{"id":388,"date":"2007-09-09T08:35:00","date_gmt":"2007-09-09T06:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=388"},"modified":"2023-08-05T08:48:07","modified_gmt":"2023-08-05T06:48:07","slug":"lair-le-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2007\/09\/09\/lair-le-temps\/","title":{"rendered":"L\u2019Air &#038; le temps"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(De Paris et d\u2019ailleurs, paysages)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du <em>PETIT MANIFESTE IMPERTINENT de la Pictur\u00e9sie,<br>POUR UN CUBISME IMPRESSIONNISTE \u00ab&nbsp;ZEN&nbsp;\u00bb.<\/em>(po\u00e8mes 1984-1985)*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><small><br>\u00e0 Victor S.<br>\u00e0 Ma\u00eetre Shizuka Murayama, en r\u00eavant sur ses tableaux.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>EN GUISE DE PR\u00c9FACE&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout promeneur est solidaire, solidaire de ce qu\u2019il voit. Ph\u00e9nom\u00e9nologique, tout lui est belv\u00e9d\u00e8re, belv\u00e9d\u00e8re pour voir ce qu\u2019il est. Partout, sur tout, il se projette. Ombre chinoise, il se d\u00e9couvre, il se met au jour. Dans chaque \u00eatre crois\u00e9, entrevu, dans chaque lieu travers\u00e9, dans chaque objet&nbsp;: il s\u2019invagine, il se concentre, il se m\u00e9dite, il s\u2019accouche. C\u2019est le r\u00e9el qui en d\u00e9coule, dans un d\u00e9luge, dans un cri\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab&nbsp;Tableaux parisiens&nbsp;\u00bb modernes, voici quelques croquis, quelques naissances impromptues d\u2019un \u00ab&nbsp;<em>Wanderer<\/em>&nbsp;\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J-L. C.<br><strong>PETIT MANIFESTE IMPERTINENT<br>de la Pictur\u00e9sie<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article34.html#nb1\">1<\/a>],<br><strong>POUR UN<br>CUBISME IMPRESSIONNISTE \u00ab&nbsp;ZEN&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><small>\u00ab&nbsp;<em>Ut pictura poesis<\/em>&nbsp;\u00bb<br>Horace, <em>Art po\u00e9tique<\/em>, 361.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre l\u2019\u0153il du peintre et le monde, il y a l\u2019air et le temps&nbsp;; l\u2019air et sa lumi\u00e8re \u2014l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, \u2014 et le temps, qui, passant, l\u2019efface. L\u2019air est un d\u00e9fi au temps. Le temps est ennemi de l\u2019air. Et, l\u2019incertitude du po\u00e8te-peintre, du peintre-po\u00e8te na\u00eet de ce combat incessant mis entre lui et l\u2019univers.<br>Il n\u2019est aucun artiste qui, au d\u00e9part, n\u2019ait quelque chose \u00e0 pacifier. Il n\u2019est aucune vocation artistique qui ne naisse pas d\u2019un d\u00e9sordre ou d\u2019un combat ressenti comme \u00e9tant un obstacle \u00e0 la vie, un emp\u00eachement au bonheur. Le d\u00e9sordre sent la mort. L\u2019artiste est pacificateur. Tout artiste impose au monde un ordre selon son c\u0153ur. Tout artiste interrompt dans le monde une lutte, ou plut\u00f4t la suspend, invente un \u00e9quilibre, une r\u00e9alit\u00e9 possible.<br>Pour le po\u00e8te-peintre et le peintre-po\u00e8te, le po\u00e8te paysagiste, cet air et ce temps qui se nient l\u2019un l\u2019autre \u2014 la dur\u00e9e d\u00e9truisant ce que dans son \u00e9clair a compos\u00e9 l\u2019instant, \u2014 cet air et ce temps qui se contredisent muettement, emp\u00eachant toute paix au monde, tout bonheur, le contraignent \u00e0 formuler le jugement de Salomon&nbsp;: entre l\u2019air et le temps qu\u2019il renvoie dos \u00e0 dos, leur imposant l\u2019entente, l\u2019artiste invente <em>L\u2019Air du temps<\/em>. Puisque l\u2019air et le temps se nient, le peintre met en harmonie, po\u00e8te, orchestre ce combat silencieux. Le paysage est une fugue, la lumi\u00e8re est son contre-chant.<br>Il faut r\u00e9aliser la synth\u00e8se impossible entre impressionnisme et cubisme. Le cubisme inventait une quatri\u00e8me dimension, contestant l\u2019arbitraire des trois. L\u2019impressionnisme figeait l\u2019instant, contestant l\u2019arbitraire du temps qui le d\u00e9coud. Contestant le temps, figeant la dur\u00e9e dans sa succession d\u2019instants peints de fa\u00e7on impressionniste et mont\u00e9s de fa\u00e7on cubiste, le po\u00e8te-peintre, le peintre-po\u00e8te \u00e9chappe alors au temps, y d\u00e9couvre sa libert\u00e9. Cette technique, la sienne propre, doit appara\u00eetre alors \u00e9vidente et manifeste, lorsqu\u2019on regarde, lit, chacun des paysages urbains, sylvestres, champ\u00eatres ou maritimes, les monuments m\u00eame, qu\u2019il a saisis dans leur dur\u00e9e.<br>Si Monet peignit <em>La cath\u00e9drale de Rouen<\/em> \u00e0 plusieurs heures du jour en plusieurs toiles \u2014 de m\u00eame qu\u2019il peignit <em>Les Meules<\/em>, leur s\u00e9rie, \u2014 le po\u00e8te-peintre, le peintre-po\u00e8te, lui, lorsqu\u2019il peint une cath\u00e9drale \u00e0 diff\u00e9rentes heures du jour, la peint en une seule toile, un seul po\u00e8me, tout comme les primitifs pouvaient repr\u00e9senter le d\u00e9roulement d\u2019une histoire sur un m\u00eame plan sans cloisonner.<br>La part de cr\u00e9ation qui consiste \u00e0 monter les divers fragments de r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 recomposer la figure, l\u2019objet du sujet dans le <em>puzzle<\/em> de sa lumi\u00e8re donn\u00e9e dans l\u2019\u00e9clatement de sa vari\u00e9t\u00e9, vise \u00e0 produire, de par la composition m\u00eame et l\u2019\u00e9motion qui en r\u00e9sulte, un sentiment d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<br>Peindre au pr\u00e9sent, mais au pass\u00e9 et au futur \u00e9galement, tout ce qu\u2019on voit. Peindre le pr\u00e9sent non tel qu\u2019il est dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: c\u2019est dire \u00e9touff\u00e9 dans l\u2019\u00e9tau du temps, pris entre futur et pass\u00e9&nbsp;; non, desserrer cet \u00e9tau, en lib\u00e9rer le pr\u00e9sent, le rendre \u00e0 l\u2019air. C\u2019est ainsi que les paysages peints ou \u00e9crits respirent profond\u00e9ment. Tout po\u00e8te, tout peintre peint contre le temps\u2026 mais seuls les vrais po\u00e8tes, les vrais peintres se servent de lui .<br>Quand le po\u00e8te-peintre, le peintre-po\u00e8te n\u2019utilise pas sa technique cubiste-impressionniste, son \u0153il \u2014 ce creuset objectif, o\u00f9 l\u2019alchimie de sa peinture s\u2019\u00e9labore \u2014 fonctionne tel un appareil photographique mis en pose, le temps de pose \u00e9tant plus ou moins long selon ce que veut le sujet. C\u2019est sans doute ce qui donne \u00e0 ses cr\u00e9ations cette atmosph\u00e8re orientale de profonde m\u00e9ditation&nbsp;: il y a du moine Zen chez le po\u00e8te-peintre, le peintre-po\u00e8te, qui, lorsqu\u2019il peint devient chaque fois ce qu\u2019il voit. Ainsi, si notre po\u00e8te-peintre, notre peintre-po\u00e8te avait \u00e0 \u00eatre class\u00e9 \u2014 ce qu\u2019obstin\u00e9ment il refuserait, \u2014 il devrait l\u2019\u00eatre parmi les peintres, po\u00e8tes de l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<br>Saint Augustin disait de la nature, qu\u2019elle est \u00ab&nbsp;l\u2019escabeau de Dieu&nbsp;\u00bb&nbsp;; je ne sais s\u2019il faut prononcer le mot&nbsp;: Dieu pour parler du po\u00e8te-peintre, du peintre-po\u00e8te, mais, pa\u00efen, chr\u00e9tien, bouddhiste [\u2026] ou de toute autre confession, son rapport constant \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, ce fait qu\u2019il voit toujours les choses dans leur au-del\u00e0 et le fait que sous le visible de chacun de ses po\u00e8mes-tableaux, de ces tableaux-po\u00e8mes, bruit l\u2019invisible et son murmure, cela suffit pour conclure qu\u2019il est par nature mystique. Est-ce notre po\u00e8te-peintre, notre peintre-po\u00e8te qu\u2019on voit dans ses po\u00e8mes-tableaux, ses tableaux-po\u00e8mes, ou est-ce le principe directeur qui rassemble les atomes \u00e9pars de la mati\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 les fondre en ce qu\u2019on nomme \u00e0 d\u00e9faut d\u2019autre mot plus propre&nbsp;: \u00ab&nbsp;la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;? Toujours est-il que l\u2019un et l\u2019autre tendent dans L\u2019\u0152uvre du po\u00e8te-peintre, du peintre-po\u00e8te, \u00e0 ne plus former qu\u2019un&nbsp;: si le peintre devient peinture, sa peinture devient autre chose, et, cette trinit\u00e9 constitue bien un tout, qui, questionnant le monde, y r\u00e9pond simultan\u00e9ment&nbsp;; le temps fig\u00e9 en point d\u2019orgue, distendu, rayonne comme en expansion .<br>T\u2019oueng-Chan, ma\u00eetre chinois du IXe si\u00e8cle, voyant son reflet dans l\u2019eau d\u2019un torrent qu\u2019il traversait, \u00e9crivit ceci en m\u00e9moire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><small>\u2014 Ne cherche pas la v\u00e9rit\u00e9 chez les autres&nbsp;:<br>elle s\u2019\u00e9loignera de plus en plus de toi.<br>Je vais seul maintenant<br>et je la rencontre partout o\u00f9 je regarde.<br>Elle n\u2019est autre que moi-m\u00eame,<br>et pourtant, je ne suis pas elle.<br>Quand je comprends cela,<br>je suis face avec <em>Tathata<\/em> (l\u2019en-soi).<\/small><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On notera d\u2019embl\u00e9e chez le po\u00e8te-peintre, le peintre-po\u00e8te, l\u2019absence presque syst\u00e9matique de personnages&nbsp;; s\u2019il en met, ils ne sont que des silhouettes impr\u00e9cises qui se dissolvent dans le visage m\u00eame du paysage, comme inutiles. Ce constat impose, impromptue, la question suivante&nbsp;: le po\u00e8te-peintre, le peintre-po\u00e8te, un paysagiste, non un portraitiste, pourquoi&nbsp;? Je crois, que le po\u00e8me de T\u2019oueng Chan y r\u00e9pond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J-L. C.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paris, belle pavane&nbsp;: o\u00f9 sont vos toits \u2014 maisons vivantes, chapeau bas \u2014 au lent passage pers du convoi de la Seine qui d\u00e9crit, s\u2019invoquant, son cort\u00e8ge et se suit, renaissant sans cesse, \u00e0 s\u2019accoucher sous l\u2019arc-en-ciel fan\u00e9 des ponts&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ciel sarcl\u00e9 de Paris, sans nuage \u2014 ou neigeuse gaze, \u2014 est ce jardin sans gazon, d\u2019air, o\u00f9 la Seine erre, l\u00e0-bas\u2026&nbsp;: l\u2019autre monde se voit d\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cath\u00e9drale et ses \u00e9glises, sentinelles au garde \u00e0 vous, lui rendent, sabre au clair, l\u2019honneur du ban.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le long de la Seine, les amoureux croient que la Seine est \u00e0 eux. Ils s\u2019aiment. Ils se jouent la grande sc\u00e8ne du deux.<br>Dans la Seine, un p\u00eacheur p\u00eache&nbsp;; p\u00e8chent aussi les amoureux&nbsp;; on ne sait qui est plus chanceux, des deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout seul, assis, un gamin, lui, ne fait rien&nbsp;; plut\u00f4t si&nbsp;: il regarde.<br><br>\u2014&nbsp;Quoi&nbsp;?\u2026<br><br>\u2014&nbsp;Rien&nbsp;; la Seine aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces arbres fleuris, cette rue qui monte, Notre-Dame, blanche, au dessus des arches du pont, les fa\u00e7ades bien align\u00e9es, ensoleill\u00e9es, et, dans le fond de l\u2019air, cet air de propre\u2026\u00a0: ma foi, c\u2019est le printemps ma ch\u00e8re, le joli mois\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La terre est aussi ce jardin o\u00f9 les saisons musardent, much\u00e9es en arbres ou en source\u2026 sylvaines ou ondines, mutines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La terre, en somme, est aussi cette fl\u00e2nerie de couleurs pa\u00efennes sans calcul, ce r\u00e9pons d\u2019une \u00e0 l\u2019autre colline, primitif comme l\u2019air, occulte mais l\u00e9ger, qu\u2019articule le Vent, \u00c9ole, et sa musique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019horizon a les joues gonfl\u00e9es de miracles&nbsp;:<br><br>\u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;Pffo\u00fb&nbsp;!\u2026 [il souffle] \u2026 \u2026o\u00fbhhh&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; et, c\u2019est le Printemps.<br>Qu\u2019il souffle&nbsp;: et c\u2019est l\u2019Hiver, l\u2019Automne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lors, le Grand Large sourie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce ne sera pas davantage ce subtil tournoiement de l\u2019\u00e9cho sur soi dans sa conque \u2014 non plus l\u2019automne d\u00e9ployant ses ramages de paon si haut dans le ciel froid \u2014 que je retiendrai de ce domaine perdu, o\u00f9 bien des Grands Meaulnes ont du r\u00eaver d\u2019y rencontrer leur ombre s\u0153ur, mais c\u2019est l\u2019\u00e9tang, vraiment d\u2019argent, glac\u00e9, derri\u00e8re un rideau ardent de hauts peupliers ou de saules\u00a0: l\u2019eau dormante en son \u00e9tendue, juste entrevue au vol\u2026 o\u00f9 la nu\u00e9e niait \u00e0 la fois ciel et eau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Village&nbsp;: \u00e9toile de mer, perdue au fond du vert, perdu dans l\u2019abysse, au dessous du plateau sous-marin. La mer rassemble ses \u0153ufs, r\u00e9unit ses g\u00e9odes dans un nid bistre que couve un surplomb arlequin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un champ, un long champ ocre est le tombeau du jour&nbsp;: cette plage au creux du canyon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ville engloutie\u00a0: la qui\u00e9tude et ses courants, ses mar\u00e9es profondes ont fait, font d\u2019elle, ce galet pr\u00e9visible\u00a0; il aura bient\u00f4t le grenu de l\u2019air, le poids du temps, le poids nul, quand l\u2019oubli l\u2019aura h\u00e2l\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*6<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019automne, les amoureux seront tomb\u00e9s avec les feuilles&nbsp;; la Seine a des airs de canal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Grands arbres hauban\u00e9s de sang, promesses du d\u00e9part&nbsp;: h\u00e9las&nbsp;! chacun vous affalez la voile. Il est bien tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paris jette l\u2019ancre \u00e0 Paris. La Seine va vers Saint-Denis noyer sa peine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Paris, le soir tombe. \u00c0 Paris, il est tard. C\u2019est Paris sur peine, o\u00f9 coulent la Seine et nos souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus de fen\u00eatres dans Paris. Plus de rues.<br>Rien que ces remparts, gris.<br><br><br>\u2014\u00a0Un homme seul p\u00eache des r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*7<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fallait bien que les arbres aussi aient un visage pour mourir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019automne, le vent boh\u00e9mien, le vent errant du juif Automne, au vol les vole, et ils s\u2019envolent&nbsp;: girandoles de regards roux, gr\u00e8le gr\u00eale, de porte en porte, glissant dessous leurs yeux fan\u00e9s au gr\u00e9 du vent qui les emporte, mortes, sans \u00eatre jamais n\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La ris\u00e9e suffit, qui passe, brusque\u00a0: ces longs r\u00eaveurs confus s\u2019effacent [\u2026].<br><br>Contre un banc, comme plaqu\u00e9e \u2014 homme ou femme \u2014 r\u00e9siste une feuille rouge, pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*8<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paysage, jeu de cartes. Pays sage qui s\u2019\u00e9tage, la ville sens dessus dessous avec ses ombres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ch\u00e2teau est un basalte\u00a0; l\u2019\u00e9glise, de neige et de cire, fond au soleil, s\u2019autogire, et ne d\u00e9colle pas.<br><br>Paysage, jeu de l\u2019oie\u00a0: je d\u00e9bute en un, au pied de la bute, le village.<br>Premier coup de d\u00e9\u00a0: le trois. Plus haut, c\u2019est la tour.<br>Quatre\u00a0: je descends au village blanc.<br>Deux\u00a0: je descends aux peupliers [\u2026].<br><br><br>\u2014\u00a0Le premier qui gagne, au rebours, recommence tout de go.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Village, dans ton nid bien cach\u00e9 qu\u2019aucun pilleur ne risque de d\u00e9nicher&nbsp;: tant d\u2019\u0153ufs&nbsp;! Le clocher les couve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Qu\u2019en sortira-t-il&nbsp;?\u2026<br><br>Mais qui nous dit que l\u2019homme n\u2019est plus cet animal sauvage qui conna\u00eet l\u2019abri, le refuge s\u00fbr o\u00f9 g\u00eeter&nbsp;? Qui nous fait croire qu\u2019il perdit l\u2019esprit de la for\u00eat, des montagnes, des lieux recul\u00e9s, solitaires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sont ses sanctuaires\u00a0; l\u2019instinct, le plus s\u00fbr guide, l\u2019y ram\u00e8ne en d\u00e9pit de tout, l\u00e0\u00a0; l\u00e0, o\u00f9 sa race conna\u00eet ce que p\u00e8se un ciel plus bleu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*10<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">G\u00e9ante, protectrice, la montagne accroupie, \u00e0 genoux tend les bras et penche un peu le cou sur les noirs remparts de la ville blanche.<br><br>Onze tours la gardent, sentinelles, le long d\u2019un long chemin de veille longeant le fleuve large et droit.<br><br>Le haut campanile de la vieille cath\u00e9drale est beau, rose comme un corps nu qui s\u2019expose\u00a0: il ne craint rien\u00a0; il est au c\u0153ur des maisons blancheur de drap, du manteau damass\u00e9 des jardins \u00e9tag\u00e9s, sans \u00e2ge, en vain souhaitant le martyre et la peur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*11<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chemin est ruisseau. La maison est ch\u00e2teau\u00a0: on croirait une \u00e9glise.<br><br>Mince et bleue, fum\u00e9e diffuse, feu larv\u00e9, loin, dune ou falaise\u00a0: la montagne avance en silence au fond de l\u2019horizon.<br><br><br>\u2014\u00a0Provence\u00a0: provende \u00e0 proprement profuse, hors du clos au haut carr\u00e9 d\u2019ifs \u00e0 la cour obombr\u00e9e de mauve, lumineuse d\u2019un ciel d\u2019eau douce. Tout est verger\u00a0: olivette, o\u00f9, court tondus, paissent \u2014 doux \u2014 les oliviers, cette terre \u00e0 la chair rouge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*12<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les maisons, sont-ce ces ruches&nbsp;? Les abeilles, ces buissons&nbsp;?<br>La lumi\u00e8re, c\u2019est ce miel qui mordore la saison.<br><br>Ces deux peupliers sont les flammes que la terre a allum\u00e9 au m\u00e9tissage des r\u00e8gnes. La terre et l\u2019air, avec le feu, se sont mari\u00e9s avant-hier&nbsp;; le village a mis ses murs blancs.<br><br>\u2014&nbsp;Tous les toits sont d\u2019eau vive&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019on saura demain matin si cette prairie n\u2019est qu\u2019un arbre ou une temp\u00eate de sable. On saura si le monde n\u2019est qu\u2019artifice.<br>On le cr\u00e9e,<br>quoiqu\u2019il en soit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*13<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Trois nuages dans le ciel&nbsp;: la chapelle et le ch\u00e2teau.<br><br>En meute, la Garrigue entre par les ruelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les rues raides sont rus, o\u00f9 file \u2014 fi de l\u2019eau, fuyante elle aussi \u2014 n\u00e9e de quatre gr\u00e8ves rid\u00e9es, d\u2019un n\u00e9v\u00e9 de tuiles p\u00e2le et d\u2019un rond soleil tournesol, une ombre fille aux yeux marins usant les murs comme des hommes.<br><br>Sous le ciel d\u2019\u00e9cume brouill\u00e9, l\u2019oc\u00e9an des collines s\u2019est d\u00e9mont\u00e9.<br><br>Le clocher d\u2019une chapelle ou d\u2019une \u00e9glise, o\u00f9 qu\u2019il soit, est toujours phare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il en est deux, l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*14<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">O&nbsp;: ch\u00e2teau, rond dans l\u2019eau.<br>Peupliers, belle plaine.<br>Le ciel est tomb\u00e9 dans la pi\u00e8ce d\u2019eau.<br><br>S\u0153ur Anne est l\u00e0, aux cr\u00e9neaux&nbsp;; Anne, Anne au hallier du ciel, veille, vigie au gibet haut, au gibet du plus haut m\u00e2t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 b\u00e2bord&nbsp;: rien, comme \u00e0 tribord. Rien, c\u2019est la plaine qui ondoie, c\u2019est le soleil qui poudroie.<br><br>Soleils oui, des soleils soleillent.<br><br>\u2014&nbsp;Soleil des arbres sait aussi le soleil des eaux\u2026 \u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas le temps de voir la barbe bleue des fourr\u00e9s\u00a0: les peupliers, focs \u00e0 la proue, la pierre m\u00eame est une voile\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*15<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Comment Dieu s\u2019y retrouve-t-il dans sa ville aux dix portes qui en commandent l\u2019acc\u00e8s&nbsp;?<br><br>Dieu est mont\u00e9 dans la tour gauche&nbsp;: l\u2019ogive se colore de nacre rose et bleue, dont les diaprures chatoient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est l\u00e0.<br>On ne le voit pas.<br>Mais il est diamant d\u2019une bague au chaton retourn\u00e9 toujours.<br><br>Il faudrait rentrer&nbsp;; il faudrait monter, pour le voir.<br><br>Une tour est au jour, l\u2019autre au soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019image du monde, et autant que lui monde\u00a0: aucune \u00e9glise, en fait, ne se couche jamais tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*16<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019homme craint-il le ciel pour h\u00e9risser la terre d\u2019une herse de dards et de tours inverse,\u2026 ou est-ce pour fermer l\u2019acc\u00e8s du Ciel aux rivaux de Dieu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est peut-\u00eatre simplement l\u2019ancre&nbsp;: celle o\u00f9 la d\u00e9tresse du monde peut arrimer sa d\u00e9rive. Et, si ce n\u2019\u00e9tait que cela&nbsp;?\u2026<br><br>Encore englu\u00e9e de lave natale, la premi\u00e8re montagne est n\u00e9e&nbsp;; le peuple, n\u00e9 de son flanc, se tait.<br><br><br>\u2014&nbsp;Dieu, est-ce mort ou naissance&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ciboire noir de la rosace, la fl\u00e8che rouge est une lance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*17<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Qui parle de vaisseau pour une cath\u00e9drale&nbsp;?<br>La cath\u00e9drale est paquebot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre-Dame de Paris met son buffet d\u2019orgue aux pleines temp\u00eates, dehors&nbsp;; son soufflet, c\u2019est celui de la forge du vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 voir ce ciel d\u2019orage, Notre-Dame est aux grandes orgues pour la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paris va l\u2019\u00e9couter, cette nuit, au travers des arbres.<br>Paris va l\u2019\u00e9couter fleurir&nbsp;: pousser les tuyaux de ses arcs jusqu\u2019au fond du ventre du ciel&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(Vitrail, dans le ch\u00e2ssis des branches, la nuit craque, et se tend.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*18<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Cath\u00e9drale de charbon, ce feu qui couve&nbsp;: c\u2019est ton ch\u0153ur.<br>Ta rosace est un ostensoir, noir.<br><br>Cath\u00e9drale, p\u00e9nitent noir&nbsp;: immobile, tu marches, couvert de cendres.<br><br>Tu vas les rues.<br>Tu bas les rues.<br>Ta croix rouge au dessus de toi saigne, et, droite, cr\u00e8ve un ciel de suie.<br><br>Tu vas, tu bas la mort&nbsp;; tu vis, debout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cath\u00e9drale, haut terril sombre dans la nuit\u00a0: tu rougeoies, haute, tu flamboies, buisson fossile, sans te consumer, belle ardente\u00a0; et, tes tours sont les deux Tables de Lois, que Dieu dessine [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*19<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est des \u00e9glises, qui ont l\u2019air de bergeries ou d\u2019auberges espagnoles, sous la lune, dans l\u2019air \u00e9largi par la nuit claire, l\u2019espace for\u00e9 d\u2019\u00e9toiles.<br><br>Dans la nuit, elles apparaissent comme apparaissent les anges\u00a0: surprises dans l\u2019immanence tenace de leur immat\u00e9rialit\u00e9 glac\u00e9e, mais nimb\u00e9e d\u2019un halo de clart\u00e9 chaude, aussi transfigur\u00e9e qu\u2019humaine.<br><br>Ivre, interdit,\u2026 on s\u2019attend \u00e0 les voir soudain dispara\u00eetre\u00a0; mais non\u00a0: elles sourient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*20<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B\u00e2ch\u00e9es d\u2019ultramarin, migration immobile&nbsp;: des barques en triangle, corne dress\u00e9e.<br><br>\u2014&nbsp;Narvals [\u2026]&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Peut-\u00eatre, oui&nbsp;; dans la dilution de l\u2019air chaud.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Port.<br>Quais.<br>Calme.<br>Le village aussi a ses cornes, banal&nbsp;: deux clochers, comme un taureau dans l\u2019ar\u00e8ne du jour qui dormirait dans la poussi\u00e8re, mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Terreau du port. Barques encore.\u2026<br>Et, hormis deux p\u00eacheurs enracinant la leur dans la futaie des m\u00e2ts, personne,\u2026 qu\u2019un s\u00e9maphore nu de rousseurs\u00a0: immeuble, une cloche qui sonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*21<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enfant est cette cath\u00e9drale.<br>L\u2019homme\u00a0: l\u2019immeuble.<br>La femme\u00a0: la tour.<br>Le chien\u00a0: ce bateau noir qui passe, trouant l\u2019espace trop p\u00e2le du delta que l\u2019enfant r\u00eave.<br><br>Saluons au passage la caravelle jaune et rose, toutes fa\u00e7ades cargu\u00e9es, toute pr\u00eate \u00e0 appareiller, vers Notre-Dame. Les deux r\u00e9verb\u00e8res du pont serviront de bolards, au cas o\u00f9.<br><br>L\u2019enfant, capitaine du port, pilote et marinier, pr\u00e9side aux d\u00e9parts immobiles de la ville.<br><br>\u2014\u00a0Et pourtant [\u2026]\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*22<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait nuit dans la Seine&nbsp;: une nuit verte sous la bleue, sans profondeur.<br><br>Paris br\u00fble.<br>Les quais grillent.<br>Vivants, les arbres sont des torches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Heurt\u00e9es \u00e0 ces t\u00eates&nbsp;: des t\u00eates t\u00eatues, sorties de terre, r\u00e9verb\u00e8res raides, tendues, lev\u00e9es, milliers\u2026 Et, b\u00e9ant, baillant, le grand cerb\u00e8re \u00e9lectrique \u00e9ructe, inimitable, un beau souffre safran en feu, dont tout se poudre.<br><br>Tout Paris est alors papillon, brandons d\u2019ailes, constellations d\u2019ocelles qui, brasillantes bluettes, virevousse, tournaille, monte et gire, dans l\u2019iridium blanc \u2014 fulminante mousse \u2014 des projecteurs et de leur puits.<br><br>Leur cendre (duvet se collant aux lampes sur Paris) est manteau \u00ab&nbsp;couleur de nuit&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;couleur&nbsp;\u00bb de jour et \u00ab&nbsp;du temps&nbsp;\u00bb&nbsp;: c\u2019est la couleur de Paris, l\u2019air, de Paris, princesse de conte.<br><br>Il faut attendre chaque nuit, que demain, que le jour se l\u00e8ve, blanchisse le glacis des toits bleus, pour qu\u2019enfin tout la d\u00e9nude, qu\u2019elle perde ce manteau, pour qu\u2019au tout venant elle s\u2019offre dans un vacarme \u00e9reintant, garce, nue parfois jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais\u2026 chaque nuit, Paris est reine, \u00ab\u00a0Cendrillon\u00a0\u00bb qui fuit ou \u00ab\u00a0Peau d\u2019\u00e2ne\u00a0\u00bb.<br><br><br>\u2014\u00a0Dans l\u2019eau\u00a0: des reflets, dans la Seine \u00e9blouissante\u00a0; Paris danse\u00a0; et la tour Saint-Jacques, du\u00e8gne, n\u2019a rien \u00e0 en dire\u00a0: elle dort\u00a0; tout est permis\u00a0; ses ombres peuvent danser, sous l\u2019autre Paris des toits [\u2026]\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*23<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019air est guitare.<br>Quais de Paris.<br>Voici le soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fa\u00e7ades sont amoureuses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Seine est toujours en retard du dernier nuage [\u2026].<br>Hybrides, les reflets des arbres sont emport\u00e9s au fil de l\u2019eau, amours de feuilles mortes [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Ah&nbsp;! que cachent tant de fen\u00eatres&nbsp;!<br>tant de fen\u00eatres&nbsp;! tant de portes&nbsp;!<br>sous ces toits \u2014 chenal gris du ciel \u2014 qui sont des coques n\u00e9crophobes, jetant l\u2019ancre de leur fum\u00e9e, belles quilles des chemin\u00e9es&nbsp;?<br><br>Guitare est l\u2019air.<br>Guitare est l\u2019heure.<br>Il va pleuvoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il passait tant d\u2019amis\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*24<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La place \u00e0 l\u2019ombre est une mer&nbsp;; la mer \u00e9tale est une place.<br>Un jet d\u2019eau cingle vers le port, par le droit d\u00e9troit de la rue.<br><br>Vers le large et le soleil m\u00fbr, le rivage \u00e9tend ses bras gourds, ses bras charg\u00e9s de pr\u00e9sents&nbsp;: falaises, paquets vieux-rose, grand paquet ocre, chapelle au blanc manteau baroque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or, voici qu\u2019il pr\u00e9sente aussi dans son poing la gaze glac\u00e9e d\u2019un bouquet vert-\u00e9cru de platanes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Canicule.<br>Mirage\u00a0: la place est <em>fjord<\/em> \u2014 mer polaire \u2014\u00a0; l\u2019iceberg d\u2019un voilier se fond l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*25<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rideau de rides.<br>Rideau d\u2019arbres sur le mur gris, sur les fleurs bleues de l\u2019ombre.<br><br>Femme ou vieillard, \u00e0 l\u2019ombre, une ombre \u00e0 l\u2019\u00e2me s\u0153ur, inconnue, seule, prend le frais, prend le soir.<br><br>Elle est fen\u00eatre&nbsp;: silhouette parmi les cr\u00eapes color\u00e9s ouat\u00e9s d\u2019\u00e2cre de ce boqueteau villageois, qui vit, l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle y vit, parmi les fen\u00eatres, les toits, sous un pan de mur rouge\u00a0; seule, au bas d\u2019un champ, d\u2019un chemin et du ciel,\u2026 sous le clocher, beaucoup plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*26<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Femme brune aux larges l\u00e8vres.<br>Beau fruit aux yeux \u00e9carquill\u00e9s, dans ta cosse de mousseline.<br>Tes mains sont deux lierres li\u00e9s au berceau de tes cuisses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tes mains sont nues, ta nuque aussi, dont seul ton bien-aim\u00e9 conna\u00eet la blancheur duvet\u00e9e et l\u2019odeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014&nbsp;Souries-tu&nbsp;?<br>Qui regardes-tu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quel paysage, veuve fra\u00eeche de cette enfant que tu regrettes, que tu fus\u2026 quel paysage, portes-tu entre tes hanches larges, dans ce ventre que tache \u2014 noire \u2014 une ombre s\u0153ur de ton regard\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*27<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paris, palissade de rues, lapalissade\u00a0!<br>Tu retiens par tes ponts tes deux \u00eeles\u00a0: de la Cit\u00e9, de Saint-Louis, qui prennent le large.<br><br>Tu es un <em>puzzle<\/em>, Paris\u00a0; un enfant te reconstruirait, un artiste.<br><br>Tu es un vrai jeu de patience, avec tes tours, ce fouillis bien ordonn\u00e9 de tes rues, tes palais, tes avenues, tes basiliques\u2026 mieux\u00a0: ta cath\u00e9drale gothique, tes cent \u00e9glises, tes d\u00f4mes, les arcs de ton triomphe,\u2026 et puis, tes millions de chambres sous les toits, Paris [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*28<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au jardin des cath\u00e9drales, les arbres sont de pierre ponce. Les cath\u00e9drales poussent bien\u00a0; elles deviendront grandes, pourvu que Dieu leur pr\u00eate vie. Bon.<br><br>Tout irait mieux si la tour ne \u00ab\u00a0faisait pas le Jacques\u00a0\u00bb au milieu de la cour, mais enfin\u2026 Que voulez-vous\u00a0! il faut que jeunesse se passe\u2026<br><br>Une entre ses arcs, et l\u2019autre sur le mur \u2014 cerceaux en \u00e9cho\u00a0\u2014, les rosaces tournent autour des reins des filles de l\u2019air aux cheveux de soleil jaune.<br><br>Un ange surveille le jardin et ses jeux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*29<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au pied de la tour, un escalier descend aux quais&nbsp;:<br>la libert\u00e9&nbsp;!<br>Un bateau, l\u00e0&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2014 La mer, au bout du goulet&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La tour carr\u00e9e a une s\u0153ur&nbsp;;<br>s\u0153ur jumelle, sa s\u0153ur est ronde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Basta\u00a0!<\/em><br>Pour le for\u00e7at,<br>rond ou carr\u00e9, faut d\u00e9carrer, avant de pourrir sur pied.<br><br>Il n\u2019est pas facile, Ah\u00a0! meurtri\u00e8re<br><br>\u2014\u00a0meurtrier \u2014<br>de filer<br>par ton chas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*30<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On aura d\u00e9charg\u00e9 les arbres en premier, et, dragu\u00e9 le ciel en dernier.<br><br>\u00ab&nbsp;Sous les pav\u00e9s&nbsp;: la plage\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;; sous la Seine, une rue qu\u2019encombrent des pi\u00e9tons silencieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Greniers en r\u00e9sum\u00e9, qui livrent en cage des livres \u2014 lits-cages, \u2014 les casiers des bouquinistes des quais en scellent peut-\u00eatre l\u2019histoire.<br><br>Coll\u00e9es entre elles, gros <em>in-quarto<\/em> aux belles reliures, les maisons en ordre, rang\u00e9es au rayonnage de la rue, s\u00fbrement doivent en savoir plus sur ce fond des \u00e2ges.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*31<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paris s\u2019enneige.<br>Paris s\u2019ennuie.<br>Paris s\u2019engivre. Paris est ivre de froid.<br><br>Ses r\u00e9verb\u00e8res sont seuls sur terre.<br>Aux ponts, ses trottoirs sont vierges de pas.<br><br>Pas un passant&nbsp;; pas un manant m\u00eame. Les arbres battent la semelle, mine de rien, mais personne ne les surveille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un pont plus loin, on dit m\u00eame (\u2014 qui&nbsp;: on&nbsp;?\u2026 \u2014 Les gla\u00e7ons dans la Seine, tiens&nbsp;!\u2026) que, l\u00e0-bas, au pont de l\u2019Alma, le zouave a d\u00e9sert\u00e9, qu\u2019il a rendu son tablier, regagn\u00e9 L\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014\u00a0Mais, quand m\u00eame, l\u00e0\u00a0: voyez ces toits\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*32<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ch\u00e2teau, ce frottis de chairs vives, pos\u00e9es sur le vent, contre&nbsp;; c\u2019est peut-\u00eatre aussi la chair de la terre qui d\u00e9nude sa pulpe silencieuse jusqu\u2019au sang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bas, c\u2019est, dans le d\u00e9sordre des toits, l\u2019atermoiement des bleus, le rose qui chuchote, et ce grand \u00e9clat de rire de vert anglais, de vert brillant, remontant la colline&nbsp;: l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La fum\u00e9e du ciel, ind\u00e9cise, ne sort pas de ces chemin\u00e9es d\u2019usine jumelles, de leurs deux colonnes pa\u00efennes\u00a0; non, l\u2019air r\u00eave qu\u2019il dort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*33<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La falaise double le cap courbe du port, \u00e9trave haute, cargo de craie charg\u00e9 d\u2019herbe \u00e0 raz bord.<br><br>\u00c0 contre-courant du contre-jour, une digue rentre au port, lourde, \u00e0 rebours, s\u2019y \u00e9choue.<br><br>Pour lors, le port est de boue \u2014 mar\u00e9e basse. \u2014<br>Les bateaux \u00e9chou\u00e9s, c\u2019est la ville \u00e9clat\u00e9e qui se m\u00e9lange \u00e0 son reflet dans la flache, o\u00f9 le ciel maroufl\u00e9 se d\u00e9colle, trou\u00e9 de bou\u00e9es rouges.<br><br>\u00c0 quai, pour les renflouer, les maisons sont en cale s\u00e8che.<br>\u0152il rond, la rade,<br>prisme,<br>trompe l\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*34<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Carigliano, l\u2019\u00eele aux vaches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La statue de la Libert\u00e9 a des fourmis dans les pieds.<br>La Tour Eiffel l\u00e8ve le nez, et, droit, crache son ombre au loin par dessus les passants, les ponts, dans la Seine [\u2026].<br><br><br>\u2014&nbsp;\u00d4 grief&nbsp;!&nbsp;: quel est-il donc, pour que tu piques T.S.F., ainsi le ciel de Paris&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les p\u00e9niches, ne sais-tu pas, sont des moutons\u00a0; les nuages, que tu d\u00e9fies, sont des p\u00e9niches amarr\u00e9es, accroch\u00e9es aux bolards des immeubles gris et noirs.<br><br>(Le ciel a ses raisons, que la Seine conna\u00eet.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*35<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un port, plus que ses m\u00e2ts, c\u2019est cette parousie du phosphore en sa rade&nbsp;: ce double \u00e9cho de la profondeur, cette t\u00e9n\u00e8bre bleue,<br>qui\u00e8te,<br>que le silence dissout,<br>ce drame repos\u00e9 de la mer, qui fond dans le reflet des voiles, ou, des corps des coques couch\u00e9es,<br>soudain absouts et remerci\u00e9s d\u2019\u00eatre, nus,<br>l\u00e0,<br>dans cette main.<br><br><br>\u2014&nbsp;La terre,<br>abord\u00e9e par ce vide gr\u00e9sillant de soleils rem\u00e9mor\u00e9s, de houles et d\u2019aubes sauv\u00e9es,<br>n\u2019a plus de r\u00e9alit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">sa transparence<br>vaut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><strong>*36<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les fa\u00e7ades ont mis leurs volets bariol\u00e9s \u00e0 la fen\u00eatre, comme un linge. La ville est cette arlequinade \u2014 le bourg plut\u00f4t, \u2014 et c\u2019est ainsi, ici, la f\u00eate, \u00e9t\u00e9 comme hiver, chaque jour.<br><br><br>\u2014&nbsp;Campanile, tu rameutes pour la <em>f\u00e9ria<\/em>, la meute assoupie des maisons, des toits&nbsp;: le taureau du soleil va les rues, corne les fa\u00e7ades&nbsp;!\u2026<br><br>Chante plus haut, Campanile&nbsp;: tout dort [\u2026], comme dort l\u2019Ombre, lov\u00e9e comme un homme \u2014 serpent \u2014 sous les oliviers du verger, en terre o\u00f9 s\u00e8che un sang d\u2019hier [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">***<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(\u2014 Et, il eut d\u2019autres errances\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><small>[Pour prolonger votre lecture, si un voyage dans la t\u00eate et la vie, dans l\u2019ivresse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e mais fr\u00e9n\u00e9tique du peintre Cha\u00efm Soutine vous tente\u00a0:SOUTINE SO\u00dbL.]]<\/small><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article34.html#nh1\">1<\/a>]\u00a0.\u2014 Et non de la \u00ab\u00a0picto\u00e9sie\u00a0\u00bb, car il s\u2019agit comme les chats de marquer notre territoire \u2014 du regard \u2014 d\u00e8s potron-minet, en catimini.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(De Paris et d\u2019ailleurs, paysages) Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du PETIT MANIFESTE IMPERTINENT de la Pictur\u00e9sie,POUR UN CUBISME&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-388","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voix-poemes"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.7 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L\u2019Air &amp; 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