{"id":392,"date":"2007-08-31T09:06:00","date_gmt":"2007-08-31T07:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=392"},"modified":"2023-08-12T15:09:31","modified_gmt":"2023-08-12T13:09:31","slug":"en-terres-etrangeres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2007\/08\/31\/en-terres-etrangeres\/","title":{"rendered":"En terres \u00e9trang\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p>Hommage \u00e0 Philippe Brunet, po\u00e8te Lazuriste m\u00e9t\u00e9ore, disparu brusquement le 28 mai 1996, ravi \u00e0 notre amiti\u00e9 il y a onze ans d\u00e9j\u00e0, qui demeure, et dont la voix reste. Entendez-la. (L\u2019enregistrement, amateur, date de 1978.)<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/Brunet_le_clown-roy.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Brunet_le_clown-roy.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>I<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(Matelots, nous avons tous p\u00e9ch\u00e9, et l\u2019ire du Seigneur, la col\u00e8re de Dieu, sera terrible&#8230;!)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019\u00e9taient des flottes de t\u00eates, creuses, sur un oc\u00e9an noir, qui n\u2019avait pas de nom&#8230;<br>C\u2019\u00e9tait un joli po\u00e8me, dans le go\u00fbt renaissance, qui proph\u00e9tisait des voyages, des voyageurs, des criques et des caps, un livre de mar\u00e9es, un sextant de papier, un almanach de capes et d\u2019\u00e9p\u00e9es, car le fer reniflait aux dalots des lourds ventres de ch\u00eane qui arquaient sur les lames leurs c\u00f4tes de for\u00eats sabr\u00e9es&#8230;<br>C\u2019\u00e9tait une Irlande de pierre grise et mer, une prairie de vents, o\u00f9 flottent les cheveaux p\u00e2les des d\u00e9barquements subreptices, et, la couleur obscure des vieux quais, aux boulards lim\u00e9s et polis par les longes d\u2019embarcations pass\u00e9es, une terre de montagne sans neige, de collines en forme d\u2019ailes \u00e0 la couleur des cris des sternes en partance et des glaives de bl\u00e9 des rameurs ancestraux&#8230;<br>C\u2019\u00e9tait une invasion, une \u00e9vasion, un mythe, un pic de toile blanc-cass\u00e9 qui s\u2019incline sur la joue des toits d\u2019orage et des temp\u00eates-vitres, o\u00f9 coule la pluie des \u00e2ges que l\u2019on ignore, encore&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;&#8230;encore et toujours&nbsp;!<br>parce que c\u2019est comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Extrait de <em>Le Clown-Roy<\/em>\/in\u00e9dit\/30\/10\/78)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aussi limpide et clair qu\u2019un r\u00eave d\u2019eau, tu aimais un oiseau du matin, et, nous \u00e9tions au cr\u00e9puscule&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;Croire aux terres h\u00e9r\u00e9tiques, et, r\u00eaver&nbsp;! ic\u00f4ne naufrag\u00e9, \u00e9pitaphe, crime ancien terni par les veines du temps comme un acier tremp\u00e9 dans le cadavre d\u2019un ennemi vaincu, tu mirais le coeur du monde, et, tes mains criaient au miracle&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;mais il n\u2019y a de miracle que celui des faux d\u00e9parts et des avals abr\u00e9g\u00e9s, deltas tronqu\u00e9s des noces supersoniques&nbsp;:<br><br>\u2014&nbsp;TOUT EST BREF&nbsp;!<br>Tout Est Bref&nbsp;!<br>Tout est bref&nbsp;!<br>&#8230;sans le savoir, tu devenais gravier, et tu t\u2019\u00e9parpillais, sur les fonds incertains de ports mouvants aux sables plastiques et turbulents, qui, goguenards, tournaient la t\u00eate, au fil des bateaux qu\u2019am\u00e8nent les ponts morts sous leur propre poids.<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Extrait de <em>Le Clown-Roy<\/em>\/in\u00e9dit\/31\/10\/78).<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Planeurs des routes d\u2019ombre torsad\u00e9e, voilier des fleuves de lumi\u00e8re&#8230;<br>Piroguiers de m\u00e9tal, sur les chutes de flammes,<br>longs courriers de la Haute-Nuit,<br>aigue-marines et aigues-mortes, arches d\u00e9racin\u00e9es, que portent les courants des \u00e2ges&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Petite fille des sph\u00e8re vagabondes, petite princesse des caravanes d\u2019or, tiss\u00e9, jusqu\u2019aux soleils \u00e9trangers,<br>jusqu\u2019aux remparts de charbon-gaz, jusqu\u2019aux pi\u00e8ges \u00e0 petites filles, attir\u00e9s par les bijoux que m\u00fbrit le ciel dans son sommeil, repue d\u2019\u00e9paves diamantaires,<br><br>\u2014&nbsp;ton histoire reste, \u00e0 \u00e9crire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Navire.<br>O\u00f9 es-tu, Navire&#8230;?<br>Navire, mon corps de proue, je ne suis bien qu\u2019\u00e0 bord&nbsp;!!!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Simple&#8230;?<br><br>\u2014&nbsp;Peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Navire, qui que tu sois accueille ma main, et ma vie.<br>Navire,<br>on ne boit que les eaux qui cheminent,<br>j\u2019ai soif.<\/p>\n\n\n\n<p>Navire, je te parle,<br>comme \u00e0 un fr\u00e8re, un compagnon, une m\u00e8re,<br>comme \u00e0 un chat fid\u00e8le qui \u00e9coute pr\u00e8s de l\u2019\u00e2tre les l\u00e9gendes comme des b\u00fbches,<\/p>\n\n\n\n<p>Je te parle doucement<br>comme \u00e0 une femme,<br>une jeune famme,<br>une illusion, un mythe<\/p>\n\n\n\n<p>comme \u00e0 toi,<br>l\u2019in-connaissable,<\/p>\n\n\n\n<p>LA&nbsp;! R\u00e9ponse<br>cr\u00e9\u00e9e au moment du choc avec le corail,<br>quand le requin r\u00f4de&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je te parle,<br>bois de fer, Navire natif venu d\u2019on ne sait o\u00f9 sur ou sous l\u2019horizon&#8230;<br>Navire de corde,<br>vaisseau de verre, ploy\u00e9 vers les \u00e9toiles,<br>bateau,<br>objet qui m\u2019emporte d\u2019une porte ferm\u00e9e \u00e0 une autre qui peut s\u2019ouvrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mot magique du chercheur de fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les travaux des charpentiers foetus virent leurs drises \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la Comparaison, aux limites du cort\u00e8ge astral o\u00f9 s\u2019apaisent les cyclones venus de montagnes nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Carthag\u00e8ne.<br>Carthag\u00e8ne est une \u00eele, hors de mes yeux \u00e0 30 000 ann\u00e9es lumi\u00e8re de mes pupilles.<br>Carthag\u00e8ne est l\u2019assiette au beure des m\u00e9galomanes, la plaque tournante du trafic qui se fait entre conscient et inconscient, espace et temps, toi, et moi,<br>EN TERRES \u00c9TRANG\u00c8RES.<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Extrait de <em>Pass\u00e9 d\u00e9compos\u00e9<\/em>\/in\u00e9dit\/1977)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;EN TERRES \u00c9TRANG\u00c8RES&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En terres \u00e9trang\u00e8res.<br>Nuit.<br>Nuit.<br>Trois fois nuit.<br>Nuit et nuits encore.<br>Nuits pour finir.<br>Nuits.<br>En mani\u00e8re d\u2019introduction.<\/p>\n\n\n\n<p>Nuit.<br>Rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Anse. Transe. Danse. Lance.<br>Il na\u00eet.<br>Il est n\u00e9.<br>Il vient aux mondes.<\/p>\n\n\n\n<p>Rompant silence berc\u00e9 des lacs profonds aux algues de lumi\u00e8res noy\u00e9es de globes morts ou vifs, il vient.<br>Le souffle de sa car\u00e8ne lib\u00e8re les bras du voyageur qui rame ses sommeils comme autant de soleils \u00e9clat\u00e9s sur les vagues le soir, doucement balanc\u00e9s.<br>Il passe,<br>et il s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa t\u00eate, pour la f\u00eate donn\u00e9e en l\u2019honneur du Roi Borgne, dont la Souveraine Hypot\u00e9nuse donne au Palais, Grand Bal.<br>Arithm\u00e9tique.<br>Intervalles proportionnels&nbsp;; soit nuls&nbsp;; car la grille salue au pas du carrosse de fer qui fait son entr\u00e9e sur la sc\u00e8ne.<br><br>\u2014&nbsp;J\u2019arrive \u00e0 la dimension autre.<br>C\u2019est un espoir de conqu\u00eate extra-ut\u00e9rine, pr\u00e9matur\u00e9e,&#8230;<br>une naissance qui se croise telle les ba\u00efonnettes d\u2019un grand combat de lignes, vaisseaux et sabres des armadas \u00e0 r\u00eaves nus, sans retraite possible.<br><br>\u2014&nbsp;Il faut vivre<br>ou mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Cortez des plages d\u2019air limpides, le Passager d\u00e9barque, engonc\u00e9 dans les replis \u00e9lastiques de son corps mal adapt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation des victoires d\u00e9j\u00e0 remport\u00e9es, et des d\u00e9faites, aussi in\u00e9luctables que tragiques.<br><br>\u2014&nbsp;Il est l\u00e0,<br>le Naufrageur de Lune, \u00e0 son tour naufrag\u00e9&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;Voici les jours de proie, la haie des jours.<br>Il est&#8230;&nbsp;:<br>l\u2019Observateur.<br>Int\u00e9rieur est son nom. C\u2019est pourquoi ce qu\u2019il voit n\u2019int\u00e9resse que lui, Lui, l\u2019Observateur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que sont tes villes, terre, que sont tes livres, tes jeux, tes armes.<br>Plan\u00e8te antiquaire.<br>Brocanteur des si\u00e8cles collectionn\u00e9s, \u00e9pingl\u00e9s, affich\u00e9s sous le carton des bo\u00eetes, le verre des vitrines,<br>mus\u00e9e sec des carapaces creuses,<br>Alexandrie en flammes, ne cessant d\u2019ardre ni de boire la lymphe des Vertiges Pal\u00e9ographiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et tout ceci pour quoi&nbsp;?<br>Et tout ceci pour qui&nbsp;?<br>Ou tout ceci pour Toi,<br>toi que j\u2019\u00e9cris&nbsp;: \u00ab&nbsp;elle&nbsp;\u00bb, toi que j\u2019\u00e9cris&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La note de frais sera coquette.<\/p>\n\n\n\n<p>Les multiples portent beau, il est vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des palissades grises aux veines arm\u00e9es de tigelles fauves qui s\u2019\u00e9caillent.<br>Il y a des grues jaunes, Eiffel entonnoir des tas de sables-b\u00e9ton, gr\u00e8ves des tours gravies casque de chantier sur l\u2019oreille, labyrinthe boulonn\u00e9 des promotions g\u00e9om\u00e8tres, des aires lisses stri\u00e9es de raies parking, des toits de t\u00f4le qui chauffent, odeur des peintures cuites, des pneus rap\u00e9s, des placards de papier lac\u00e9r\u00e9s par les griffes politiques des rapaces du trottoir, pardessus et chapeaux, feutre mouill\u00e9 et air croco, chien d\u00e9tremp\u00e9 des caniveaux us\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la corde des pav\u00e9s o\u00f9 des p\u00eacheurs d\u2019\u00e9paves happent les bouteilles vides, respectueux de la consigne.<br><br>\u2014&nbsp;Taisez vous&nbsp;!<br>Les cloches tintent, l\u00e0-bas.<br>Il est 22 h 30.<br>Tours, tours de bronze heurt\u00e9. Maillets, tambours&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;Il fait temp\u00eate sur les toits.<br>Walpurgis impatients des sarabandes retrouv\u00e9es, bacchanales en formes de d\u00e9couverte, Am\u00e9riques port\u00e9es, inverses, camoufl\u00e9es, des coulisses du temps \u00e0 tes l\u00e8vres inqui\u00e8tes&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;Taisez-vous&nbsp;!<br>Ne parlez pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Paniers de paille. Cabas de toile. Filets-beefsteak, paquets roll-mops&nbsp;; \u00e0 l\u2019entracte, on distribue des cornets de bristol emplis de comestibles, condiments, moutarde, sauces, vin&#8230; \u2014 Ding&nbsp;! ding&nbsp;! comme \u00e0 la messe, \u2014 la caissi\u00e8re secoue le grelot totalisateur&#8230;&nbsp;:<br><br>\u2014&nbsp;Enfants de choeur, enfants de beurre&nbsp;: mythes qui fondent, seuls, enrob\u00e9s de cellophane, confiseries-r\u00e9clames d\u2019anonymes pr\u00e9lats, group\u00e9s en soci\u00e9t\u00e9s.<br><br>\u2014&nbsp;Pierre \u00e0 pierre se comble le trou, le trou chr\u00e9tien des croix, pos\u00e9es contre les matins de neige, qui sont autant de n\u00e9cropoles m\u00e9di\u00e9vales que de bords pour tes A&#8230;&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Amis, j\u2019ai oubli\u00e9 tant de choses&nbsp;!<br><br>\u2014&nbsp;Je ne parle pas \u00ab&nbsp;\u00e0 la l\u00e9g\u00e8re&nbsp;\u00bb, j\u2019ai le Verbe a\u00e9rostier, ce jour d\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es une nef alanguie, tress\u00e9e, hi\u00e9ratique, aux lagons impr\u00e9visiblement encalmin\u00e9e,<br>dans les fourches spiral\u00e9es et florales du ruban bleu des paquebots des \u00e2ges, une sorte de frou-frou spatio-temporel,<br>une valse douce,<br>une danseuse-\u00e9toile encore farouche et fi\u00e8re, l\u00e2ch\u00e9e, planeur fugace, au milieu du chapiteau \u00e9teint d\u2019une &lt;&lt; suite et fin &gt;&gt; qui commence&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Extrait de <em>Le Clown-Roy<\/em>\/n\u00b0&nbsp;96\/in\u00e9dit\/3 mai 1978).<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Sans en perdre la liane<br>(une \u00eele d\u00e9serte se veut \u00e9videmment couverte de for\u00eat vierge)<br>n\u2019en d\u00e9plaise aux fils de filature, les fils de l\u2019hippocampe (les Lazuristes) ont pass\u00e9 avec succ\u00e8s leur brevet d\u2019exploration de mirage&#8230;<br><br>\u2014&nbsp;J\u2019ai d\u00e9finitivement d\u00e9cid\u00e9 de lever l\u2019ancre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ainsi chantaient les matelots en abordant les plages de sable noir ou ne se voyait aucune trace de pas.<br><\/em>(Les italiques sont de moi).<\/p>\n\n\n\n<p>Les soudards iod\u00e9s, un instant ind\u00e9cis, \u00e0 ma suite, s\u2019enfonc\u00e8rent sous les frondaisons d\u2019une inextricable jungle.<br>Nous avions tir\u00e9 bien au sec les canots, et, c\u2019est sans arri\u00e8re pens\u00e9e que nous nous frayions un chemin entre les lianes et les buissons \u00e9piphytes.<br>Mousquets en bandouli\u00e8re, nous abattions les taillis \u00e0 grands coup de machettes ou de cuill\u00e8re \u00e0 pot, ce sabre si large commun aux fr\u00e8res de la c\u00f4te.<br>Nos pieds bott\u00e9s de cuir enfon\u00e7aient dans un humus gras, phosphorescent, d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9levaient des volutes de brumes charg\u00e9es de miasmes.<br>Nous ruisselions de sueur, et, la for\u00eat, d\u2019humeurs v\u00e9g\u00e9tales d\u00e9goulinant de feuilles en palmes. Parfois, un orbe g\u00e9ant abattu interrompait notre progression. Nous devions contourner ses racines tortur\u00e9es pareilles \u00e0 une hydre fossilis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les cercles vinrent ensuite&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Un visage de femme bard\u00e9e de tresses tubulaires entrecrois\u00e9es.<br>Une main, gant\u00e9e, fine, saisissant un larynx d\u2019iridium serti d\u2019acier&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9trang\u00e8re de la ruche bourdonne au miel qui murmure sa poix.<br>Elle hurle.<br>Mais,<br>qui a l\u00e2ch\u00e9 les chevaux de la Nuit, cr\u00eates de fra\u00eecheur, ombre laqu\u00e9e de flammes&#8230;&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Qui a l\u00e2ch\u00e9 les chevaux de la Nuit, comme une fleur qui s\u2019ouvre sur les rives de mon coursier en chasse.<br>Les chevaux de la Nuit, fr\u00e8res de l\u2019ombre venus du Vent, aux archers cracheurs ancr\u00e9s \u00e0 leurs \u00e9triers.<\/p>\n\n\n\n<p>Des hampes des langues livides bavent \u00e0 la bave des lagunes.<br>Clapotis de bulles oblongues \u00e9clatant sous la caresse des \u00e9chines crevasses.<br>Larve.<br>Des choses molles qui rampent.<br>Des formes fongo\u00efdes qui lapent.<br>Des gloses hy\u00e8nes, \u00e9rig\u00e9es en pri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9\u00ef Vosueris.<br>Notre Dieu.<br>ION SAE\u00efS.<\/p>\n\n\n\n<p>Sortil\u00e8ge \u00e9merg\u00e9 des affres de la brume,<br>les avirons rugueux rapent l\u2019abysse des houles sans \u00e9cume, et, le sommeil des \u00e9traves oscille, enserrant la car\u00e8ne miroitante de la gal\u00e8re allong\u00e9e entre draps de mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Une muraille, une falaise, une banquise.<br>Sourde aux lames du temps,<br>livre \u00e0 la voile ses ailes de charnoiements souffr\u00e9s et s\u2019abreuve des sacs stellaires des n\u00e9buleuses fracass\u00e9es par sa quille de roche.<\/p>\n\n\n\n<p>En cadence,<br>spectres, les lourdes rames flairent les ciels dispers\u00e9s des sph\u00e8res souples.<\/p>\n\n\n\n<p>Magellan des lunes de T\u00e9rimarvas&nbsp;!<br>Ici se broie l\u2019\u00e9clair des voyages<br>car l\u2019homme est plus vaste que le monde est monde.<br>Sur ses \u00e9ventes de cartilage, la nage des roseaux, reptiles mouvants, peupl\u00e9s de cris rauques et de voiles de jonques repli\u00e9es en parapluies de cauchemars.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes mains saignent du jeu ferroviaire et cruel des rails de l\u2019absurde.<br>Je bois en toi, coupe fr\u00eale, perle creus\u00e9e aux caprices d\u2019un Dieu ignor\u00e9 \u00e0 jamais, d\u2019un Dieu sculpteur de livre, de larme ou de panth\u00e8re, d\u2019un Dieu qui se passe de nom, d\u2019image, d\u2019un Dieu qui n\u2019est que Dieu qui a cr\u00e9\u00e9 sa mort en te donnant la vie.<br>Je bois en toi, masque des jours, qui fait oublier que la nuit est terrible&nbsp;; j\u2019aspire \u00e0 pleines narines les flancs de la nef \u00e9toil\u00e9e o\u00f9 tu glisses tes landes de frises polychromes tant\u00f4t barbares, tant\u00f4t subtiles, tout droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Oubli\u00e9s, la for\u00eat, les mar\u00e9cages&nbsp;!<br>Oubli\u00e9s les insectes n\u00e9crophages, poudre des cr\u00e2nes creux.<br>Oubli\u00e9s.<br>Tout droit.<br>Oeil.<br>Unique.<br>Spasm\u00e9, drap\u00e9 des fourrures de la course profonde des gr\u00eales animales.<br>Oeil.<br>Impossible, \u00e9tay\u00e9 sur ses chorales ombellif\u00e8res.<br>Grande voix des fronti\u00e8res en fuite<br>de la lumi\u00e8re.<br>L\u2019Appel\u00e9e des \u00c9toiles<br>arrive<br>au rendez-vous.<br>Il est.<br>L\u2019h\u00e9ritier des temples argonautes<br>partis<br>\u00e0 la d\u00e9couverte.<br>Echec au roi fugueur des pays bl\u00eames, Empereur des morts.<br>Pi\u00e8ge pour la dynastie des myst\u00e9rieuses chambres cuirass\u00e9es.<br>Confluent o\u00f9 se retrouve tout ce qui s\u2019est perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai mis longtemps.<br>J\u2019ai mis mon temps. Maintenant, c\u2019est tout b\u00eate.<br>Je suis venu, je viens te chercher.<br>Et c\u2019est la br\u00e8che dans le coeur du monocle qui sert de double fond au cosmos truqu\u00e9 par ton absence&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis<br>le ramasseur d\u2019\u00e9paves devenu clipper&nbsp;; l\u2019errant des temp\u00eates plane les poutrelles de mon arche haubann\u00e9es de feu, plane les sautes de ma musique, plane.<br>Solitaire, la sentinelle passe et l\u2019oeil devient paupi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Serve est ma vie aux ancres de l\u2019ang\u00e9lus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je te bois de la Rosace de mes absides aux rosaires de tes cryptes, je te bois religieux et mystique enlac\u00e9 par la pierre \u00e9trange au volutes de plomb, s\u00e9pales sompodes&nbsp;; je te bois verglac\u00e9 par les fl\u00e8ches bleues de la vo\u00fbte des sacrifices&nbsp;: ceux des l\u00e9zards de bures drap\u00e9s avec le cercueil des litophages, la prairie des herses de peau, gargouilles navales&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c9clate la hure du Vieux Serpent ail\u00e9, cornet de bouse qui s\u2019\u00e9miette sur son pelage escarre o\u00f9 percent des os&nbsp;!!!<\/p>\n\n\n\n<p>Je te bois avant que les dragons de pillards ne te profanent, ne t\u2019enl\u00e8vent, et ne te jettent, pantomime, dans les replis du suaire libidineux de la l\u00e8pre du monarque o\u00f9 se drape, en tr\u00e9pignant, l\u2019amorphe contract\u00e9&nbsp;: le Seigneur de la d\u00e9pouille, cerceau obsc\u00e8ne, sans regard, une place o\u00f9 g\u00eet la&#8230;? question&#8230;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je te bois en aveugle, et j\u2019ai peur&#8230;<br>Je te bois, ma fois, ma foi&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;j\u2019ai peur, te dis-je \u2014<br>si peur&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><em>(J\u2019ai vu de trop de c\u00f4tes au large redevenir orage et planer de leur graal les secrets un instant mis \u00e0 nus).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019espace est parsem\u00e9 d\u2019asticots qui se tr\u00e9moussent, l\u2019univers n\u2019est que le repaire du ver pirate.<br>Je sais que tu n\u2019as pas oubli\u00e9 les caresses o\u00f9 les p\u00e8lerins du hasard s\u2019exil\u00e8rent sur leur ch\u00e2teau de tonnerre,<br>et les foules en armes mass\u00e9es pour les d\u00e9parts.<\/p>\n\n\n\n<p>Les batailles sont courtes, les guerres se prolongent, ma Vall\u00e9e. Je suis village quelquefois, et d\u2019autres fois montagnes.<br><br>\u2014&nbsp;Oc\u00e9an, je suis soleil&nbsp;;<br>et le Soir vient,<br>je viens aussi,<br>et j\u2019ai<br>PEUR&#8230;<br>d\u2019apr\u00e8s,<br>me souvenant<br>d\u2019AVANT.<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Extrait de <em>Pass\u00e9 d\u00e9compos\u00e9<\/em>\/in\u00e9dit\/1977)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>PHILIPPE BRUNET, po\u00e8te Lazuriste<br>(18 octobre 1956 &#8211; 28 mai 1996)&nbsp;:<br><br><strong><em>PASS\u00c9 DECOMPOS\u00c9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>NUIT,<\/p>\n\n\n\n<p>la cape de sourire du conspirateur de miroir s\u2019est \u00e9cras\u00e9e au pied flasque de la Logique.<br><br>\u2014&nbsp;Un doigt d\u2019\u00e9quation en trop, tout a bascul\u00e9&nbsp;!<br>Les glaires fades du renoncement furent lap\u00e9s par un chien crev\u00e9 aux yeux de pomme blette&#8230;<br>et la cohorte des singes du cr\u00e9puscule courraient apr\u00e8s LE LIVRE \u00e0 travers les champs bleus et or de ton souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu as repouss\u00e9 le drap aux \u00e9toiles.<\/p>\n\n\n\n<p>Tes ongles se sont d\u00e9couverts SOLEILS,<br>et de tes univers en crue, tu as tir\u00e9 la vague qui attendait ton r\u00e9veil pour me d\u00e9poser, sans retour cette fois, au lagon souple des sph\u00e8res soudaines, des plages que l\u2019on croit impossibles mais qui sont seulement les berceuses que susurre le TEMPS \u00e0 ses r\u00eaves \u00e9gar\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A la cour cynoc\u00e9phale du VENT fleuve un arc d\u2019\u00e9trave, le coeur trop large d\u2019une vie fan\u00e9e \u00e9clos aux doigts retrouv\u00e9s de ta car\u00e8ne.<br><br>\u2014&nbsp;Vase, le vase s\u2019est bris\u00e9&#8230;<br>Le vase d\u2019argent ne contenait qu\u2019une autre vase o\u00f9 talonnaient les sabots sombres devenus inutiles des charrues de la voie lact\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ignorais \u00e0 nouveau les livres de tes \u00e2ges.<br>Des m\u00e8ches de larves se sont mises \u00e0 ramper.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Entrevoir encore le visage d\u00e9couvert du Grand Rien, qui, vainqueur cynique, me crachait \u00e0 la gueule&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Trop tard&nbsp;! les \u00e9coutes fil\u00e9es un instant d\u2019incertitude se serr\u00e8rent sur le souvenir de leurs voyages&#8230;<br><em>\u2014 \u00ab&nbsp;Une hache et coupez le c\u00e2ble de l\u2019ancre&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><br><br>\u2014&nbsp;Je ne reviendrai plus.<\/p>\n\n\n\n<p><em>(Aux ventres des cercueils barbouill\u00e9s de Rimmel, une \u00eele quelque part&#8230;&nbsp;;<br>sur cette \u00eele ma tombe, ou, plut\u00f4t, la courbe discr\u00e8te d\u2019une pens\u00e9e).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La MER ne rit jamais des morts, elle ne s\u2019amuse que des &lt;&lt; vivants &gt;&gt;, qui, eux, ne la connaissent pas &#8211; \u00e0 part le dimanche, sur la digue, entre deux glaces, et, un sein de minette aussi artificielle qu\u2019un petit pois anglais&nbsp;! -.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait ici, deux-cents ans plus t\u00f4t, le grincement des cha\u00eenes aux mandibules des \u00e9cubiers.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2014 \u00ab&nbsp;Sir. Tout est en ordre&#8230;&nbsp;\u00bb<\/em><br><br>\u2014&nbsp;Pourquoi pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Six mois, un an, deux, trois peut-\u00eatre&#8230;&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Jamais&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Qui le sait&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Sous sa voilure de cape, la corvette tressait les nattes d\u2019une fille qui n\u2019en finirait pas de d\u00e9sirer<br>le reste&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Extrait de <em>Pass\u00e9 D\u00e9compos\u00e9<\/em>\/in\u00e9dit\/1977)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>(Note&nbsp;: de 1975 \u00e0 1979, \u00e0 Marcq-en-Baroeul, une bande de jeunes po\u00e8tes, qui, par jeu et par id\u00e9al, se baptis\u00e8rent les LAZURISTES, se r\u00e9unirent, tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, dans un grenier pour se lire les textes qu\u2019ils \u00e9crivaient dans un m\u00eame esprit de r\u00e9volte et de volont\u00e9 de retour aux mythes&nbsp;; Philippe Brunet \u00e9tait l\u2019un d\u2019entre eux. Onze ans plus tard, \u00e0 l\u2019instigation du fondateur et th\u00e9oricien du groupe&nbsp;: Jean-Louis Clo\u00ebt, ils se retrouv\u00e8rent avec leurs amis plasticiens pour exposer dans la r\u00e9gion, puis au Salon d\u2019Automne du Grand Palais \u00e0 Paris en 1992, enfin, en 1993, \u00e0 la Fondation Cziffra de la Chapelle Royale Saint-Frambourg de Senlis. Philippe Brunet \u00e9tait aussi romancier et nouvelliste&nbsp;; il avait exerc\u00e9 la profession de journaliste, puis d\u2019antiquaire&nbsp;; des raisons de sant\u00e9 \u2014 il fut un des tout premiers op\u00e9r\u00e9s du coeur fran\u00e7ais \u2014 l\u2019avaient depuis peu contraint \u00e0 ne plus exercer aucune activit\u00e9 suivie. Il n\u2019a quitt\u00e9, ses amis Lazuristes, son \u00e9pouse Mich\u00e8le et ses deux enfants&nbsp;: Amaury et Ath\u00e9na\u00efs, qu\u2019en apparence, le 28 mai 1996. \u00c0 sa demande, ses cendres ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandues \u00e0 Saint-Beno\u00eet-sur-Loire, non loin de l\u2019abbaye o\u00f9 pria jadis le bon Max (Jacob), et, sa femme Michelle, le connaissant, et sachant l\u2019amiti\u00e9 qui avait pu le lier \u00e0 certaines moines, se pla\u00eet \u00e0 penser \u2014 elle l\u2019a vu d\u2019ailleurs en les dispersant \u2014 qu\u2019une partie d\u2019entre elles a fait le mur\u2026 l\u2019autre est partie r\u00eaver dans la Loire au fil du courant\u2026 Toute son \u0152uvre est encore pour l\u2019heure in\u00e9dite)<\/small>.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hommage \u00e0 Philippe Brunet, po\u00e8te Lazuriste m\u00e9t\u00e9ore, disparu brusquement le 28 mai 1996, ravi \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-392","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voix-poemes"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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