rendre compte de l\u2019ultime lettre de son h\u00e9ros \u00e0 la m\u00e8re de son enfant. Au lieu de parler d\u2019abord de l\u2019enfant ou d\u2019elle, Julien Sorel ne parle de soi, que de sa r\u00e9putation, que de sa mis\u00e9rable petite personne. La seule chose qui l\u2019obnubile en premier, c\u2019est que sa r\u00e9putation va \u00eatre entach\u00e9e, qu\u2019on va enfin savoir qui il est. Et, bien s\u00fbr&nbsp;! c\u2019est le monde qui est coupable\u2026 pas lui&nbsp;! Enfin, quoi de plus mis\u00e9rable et vulgaire que la vengeance&nbsp;\u2026 Julien Sorel n\u2019est pas un h\u00e9ros, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un h\u00e9ros, non pas parce qu\u2019il n\u2019est pas noble \u2014 de cela, on se moque \u2014, mais parce qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019\u00e2me noble, ni, pour l\u2019instant, de c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je mourrai dans deux mois. La vengeance a \u00e9t\u00e9 atroce, comme la douleur d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9 de vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Le &nbsp;\u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb va \u00eatre anaphorique dans tout le reste de cette lettre et va aller en gradation croissante. Il a le culot de mettre en abyme \u00ab&nbsp;la vengeance&nbsp;\u00bb contre Madame de R\u00eanal, qu\u2019il ose qualifier d\u2019\u00ab&nbsp;atroce&nbsp;\u00bb, comme si elle lui avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e alors qu\u2019elle n\u2019est que de son fait&nbsp;; et, la suppos\u00e9e &nbsp;\u00ab&nbsp; douleur &nbsp;\u00bb de la s\u00e9paration avec la m\u00e8re de son enfant est du m\u00eame ordre. On notera le paradoxe&nbsp;: pas une seconde, il n\u2019a song\u00e9 \u00e0 elle et \u00e0 lui quand il a s\u2019agit de \u00ab&nbsp;laver l\u2019affront&nbsp;\u00bb fait \u00e0 son amour propre. Pour se donner de grands airs, se prouver qu\u2019il a pu monter dans la hi\u00e9rarchie sociale, il la vouvoie, comme on fait dans les couples aristocratiques. \u00ab&nbsp;La douleur d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9&nbsp;\u00bb de Mathilde et de son enfant ne peut fonctionner que comme une antiphrase&nbsp;: une ultime fois, Sorel essaie de manipuler son interlocutrice, je devrais dire plut\u00f4t sans doute, sans nul doute aucun&nbsp;: sa victime.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce moment, je m\u2019interdis d\u2019\u00e9crire et de prononcer votre nom. Ne parlez jamais de moi, m\u00eame \u00e0 mon fils&nbsp;: le silence est la seule fa\u00e7on de m\u2019honorer. Pour le commun des hommes je serai un assassin vulgaire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant sacrifi\u00e9 Mathilde et son fils sur l\u2019autel de son amour-propre, Sorel va faire mine de faire un renoncement h\u00e9ro\u00efque, une acceptation de perdre cette femme qui n\u2019a pas su le retenir, ni arr\u00eater sa main. C\u2019est path\u00e9tique, pour ne pas dire&nbsp;: grotesque. Perturb\u00e9 par le seul fait qu\u2019il va voir sa r\u00e9putation se ternir, il ne peut souffrir davantage de voir cette r\u00e9putation s\u2019installer dans l\u2019esprit de \u201cla chair de sa chair\u201c, de son fils. Cette mise en abyme l\u2019accable et signe son \u00e9gotisme. Quant \u00e0 ce qui est de l\u2019expression&nbsp;\u00ab&nbsp;m\u2019honorer&nbsp;\u00bb, alors m\u00eame qu\u2019il est dans la position indigne de l\u2019assassin, elle est purement surr\u00e9aliste&nbsp;: comment peut-on s\u2019illusionner \u00e0 ce point sur soi-m\u00eame&nbsp;? S\u2019il peut cultiver l\u2019illusion de s\u2019\u00eatre \u00e9lev\u00e9 socialement, jamais il ne s\u2019est \u00e9lev\u00e9 spirituellement. N\u2019ayant voulu que monter dans l\u2019\u00e9chelle sociale, se pensant et se croyant noble d\u00e8s lors qu\u2019il a engross\u00e9 une des filles de la plus grande noblesse, alors m\u00eame qu\u2019il ignore de quel sexe sera l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre, tel un monarque, il fantasme d\u00e9j\u00e0 sur le fait qu\u2019il ne pourra s\u2019agir que d\u2019un fils&nbsp;: Sorel est mort&nbsp;! Vive Sorel&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi la v\u00e9rit\u00e9 en ce moment supr\u00eame&nbsp;: vous m\u2019oublierez. Cette grande catastrophe dont je vous conseille de ne jamais ouvrir la bouche \u00e0 \u00eatre vivant, aura \u00e9puis\u00e9 pour plusieurs ann\u00e9es tout ce que je voyais de romanesque et de trop aventureux dans votre caract\u00e8re. Vous \u00e9tiez faite pour vivre avec les h\u00e9ros du moyen \u00e2ge&nbsp;; montrez leur ferme caract\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab&nbsp;Permettez-moi la v\u00e9rit\u00e9 en ce moment supr\u00eame&nbsp;\u00bb peut \u00eatre entendu comme l\u2019aveu qu\u2019il n\u2019a jamais vis \u00e0 vis d\u2019elle quitt\u00e9 sa posture de strat\u00e8ge&nbsp;; ce qui est le cas. L\u2019expression&nbsp;\u00ab&nbsp;moment supr\u00eame&nbsp;\u00bb n\u2019est pas sans une dimension hyperbolique \u00e0 tonalit\u00e9 emphatique ridicule&nbsp;: beaucoup de r\u00e9sistants qui ont pu \u00e9crire une ultime lettre avant d\u2019\u00eatre fusill\u00e9s n\u2019en font pas tant dans leurs adieux, ne se montrent pas aussi autocentr\u00e9s, narcissiques. Ils se font surtout bien plus proches de leur conjoint ou de leur partent, bien plus attentionn\u00e9s, bien plus pr\u00e9venants. Mais, on ne s\u2019en \u00e9tonnera pas&nbsp;: ils avaient d\u00e9j\u00e0 accept\u00e9 de risquer, donc de potentiellement donner, leur vie pour les autres&nbsp;; Julien Sorel n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 au service que d\u2019une seule cause&nbsp;: la sienne propre, aux d\u00e9pens de toutes les autres. La mani\u00e8re pompeuse, dont il \u00e9voque sa disparition pour elle, sans se pr\u00e9occuper de son ressenti, et presque sur le mode injonctif, peut appara\u00eetre aussi comme insupportable de fatuit\u00e9 et d\u2019orgueil. Il veut rester le ma\u00eetre du jeu jusqu\u2019au bout, et m\u00eame par-del\u00e0 la mort. Incorrigible, il poursuit dans l\u2019emphase et dans l\u2019hyperbole de mani\u00e8re redondante en usant du vocable&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;grande catastrophe&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019un homme est bien vite oubli\u00e9 et que la &nbsp;\u00ab&nbsp;grande catastrophe&nbsp;\u00bb en v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est le fait de l\u2019avoir mise enceinte, de l\u2019avoir \u00e0 jamais compromise vis \u00e0 vis de sa classe, de l\u2019avoir tu\u00e9e m\u00eame sur le plan social, en la d\u00e9shonorant par simple d\u00e9sir de conqu\u00eate, de domination, \u00e9go\u00efstement&nbsp;; quand on aime vraiment, on se sacrifie pour qui l\u2019on aime&nbsp;: les choses ne se passent pas autrement, et, &nbsp;\u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas de plus grande preuve d\u2019amour que de donner sa vie pour qui l\u2019on aime&nbsp;\u00bb pour citer le Christ en personne&nbsp;; Sorel n\u2019a sacrifi\u00e9 sa vie qu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se faisait de lui-m\u00eame&nbsp;; et, au seuil de la mort, on constate qu\u2019il ne l\u2019abdique pas cette id\u00e9e&nbsp;: il s\u2019y raccroche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment pour pouvoir sombrer avec elle comme le capitaine d\u2019un vaisseau fant\u00f4me dont il ne restera rien qu\u2019une vague \u00e9cume une fois qu\u2019il aura coul\u00e9, puis, \u00e0 terme, plus rien, \u00e0 terme plus rien. Au seuil de la mort, de sa punition, Sorel n\u2019a rien appris, n\u2019en re\u00e7oit aucune le\u00e7on&nbsp;; les le\u00e7ons, c\u2019est lui qui les donne&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;je vous conseille de ne jamais ouvrir la bouche \u00e0 \u00eatre vivant&nbsp;\u00bb de ce qui s\u2019est pass\u00e9. Aurait-il soudain honte, confus\u00e9ment, de voir son image \u00e9corn\u00e9e&nbsp;? Se croit-il, lui qui pr\u00e9tend qu\u2019il faut l\u2019oublier \u00e0 ce point inoubliable&nbsp;? Sorel pr\u00e9sente sa mort, son ex\u00e9cution, comme une le\u00e7on qui va permettre \u00e0 Mathilde de progresser, de se gu\u00e9rir de ce qu\u2019il y avait de&nbsp;\u00ab&nbsp;romanesque&nbsp;\u00bb et d\u2019\u00ab&nbsp;aventureux&nbsp;\u00bb en elle, bref de &nbsp;\u00ab&nbsp;romantique&nbsp;\u00bb. Lorsque Sorel \u00e9voque de mani\u00e8re m\u00e9taphorique, voire all\u00e9gorique, les \u00ab&nbsp;h\u00e9ros du Moyen-\u00c2ge&nbsp;\u00bb, on l\u2019a compris&nbsp;: il parle de lui. On appr\u00e9ciera la mise en abyme, et le paradoxe, qui peut fonctionner \u00e0 nouveau comme un aveu&nbsp;: cette &nbsp;\u00ab&nbsp;aventure&nbsp;\u00bb va au moins vous permettre de vous gu\u00e9rir, ma ch\u00e8re, de types comme moi&nbsp;; la prochaine fois, regardez-y \u00e0 deux fois&nbsp;: \u00ab&nbsp;montrez leur ferme caract\u00e8re&nbsp;\u00bb pour les tenir en lisi\u00e8re&nbsp;; c\u2019est assez ignoble&nbsp;: c\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 une mani\u00e8re de lui dire&nbsp;: \u201cne vous plaignez pas\u2026&nbsp;: en fait, vous n\u2019avez eu que ce que vous m\u00e9ritez&nbsp;!\u201c Et, ce n\u2019est pas faux, puisque c\u2019est bien elle qui lui a lanc\u00e9 le d\u00e9fi d\u2019\u00eatre le clone de son illustre a\u00efeul, joli c\u0153ur, et ex\u00e9cut\u00e9 au XVI<sup>e<\/sup> s., l\u2019illustre h\u00e9ros familial chez les de La Mole, \u2026 d\u00e9fi qu\u2019il a relev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ce qui doit se passer soit accompli en secret et sans vous compromettre. Vous prendrez un faux nom, et n\u2019aurez pas de confident. S\u2019il vous faut absolument le secours d\u2019un ami, je vous l\u00e8gue l\u2019abb\u00e9 Pirard.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9riphrase pour d\u00e9signer l\u2019enfant qui va na\u00eetre est \u00e9galement assez terrible&nbsp;: Sorel n\u2019\u00e9voque plus que l\u2019accouchement. Il lui fait la le\u00e7on encore alors m\u00eame qu\u2019il est coupable de cette situation&nbsp;; Mathilde \u00e9tait vierge, sans aucune connaissance en mati\u00e8re de sexualit\u00e9 comme toutes les jeunes filles de l\u2019\u00e9poque&nbsp;; Sorel, lui, avait \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par une femme d\u2019exp\u00e9rience, encore possiblement f\u00e9conde&nbsp;: il savait. On voit bien que les \u00e9l\u00e9ments de la le\u00e7on sont rang\u00e9s sur le mode de la gradation croissante. On note aussi l\u2019anaphore du \u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb, dont on n\u2019a pas encore parl\u00e9&nbsp;: seuls les couples bourgeois, <em>a fortiori<\/em> les couples aristocratiques se vouvoient&nbsp;; dans le peuple, dont Sorel est issu, dont il sera issu \u00e0 jamais, quoi qu\u2019il puisse vouloir le nier, on se tutoie entre conjoints ou entre amants. Ce voussoiement peut aussi \u00eatre analys\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 d\u2019une autre fa\u00e7on&nbsp;: c\u2019est une mani\u00e8re pour lui de marquer de la distance avec Mathilde&nbsp;; or, on sait que dans les couples de type passionnel \u2014 ceux-l\u00e0 m\u00eame dont Baudelaire disait dans ses <em>Journaux intimes<\/em> qu\u2019ils comprennent toujours un \u00ab&nbsp;bourreau&nbsp;\u00bb et une&nbsp;\u00ab&nbsp;victime&nbsp;\u00bb \u2014 plus le \u00ab&nbsp;bourreau&nbsp;\u00bb se montre dur, plus la \u00ab&nbsp;victime&nbsp;\u00bb est attach\u00e9e&nbsp;; ce type de relations ne fonctionne que sur le mode sadomasochiste. Sorel est un sadique, puisqu\u2019il est un machiste, un dominateur et un pr\u00e9dateur. Il condamne Mathilde \u00e0 la solitude honteuse&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;Vous prendrez un faux nom, et n\u2019aurez pas de confident&nbsp;\u00bb&nbsp;; comme le Diable est dans les d\u00e9tails, on appr\u00e9ciera l\u2019ellipse qu\u2019il fait du second &nbsp;\u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb&nbsp;; il semble \u00e9galement l\u2019humilier en \u00e9voquant le fait qu\u2019elle pourrait se montrer faible en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;s\u2019il vous faut absolument un ami&nbsp;\u00bb et avoir besoin de soutien, alors qu\u2019un h\u00e9ros ou qu\u2019une h\u00e9ro\u00efne n\u2019ont d\u2019autres soutiens que soi-m\u00eame&nbsp;; et quand il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp; je vous l\u00e8gue l\u2019abb\u00e9 Pirard&nbsp;\u00bb, c\u2019est une tournure ironique et d\u00e9sinvolte \u00e0 la fois insultante pour l\u2019abb\u00e9 et pour Mathilde, qui nous rappelle au passage que Sorel se servait des gens, mais qu\u2019il n\u2019a jamais eu d\u2019ami, de r\u00e9el ami, vraiment&nbsp;; incapable d\u2019amour \u201cde son vivant\u201c, il s\u2019est montr\u00e9 naturellement incapable d\u2019amiti\u00e9 \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne parlez \u00e0 nul autre, surtout pas aux gens de votre classe&nbsp;: les de Luz, les Caylus.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux interpr\u00e9tations possibles, l\u00e0 encore. La premi\u00e8re, c\u2019est qu\u2019il ne veut pas qu\u2019elle se compromette, alors m\u00eame qu\u2019il l\u2019a compromise \u2014 joli paradoxe&nbsp;: un peu tard pour y penser&nbsp;! \u2014&nbsp;; la seconde, c\u2019est qu\u2019il cherche \u00e0 d\u00e9crire ce milieu social comme un milieu implacable, et, l\u00e0 se trouve un paradoxe encore&nbsp;: si ce milieu est si implacable, pourquoi a-t-il tendu de toutes ses forces pour y acc\u00e9der, voire y appartenir, y \u00eatre reconnu&nbsp;: c\u2019est qu\u2019il se voulait implacable, lui aussi, et, ainsi, de \u201cla race des Seigneurs\u201c.<\/p>\n\n\n\n<p>Un an apr\u00e8s ma mort, \u00e9pousez M. de Croisenois&nbsp;; je vous en prie, je vous l\u2019ordonne comme votre \u00e9poux. Ne m\u2019\u00e9crivez point, je ne r\u00e9pondrais pas. Bien moins m\u00e9chant que Iago, \u00e0 ce qu\u2019il me semble, je vais dire comme lui&nbsp;: <em>From this time forth I never will speak word.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Iago&nbsp;! Rien que cela&nbsp;! \u2026 \u2026 C\u2019est que notre Sorel, h\u00e9ros romantique, se voit fort bien, voyez-vous, en h\u00e9ros shakespearien&nbsp;; on lui accordera qu\u2019il n\u2019a pas choisi le plus reluisant&nbsp;: l\u2019arch\u00e9type m\u00eame du jaloux qui va jusqu\u2019\u00e0 assassiner l\u2019\u00eatre qu\u2019il pr\u00e9tend aimer, parce qu\u2019il la pense infid\u00e8le&nbsp;; on reconna\u00eet l\u2019incurabilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9faut \u00e0 la facult\u00e9 de l\u2019attribuer \u00e0 autrui, et, ainsi, tous les jaloux trompent-ils en permanence l\u2019\u00eatre qu\u2019ils pr\u00e9tendent aimer avec soi-m\u00eame, avec leur propre nombril. Quand Sorel d\u00e9cide de l\u2019identit\u00e9 de son successeur, on atteint l\u00e0 encore des sommets d\u2019\u00e9gotisme \u2014&nbsp;pour reprendre ce mot stendhalien&nbsp;\u2014, de narcissisme si l\u2019on veut adapter le propos \u00e0 la modernit\u00e9 de mani\u00e8re un peu sommaire, je vous l\u2019accorde, puisque la notion d\u2019\u00e9gotisme est quand m\u00eame plus complexe&nbsp;; on l\u2019a \u00e9voqu\u00e9e au d\u00e9but de ce cours dans le pr\u00e9ambule \u00e0 l\u2019\u00e9tude de cette \u0153uvre. M\u00eame en resituant le passage en tenant compte des m\u0153urs de l\u2019\u00e9poque qui faisaient du mari un \u201cSeigneur et Ma\u00eetre\u201c, on est oblig\u00e9 d\u2019admettre que la formule \u00ab&nbsp;je vous en prie, je vous l\u2019ordonne comme votre \u00e9poux&nbsp;\u00bb est \u00e0 nouveau paradoxale, et passe mal. \u00ab Ne m\u2019\u00e9crivez point, je ne r\u00e9pondrais pas.&nbsp;\u00bb vient rajouter sur le mode de la surench\u00e8re au vieil adage ironique de la sagesse populaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sois belle&nbsp;! et tais-toi&nbsp;\u00bb, belle Mathilde&nbsp;! \u2026Quant \u00e0 lui, avec son \u00ab&nbsp;\u00c0 partir de maintenant, je ne dirai plus un mot&nbsp;\u00bb, qui se veut Shakespearien, cela traduit plut\u00f4t une conscience refoul\u00e9e de son enti\u00e8re responsabilit\u00e9 de la situation, de sa culpabilit\u00e9 profonde&nbsp;: le coupable va se retrancher dans le silence, en se ber\u00e7ant du vers tir\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me du grand romantique Alfred de Vigny intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;La Mort du loup&nbsp;\u00bb \u2014 son chef d\u2019\u0153uvre le plus populaire \u2014&nbsp;: \u00ab&nbsp;Seul le silence est grand&nbsp;! Tout le reste est faiblesse.&nbsp;\u00bb Tout ceci \u00e9tant prospectif, je vous l\u2019accorde, puisque&nbsp;\u00ab&nbsp;La Mort du loup&nbsp;\u00bb ne sera publi\u00e9e qu\u2019en 1843\u2026 mais, on peut arguer du fait que cet apologue constitue l\u2019essence m\u00eame du romantisme&nbsp;: on ne tire les essences, qu\u2019apr\u00e8s les floraisons.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne me verra ni parler ni \u00e9crire&nbsp;; vous aurez eu mes derni\u00e8res paroles comme mes derni\u00e8res adorations.<\/p>\n\n\n\n<p>J. S.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019usage de l\u2019ind\u00e9fini contenu dans le pronom \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb montre, si besoin en \u00e9tait encore, que Julien Sorel met toute l\u2019humanit\u00e9 dans un m\u00eame sac, fantasmatiquement pour lui rempli d\u2019individus \u00e0 qui il ne reconna\u00eet pas v\u00e9ritablement d\u2019existence propre et qu\u2019il ressent toutes et tous comme m\u00e9prisables et hostiles. C\u2019est presque en Christ, que Sorel d\u00e9livre \u00e0 Mathilde ses \u00ab&nbsp;derni\u00e8res paroles&nbsp;\u00bb. La formule finale \u00ab&nbsp;mes derni\u00e8res adorations&nbsp;\u00bb qu\u2019il semble mettre en abyme avec ses \u00ab&nbsp;derni\u00e8res paroles&nbsp;\u00bb, une fois encore rel\u00e8ve du paradoxe&nbsp;: d\u2019une part, il dit \u00e0 Mathilde de l\u2019oublier, d\u2019autre part, il finit avec une formule susceptible de l\u2019attacher d\u00e9finitivement \u00ab&nbsp;pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles&nbsp;\u00bb \u00e0 lui. Bref, oubliez-moi&nbsp;! \u2026 et, que je vous sois \u00e0 jamais inoubliable. Quel paradoxe&nbsp;minable&nbsp;! sans cesse repris, de mani\u00e8re redondante et anaphorique. Elle contient \u00e9galement cette formule un ultime mensonge, puisqu\u2019elle laisse croire \u00e0 Mathilde que, non seulement Sorel l\u2019a aim\u00e9e, mais qu\u2019il l\u2019a aim\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la passion, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00f4latrie&nbsp;; or, Le D\u00e9calogue est formel&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Tu n\u2019adoreras que Dieu seul&nbsp;\u00bb&nbsp;: en somme, c\u2019est Mathilde qui l\u2019a damn\u00e9, qui est responsable de sa damnation. Enfin, cette signature qui ne comprend que les initiales, est, elle aussi, sign\u00e9e, si l\u2019on peut dire&nbsp;: J.S. comme J.C.&nbsp;: \u201cje suis le Christ du romantisme, qu\u2019on sacrifie\u201c \u2026 elle th\u00e9\u00e2tralise \u00e9galement sa disparition&nbsp;: de lui ne resteront que deux lettres, puisqu\u2019il faudra que sa m\u00e9moire soit tue&nbsp;; enfin, s\u2019il aimait v\u00e9ritablement Mathilde, ne pourrait-il pas plus simplement signer&nbsp;: Julien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut apr\u00e8s avoir fait partir cette lettre que, pour la premi\u00e8re fois, Julien, un peu revenu \u00e0 lui, fut tr\u00e8s malheureux. Chacune des esp\u00e9rances de l\u2019ambition dut \u00eatre arrach\u00e9e successivement de son c\u0153ur par ce grand mot&nbsp;: Je mourrai. La mort, en elle-m\u00eame, n\u2019\u00e9tait pas <em>horrible<\/em> \u00e0 ses yeux. Toute sa vie n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une longue pr\u00e9paration au malheur, et il n\u2019avait eu garde d\u2019oublier celui qui passe pour le plus grand de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>On se rappellera qu\u2019un h\u00e9ros cherche avant tout \u00e0 construire un r\u00e9cit&nbsp;; une fois, lui, disparu, c\u2019est ce r\u00e9cit qui restera. L\u2019ultime lettre envoy\u00e9e \u00e0 Mathilde contient dans son ensemble un aveu d\u2019\u00e9chec&nbsp;; Sorel qui vit depuis le d\u00e9but dans son r\u00eave de grandeur, d\u2019ascension sociale et de gloire, pour la premi\u00e8re fois se r\u00e9veille&nbsp;; comme il est condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019inaction, qui, jusque-l\u00e0 entretenait sa transe, une fois la lettre envoy\u00e9e, il se retrouve sans emploi, sans activit\u00e9, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame\u2026 et, cette compagnie est atroce, lui est insupportable&nbsp;: celui qu\u2019il retrouve en v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est le fils du scieur de bois de Verri\u00e8res qu\u2019il a \u00e9t\u00e9, et que, de fait, il est toujours rest\u00e9 et restera. Il y a une tr\u00e8s belle formule que l\u2019on doit \u00e0 Jean Giono&nbsp;: alors qu\u2019il devenait adolescent, Giono, un jour, se vit pris \u00e0 part par son p\u00e8re, un simple petit cordonnier venu du Pi\u00e9mont \u00e0 pieds nus, jusque-l\u00e0 o\u00f9 ils habitaient, \u00e0 Manosque, dans les Alpes de Haute-Provence&nbsp;; jusque-l\u00e0, jamais \u00ab&nbsp;Jean le Bleu&nbsp;\u00bb \u2014 comme l\u2019appelait Giono \u2014 n\u2019avait fait de le\u00e7on de morale \u00e0 son fils, ni de remontrances&nbsp;; le voyant devenir un homme, il se mit en devoir de lui transmettre ce qu\u2019il avait appris sur le tas, \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la vie, n\u2019ayant pas fait d\u2019\u00e9tudes&nbsp;; et, il lui dit simplement ceci&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;Jean,&nbsp; il n\u2019y a qu\u2019un seul \u00eatre avec qui tu seras amen\u00e9 \u00e0 vivre toute ta vie, c\u2019est toi m\u00eame&nbsp;; tache que ce ne soit pas une mauvaise fr\u00e9quentation.&nbsp;\u00bb Rendu \u00e0 la solitude, Julien Sorel, l\u2019ambitieux, le pervers manipulateur et cynique, est une mauvaise fr\u00e9quentation pour soi-m\u00eame. Il se doit de d\u00e9couvrir soudain que rien de son ambition n\u2019\u00e9tait judicieusement fond\u00e9, qu\u2019il s\u2019est tromp\u00e9 sur tout. Si l\u2019on a r\u00e9alis\u00e9 de justes ambitions, de nobles ambitions, on peut mourir en paix&nbsp;; si, au contraire, on d\u00e9couvre qu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9 sur tout, que l\u2019on n\u2019a rien r\u00e9alis\u00e9&nbsp;: c\u2019est l\u2019enfer avant l\u2019Enfer, s\u2019il existe. \u00ab&nbsp;Toute sa vie n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une longue pr\u00e9paration au malheur &nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u00e0, Stendhal se fait proph\u00e9tique, parce qu\u2019on entend d\u00e9j\u00e0 ce propos que Rimbaud tiendra \u00e0 la toute fin du romantisme en France&nbsp;: \u00ab&nbsp;&nbsp;&nbsp;Du plus loin que je regarde, je suis n\u00e9 de race inf\u00e9rieure.&nbsp;\u00bb&nbsp;Mais, Rimbaud a litt\u00e9ralement transcend\u00e9 ce sentiment, ce ressenti, qui, au d\u00e9part, fut pour lui moteur&nbsp;: il a accompli selon le po\u00e8te Paul Claudel un chemin de Damas vers l\u2019Est, qui a fait de lui &nbsp;\u00ab un mystique en libert\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; je dirais, pour ma part, \u201cun pa\u00efen mystique\u201c&nbsp;; Rimbaud s\u2019est pleinement r\u00e9alis\u00e9&nbsp;: il a atteint &nbsp;\u00ab&nbsp;L\u2019Illumination&nbsp;\u00bb&nbsp;; il a r\u00e9alis\u00e9 le r\u00eave de tout mystique oriental&nbsp;; Sorel n\u2019a rien r\u00e9alis\u00e9 sinon le malheur de celles et de ceux qu\u2019il a approch\u00e9s, sinon sa propre mal\u00e9diction. Ne lui reste que la mort&nbsp;; il peut esp\u00e9rer encore qu\u2019elle le lave de son \u00e9chec, mais il sait qu\u2019elle ne lui permettra pas de s\u2019amender, de r\u00e9aliser quelque chose avant qu\u2019il bascule dans le n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi donc&nbsp;! se disait-il, si dans soixante jours je devais me battre en duel avec un homme tr\u00e8s fort sur les armes, est-ce que j\u2019aurais la faiblesse d\u2019y penser sans cesse, et la terreur dans l\u2019\u00e2me&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Un homme n\u2019est pas la mort&nbsp;! Affronter un homme, en \u00eatre vaincu ou le vaincre, ne donne pas une r\u00e9ponse \u00e0 cette question m\u00e9taphysique fondamentale, telle que l\u2019homme l\u2019a plusieurs fois reformul\u00e9e, telle que Bossuet l\u2019a formul\u00e9e dans son c\u00e9l\u00e8bre sermon sur la Mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que ma substance, \u00d4 Grand Dieu&nbsp;!&nbsp;\u00bb On conna\u00eet la r\u00e9ponse du philosophe Blaise Pascal dans ce m\u00eame XVIIe s.&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Car enfin qu\u2019est-ce que l\u2019homme dans la Nature&nbsp;? Un rien \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout&nbsp;; un tout \u00e0 l\u2019\u00e9gard du n\u00e9ant&nbsp;; un milieu entre rien et tout.&nbsp;\u00bb S\u2019affronter \u00e0 un homme est une chose&nbsp;; s\u2019affronter \u00e0 la Mort en est une autre. Il n\u2019y a en v\u00e9rit\u00e9 aucun point de comparaison.<\/p>\n\n\n\n<p>Il passa plus d\u2019une heure \u00e0 chercher \u00e0 se bien conna\u00eetre sous ce rapport.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il eut vu clair dans son \u00e2me, et que la v\u00e9rit\u00e9 parut devant ses yeux aussi nettement qu\u2019un des piliers de sa prison, il pensa au remords&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ramen\u00e9, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 sa nudit\u00e9 m\u00e9taphysique, d\u00e9contenanc\u00e9, d\u00e9sarm\u00e9 \u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;Il passa plus d\u2019une heure \u00e0 chercher \u00e0 se bien conna\u00eetre sous ce rapport.&nbsp;\u00bb \u2014 ira-t-on jusqu\u2019\u00e0 pousser l\u2019ironie jusqu\u2019\u00e0 dire que Sorel se porte et s\u2019accouche, que Sorel advient enfin au monde, ne serait-ce que pour s\u2019en d\u00e9cevoir&nbsp;? On peut le penser. Avec un h\u00e9ros aussi d\u00e9testable, il est \u00e9videmment tentant \u2014 pour ne pas dire&nbsp;: indispensable \u2014 de lui inventer une r\u00e9demption, de la lui tendre comme une perche, en esp\u00e9rant qu\u2019il la saisisse. C\u2019est ce que Stendhal va faire, <em>in extremis<\/em>. On est plus dans les probl\u00e8mes de strat\u00e9gies de pouvoir&nbsp;: on est dans la m\u00e9taphysique&nbsp;: il voit \u00ab&nbsp;clair dans son \u00e2me&nbsp;\u00bb, pour comprendre ce qui la condamne et ce qui pourrait la sauver. \u00ab&nbsp;Les piliers de sa prison&nbsp;\u00bb vont devenir peu \u00e0 peu les piliers du temple ou plut\u00f4t de la cath\u00e9drale dans laquelle, il faut pourtant obtenir sa contrition. Au terme extr\u00eame du roman, Madame de R\u00eanal, va lui permettre d\u2019y acc\u00e9der. On songe, soudain aux sept piliers de la Sagesse pour paraphraser T.H. Laurence&nbsp;; on se prend \u00e0 songer&nbsp;; le premier de ces piliers dans le monde jud\u00e9o-chr\u00e9tien \u2014 m\u00eame si l\u2019on sait que Stendhal est r\u00e9publicain et fieff\u00e9 ath\u00e9e \u2014, c\u2019est le remords, qui est \u00e0 l\u2019origine de la contrition, donc du pardon. Le choix du verbe et de l\u2019expression&nbsp;: \u00ab&nbsp;il pensa&nbsp;\u00bb montre combien il devra encore faire du chemin avant de parvenir \u00e0 une r\u00e9demption. Sa prison devient ainsi le temple de sa r\u00e9demption, o\u00f9 il fait oraison, o\u00f9 il m\u00e9dite sa r\u00e9demption et sa r\u00e9demptrice possible, sans se l\u2019avouer encore. On sait qu\u2019elle se nomme Madame de R\u00eanal.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi en aurais-je&nbsp;? J\u2019ai \u00e9t\u00e9 offens\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re atroce&nbsp;; j\u2019ai tu\u00e9, je m\u00e9rite la mort, mais voil\u00e0 tout. Je meurs apr\u00e8s avoir sold\u00e9 mon compte envers l\u2019humanit\u00e9. Je ne laisse aucune obligation non remplie, je ne dois rien \u00e0 personne&nbsp;; ma mort n\u2019a rien de honteux que l\u2019instrument&nbsp;: cela seul, il est vrai, suffit richement pour ma honte aux yeux des bourgeois de Verri\u00e8res&nbsp;; mais sous le rapport intellectuel quoi de plus m\u00e9prisable&nbsp;! Il me reste un moyen d\u2019\u00eatre consid\u00e9rable \u00e0 leurs yeux&nbsp;: c\u2019est de jeter au peuple des pi\u00e8ces d\u2019or en allant au supplice. Ma m\u00e9moire, li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019<em>or<\/em>, sera resplendissante pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, soudain, voici que Stendhal pratique le monologue int\u00e9rieur, comme pour souligner le rapport intime qu\u2019il entretient avec son h\u00e9ros, qui n\u2019est autre que soi-m\u00eame, que ce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u2014&nbsp;ou, du moins, voulu \u00eatre \u2014&nbsp;dans son jeune temps. Le vieil \u00e9crivain de quarante-sept ans se repenche sur ce qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 vingt ans. Il faut quand m\u00eame trouver un \u201c<em>Happy End <\/em>\u201c \u00e0 tout ce cirque. Le <em>\u201cHappy End\u201c <\/em>est pour l\u2019heure encore bien incertain pourtant, puisque la tentation du remords va aussit\u00f4t partir en fum\u00e9e&nbsp;: comment ce petit cr\u00e9tin, si assur\u00e9 de soi-m\u00eame, pourrait-il soudain se remettre en cause&nbsp;? Lui, l\u2019offenseur, devient, paradoxalement, bien \u00e9videmment&nbsp;\u00ab&nbsp;l\u2019offens\u00e9&nbsp;\u00bb et qui l\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;de mani\u00e8re atroce&nbsp;\u00bb. Cette \u00ab&nbsp;offense&nbsp;\u00bb, qui visait \u00e0 d\u00e9noncer \u00e0 la face du monde sa tra\u00eetrise et sa duplicit\u00e9, l\u2019a bien s\u00fbr amen\u00e9 \u00e0 braver cet autre interdit du D\u00e9calogue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu ne tueras point.&nbsp;\u00bb L\u2019anaphore du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb va bien s\u00fbr jalonner le monologue int\u00e9rieur, en gradation croissante. Pratiquant de mani\u00e8re parodique la question rh\u00e9torique qui assure \u00e0 la fois la question et la r\u00e9ponse incluse, Stendhal insiste surtout sur le fait que son h\u00e9ros est, pour l\u2019heure, encore incapable de se remettre en cause&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai tu\u00e9, je m\u00e9rite la mort, mais voil\u00e0 tout.&nbsp;\u00bb&nbsp;La diff\u00e9rence entre voici et voil\u00e0 est que voici d\u00e9signe une r\u00e9alit\u00e9 ouverte, et, voil\u00e0, une r\u00e9alit\u00e9 ferm\u00e9e&nbsp;: on l\u2019a dit plusieurs fois d\u00e9j\u00e0. Il pense avoir \u00ab&nbsp;sold\u00e9 [s]on compte avec l\u2019humanit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: et, il est vrai que ce revanchard hyst\u00e9rique avait de la vengeance en retard. Il pense qu\u2019il \u00ab&nbsp;ne laisse aucune obligation non remplie&nbsp;\u00bb&nbsp;: pour solde de tout compte. Il pense orgueilleusement qu\u2019il \u00ab&nbsp;ne doi[t] rien \u00e0 personne&nbsp;\u00bb, alors que tant et tant l\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 parvenir \u00e0 ses fins, sans comprendre ce qu\u2019\u00e9taient ses r\u00e9elles et profondes motivations&nbsp;; et il pr\u00e9tend n\u2019avoir aucune honte que celle-ci&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;ma mort n\u2019a rien de honteux que l\u2019instrument&nbsp;: cela seul, il est vrai, suffit richement pour ma honte aux yeux des bourgeois&nbsp;\u00bb&nbsp;: lui, le soi-disant r\u00e9volutionnaire, le Napol\u00e9on de pacotille parti \u00e0 la conqu\u00eate de la noblesse et de la reconnaissance sociale va mourir sous le couteau de la guillotine, comme &nbsp;\u00ab&nbsp;un ci-devant&nbsp;\u00bb \u2026&nbsp;comme un &nbsp;\u00ab&nbsp;ci-devant&nbsp;\u00bb fort hypoth\u00e9tique et fort fantasm\u00e9, de fait, mais, en v\u00e9rit\u00e9, oui, en v\u00e9rit\u00e9, comme un criminel. Le fils du peuple va finir sous le couteau de la guillotine comme le plus vulgaire des aristocrates&nbsp;: quelle ironie&nbsp;! \u2026 Surtout pour les bourgeois, qui, en d\u00e9finitive ont \u00e9t\u00e9 et demeureront les vrais vainqueurs de cette R\u00e9volution d\u00e9tourn\u00e9e, d\u00e9tourn\u00e9e \u00e0 leurs seuls profits. Les vrais perdants de cette&nbsp;\u00ab&nbsp;R\u00e9volution fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb sont en haut et au bas de l\u2019\u00e9chelle&nbsp;: dans le broyage social et le d\u00e9ni, ce sont les aristocrates et le peuple. Sorel a mal jaug\u00e9, jug\u00e9&nbsp;: il a mal choisi son camp. S\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un vrai strat\u00e8ge, pour parvenir enfin, jamais il n\u2019aurait d\u00fb quitter sa bourgeoise provinciale, Madame de R\u00eanal. Les bourgeois qui vont le voir mourir vont triompher&nbsp;; mais, quand m\u00eame, Julien Sorel s\u2019accorde sur eux la sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle et le savoir. Ils ne lui ont pas servi \u00e0 grand-chose, entre nous&nbsp;! \u00c0 Julien Sorel qui n\u2019a jamais rien eu, et \u00e0 qui on reprend tout, toutes ses illusions, jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle ne va lui rester que son seul bien v\u00e9ritable&nbsp;: son m\u00e9pris. Il a le savoir et l\u2019intelligence, pense-t-il&nbsp;! Eux, n\u2019ont que l\u2019argent, l\u2019or. Comme il a, durant son \u00ab&nbsp;aventure&nbsp;\u00bb pu monter dans la hi\u00e9rarchie et s\u2019enrichir, il va pouvoir aux yeux de ces pleutres briller selon leurs crit\u00e8res&nbsp;: jeter de l\u2019or \u00e0 ceux de sa classe d\u2019origine, classe pour laquelle \u00e0 jamais il sera d\u00e9sormais un tra\u00eetre, jeter de l\u2019or au peuple sur le chemin de son supplice. Stendhal livre quand m\u00eame ici, avant Balzac son verdict concernant la soci\u00e9t\u00e9 qui s\u2019est mise en place apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire, et qui va bient\u00f4t triompher&nbsp;: le seul Dieu, le seul honneur, la seule valeur, d\u00e9sormais, en ce monde, c\u2019est l\u2019or, c\u2019est l\u2019argent&nbsp;; c\u2019est d\u00e9sormais comme le dira Baudelaire qui le constate vers 1860, trente ans plus tard, le r\u00e8gne incontest\u00e9 du dieu Plutus, du dieu Mammon. Sorel se sauve ainsi de l\u2019angoisse par la d\u00e9rision. Comme le dira Alphonse Allais \u00e0 la toute fin du XIX<sup>e<\/sup> s. sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019humour, c\u2019est la politesse du d\u00e9sespoir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s ce raisonnement, qui au bout d\u2019une minute lui sembla \u00e9vident&nbsp;: Je n\u2019ai plus rien \u00e0 faire sur la terre, se dit Julien, et il s\u2019endormit profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Incapable de sens critique, se donnant toujours raison, enferr\u00e9, semble-t-il \u00e0 jamais dans son p\u00e9ch\u00e9 d\u2019orgueil et de vanit\u00e9, et dans sa ranc\u0153ur, Sorel, qui croit sinc\u00e8rement avoir fait un&nbsp;\u00ab&nbsp;raisonnement&nbsp;\u00bb qui n\u2019a dur\u00e9 qu\u2019\u00ab&nbsp;une minute&nbsp;\u00bb, retourne \u00e0 sa bonne conscience de criminel endurci. Tout le monde est coupable, sauf lui. Il ne se donnera pas la peine de nier le Cr\u00e9ateur, auquel il ne croit pas&nbsp;; il se contentera simplement de ce suppos\u00e9 constat qui installe sa damnation au palmar\u00e8s des \u00e9v\u00e8nements prochains comme une r\u00e9f\u00e9rence all\u00e9gorique, et socio-politique&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;je n\u2019ai plus rien \u00e0 faire sur la terre&nbsp;\u00bb&nbsp;; Eh&nbsp;! Oui&nbsp;! la R\u00e9volution est bien termin\u00e9e, depuis la R\u00e9volution et l\u2019Empire, et, la Bourgeoisie triomphe qui a gagn\u00e9 la partie. Ce raisonnement fait et le satisfaisant, de mani\u00e8re proph\u00e9tique et all\u00e9gorique&nbsp;: il s\u2019endort \u00ab&nbsp;profond\u00e9ment&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ouverture&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gide en \u00e9voquera le postulat plus tard&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Litt\u00e9rature ne se fait pas avec de bons sentiments.&nbsp;\u00bb Lisant Stendhal, on ne peut qu\u2019abonder dans son sens&nbsp;; cependant, dans les ultimes instants de la fin de son roman, Stendhal va quand m\u00eame inventer une forme de r\u00e9demption pour son h\u00e9ros. En retournant vers Madame de R\u00eanal et en commen\u00e7ant \u00e0 l\u2019aimer de mani\u00e8re sinc\u00e8re, Sorel, en acceptant sa mort, en d\u00e9non\u00e7ant publiquement l\u2019hypocrisie de la bourgeoisie lors de son proc\u00e8s, <em>in extremis<\/em>, va enfin obtenir son statut de v\u00e9ritable h\u00e9ros. Le suspens aura donc \u00e9t\u00e9 torride, jusqu\u2019\u00e0 la fin, dans ce long livre, pour ne pas dire&nbsp;: ce roman interminable&nbsp;! \u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ACCEPTATION \u201cH\u00c9ROIQUE\u201c DE LA PUNITION PAR L\u2019AMBITIEUX, LIVRE II, CHAP. 36, &nbsp;\u00bb&nbsp; D\u00c9TAILS TRISTES 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