{"id":45,"date":"2008-07-05T17:39:00","date_gmt":"2008-07-05T15:39:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=45"},"modified":"2023-08-08T16:47:45","modified_gmt":"2023-08-08T14:47:45","slug":"des-mythes-damour-en-poesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2008\/07\/05\/des-mythes-damour-en-poesie\/","title":{"rendered":"Des mythes d&rsquo;amour en po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Des mythes d\u2019amour, de la litt\u00e9rature, du corps de l\u2019Art&nbsp;; du corps, et, du corps de l\u2019Art, dans l\u2019Amour\u2026&nbsp;: ou n\u00e9o-n\u00e9o-Manifeste de la N\u00e9o-Pr\u00e9ciosit\u00e9.<\/em><\/strong><br>(Pour c\u00e9der sans r\u00e9serve \u00e0 mon go\u00fbt passionn\u00e9 de l\u2019impertinence.)<\/p>\n\n\n\n<p><small>\u00ab&nbsp;Le po\u00e8me est l\u2019amour r\u00e9alis\u00e9 du d\u00e9sir demeur\u00e9 d\u00e9sir&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb1\">1<\/a>].&nbsp;\u00bb<br>Ren\u00e9 CHAR.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><em>(On ne mesure ni l\u2019\u00ab&nbsp;Indicible&nbsp;\u00bb, ni l\u2019\u00ab&nbsp;Innommable&nbsp;\u00bb. Si l\u2019Art y parvient ce n\u2019est que par la d\u00e9mesure. Or, la d\u00e9mesure \u2014 par d\u00e9finition \u2014 ne se mesure pas&nbsp;: elle s\u2019appr\u00e9cie tout au plus. Si faire jaillir la potentialit\u00e9 d\u2019\u00eatre de l\u2019individu, c\u2019est cela aimer\u2026&nbsp;: \u00e9crire sur l\u2019amour (ou, disons plut\u00f4t&nbsp;: \u00e9crire l\u2019amour), c\u2019est inventer \u00ab&nbsp;le corps glorieux&nbsp;\u00bb qui manque toujours. \u2014 D\u00e9miurgie amoureuse, dialectique amoureuse, l\u2019amour courtois est un au-del\u00e0 du Sacr\u00e9 qui se consacre soi-m\u00eame dans une royaut\u00e9 \u00e0 la fois vaine et sublime&nbsp;: il est la recherche \u00e9perdue d\u2019un univers surhumain. Entre le \u00ab&nbsp;Bien&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;Mal&nbsp;\u00bb incarn\u00e9s de part et d\u2019autre par le \u00ab&nbsp;fin\u2019 amant&nbsp;\u00bb et le tra\u00eetre&nbsp;: la femme n\u2019est jamais au fond que le couteau de la balance&nbsp;; et ce couteau ne peut tenir debout que solidement enfonc\u00e9&nbsp;: plant\u00e9 dans leur c\u0153ur \u00ab&nbsp;comme une \u00e9p\u00e9e&nbsp;\u00bb dirait la Prouh\u00e8ze de Claudel. D\u00e8s lors, au terme d\u2019un r\u00e9cit s\u2019accordant dans sa \u00ab&nbsp;conjointure&nbsp;\u00bb \u00e0 un r\u00eave, l\u2019amant et l\u2019amante s\u2019\u00e9teignent sur terre puis s\u2019allument au ciel comme un beau symbole. De prime abord, dans l\u2019essence de l\u2019abord m\u00eame et dans l\u2019amour comme dans l\u2019Art&nbsp;: c\u2019est le corps qui manque toujours&nbsp;; par-del\u00e0 les r\u00e9ponses, lorsqu\u2019il n\u2019est plus question mais \u00ab&nbsp;en question&nbsp;\u00bb. Car c\u2019est dans sa pr\u00e9sence m\u00eame en fait qu\u2019il fait d\u00e9faut plus que par l\u2019absence, qui, plut\u00f4t, le refait en somme \u2014 entendons&nbsp;: enfin r\u00e9sum\u00e9 au seul \u00eatre total, enfin transparent, sans scories \u2014 disons eccl\u00e9sialement&nbsp;: sans \u00ab&nbsp;poussi\u00e8re&nbsp;\u00bb et qui perdure.)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour tout lecteur (pour r\u00e9sumer, aller au plus clair de \u00ab&nbsp;l\u2019obscur&nbsp;\u00bb tel Saint-Thomas) l\u2019objectif premier qu\u2019il doit se fixer \u2014 s\u2019il veut transmettre cette exp\u00e9rience v\u00e9cue, incarn\u00e9e comme pour l\u2019artiste, qu\u2019est la lecture \u2014 c\u2019est de montrer comment on doit (on peut) penser l\u2019\u0153uvre, mais aussi comment l\u2019\u0153uvre nous pense. Car si \u00ab&nbsp;la culture, c\u2019est rendre \u00e0 la masse ce qu\u2019elle vous apporte confus\u00e9ment&nbsp;\u00bb comme l\u2019affirmait Mao Tseu-Tong (po\u00e8te chinois), l\u2019\u0153uvre est alors un miroir, un miroir qui nous r\u00e9fl\u00e9chit&nbsp;: celui que Stendhal promenait \u00e9gotistement mais avec g\u00e9nie le long des routes, celui que Cocteau fustigeait avec une coquetterie proprement m\u00e9taphysique en sugg\u00e9rant aux \u00ab&nbsp;miroirs [qu\u2019ils] feraient bien de r\u00e9fl\u00e9chir davantage&nbsp;\u00bb avant de nous renvoyer notre image\u2026 bref, un miroir qui va jusqu\u2019\u00e0 parfois nous m\u00e9diter, nous concevoir, puisqu\u2019il nous renvoie notre \u2014 et, \u00e0 n\u00f4tre \u2014 part propre de l\u2019\u00ab&nbsp;inconscient collectif&nbsp;\u00bb, \u00e0 ce que cette part peut avoir de commun et de singulier.<br><br>\u2014&nbsp;Foin de tout \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb donc, quel qu\u2019il soit&nbsp;: quel est notre \u00ab&nbsp;objet&nbsp;\u00bb, avec, au fond, chacun des livres [oui, au-del\u00e0 et par-del\u00e0 leur sujet propre, j\u2019ai bien dit]&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;De fa\u00e7on provocatrice, je r\u00e9pondrai&nbsp;: la litt\u00e9rature amoureuse. Et ce de quelque genre qu\u2019ils soient, de quelque ton aussi&nbsp;: livres courtois, livres de haine, livres politiques, livres philosophiques [\u2026] et mystiques <em>a fortiori<\/em>, du moment qu\u2019ils soient livres (entendez, entendons&nbsp;: litt\u00e9raires, de la litt\u00e9rature ainsi, bref&nbsp;: de vrais livres)&nbsp;; sans compter bien s\u00fbr, tout ce qui en litt\u00e9rature ressemble de pr\u00e8s ou de loin aux&nbsp;:<br><br><small>[\u2026] peintures idiotes, dessus de portes, d\u00e9cors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires&nbsp;; [et \u00e0] la litt\u00e9rature d\u00e9mod\u00e9e [&nbsp;:] latin d\u2019\u00e9glise, livres \u00e9rotiques sans orthographe, romans de nos a\u00efeules, contes de f\u00e9es, petits livres de l\u2019enfance, op\u00e9ras vieux, refrains niais, rythmes na\u00effs&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb2\">2<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tous les livres traiteraient du rapport amoureux&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Oui, oui&nbsp;! [\u2026] OUI, vous dis-je&nbsp;!!!\u2026 [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pour certains, bon, c\u2019est un constat. Certes, cela peut ne pas para\u00eetre \u00e9vident chez d\u2019autres [\u2026]. Mais prenons les romans&nbsp;: tous ces h\u00e9ros parqu\u00e9s, marqu\u00e9s par l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019aimer, ces femmes, jeunes femmes ou filles, que ces h\u00e9ros comme autant d\u2019Hamlet laissent se noyer sans rien faire (un peu comme le h\u00e9ros de <em>La Chute<\/em> [1956] de Camus [1913-1960], quoi&nbsp;! )&nbsp;: \u2014 tout un symbole&nbsp;! \u2014 Est-ce si loin de notre sujet&nbsp;? Quant aux \u0153uvres plus politiques \u2014 l\u00e0 soyons plus pr\u00e9cis, comme les trag\u00e9dies de Shakespeare (1564-1616)&nbsp;: <em>Henry IV<\/em> ( 1597-1598), <em>Richard III <\/em>(1597), <em>Macbeth <\/em>(1606), ou m\u00eame le Calderon de <em>La Vie est un songe<\/em> (163-1635) avec l\u2019exaltation qu\u2019il fait de la \u00ab&nbsp;raison d\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb pr\u00e9dominant en d\u00e9finitive sur les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s et sentimentaux du roi \u2014&nbsp;: nous sommes en droit d\u2019y attendre, d\u2019y entendre, comme un \u00e9cho ad\u00e9quat ce propos de Camus&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les puissants sont souvent des rat\u00e9s du bonheur.&nbsp;\u00bb&nbsp;; phrase, maxime, qui ne peut appara\u00eetre, ici, que conclusive.<br>Du roman courtois, de la po\u00e9sie [y compris philosophique mystique ou, m\u00eame de prof\u00e9ration] ne parlons pas&nbsp;: le chant d\u2019amour s\u2019\u00e9l\u00e8ve partout et quasi tout lui sert de l\u00e8vres&nbsp;: jusqu\u2019aux objets\u2026<br><br>\u2014&nbsp;La litt\u00e9rature et l\u2019amour. Donc.<br>Quand Elle a du prix&nbsp;: Il est l\u00e0. Et, si je suis conscient de faire un \u00ab&nbsp;prix de gros&nbsp;\u00bb par mon incommensurable insouciance de ne pas fournir plus d\u2019exemples pr\u00e9cis, c\u2019est quand m\u00eame un \u00ab&nbsp;prix au d\u00e9tail&nbsp;\u00bb qui se fixe tout seul, ici.<br><br>\u2014&nbsp;La litt\u00e9rature, et l\u2019amour [\u2026], chez l\u2019\u00eatre humain [\u2026] (l\u2019\u00ab&nbsp;homme&nbsp;\u00bb&nbsp;: femelle ou m\u00e2le)&nbsp;: mammif\u00e8re sup\u00e9rieur qui donc poss\u00e8de un corps (on l\u2019oublie souvent, on a tort), un corps et un \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb disent les psychanalystes&nbsp;; un \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb qui n\u2019est au fond peut-\u00eatre encore que le corps, comme quand L\u00e9o Ferr\u00e9, nous lance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Arrange-toi avec \u00e7a&nbsp;!&nbsp;\u00bb Car, qui dit \u00ab&nbsp;la question du corps&nbsp;\u00bb dit aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;le corps en question.&nbsp;\u00bb<br><br>\u2014&nbsp;Questions. Elles se posent ainsi ici&nbsp;: parfois pesantes, parfois trouvant la R\u00e9demption d\u2019une r\u00e9ponse et sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 comme on le verra. Le corps, instrument de l\u2019amour&nbsp;: est-il l\u2019instrument imparfait&nbsp;? Pour le dire par une m\u00e9taphore&nbsp;: dans l\u2019harmonie qui est en jeu, qui tient l\u2019archet et quel est le morceau qu\u2019on joue&nbsp;? \u2014 Qu\u2019est-ce que l\u2019amour&nbsp;? Sachant que l\u2019on s\u2019interroge, nous d\u2019abord, sur un autre corps avec ses autres jeux et enjeux, son harmonie propre, comme en r\u00e9pons&nbsp;: celui de l\u2019\u00e9criture, qu\u2019on aborde [si on joue le jeu] \u00e0 la fois comme instrument et archet soi-m\u00eame, avec la totalit\u00e9 de notre \u00eatre. \u2014 \u00ab&nbsp;La lucidit\u00e9 se trouve dans mon froc&nbsp;\u00bb disait de fa\u00e7on provocatrice \u2014 mais combien juste&nbsp;! \u2014 L\u00e9o Ferr\u00e9. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 une r\u00e9ponse \u00ab&nbsp;en soi&nbsp;\u00bb. Rajoutons le c\u0153ur, l\u2019\u00e2me\u2026&nbsp;: et, nous avons la totalit\u00e9 dont je parle. Mais, ce corps de l\u2019\u00e9criture&nbsp;: est-il substitutif&nbsp;? Est-ce que le corps de l\u2019\u00e9criture nous dit que l\u2019amour n\u2019est pas dans le corps, qu\u2019il faut en inventer un autre, qui, d\u00e9j\u00e0, par rapport \u00e0 l\u2019autre vieillit d\u00e9j\u00e0 mieux, dure&nbsp;?\u2026 Pour para\u00eetre s\u00e9rieux, cr\u00e9dible, en d\u00e9ployant des arguments d\u2019autorit\u00e9 choisis tel le paon soigneux, besogneux, il faudrait citer ici les fragments de certains \u00e9crits de Malraux&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb3\">3<\/a>] sur l\u2019art, sur l\u2019art et le temps. Exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous ne savons pas ressusciter les corps mais nous savons peut-\u00eatre ressusciter les r\u00eaves.&nbsp;\u00bb \u2014 Je cite Malraux [et, surtout, car c\u2019est l\u00e0 l\u2019objet de la vraie critique&nbsp;: je commente].<br><br>\u2014&nbsp;Beaucoup de questions, de questions qui se pressent en foule autour de h\u00e9ros singuliers qui, peut-\u00eatre, ne le sont (et ce sera \u00e0 d\u00e9finir) qu\u2019en apparence&nbsp;! \u2014 \u00ab&nbsp;\u2026 App\u00e2t rance \u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;: le jeu de mots certes est facile, cependant tentant pour parler des corps et des r\u00eaves qu\u2019ils suscitent&nbsp;: sauvegard\u00e9s toujours par le seul solitaire corps de l\u2019\u00e9criture qui cherche son lecteur ou sa lectrice pour revivre l\u2019union encore\u2026 \u2014 Sous quelle esp\u00e8ce alors&nbsp;?<br>Pour l\u2019auteur, pense Giraudoux&nbsp;: \u00ac\u00ac\u00ab&nbsp;\u00c9crire, c\u2019est le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre aim\u00e9.&nbsp;\u00bb \u2014 Est-ce si faux&nbsp;? Le refuge dans le corps du texte n\u2019est-il pas pourtant la preuve du refus du corps, de la peur du corps qui habite ou qui habitait auteur et lecteur&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Il est vrai que le recours \u00e0 l\u2019\u00e9criture est une part quasi commune \u00e0 tous les adolescents, qui, pour remonter \u00e0 la source du geste, ce sans d\u00e9tour et sans pruderie, mettent la main \u00e0 la plume \u00e0 d\u00e9faut de la mettre ailleurs. (\u2014 Irai-je [\u2026], oserai-je pousser la provocation jusqu\u2019\u00e0 demander psychanalytiquement avec quel instrument plus tard, quelle partie de son \u00eatre propre l\u2019auteur [\u2014 cet \u00e9ternel adolescent&nbsp;?\u2026] en fait \u00e9crit son \u0153uvre&nbsp;? \u2014 Non&nbsp;! Revenons aux adolescents&#8230; qui mettent la main \u00e0 la plume&nbsp;: [\u2026] par d\u00e9faut). Pour la plupart, du reste, une fois qu\u2019ils ont os\u00e9, os\u00e9 enfin la mettre ailleurs la main, et que la main conna\u00eet d\u00e9sormais le chemin&nbsp;: ils n\u2019\u00e9crivent plus. (Nul ne sait ce qu\u2019il advient de la plume, alors&nbsp;!\u2026) La \u00ab&nbsp;main \u00e0 plume&nbsp;\u00bb qui selon Rimbaud vaut \u00ab&nbsp;main \u00e0 charrue&nbsp;\u00bb ne conna\u00eet plus que la \u00ab&nbsp;charrue&nbsp;\u00bb alors, le travail, et [\u2026] le reste (&nbsp;: \u2014 \u00ab&nbsp;Hue&nbsp;! la Marie&nbsp;!!&nbsp;\u00bb). C\u2019est ce qu\u2019on appelle le processus de sublimation, psychologiquement, psychanalytiquement. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9 le mot&nbsp;: bien recens\u00e9, parfaitement bien connu, bien d\u00e9crit. Est-ce \u00e0 dire que tous ceux qui continuent \u00e0 mettre la main \u00e0 la plume, \u00e0 la mettre encore, apr\u00e8s la crise d\u2019adolescence [et qu\u2019on appelle les \u00e9crivains] quoi qu\u2019ils disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>subliminisent<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Revenons \u00e0 mon premier point&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9crire, c\u2019est le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre aim\u00e9&nbsp;\u00bb nous confiait Giraudoux. Soit&nbsp;! Admettons&nbsp;!&nbsp;: une fois les r\u00e9serves qu\u2019on y peut mettre \u00e9claircies.<br><br>\u2014&nbsp;Second point&nbsp;: qu\u2019est-ce que l\u2019amour&nbsp;?<br>Le po\u00e8te Pierre Reverdy affirme que \u00ab&nbsp;la po\u00e9sie n\u2019est certainement pas dans les choses, autrement tout le monde l\u2019y d\u00e9couvrirait ais\u00e9ment, elle est dans une certaine activit\u00e9 du po\u00e8te qui consiste \u00e0 ajouter \u00e0 la vie, pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il lui manque.&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb4\">4<\/a>]&nbsp;\u00bb Si c\u2019est vrai, quand les \u00e9crivains parlent d\u2019amour&nbsp;: est-ce \u00e0 dire qu\u2019ils parlent d\u2019un \u00ab&nbsp;manque&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ne font-ils jamais que circonscrire le vide b\u00e9ant de notre d\u00e9sir et circonvenir par les mots que ce qui s\u2019agite autour&nbsp;? \u2014 C\u2019est bien possible&nbsp;? Car, enfin, qu\u2019est-ce qu\u2019on aime dans l\u2019amour&nbsp;? \u2014 L\u2019autre&nbsp;?\u2026 L\u2019amour [que l\u2019on songe encore \u00e0 l\u2019amour \u00ab&nbsp;romantique&nbsp;\u00bb et adolescent]&nbsp;? Ce que nous apporte l\u2019amour, ce qu\u2019il permet de d\u00e9couvrir de soi par l\u2019autre et d\u2019\u00eatre&nbsp;: bref, ce devenir de soi sans cesse n\u00e9, ren\u00e9 du d\u00e9sir&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Serait-ce les trois&nbsp;? Davantage&#8230;&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Revenons-y un instant [puisque poss\u00e9der l\u2019instant c\u2019est poss\u00e9der l\u2019\u00e9ternit\u00e9 un instant]. Revenons \u00e0 ce devenir de soi sans cesse n\u00e9, ren\u00e9 en effet du d\u00e9sir \u2014 comme le pense la <em>fin\u2019amor<\/em> et l\u2019amour courtois, tout en fixant les conditions radicales de cette renaissance beaucoup plus difficile \u00e0 \u00eatre \u2014 [\u2026], posons la question essentielle et sans plus tarder&nbsp;: ce devenir-d\u00e9sir, d\u00e8s alors, que devient-il, qu\u2019advient-il de lui quand la satisfaction, la r\u00e9alisation de ce d\u00e9sir [r\u00e9alisation qu\u2019on nomme&nbsp;: plaisir] l\u2019oblit\u00e8re, le concr\u00e9tise, ne fait plus de lui un but, donc le tue, l\u2019annule&nbsp;: instant d\u2019\u00e9ternit\u00e9 soudain rendu au temps&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Eh&nbsp;! Le probl\u00e8me n\u2019est-il pas de trouver pour les \u00e9crivains de l\u2019amour, le moyen de faire durer ce d\u00e9sir qui permet le devenir de soi et de l\u2019autre&nbsp;: pour et par l\u2019autre, pour et par soi&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Comme vous l\u2019avez d\u00e9j\u00e0 vu, comme vous le voyez bien&nbsp;: j\u2019en reviens, je suis revenu \u00e0 mon processus de sublimation d\u2019abord \u00e9voqu\u00e9, et [on l\u2019a dit]&nbsp;: d\u2019abord partag\u00e9 par tous, que l\u2019\u00e9crivain fait durer. \u2014 Mais pourquoi le fait-il durer&nbsp;? \u2014 Est-ce l\u00e0 aussi le choix pour lui d\u2019une \u00e9ternelle immaturit\u00e9&nbsp;? \u2014 C\u2019est une autre question, autre et dans la question cette fois, que nous laisserons en suspens celle-l\u00e0.<br><em>(Notons, au passage sans plus, que ce processus de sublimation par l\u2019\u00e9crivain \u2014 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9crivain-po\u00e8te&nbsp;\u00bb disons et po\u00e8te lyrique plut\u00f4t, sachant que tout \u00e9crivain peut en cacher un autre sans qu\u2019il paraisse \u2014 est alors son \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb refoul\u00e9. Il perdure donc bien pour lui, par-del\u00e0 l\u2019adolescence. C\u2019est un fait. \u2014 Faut-il en d\u00e9duire qu\u2019il est et qu\u2019il reste&nbsp;: l\u2019\u00e9ternel adolescent entre tous les \u00eatres humains&nbsp;? De fait, c\u2019est bien le cas de certains que l\u2019on pourrait citer. Mais laissons cela.)<\/em><br><br>\u2014&nbsp;Suivons notre fil, plut\u00f4t notre \u00ab&nbsp;ligne&nbsp;\u00bb comme dirait Cocteau. Int\u00e9ressons-nous \u00e0 la question m\u00eame, non \u00e0 celle dans la question [quitte \u00e0 y revenir plus tard, si n\u00e9cessaire&nbsp;!]. Cette question, je la rappelle&nbsp;: comment fonctionne le processus de sublimation mis \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00e9criture, dans l\u2019\u00e9criture et ailleurs&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;\u00c0 mon sens, mais pour r\u00e9sumer les points de vue communs et convergents des psychologues, des critiques et des mystiques&nbsp;: de trois fa\u00e7ons, lesquelles correspondent \u00e0 autant de type d\u2019\u00e9crivains et de gens au fond, dont le po\u00e8te [&nbsp;: l\u2019\u00e9crivain, l\u2019artiste,] est toujours plus ou moins le repr\u00e9sentant&nbsp;:<br>1\u00b0) Premi\u00e8re fa\u00e7on&nbsp;: la fa\u00e7on n\u00e9vrotique. L\u2019\u00e9criture est bien alors \u00e9criture de substitution qui se substitue \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sexuelle, laquelle, pour la psychanalyse, est au c\u0153ur de l\u2019\u00eatre et des ses pr\u00e9occupations constantes, conscientes ou inconscientes, comme le sexe est au c\u0153ur du corps. Cette \u00e9criture n\u00e9vrotique, en op\u00e9rant son processus de sublimation selon souvent les lois de l\u2019<em>Ouroboros<\/em> alchimique [du serpent qui se mord la queue&nbsp;: fort \u00e0 propos ici&nbsp;!] se croit th\u00e9rapeutique. Elle se trompe. Elle a tort.<br>2\u00b0) Seconde fa\u00e7on&nbsp;: la fa\u00e7on amoureuse. L\u2019autre de chair est l\u2019objet de la sublimation&nbsp;: il est d\u00e9\u00effi\u00e9. Il suffit de songer \u00e0 la po\u00e9sie d\u2019\u00c9luard pour trouver une illustration. \u00c9luard \u00e9tant un bon choix du reste puisqu\u2019il nous rappelle qu\u2019il n\u2019est nul besoin de croire en un Dieu pour sublimer de cette fa\u00e7on.<br>3\u00b0) Troisi\u00e8me et ultime fa\u00e7on&nbsp;: la fa\u00e7on mystique. L\u2019amour humaine sert alors quasiment toujours de m\u00e9taphore et l\u2019\u00e9crivain ne recule pas devant l\u2019expression \u00e9rotique de cet amour&nbsp;: en r\u00e9alit\u00e9 du \u00ab&nbsp;plus Haut&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;plus Grand&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;plus \u00c9ternel&nbsp;\u00bb que l\u2019homme. Je pense au <em>Cantique des cantiques<\/em> dans <em>La Bible <\/em>o\u00f9 le \u00ab&nbsp;Bien-Aim\u00e9&nbsp;\u00bb est Dieu et la \u00ab&nbsp;Bien-Aim\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;: la cr\u00e9ature. L\u2019\u00e9crivain qui se sacrifie \u2014 et non pas seulement sacrifie \u2014 \u00e0 ce type d\u2019\u0153uvre [d\u2019\u00e9criture et de cr\u00e9ation] sait que l\u2019amour humaine n\u2019est que le brouillon de l\u2019amour divin, qu\u2019elle n\u2019en est que l\u2019\u00e9tape souvent oblig\u00e9e et dont les grands saints parfois se dispensent [quand ils le peuvent, avec pour contre-exemple majeur mais non pas unique \u2014 \u00f4 combien&nbsp;! \u2014 celui d\u2019Augustin], dont ils se dispensent, disais-je donc, en \u00e9crivant la page de leur vie d\u2019embl\u00e9e. Je pense \u00e0 la po\u00e9sie torride \u2014 au sens premier \u2014 et sublime, d\u2019un Saint-Jean de la Croix&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb5\">5<\/a>] (1542-1591) ou d\u2019une Sainte-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb6\">6<\/a>] (1515-1582)[dont tout le corps des textes br\u00fble d\u2019un des plus hauts feux jamais allum\u00e9s de m\u00e9moire de po\u00e8te, au point que la question d\u2019\u00eatre chr\u00e9tien ou non, ath\u00e9e ou non, ne se pose m\u00eame plus s\u2019il s\u2019agit de le reconna\u00eetre.&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb7\">7<\/a>]] La litt\u00e9rature des grandes et des grands mystiques sans doute, il n\u2019y a pas de litt\u00e9rature plus incarn\u00e9e que celle-l\u00e0 et pour cause&nbsp;: la crucifixion, l\u00e0, n\u2019est pas seulement d\u2019agr\u00e9ment, et l\u2019amour courtois comme la <em>fin\u2019amor<\/em> y tendent tout entiers, m\u00eame s\u2019ils tentent souvent de la d\u00e9tourner de son but.<br>Ces trois processus de sublimation qui sont communs \u00e0 tous, \u00e9chappent-ils ou n\u2019\u00e9chappent-ils \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 la loi \u00e9nonc\u00e9e par Mao Tseu-Tong&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb8\">8<\/a>] (1893-1976)(po\u00e8te chinois) qui voudrait que toute \u0153uvre rel\u00e8ve de l\u2019inconscient collectif&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb9\">9<\/a>]&nbsp;? Un auteur&nbsp;: comment exprime-t-il sa part de singularit\u00e9&nbsp;? \u2014 Qu\u2019ont-ils tous de commun, tous ces auteurs, dans cette expression de l\u2019amour, du \u00ab&nbsp;d\u00e9sir d\u2019amour&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;<em>r\u00eave d\u2019amour<\/em>&nbsp;\u00bb, pour reprendre [non sans une certaine ironie] le titre d\u2019un morceau du Hongrois Franz Liszt&nbsp;? Qu\u2019y a-t-il de commun et de diff\u00e9rent parmi et dans tant de livres&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;Autant de lecteurs, autant de livres&nbsp;\u00bb disait Gu\u00e9henno, [\u2026] sagement.<br><br>\u2014&nbsp;Peut-on, et, doit-on dire&nbsp;: autant d\u2019amants, autant d\u2019amours diff\u00e9rents&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Le sexe \u00e9tant au c\u0153ur du corps (ce dessin de L\u00e9onard, d\u2019un homme nu, jambes tendues, bras \u00e9cart\u00e9s, le sexe au c\u0153ur du corps et nu&nbsp;: rappelons-en l\u2019image au passage [&#8230;]), \u2026le sexe \u00e9tant au c\u0153ur du corps&nbsp;: on aurait tendance \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019amour c\u2019est d\u2019abord la rencontre de deux corps. Mais si l\u2019on songe \u00e0 cette question du d\u00e9sir et que l\u2019on se rappelle la phrase de Reverdy \u00e0 propos de la po\u00e9sie qui souvent s\u2019y confond \u2014 qu\u2019on se rappelle aussi \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019\u00c9luard donnera pour titre \u00e0 l\u2019un de ses plus c\u00e9l\u00e8bres recueil celui de&nbsp;: <em>L\u2019Amour, la po\u00e9sie<\/em> (1929) \u2014 si l\u2019on songe donc \u00e0 cette question du d\u00e9sir, de la po\u00e9sie, de l\u2019amour\u2026 lesquels tr\u00e8s souvent se confondent&nbsp;: l\u2019amour [cons\u00e9quemment le couple] n\u2019est-ce pas, ne serait-ce pas que ce qui survit aux corps et pendant que les corps parlent puis reparlent encore&nbsp;: d\u00e9j\u00e0 ce qui est d\u00e9j\u00e0 au-del\u00e0&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;On le comprend, j\u2019aborde l\u00e0 la question du vieillissement, ou plut\u00f4t celle de l\u2019\u00e9ternelle jeunesse des h\u00e9ros \u00e0 laquelle la plupart des auteurs s\u2019accrochent comme \u00e0 un radeau qu\u2019ils sabordent souvent sur les \u00ab&nbsp;gouffres amers&nbsp;\u00bb du temps puisqu\u2019il n\u2019aborde aucune \u00eele, sinon celle, peut-\u00eatre, d\u2019Arnold B\u00f6cklin&nbsp;: <em>L\u2019\u00cele des morts<\/em>. La mort \u00e9tant ici la forme supr\u00eame du renoncement.<br><br>\u2014&nbsp;Oui [\u2026], si l\u2019on regarde de pr\u00e8s la plupart des grands livres traitant d\u2019amour dans l\u2019histoire de la litt\u00e9rature mondiale&nbsp;: on constate qu\u2019ils ont tous hauss\u00e9 cette question du corps jusqu\u2019\u00e0 la hauteur du d\u00e9sir, qu\u2019arriv\u00e9 \u00e0 cette hauteur du d\u00e9sir, ils la haussent encore jusqu\u2019\u00e0 la hauteur du d\u00e9passement \u2026du renoncement. Rien d\u2019\u00e9tonnant, car soyons clair&nbsp;: pour faire la part du particulier et de l\u2019universel dans l\u2019amour \u2014 ayant d\u00e9j\u00e0 compris, compris d\u00e9j\u00e0, que, seul [seulement dans l\u2019universel] l\u2019amour survit, \u2026se survit \u2014 admettons-le donc sans d\u00e9tour&nbsp;: c\u2019est le mode de r\u00e9alisation du d\u00e9sir qui est le particularisme, la singularit\u00e9 dont tout \u00e0 l\u2019heure nous parlions et qu\u2019il nous fallait d\u00e9busquer. Ce particularisme, cette singularit\u00e9 appara\u00eet dans la plupart des intrigues comme devant aboutir \u00e0 un sacrifice pour que l\u2019amour puisse survivre [ajoutons&nbsp;: effectivement, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: oui, au-del\u00e0 des faits]. Les h\u00e9ros renoncent au plaisir&nbsp;; nos h\u00e9ros renoncent au plaisir. C\u2019est bien un fait le plus souvent&nbsp;: c\u2019est l\u00e0 toute la le\u00e7on de la pr\u00e9ciosit\u00e9, qui, si l\u2019on y songe, r\u00e9appara\u00eet dans le <em>Cyrano<\/em> de Rostand. \u2014 Pourquoi diantre l\u2019amour dure-t-il, l\u00e0 [chez Rostand]&nbsp;? \u2014 Parce qu\u2019il n\u2019est pas consomm\u00e9&nbsp;: il reste intact, intact, malgr\u00e9 les ann\u00e9es&nbsp;; d\u2019autant plus beau encore que les corps, eux, se d\u00e9gradent, sont de toute \u00e9vidence et de plus en plus appel\u00e9s \u00e0 disparition, ne sont de toute fa\u00e7on d\u00e9j\u00e0 plus pour jamais ce qu\u2019ils avaient pu \u00eatre, ce qu\u2019ils \u00e9taient. Alors, oui&nbsp;! comme Roxane aime Cyrano lorsqu\u2019elle apprend ce qu\u2019il fut&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019abord des mots. Et qu\u2019il importe peu alors qu\u2019il fut laid&nbsp;: qu\u2019il fut laid, jadis&nbsp;! Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absence du corps de Christian qui jusqu\u2019alors laissait Cyrano sur le seuil du dire, de l\u2019aveu&nbsp;: jusqu\u2019\u00e0 ce corps qui soudain ne vaut pas plus que celui \u2014 laid \u2014 de Cyrano, et, pass\u00e9&nbsp;: d\u00e9j\u00e0 du pass\u00e9 de toute fa\u00e7on, lui aussi&nbsp;! \u2014 Pas de doute&nbsp;: les corps, s\u2019effacent bien devant les mots. Seuls les mots comptent ici. Oh&nbsp;! peut-\u00eatre pas qu\u2019en litt\u00e9rature au fond. Car ne l\u2019oublions pas, ne l\u2019oublions jamais&nbsp;: la litt\u00e9rature n\u2019est jamais au fond que l\u2019ombre de la vie ou sa lumi\u00e8re quintessenci\u00e9e, sauv\u00e9e, sauv\u00e9e du \u00ab&nbsp;gouffre&nbsp;\u00bb. \u2014 Une anecdote personnelle, tir\u00e9e de la vie, au passage. Je n\u2019y r\u00e9siste pas&nbsp;: tant, il me semble, elle est belle&nbsp;! Quand ma grand-m\u00e8re maternelle mourut \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 quatre-vingt onze ans, dans le silence parcouru seulement par le silence de l\u2019\u00e9lectrocardiogramme devenu peu \u00e0 peu d\u2019un continu marmor\u00e9en comme si sa ligne de vie soudain se d\u00e9tendait pour cr\u00e9er un autre horizon plus essentiel, peut-\u00eatre\u2026 \u2014 oui simplement plus essentiel&nbsp;: la mort faisant sa nuit se faisant jour soudain sous la nuit de la vie \u00ab&nbsp;qui passe&nbsp;\u00bb&nbsp;: ce jour, ce jour s\u2019avouant enfin comme un but, ou bien l\u2019or\u00e9e d\u2019une autre vie \u2014 dans le silence, on entendit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne verrai plus ce beau corps&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb C\u2019\u00e9tait mon grand-p\u00e8re\u2026&nbsp;: quatre vingt neuf ans. \u2014 Sept mots (tout juste). Et il se tut. \u2026M\u00eame si, moi aussi, comme mon grand-p\u00e8re, je voyais ma grand-m\u00e8re avec les yeux de l\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;beau corps&nbsp;\u00bb ce n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un mot. Et elle, un peu avant, lui reprochait un mot, un mot aussi, qu\u2019il avait dit, jadis, jadis [\u2026], que ces sept mots-l\u00e0 effa\u00e7aient d\u2019un coup&nbsp;: les transfigurant de silence dans la pl\u00e9nitude soudain retrouv\u00e9e de l\u2019amour. \u2014 Oui. Ce qui reste, ce sont des mots\u2026&nbsp;: des mots, quand il n\u2019y a plus rien. Des mots en corps. \u00ab&nbsp;<em>Words&nbsp;! Words&nbsp;! Words&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: Shakespeare avait raison, mais je ne les entends pas toujours comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;une assembl\u00e9e de chiens hurlant \u00e0 la mort sous la lune&nbsp;\u00bb&nbsp;; du moins pas toujours, comme lui&nbsp;! Certains mots, certaines fois, regagnent beaucoup sur la mort, m\u00eame&nbsp;: ils regagnent tout, peut-\u00eatre&nbsp;; certaines fois. Parfois. Parfois\u2026<br><br>\u2014&nbsp;Quand la vieillesse n\u2019est pas ainsi magnifi\u00e9e, sublim\u00e9e, ce qui est tr\u00e8s rare dans la litt\u00e9rature et fait du <em>Cyrano<\/em> de Rostand une \u0153uvre path\u00e9tique et belle o\u00f9, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, depuis cent ans, le public de tous \u00e2ges, de toute condition sociale, se reconna\u00eet, reconna\u00eet qu\u2019on atteint-l\u00e0 au c\u0153ur de l\u2019humain m\u00eame sans vraiment le comprendre&nbsp;; quand la vieillesse des amants est occult\u00e9e [\u2026], dirais-je donc&nbsp;: refus\u00e9e [ce qui est le plus souvent le cas, le cas le plus fr\u00e9quent], la r\u00e8gle est la suivante [elle domine dans presque dans tous les grands textes d\u2019amour qui sont depuis devenus des mythes mondiaux \u2014 nous parlons ici des h\u00e9ros \u2014 je la r\u00e9sume ainsi]&nbsp;: ils sont beaux [\u2026], ils sont jeunes [\u2026], ils sont purs [\u2026], ils s\u2019aiment [\u2026] (et, cinqui\u00e8me \u00e9l\u00e9ment dans la surench\u00e8re, cinq&nbsp;: chiffre ici de la quintessence, de la perfection, d\u2019une perfection qui se paye, comme tout, or, au prix le plus fort, bien s\u00fbr)&nbsp;: [\u2026] ils doivent mourir. Sinon, comme le dirait Anouilh, impitoyable mais combien juste et r\u00e9aliste, la vie passera sur eux&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb10\">10<\/a>]&nbsp;: avec toutes ses salet\u00e9s, toutes ses trahisons, tous ses reniements&nbsp;; m\u00eame s\u2019il faut ajouter, d\u2019embl\u00e9e [positif par volont\u00e9 et par v\u0153u]&nbsp;: aussi toutes ses R\u00e9demptions, pour qui veut.<br><br>\u2014&nbsp;Car, reniement n\u2019est pas renoncement. Ne confondons pas&nbsp;!<br><br>\u2014&nbsp;Seul le renoncement est grand&nbsp;!<br>\u00ab&nbsp;Il est plus facile de mourir pour la femme qu\u2019on aime, que de vivre avec elle&nbsp;\u00bb disait le romantique allemand Heinrich von Kleist qui se suicida avec sa fianc\u00e9e Henriette Vogel [\u00ab&nbsp;le petit oiseau&nbsp;\u00bb] au bord du lac de Wannsee avant sa trente-cinqui\u00e8me ann\u00e9e, \u00e0 trente-trois ans&nbsp;: \u00e2ge christique, \u00e2ge critique, s\u2019il en est&nbsp;! [Nous \u00e9tions en 1811 alors. \u2014 Quand on pense que c\u2019est l\u00e0 plus tard qu\u2019en 1943 Heydrich d\u00e9cidera \u00ab&nbsp;la solution finale&nbsp;\u00bb, l\u2019holocauste des juifs d\u2019Europe&nbsp;: quelle ironie&nbsp;!]<br>L\u2019amour a donc sa singularit\u00e9&nbsp;: la r\u00e9alisation du d\u00e9sir, le plaisir, qui, le plus souvent correspond \u00e0 la mise \u00e0 mort du d\u00e9sir, par le biais de la \u00ab&nbsp;petite mort&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u00e0 que tout se joue, puis que tout est jou\u00e9 quand l\u2019amour n\u2019a pas trouv\u00e9 de but au-del\u00e0, n\u2019a pas su se d\u00e9pouiller pour atteindre \u00e0 l\u2019universel. C\u2019est l\u00e0 l\u2019universelle loi.<br><br>\u2014&nbsp;Est-ce pour cela que les \u00e9crivains [disons la plupart d\u2019entre eux] s\u2019emploient \u00e0 en faire un mythe, \u00e0 l\u2019\u00e9lever ainsi \u00e0 l\u2019universel, pour le d\u00e9barrasser, presque rageusement semble-t-il [le nettoyer diront les puritains], l\u2019\u00e9monder de ses particularismes, de sa singularit\u00e9, avant et afin de pouvoir en faire \u00ab&nbsp;la forme du monde&nbsp;\u00bb diront certains, ou son \u00ab&nbsp;miroir&nbsp;\u00bb, son miroir au moins, diront d\u2019autres&nbsp;?&#8230; \u2014 miroir, miroir aux alouettes&nbsp;? \u2014 miroir&#8230;, mouroir [\u2026]&nbsp;:<br>\u00ab&nbsp;Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur enti\u00e8re,<br>Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs.&nbsp;\u00bb<br>pour emprunter deux vers au po\u00e8me liminaire de la partie \u00ab&nbsp;Spleen et id\u00e9al&nbsp;\u00bb qui ouvre <em>Les Fleurs du mal<\/em> de Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;B\u00e9n\u00e9diction&nbsp;\u00bb.<br>Les \u00ab&nbsp;yeux&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;larges yeux&nbsp;\u00bb de la Beaut\u00e9 id\u00e9ale&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb11\">11<\/a>] ne sont de fait souvent que le miroir sp\u00e9culaire cachant le sphinx d\u00e9vorateur. \u00ab&nbsp;Je tr\u00f4ne dans l\u2019azur comme un sphinx incompris&nbsp;\u00bb dit \u00ab&nbsp;la Beaut\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb12\">12<\/a>]&nbsp;\u00bb et il faut r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019\u00e9nigme. L\u2019\u00e9nigme, oui&nbsp;: toujours la m\u00eame&nbsp;; non plus seulement&nbsp;: \u00ab&nbsp;car enfin qu\u2019est-ce que ma substance, \u00f4 Grand Dieu&nbsp;?&nbsp;\u00bb comme le criait Bossuet&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb13\">13<\/a>] (1627-1704), mais bel et bien, oui, bel et bien comme Pascal (1623-1662) l\u2019entendait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Car enfin, qu\u2019est-ce que l\u2019homme dans l\u2019infini&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb14\">14<\/a>]&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00bb \u2014 Combien d\u2019alouettes, \u00ab&nbsp;vers les cieux, le matin&nbsp;\u00bb, prenant \u00ab&nbsp;un libre essor&nbsp;\u00bb dans l\u2019\u00ab&nbsp;\u00c9l\u00e9vation&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nb15\">15<\/a>]&nbsp;\u00bb baudelairienne furent ainsi prises au pi\u00e8ge, finirent d\u00e9vor\u00e9es par l\u2019id\u00e9alit\u00e9&nbsp;: le sphinx de leur propre r\u00eave, plus qu\u2019aucun autre est carnassier pour qui en est la dupe&nbsp;!<br><br>\u2014&nbsp;S\u2019il s\u2019av\u00e8re en effet [et, il s\u2019av\u00e8re, en effet, de toute \u00e9vidence&nbsp;!] que la plupart des amants se reconnaissent dans le mythe ainsi propos\u00e9 (Oh&nbsp;! Comme en substitution de l\u2019amour, disons&nbsp;: nu, sans mots pour l\u2019habiller, pour le parer, pour le rendre plus beau, plus beau enfin que celui des chiens et des autres animaux&nbsp;: songeons au <em>Tristan et Iseult<\/em> de B\u00e9roul\u2026, au <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> de Shakespeare, \u00e0 Lancelot et \u00e0 Gueni\u00e8vre du Lancelot ou le chevalier de la charrette de Chr\u00e9tien de Troyes, pour ne citer que trois exemples [\u2026]), comme il s\u2019av\u00e8re qu\u2019ils se reconnaissent tous, oui, les hommes \u2014 leurs amies, amies et amants \u2014 dans le mythe, voire co-naissent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre (Cf.&nbsp;: le Trait\u00e9 <em>De la co-naissance au monde et de soi-m\u00eame<\/em> de Claudel)(1904) par-del\u00e0 le mythe&#8230;&nbsp;: \u2014 La question qui se pose \u00e0 nouveau, et, nouvelle, c\u2019est&nbsp;:<br><br>\u2014&nbsp;Qu\u2019y voient-ils de leurs \u00ab&nbsp;yeux mortels&nbsp;\u00bb, dans ce mythe&nbsp;?\u2026<br><br>\u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;La couronne mystique&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;beau diad\u00e8me \u00e9blouissant et clair&nbsp;\u00bb qui n\u2019est \u00ab&nbsp;fait que de pure lumi\u00e8re\/Puis\u00e9e au foyer saint des rayons primitifs&nbsp;\u00bb (pour citer encore Baudelaire, et toujours celui de \u00ab&nbsp;B\u00e9n\u00e9diction&nbsp;\u00bb) qui, d\u2019entr\u00e9e de jeu, et m\u00eame sans ce jeu, s\u2019avoue&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;L\u2019amour, oui l\u2019amour serait-il (serait-elle&nbsp;?) cette \u00ab&nbsp;b\u00e9n\u00e9diction&nbsp;\u00bb r\u00eav\u00e9e rarement re\u00e7ue et qui permettrait d\u2019oublier la haine, de retrouver le paradis perdu&nbsp;: le \u00ab&nbsp;<em>paradise lost<\/em>&nbsp;\u00bb miltonnien des romantiques&nbsp;? \u2014 Qui le sait et qui le saura&nbsp;? \u2014 Qui pourrait dire si les po\u00e8tes eux-m\u00eames se leurrent parfois sur le sujet&nbsp;? \u2014 Mais, cette fois, est-ce une question&nbsp;? \u2014 Quoiqu\u2019il en soit, \u00ab&nbsp;b\u00e9n\u00e9diction&nbsp;\u00bb r\u00eav\u00e9e qui hante le po\u00e8te et tant d\u2019autres, cette amour \u2014 mythique en nous \u2014 pensent-ils tous qu\u2019elle pourrait absoudre toute la haine qui nous r\u00e9git, qui nous habite et qui pourrit ce monde enfin&nbsp;? Ne l\u2019esp\u00e8rent-ils pas comme unique recours&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;C\u2019est, l\u00e0, peut-\u00eatre, qu\u2019il nous faudra conclure, momentan\u00e9ment, sur une autre \u00e9nigme, un autre dilemme&nbsp;: celui de l\u2019Histoire (avec un grand H&nbsp;: sa grande hache, voire sa francisque&nbsp;!), l\u2019Histoire donc&nbsp;: celle collective et en face d\u2019elle (qui la plupart du temps n\u2019est rien pour elle et dont elle se nourrit pourtant comme Moloch ou Baal)&nbsp;: celle individuelle quasiment toujours sacrifi\u00e9e, d\u00e9truite. L\u2019acte d\u2019\u00e9crire n\u2019est-il pas l\u2019affirmation du primat illusoire de l\u2019histoire individuelle sur l\u2019Histoire qui n\u2019h\u00e9site jamais \u00e0 la broyer quand elle s\u2019en m\u00eale, quand il y a \u00ab&nbsp;des histoires&nbsp;\u00bb, et, l\u00e0 o\u00f9 il y a \u00ab&nbsp;des histoires&nbsp;\u00bb, d\u2019amour ou non&nbsp;?<br>L\u2019histoire, la petite, face \u00e0 l\u2019Histoire, la dite \u00ab&nbsp;grande&nbsp;\u00bb&#8230;&nbsp;: le viol trop fr\u00e9quent par la seconde de la premi\u00e8re et le traumatisme qui en r\u00e9sulte pour le reste d\u2019une pauvre vie qui doute, qui doute et qui crie, ou qui, plus pos\u00e9ment parfois \u2014 c\u2019est peut-\u00eatre, l\u00e0, le g\u00e9nie \u2014 affirme qu\u2019elle existe encore [&#8230;]&nbsp;: Eh bien&nbsp;! C\u2019est en bonne partie ce qui fait l\u2019objet de la litt\u00e9rature, ainsi [\u2026], souvent [\u2026], toujours [\u2026]&nbsp;: ou th\u00e9rapeutique ou de questionnement, ou les deux.<br>Et je m\u2019arr\u00eate au seuil du livre d\u2019Albert Camus que je citais tout \u00e0 l\u2019heure \u00e0 dessein&nbsp;: <em>La Chute<\/em> qui semblait ne pas \u00eatre \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb dans l\u2019\u00ab&nbsp;objet&nbsp;\u00bb qui nous pr\u00e9occupe et qui l\u2019est bel et bien ici, au titre charg\u00e9 de symbole autant qu\u2019on peut \u00eatre symbole ou symbolique.<br><br>\u2014&nbsp;Qui pourrait le nier parvenu ici et apr\u00e8s le chemin parcouru&nbsp;: si modeste, si modestement soit-il&nbsp;?\u2026<br><br>\u2014&nbsp;Pour les autres \u0153uvres (bien au-del\u00e0 peut-\u00eatre, et pour le reste, en r\u00e9sum\u00e9) l\u2019homme a besoin de croire, et pour croire en soi&nbsp;: il a besoin d\u2019un mod\u00e8le et son besoin&nbsp;: c\u2019est d\u2019\u00eatre aim\u00e9.<br><br>\u2014&nbsp;C.Q.F.D.&nbsp;: Merci, Monsieur Jean Giraudoux&nbsp;!<br>\u00c9crire, est bien \u00ab&nbsp;le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre aim\u00e9&nbsp;\u00bb, sans nul doute. Mieux&nbsp;! c\u2019est pourquoi la plupart des \u0153uvres, qu\u2019elles l\u2019avouent ou non, traitent d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BILAN PREMIER&nbsp;: TOUJOURS PREMIER, TOUJOURS&nbsp;!\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le probl\u00e8me essentiel de la litt\u00e9rature et de l\u2019Art, c\u2019est cela&nbsp;: essayer de trouver autre chose que ce corps o\u00f9 nous sommes prisonniers malgr\u00e9 tout, tenter de trouver quelque chose au-del\u00e0 sans sombrer cependant dans le n\u00e9oplatonisme ni sulpicien, ni d\u00e9lirant.<br>La litt\u00e9rature \u00ac\u2014 l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral \u2014 c\u2019est une \u00e9chapp\u00e9e&nbsp;: l\u2019espace et le temps d\u2019une fuite mais qui peut \u00eatre h\u00e9ro\u00efque pour qui sait vers quoi il court, pour qui sait de quel but il indique la route qu\u2019encore il indiquera lorsque le temps qui le fige d\u00e9j\u00e0 le figera comme le regard de M\u00e9duse. Car l\u2019art&nbsp;: c\u2019est une fa\u00e7on de tenter de renvoyer son regard \u00e0 la Mort pour la p\u00e9trifier.<br><br>\u2014&nbsp;Chercher dans l\u2019amour ce que celui-ci ne peut apporter et qui se confond \u00e0 l\u2019amour de \u00ab&nbsp;Dieu&nbsp;\u00bb [ou si vous ne croyez pas&nbsp;: de \u00ab&nbsp;l\u2019Humain&nbsp;\u00bb], c\u2019est cela&nbsp;: \u00ab&nbsp;cr\u00e9er&nbsp;\u00bb. Les amants s\u2019aiment toujours par-del\u00e0 les corps trop petits, par-del\u00e0 les c\u0153urs trop \u00e9troits. Ils s\u2019inventent incessamment et laborieusement l\u2019espace [\u2026] o\u00f9 ils sont enfin \u00e9ternels.<br>Ce qui \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e8re&nbsp;\u00bb l\u2019\u0153uvre&nbsp;: c\u2019est l\u2019obsession d\u2019un \u00ab&nbsp;corps glorieux&nbsp;\u00bb dont l\u2019\u0153uvre est l\u2019apparition cauchemardesque ou merveilleuse.<br><br>\u2014&nbsp;\u00c9crire, cr\u00e9er&nbsp;: c\u2019est former et palper du corps abstrait, mais, soyons clair&nbsp;: aimer aussi.<br>Comme l\u2019amour \u2014 quoi qu\u2019il paraisse \u2014&nbsp;: l\u2019Art est un au-del\u00e0 du corps.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CONCLUSION, MAIS SUSPENSIVE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;Parmi les droits dont on a parl\u00e9 dans ces derniers temps, il y en a un qu\u2019on a oubli\u00e9, \u00e0 la d\u00e9monstration duquel tout le monde est int\u00e9ress\u00e9&nbsp;: le droit de se contredire\u2026&nbsp;\u00bb \u00e9crit Baudelaire, dans l\u2019album de son ami, l\u2019\u00e9crivain dilettante et bavard Philox\u00e8ne Boyer.<br>Accordons-le d\u2019abord \u00e0 l\u2019Art ce droit \u00ab&nbsp;n\u00e9cessaire&nbsp;\u00bb&nbsp;: puisqu\u2019il en a un tel besoin. Accordons donc \u00e0 l\u2019Art ce droit&#8230; au paradoxe [\u2026], et \u00e0 l\u2019amour [\u2026]&nbsp;: l\u2019amour de l\u2019Art&nbsp;!<br>Car l\u2019Art&nbsp;: c\u2019est bien le lieu de tous les paradoxes et de leurs d\u00e9ambulations. L\u2019Art&nbsp;: c\u2019est comme le hors-lieu et comme le hors-corps de tous et (sic&nbsp;!) c\u2019est aussi de chacun en particulier&nbsp;: le lieu et le corps particuliers.<br><br>\u2014&nbsp;Paradoxe&nbsp;! Paradoxe de l\u2019\u0153uvre d\u2019Art, en effet&nbsp;! qui exalte le tout du corps et cependant en m\u00eame temps sa radicale mise en doute&nbsp;!<br><br>\u2014&nbsp;Paradoxe de l\u2019Art&nbsp;: qui exalte la vie et qui la nie du m\u00eame coup, comme si la V\u00e9rit\u00e9 ne pouvait exister jamais sans contenir la force qui la nie pour citer le vieil H\u00e9raclite relay\u00e9 plus tard par Leibniz puis par Hegel, et\u2026 Spinoza&nbsp;!<br><br>\u2014&nbsp;Exaltation-d\u00e9testation du corps, du corps et de la vie&nbsp;: comme l\u2019amour et la haine peuvent \u00eatre, sont et demeurent toujours, les deux faces d\u2019une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019on la nomme&nbsp;: la vie, ou la nomme&nbsp;: l\u2019amour.<br>C\u2019est encore et toujours la V\u00e9rit\u00e9 qui doute.<br><br>\u2014&nbsp;Bon.<br>Arrangeons-nous en. \u2014 Quoi faire d\u2019autre&nbsp;?<br>Et s\u2019il en na\u00eet l\u2019angoisse&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019angoisse&nbsp;? Oh&nbsp;! l\u2019angoisse\u2026 [disait G\u0153the], c\u2019est le meilleur&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!\u2026&nbsp;: c\u2019est le meilleur de l\u2019homme.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><small>(Septembre 1997)<br>[Cet article est paru une premi\u00e8re fois dans la version papier de la <em>Revue Polaire<\/em>, aux \u00e9ditions GabriAndre, en 2000.]<\/small><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 In Seuls demeurent, cit\u00e9 par Maurice Blanchot, in <em>La B\u00eate de Lascaux<\/em>, \u00e9d. G.L.M., 1958, p. 20.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;.\u2014 Arthur Rimbaud&nbsp;: \u00ab&nbsp;Alchimie du Verbe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;D\u00e9lires II&nbsp;\u00bb, in <em>Une saison en enfer<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 Andr\u00e9 Malraux (1901-1976)&nbsp;: <em>Le Miroir des limbes<\/em> (1976), <em>La T\u00eate d\u2019obsidienne<\/em> (1974)&nbsp;: pour n\u2019en citer que deux.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 Pierre Reverdy&nbsp;: in <em>Cette \u00e9motion appel\u00e9e po\u00e9sie, \u00c9crits sur la po\u00e9sie<\/em> (1930-1960), \u00e9d. Flammarion, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh5\">5<\/a>]&nbsp;.\u2014 Saint Jean de la Croix (Espagnol)&nbsp;: <em>Dits de lumi\u00e8re et d\u2019amour- Dichos de luz y amor, \u0152uvres spirituelles- Obras espirituales<\/em> (1618), <em>Po\u00e9sie-Poesias, Pr\u00e9cautions- Cautelas, Quatre avis \u00e0 un religieux\u2014Cuatro avisos a un religioso.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh6\">6<\/a>]&nbsp;.\u2014 Sainte Th\u00e9r\u00e8se de J\u00e9sus (Teresa Sanchez de Cepeda y Ahumada da Avila)(Espagnole)&nbsp;: <em>Le Ch\u00e2teau int\u00e9rieur-Castillo interior<\/em> (1577), <em>Le Chemin de la perfection-Camino de perfection<\/em> (1583), <em>Po\u00e9sies-Poesias, Vie\u2014Libro de su vida<\/em> (1588).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh7\">7<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir \u00e0 cet \u00e9gard les superbes \u00e9ditions de ces textes et leur traduction chez l\u2019\u00e9diteur m\u00eame des surr\u00e9alistes&nbsp;: j\u2019ai nomm\u00e9 Guy L\u00e9vis Mano.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh8\">8<\/a>]&nbsp;.\u2014 Mao Tseu-Tong&nbsp;: <em>Interventions aux causeries sur l\u2019art et la litt\u00e9rature de Yen-an-Tsai Yenam wen yu tsuo tan houei chang ti tsiang houa<\/em> (1942), <em>Po\u00e8mes<\/em> (1957-1976).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh9\">9<\/a>]&nbsp;.\u2014 Mao Tseu-Tong&nbsp;: \u2014 \u00ab&nbsp;La culture, c\u2019est rendre \u00e0 la masse ce qu\u2019elle vous apporte confus\u00e9ment.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh10\">10<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: <em>Antigone<\/em> (1944).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh11\">11<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Beaut\u00e9&nbsp;\u00bb, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em> (1857), \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XVI, I.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh12\">12<\/a>]&nbsp;.\u2014 <em>Ibid.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh13\">13<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jacques-B\u00e9nigne Bossuet.\u2014 Voir&nbsp;: <em>Oraisons fun\u00e8bres<\/em> (1656-1691) &amp; <em>Sermons<\/em> (1643-1702).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh14\">14<\/a>]&nbsp;.\u2014 In <em>Pens\u00e9es<\/em> (1670)(inachev\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article198.html#nh15\">15<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9l\u00e9vation&nbsp;\u00bb, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em> (1857), \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, III, I.<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des mythes d\u2019amour, de la litt\u00e9rature, du corps de l\u2019Art&nbsp;; du corps, et, du corps&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-45","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editoriaux"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - 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