{"id":438,"date":"2008-06-26T15:41:00","date_gmt":"2008-06-26T13:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=438"},"modified":"2023-08-06T15:43:14","modified_gmt":"2023-08-06T13:43:14","slug":"petite-suite-des-dieux-perdus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2008\/06\/26\/petite-suite-des-dieux-perdus\/","title":{"rendered":"Petite Suite des dieux perdus"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Osiris&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute faudrait-il toujours parler du corps comme d\u2019une \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb qui ne nous est pas propre.<\/p>\n\n\n\n<p>Homme d\u2019ombre ou ombre d\u2019homme&nbsp;: la mort serait la seule \u00e9toile pour \u00e9clairer notre horizon&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand la souffrance nous \u00e9tampe d\u2019un poin\u00e7on s\u00fbr ou hasardeux et qu\u2019on aimerait \u00eatre deux pour mieux oublier sa morsure. Oui. Sans doute. Avancer jusqu\u2019au risque le plus extr\u00eame&nbsp;; jusqu\u2019au risque ni\u00e9 par tous&nbsp;; jusqu\u2019au m\u00e9pris ou plus. Quoi faire&nbsp;?\u2026 Oh&nbsp;! quoi faire d\u2019autre surtout&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vivre.<br>Si tant est qu\u2019il nous faille nous reb\u00e2tir dans le d\u00e9membrement. Osiris d\u00e9chiquet\u00e9.<br>Dans le d\u00e9nombrement trouverais-je l\u2019astreinte o\u00f9 toute angoisse se r\u00e9sout&nbsp;?<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Icare&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il regarde. Il est seul. Il vacille mais comme au fa\u00eete \u00e9bloui de son effondrement. Il ne sera jamais ni tout \u00e0 fait \u00e0 terre, ni tout \u00e0 fait perdu dans la mer, puisqu\u2019il n\u2019est que le naufrag\u00e9 d\u2019un r\u00eave. Il ne le sait pas cependant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se devance. Il esp\u00e9rait se devancer&nbsp;; et, il trouve la nonchalance&nbsp;: un jour, on est comme d\u00e9bord\u00e9, pas d\u00e9barqu\u00e9, non, mais pass\u00e9 par dessus bord, vou\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 mourir ou \u00e0 flotter entre deux eaux. Alors, on glisse&nbsp;; on est une algue&nbsp;; on danse&nbsp;; on r\u00eave&nbsp;; ou l\u2019on r\u00eave qu\u2019on r\u00eave encore \u2014 mais \u00e0 quoi&nbsp;? \u2014 On ne saurait dire. La vague qui devrait vous tuer vous d\u00e9plo\u00eet translucide et sensible \u00e0 tous les courants&nbsp;; on m\u00e9duse, et l\u2019on se d\u00e9voie&nbsp;; on se d\u00e9voue \u00e0 la fascination du vide&nbsp;; on se p\u00e8se pour mieux sentir l\u2019immat\u00e9rielle joie de l\u2019apesanteur de tout corps plong\u00e9 dans un liquide occurrent, l\u00e0, dans le n\u00e9ant&nbsp;; on s\u2019enivre de n\u2019\u00eatre rien, rien et vivant. Vivant pour quoi&nbsp;? On s\u2019interroge pour savoir si l\u2019on esp\u00e8re encore, et quoi&nbsp;? On ne cherche pas. On ne cherche plus. On constate \u2014 c\u2019est tout \u2014 qu\u2019on n\u2019a pas de r\u00e9ponse, qu\u2019il n\u2019y en a pas \u2014 pas ou plus, \u2014qu\u2019on a plus de r\u00e9ponse pour rien, pour rien au reste. On s\u2019arrange de ce qui reste&nbsp;: simplement vivre, pas grand chose, presque rien, \u00e0 quoi pourtant il semble, il semblerait qu\u2019on tient.<br><br>\u2014&nbsp;Pourquoi&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce \u00ab&nbsp;pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb, tout recommence.<br>Icare n\u2019est qu\u2019une alouette. La mer, le ciel&nbsp;: son miroir.<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Acrobate&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Perp\u00e9tuellement le mot comme un tremplin ou un obstacle. La parent\u00e8le pour choisir&nbsp;: celle des Anges et du saut.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e9, ce qui demeure inviol\u00e9 passe sans qu\u2019on l\u2019arr\u00eate&nbsp;: il nous fait signe de le suivre au-del\u00e0, toujours au-del\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et le h\u00e9rissement de la berge sur ce qui meurt et passe en suivant le fil du courant, scrupuleusement projet\u00e9, reproduit au ciel, s\u2019affaisse\u2026 Et les mirages des lions inqui\u00e9tants, terrifiants, rugissants, d\u00e9risoires, sur l\u2019autre rive, disparaissent comme d\u2019o\u00f9 venus, comme par enchantement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;D\u00e8s lors, d\u00e8s lors on s\u2019aventure\u2026 et l\u2019on s\u2019\u00e9quilibre\u2026 et l\u2019on passe&nbsp;: ang\u00e9lique, Prince du saut \u00e0 son insu sans avoir jamais rien compris\u2026 sans avoir jamais rien compris que la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut croire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pont de l\u2019\u00e9p\u00e9e.<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Taureau&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9boule&nbsp;; le terrasser, c\u2019est terrasser la Terre en son mitan. Mais il d\u00e9boule\u2026 comme s\u2019il \u00e9tait le moyeu du Soleil et la Lune noire ench\u00e2ss\u00e9e sur lui, empal\u00e9e qui rit, tout ensemble, heureuse de jouir, d\u00e9mone, de ce rut \u00e9norme, et, d\u2019accoucher de ce fils noir, par sa bouche, comme un crachat dans l\u2019ar\u00e8ne, sur ce sable o\u00f9 il va mourir en roi.<\/p>\n\n\n\n<p>Car, lui aussi, semble fix\u00e9 soudain au haut d\u2019un b\u00e2ton, d\u2019une hampe&nbsp;: l\u00e0, c\u00e9leste et mugissant, porteur de sa semence et de son sang.<\/p>\n\n\n\n<p>Tel qu\u2019il semble d\u2019or, altier et indomptable comme les mar\u00e9es en furies, les mar\u00e9es blanches sur la mer l\u00e9chant le c\u00f4tes de l\u2019Europe avant de finir sur le sable, mousse \u00e9carlate aux nasaux morts.<\/p>\n\n\n\n<p>On sent qu\u2019\u00e9lanc\u00e9 vers le ciel, il traverserait toute mer pour s\u2019unir, perp\u00e9trer cette noce et se perp\u00e9tuer, cosmique, confondu \u00e0 l\u2019ardeur chaleureuse de tout vivant&nbsp;: Indra, \u00c7iva, Nand\u00ee, Dharma, Vrishabha, v\u00e9dique&nbsp;: insondable&nbsp;!\u2026 tant, que tout \u00e0 l\u2019heure, lorsqu\u2019il sera mort, les assises du monde peut-\u00eatre seront d\u00e9truites, peut-\u00eatre, lorsqu\u2019il sera mort, tout \u00e0 l\u2019heure, bient\u00f4t, dans l\u2019ar\u00e8ne\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cosmophore, ne portait-il pas, hier encore, la mer de bronze, l\u2019eau lustrale avec ses fr\u00e8res, comme pour se laver par avance de cette mort, fils du tonnerre et de la foudre&nbsp;? Qui ne le craindrait pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Son fr\u00e8re le cheval, autre fils de la Lune, l\u2019affronte, porteur d\u2019un \u00eatre ingambe porteur de pique, d\u2019une lance. Dans l\u2019ar\u00e8ne, taureau seul, il r\u00eave alors de la douceur du fond des lacs, puis l\u2019encorne d\u2019un croissant de Lune au bas-ventre tant que le cheval ressuscite et meurt, que l\u2019homme plonge alors son fer en son c\u0153ur pour un bapt\u00eame de sang qui l\u2019\u00e9gorge, lui, et recr\u00e9e le monde pourtant&nbsp;: solaire\u2026 solaire, solaire enfin\u2026 enfin f\u00e9cond.<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Saut &amp; L\u2019Ange&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019arranger pour rendre loisible en soi, toujours, le plus souvent une pens\u00e9e hors du rang.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne devient ange que dans et que par le saut \u00e0 vrai dire. \u00c0 vrai dire, L\u2019Ange, toujours, se d\u00e9finit par le saut&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026].<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Diane&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Inaugur\u00e9e par la parole, le D\u00e9dale, et sa perdition au-dessus du Temps qui se transmet par la Parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul ne l\u2019entend pourtant&nbsp;; nul n\u2019attend son passage&nbsp;: il est vrai que le vol des grues d\u2019Apollon, il n\u2019est plus ici personne pour le d\u00e9chiffrer, le rendre au monde clair et tintant parmi les signes quand \u00ab&nbsp;le cuivre s\u2019\u00e9veille clairon&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;O\u00f9 le chantre&nbsp;? qui saurait pousser l\u2019aile encore de son chant pour le frotter aux schistes rudes des aurores de mort, aux schistes bleu du Levant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le sable emplit les dunes de sable et leur mouvement est muet quand les ombres glissant sur le ciel sur elles, languides, passe. Dans les casernes d\u00e9sert\u00e9es mang\u00e9es par le d\u00e9sert, il n\u2019est plus de veilleur au couchant pour donner le r\u00e9veil, quand passe l\u2019ombre des oiseaux vers Le Levant.<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Maudit&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9perdu et le c\u0153ur en friches, d\u00e9tourant les regards crois\u00e9s \u2014 des regards vides \u2014 pour s\u2019inventer quelque soleil pour croire \u00e0 la fertilit\u00e9 encore. Perdu, perdu parmi les morts comme un grain trop sec, un sel \u00e9vent\u00e9 qu\u2019on disperse.<\/p>\n\n\n\n<p>Fils de Ca\u00efn, poursuivi par l\u2019ombre d\u2019Abel, jusque dans les tombes invent\u00e9es, orphelines, les tombes veuves pour les soirs errants d\u2019un d\u00e9sastre qui se conna\u00eet, toujours plus humble dans les soirs\u2026<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Soif&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que le ciel se fait dans l\u2019\u00e9br\u00e9chure et consacre la coupe o\u00f9 le regard h\u00e9site au bord des yeux, pour boire&nbsp;; car le bleu ne d\u00e9vore jamais la soif mais l\u2019affame jusqu\u2019au d\u00e9sir, celui du \u00ab&nbsp;Rien&nbsp;\u00bb, jusqu\u2019au d\u00e9ni, jusqu\u2019au d\u00e9sir de \u00ab&nbsp;l\u2019ombre&nbsp;\u00bb \u00e9perdue perdue sous le nombre, perdue nombre perdu sous l\u2019ombre, comme si la seule, l\u2019unique et l\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019\u00eatre ne r\u00e9sidait jamais \u2014 parfait \u2014 que dans le recommencement, que dans l\u2019appel, celui du \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb enfoui sous ou dans ce \u00ab&nbsp;bleu&nbsp;\u00bb&nbsp;: c\u2019est l\u00e0, l\u00e0, la saveur toujours distante \u00e0 peine devin\u00e9e sous la soif et du bout des yeux, que cette \u00e9clipse permanente, ce \u00ab&nbsp;soleil noir&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;\u00bb qui, cependant, donne le go\u00fbt, ce go\u00fbt \u2014 oh&nbsp;! oui&nbsp;! \u2014 de l\u2019ineffable, comme on donne un coup de couteau.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors&nbsp;; d\u00e8s lors, voici qu\u2019\u0152dipe pose \u2014 dais d\u2019or \u2014 sa main sur l\u2019\u00e9paule fille de sa soif noire qui le guide par-del\u00e0 ce qu\u2019il croyait \u00eatre, sous la port\u00e9e du coup donn\u00e9, du coup port\u00e9, le renoncement ultime&nbsp;; et, voici que la fille noire de sa soif \u2014 son guide \u2014 le guide vers L\u2019Aurore\u2026 vers enfin \u2014 sa fin&nbsp;? \u2014 enfin, L\u2019Aube&nbsp;!\u2026<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Kobold&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n<p>[esprit lutin, familier dans les contes allemands]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Qu\u00eate&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dieu&nbsp;: l\u2019hypoth\u00e8se r\u00e9v\u00e9r\u00e9e.<br>Car tout s\u2019inaugure au paraphe, entre l\u2019exigence et le reniement.<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019<em>Ego<\/em>&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019<em>ego<\/em> se l\u00e8gue, tout de go, au rien au vide, comme on se d\u00e9barrasse, comme on vide ses poches, comme on d\u00e9bande et qu\u2019on d\u00e9balle ce que l\u2019on d\u00e9baptise dans la d\u00e9sillusion lorsque l\u2019amour n\u2019est plus pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019homme&nbsp;?\u2026<br><br>\u2014&nbsp;La rencontre d\u2019un Ange et d\u2019un d\u00e9mon. Une lutte. Une lutte \u00e0 mort.<br>Quiconque croit qu\u2019il est autre chose est mort. Quiconque croit \u00e9chapper au combat est un l\u00e2che, mais surtout, surtout, un idiot.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9pondre \u00e0 la diabolisation en prouvant que l\u2019on est un ange, donner ses preuves d\u2019ang\u00e9lisme, voire d\u2019archang\u00e9lisme \u2014 d\u2019ange arm\u00e9 donc, \u2014 s\u2019ils insistent, persistent dans leurs erreurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019homme&nbsp;?\u2026<br><br>\u2014&nbsp;La rencontre d\u2019un Ange et d\u2019un d\u00e9mon. Une lutte, une lutte \u00e0 mort.<strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><small>[Extrait de <em>Le Livre des rencontres<\/em>, 1999]<\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Osiris&nbsp;: Sans doute faudrait-il toujours parler du corps comme d\u2019une \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb qui ne nous est&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-438","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voies-textes-critiques"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - 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