{"id":460,"date":"2008-01-29T16:03:00","date_gmt":"2008-01-29T15:03:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=460"},"modified":"2023-08-06T16:05:06","modified_gmt":"2023-08-06T14:05:06","slug":"franz-kafka-ou-le-non-ne-chapitre-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2008\/01\/29\/franz-kafka-ou-le-non-ne-chapitre-4\/","title":{"rendered":"Franz Kafka ou le \u00ab\u00a0Non-n\u00e9\u00a0\u00bb, chapitre 4"},"content":{"rendered":"\n<p>Franz Kafka ou l\u2019Homme sans corps<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN R\u00caVE, MIS EN MARGE.<br><\/strong><br>\u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb fait partie des <em>marginalia<\/em> du texte du <em>Proc\u00e8s,<\/em> \u00e9cart\u00e9es par Kafka. Baudelaire parlait de \u00ab&nbsp;r\u00eave[s] hi\u00e9roglyphique[s]&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb1\">1<\/a>]&nbsp;\u00bb, le concept s\u2019applique \u00e0 Kafka&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb2\">2<\/a>]. Ce texte est significatif du processus m\u00eame de la r\u00e9daction de tout livre&nbsp;; comme chez beaucoup \u2014 pour ne pas dire comme chez tous les auteurs, les artistes, \u2014 l\u2019\u00e9criture chez Kakfa s\u2019op\u00e8re en effet par le pl\u00e2trage lent et difficile de petits morceaux de bravoure, d\u2019inspiration \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb, qui, selon l\u2019expression du po\u00e8te Pierre Reverdy arrivent \u00ab&nbsp;sur leurs propres ailes&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb3\">3<\/a>]&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est sans doute le cas du texte \u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb.<br>Pour l\u2019\u00e9crivain qui proc\u00e8de ainsi \u2014 et ils proc\u00e8dent presque tous ainsi, \u2014 entre les morceaux de bravoure venus d\u2019eux-m\u00eames, entre les fragments d\u2019inspiration pure, de synth\u00e8se quasi absolue du moi, le pl\u00e2trage se r\u00e9v\u00e8le parfois impossible quand il appara\u00eet que le texte se suffit \u00e0 lui-m\u00eame, s\u2019av\u00e8re de fait irr\u00e9ductible. C\u2019est le cas ici. Le texte appara\u00eet comme \u00e9tant un po\u00e8me en prose, du type de la prose baudelairienne. Il fait irr\u00e9sistiblement penser \u00e0 \u00ab&nbsp;Laquelle est la vraie&nbsp;?&nbsp;\u00bb, po\u00e8me XXXVIII du <em>Spleen de Paris<\/em> baudelairien, qu\u2019il convient peut-\u00eatre de rappeler&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>J\u2019ai connu une certaine B\u00e9n\u00e9dicta, qui remplissait l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019id\u00e9al, et dont les yeux r\u00e9pandaient le d\u00e9sir de la grandeur, de la beaut\u00e9, de la gloire et de tout ce qui fait croire \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9.<br>Mais cette fille miraculeuse \u00e9tait trop belle pour vivre longtemps&nbsp;; aussi est-elle morte quelques jours apr\u00e8s que j\u2019eus fait sa connaissance, et c\u2019est moi-m\u00eame qui l\u2019ai enterr\u00e9e&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb4\">4<\/a>], un jour que le printemps agitait son encensoir jusque dans les cimeti\u00e8res. C\u2019est moi qui l\u2019ai enterr\u00e9e, bien close dans une bi\u00e8re d\u2019un bois parfum\u00e9 et incorruptible comme les coffres de l\u2019Inde.<br>Et comme mes yeux restaient fich\u00e9s sur le lieu o\u00f9 \u00e9tait enfoui mon tr\u00e9sor, je vis subitement une petite personne qui ressemblait singuli\u00e8rement \u00e0 la d\u00e9funte, et qui, pi\u00e9tinant sur la terre fra\u00eeche avec une violence hyst\u00e9rique et bizarre, disait en \u00e9clatant de rire&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est moi, la vraie B\u00e9n\u00e9dicta&nbsp;! C\u2019est moi, une fameuse canaille&nbsp;! Et pour la punition de ta folie et de ton aveuglement, tu m\u2019aimeras telle que je suis&nbsp;!&nbsp;\u00bb<br>Mais moi, furieux, j\u2019ai r\u00e9pondu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non&nbsp;! non&nbsp;! non&nbsp;!&nbsp;\u00bb Et pour mieux accentuer mon refus, j\u2019ai frapp\u00e9 si violemment la terre du pied que ma jambe s\u2019est enfonc\u00e9e jusqu\u2019au genou dans la s\u00e9pulture r\u00e9cente, et que, comme un loup pris au pi\u00e8ge, je reste attach\u00e9, pour toujours peut-\u00eatre, \u00e0 la fosse de l\u2019id\u00e9al.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un&nbsp;\u00bb r\u00eave&nbsp;: c\u2019est ainsi que Kafka choisit d\u2019intituler cette <em>marginalia<\/em>&nbsp;; le choix de l\u2019ind\u00e9fini nous rappelle que chez Franz Kafka, la machine fantasmatique, la machine fictionnelle \u2014 \u00ab&nbsp;machine c\u00e9libataire&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb5\">5<\/a>]&nbsp;\u00bb suppos\u00e9e de recours n\u00e9vrotique pour le c\u00e9libataire qu\u2019il est \u2014 tourne sans fin, tourne \u00e0 plein, \u00e0 rebours de ce qu\u2019il esp\u00e8re puisqu\u2019elle ne broie pas la n\u00e9vrose mais, au contraire, le d\u00e9truit, lui, le \u00ab&nbsp;vaporise&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb6\">6<\/a>]&nbsp;\u00bb, et la reconstruit sans cesse, ectoplasmique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb7\">7<\/a>]. Kafka d\u00e9bute ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Joseph K. R\u00eavait&nbsp;:<br>C\u2019\u00e9tait un beau jour&nbsp;; il allait se promener.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait un beau jour&nbsp;\u00bb&nbsp;: c\u2019est donc pour Joseph K. ce qu\u2019il pouvait esp\u00e9rer de mieux&nbsp;; avec pour activit\u00e9 celle du <em>Wanderer,<\/em> de l\u2019\u00e9ternel errant romantique, issu du romantisme allemand, du \u00ab&nbsp;<em>Sturm und Drang<\/em>&nbsp;\u00bb et de Rousseau&nbsp;: <em>spazieren,<\/em> voil\u00e0 ce qu\u2019il peut, voil\u00e0 ce qu\u2019il sait faire de mieux (Kafka sera de fait un assez constant voyageur).<\/p>\n\n\n\n<p><small>Mais \u00e0 peine avait-il fait deux pas [chiffre symbolique du couple] qu\u2019il se trouva dans le cimeti\u00e8re.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Cherchant une \u00e9chappatoire, une fuite, Kafka appara\u00eet ici, d\u2019embl\u00e9e, comme un \u00eatre vou\u00e9 au cimeti\u00e8re. \u00catre \u00ab\u00a0Non-n\u00e9\u00a0\u00bb, \u00eatre avort\u00e9, \u00ab&nbsp;avorton&nbsp;\u00bb au sens baudelairien, voil\u00e0 ce qu\u2019il est par essence. On se souvient de la proph\u00e9tie de Milena&nbsp;: \u00ab&nbsp;Franz ne peut pas vivre. Franz va mourir.&nbsp;\u00bb Le cimeti\u00e8re, comme on va le voir dans la suite du texte, du d\u00e9roulement onirique, c\u2019est ici pour lui le lieu enfin du sacrifice, le lieu de la cons\u00e9cration&nbsp;; pas celle de la gloire \u2014 h\u00e9las&nbsp;! peut-\u00eatre\u2026 \u2014 non, mais de la cons\u00e9cration mystique&nbsp;: celle de la transsubstantiation. Changer de lieu, changer d\u2019\u00e9tat&nbsp;; telle est l\u2019obsession kafka\u00efenne.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Il y avait l\u00e0 des all\u00e9es compliqu\u00e9es qui serpentaient de la fa\u00e7on la plus g\u00eanante,<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Le labyrinthe \u2014 un labyrinthe comme il en existe dans certaines \u00ab&nbsp;cath\u00e9drale[s]&nbsp;\u00bb, surtout des pays du Nord, \u2014 le labyrinthe qui permet au p\u00e9cheur de tenter de se racheter s\u2019il s\u2019obstine \u00e0 le parcourir afin d\u2019atteindre son centre, exprime la culpabilit\u00e9 kafka\u00efenne vis \u00e0 vis du p\u00e8re, ce miroir terrible, culpabilit\u00e9 qui constitue de fait l\u2019essence de sa psych\u00e9. Il appara\u00eet clairement, quasi explicitement, que Kafka envisage pour soi une r\u00e9demption par la mort. Son \u0152uvre, ainsi \u2014 et plus sp\u00e9cialement dans <em>Le Proc\u00e8s<\/em> , Kafka \u00e9chappant sans cesse mais \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 ce que Mallarm\u00e9 appelait \u00ab&nbsp;l\u2019universel reportage&nbsp;\u00bb \u00e0 quoi se confine la litt\u00e9rature le plus souvent, \u2014 serait donc un suicide en cours dont il ferait le reportage circonstanci\u00e9. L\u2019\u0152uvre kafka\u00efen ne rel\u00e8ve pas en effet de \u00ab&nbsp;l\u2019universel reportage&nbsp;\u00bb dont parlait Mallarm\u00e9 pour d\u00e9finir l\u2019objet habituel de la litt\u00e9rature, mais c\u2019est un reportage d\u2019un genre tr\u00e8s particulier&nbsp;: le reportage d\u2019un suicide en direct qui se programme m\u00e9thodiquement en se cherchant une logique, les minutes d\u2019un suicide en cours. L\u2019\u0152uvre en son entier pourrait \u00eatre lu comme le Journal d\u2019un suicid\u00e9, qui se d\u00e9voile peu \u00e0 peu \u00e0 son v\u00e9ritable objet, qui se d\u00e9couvre.<br>Ainsi, reprenons le fil du labyrinthe pour tenter de suivre K.&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y avait l\u00e0 des all\u00e9es compliqu\u00e9es qui serpentaient [le symbole est donc diabolique] de la fa\u00e7on la plus g\u00eanante,<\/p>\n\n\n\n<p><small>mais il glissa sur l\u2019une d\u2019elles, comme sur un courant rapide [celui de l\u2019inspiration ou celui de la tentation qui prend les aspects d\u2019une r\u00e9demption factice], avec un \u00e9quilibre parfait. Il aper\u00e7ut de loin une tombe fra\u00eechement recouverte pr\u00e8s de laquelle il voulut s\u2019arr\u00eater. Ce tertre [le tertre est pour lui l\u2019autel de la cons\u00e9cration, du sacrifice] exer\u00e7ait une sorte d\u2019attraction sur lui et il pensait ne pouvoir jamais y arriver assez vite.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>On comprend que ce tertre est d\u2019abord symbolique de sa volont\u00e9 et de son besoin de se faire voir, d\u2019\u00eatre reconnu, mais on comprend \u00e9galement que la reconnaissance pour lui passe, doit passer, par la mort. C\u2019est un tertre non pour haranguer la foule&nbsp;: il est mortuaire, de sacrifice. \u00ab&nbsp;il pensait ne pouvoir jamais y arriver assez vite.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Mais par moments il ne le voyait qu\u2019\u00e0 peine&nbsp;; il lui \u00e9tait cach\u00e9 par des drapeaux dont les \u00e9toffes se tordaient et battaient violemment les unes contre les autres&nbsp;; on ne voyait pas les porte-drapeau [Un monde vide&nbsp;: le monde de personne, o\u00f9 fatalement, il n\u2019y a personne&nbsp;: son monde \u00e0 lui.], mais il semblait, autour de ce tombeau, r\u00e9gner une grande liesse.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00ab&nbsp;grande liesse&nbsp;\u00bb&nbsp;: est-ce polys\u00e9mique&nbsp;? Faut-il l\u2019interpr\u00e9ter de mani\u00e8re parano\u00efaque&nbsp;? Serait-ce sa mort qu\u2019on f\u00eate, sa mort \u00e0 lui&nbsp;?<br>[Avant de poursuivre la lecture de l\u2019extrait, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de songer \u00e0 un autre fragment class\u00e9 par Kafka dans son petit ouvrage d\u2019aphorisme et de pages de projets avort\u00e9es intitul\u00e9 <em>R\u00e9flexion sur le p\u00e9ch\u00e9<\/em>&nbsp;; je veux parler de la f\u00eate sur la Tamise, o\u00f9 il se repr\u00e9sente, une fois encore , exclu de la f\u00eate&nbsp;:<br><small>2 f\u00e9vrier 1920. Il se souvient d\u2019une image repr\u00e9sentant un dimanche d\u2019\u00e9t\u00e9 sur la Tamise. Le fleuve \u00e9tait couvert, sur toute sa largeur, de barques attendant l\u2019ouverture d\u2019une \u00e9cluse. Dans toutes les barques se trouvaient de gais jeunes gens en l\u00e9gers v\u00eatements clairs, presque allong\u00e9s, librement abandonn\u00e9s \u00e0 l\u2019air chaud et \u00e0 la fra\u00eecheur de l\u2019eau. Toutes ces choses qu\u2019ils avaient en commun faisaient que leur soci\u00e9t\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas limit\u00e9e \u00e0 chaque barque prise une \u00e0 une, plaisanterie et rires se partageaient de barque \u00e0 barque.<br>Alors il&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb8\">8<\/a>] se repr\u00e9senta que, dans un pr\u00e9 sur la rive \u2014 les rives \u00e9taient \u00e0 peine indiqu\u00e9es sur l\u2019image, tout \u00e9tait domin\u00e9 par le rassemblement des barques&nbsp;\u2014, [il] se trouvait lui-m\u00eame, debout. Il consid\u00e9rait la f\u00eate, qui certes n\u2019\u00e9tait pas une f\u00eate, quoiqu\u2019on p\u00fbt pourtant la nommer ainsi. Il avait naturellement grande envie d\u2019y prendre part, il y tendait formellement, mais il devait s\u2019avouer qu\u2019il en \u00e9tait exclu, impossible pour lui de s\u2019y embo\u00eeter&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb9\">9<\/a>], cela e\u00fbt exig\u00e9 une si grande pr\u00e9paration qu\u2019\u00e0 cela [il] aurait pass\u00e9 non seulement ce dimanche, mais quantit\u00e9 d\u2019ann\u00e9es et lui-m\u00eame, et quand m\u00eame le temps e\u00fbt voulu s\u2019arr\u00eater, le r\u00e9sultat pourtant n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent, il e\u00fbt fallu que tout, son atavisme entier, son \u00e9ducation, son d\u00e9veloppement physique, eussent \u00e9t\u00e9 autrement conduits.<br>Telle, donc, \u00e9tait la distance qui le s\u00e9parait de ces excursionnistes&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb10\">10<\/a>], mais pourtant, en m\u00eame temps, il en \u00e9tait aussi tout proche et c\u2019\u00e9tait cela le plus difficile \u00e0 saisir&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb11\">11<\/a>]. C\u2019\u00e9taient pourtant des humains comme lui, rien d\u2019humain ne pouvait leur \u00eatre totalement \u00e9tranger, donc en les explorant \u00e0 fond on devait bien trouver que le sentiment qui le dominait et l\u2019excluait de cette partie de barque vivait aussi en eux, simplement, qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 coup s\u00fbr loin de les dominer et se contentait de r\u00f4der quelque part comme un fant\u00f4me dans des coins sombres&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb12\">12<\/a>].]<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>Il regardait encore au loin quand il vit soudain le m\u00eame tertre [on retrouve le tertre] au bord de l\u2019all\u00e9e, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et m\u00eame d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re lui.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Le tertre symbolise un d\u00e9sir de reconnaissance, de reconnaissance paternelle, de reconnaissance divine \u2014 puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un cimeti\u00e8re, \u2014 de reconnaissance nationale aussi puisque Kafka y associe naturellement l\u2019id\u00e9e de drapeaux, alors m\u00eame que son pays en quelque sorte n\u2019existe pas, n\u2019a jamais exist\u00e9 ou n\u2019existe plus. Si l\u2019on passe par la biographie pour \u00e9clairer ce passage, on constate que Kafka n\u2019abandonnera jamais ce fantasme, ce d\u00e9sir de reconnaissance, qu\u2019il le gardera jusque dans la mort&nbsp;: parce que son p\u00e8re ne l\u2019a pas reconnu ou plut\u00f4t tant que son p\u00e8re ne l\u2019a pas reconnu, Kafka tentera effectivement de le s\u00e9duire jusqu\u2019au bout, jusque dans sa lettre ultime du 3 juin 1924, la veille de sa mort, lettre inachev\u00e9e, o\u00f9 il essaie, essai ultime, de se mettre \u00e0 sa port\u00e9e pour y parvenir&nbsp;: en \u00e9voquant l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 \u2014 totalement hors d\u2019actualit\u00e9 d\u00e9sormais compte tenu de sa maladie \u2014 d\u2019aller boire des bi\u00e8res avec lui, comme \u00ab\u00a0des hommes\u00a0\u00bb, et, comme jadis.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Il se h\u00e2ta de sauter sur le gazon. Comme l\u2019all\u00e9e continuait \u00e0 filer sous le pied qui s\u2019y appuyait [Le chemin se d\u00e9file sous ses pieds, plus qu\u2019il ne file], il tr\u00e9bucha et tomba juste devant la tombe sur les genoux.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>J. K comme J. C [\u2026]&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb13\">13<\/a>]. J. K., comme J. C., tr\u00e9buche sur le chemin de son Golgotha. Beau paradoxe pour un Juif, que de pasticher ou de parodier la mort de J. C. [\u2026]. Coup de g\u00e9nie chez Kafka&nbsp;: inventer ainsi un J. K., bouc \u00e9missaire implicite qui sauve la race juive du poids du p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019assassinat de J. C.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Deux hommes, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du tertre levaient une pierre tombale qu\u2019ils tenaient chacun d\u2019un c\u00f4t\u00e9&nbsp;; \u00e0 peine K. apparut-il qu\u2019ils jet\u00e8rent la pierre en terre o\u00f9 elle se ficha aussi raide que si elle y e\u00fbt \u00e9t\u00e9 ciment\u00e9e.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Sans conteste, il s\u2019agit ici d\u2019un cimeti\u00e8re juif&nbsp;: st\u00e8les, tertre, gazon&nbsp;; sans nul doute, le cimeti\u00e8re m\u00eame de la famille. Celui-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 Kafka sera enterr\u00e9 de fait&nbsp;: le cimeti\u00e8re Juif de Prague. On l\u2019a dit&nbsp;: la reconnaissance pour lui ne se fera que dans la mort, passe par la mort \u2014 comme pour Baudelaire qui cl\u00f4t ainsi ses <em>Fleurs du Mal<\/em> \u2014&nbsp;: espoir ultime.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Aussit\u00f4t sortir d\u2019un buisson [L\u2019artiste sort d\u2019un buisson (ardent&nbsp;?) L\u2019art viendrait-il de Dieu&nbsp;? Cet espoir va \u00eatre d\u00e9\u00e7u pour Kafka.] un troisi\u00e8me personnage que K. reconnut tout de suite pour un artiste.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>On assiste donc \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de trois personnages. Hypostase d\u2019une sc\u00e8ne, symbolique une fois de plus, qui n\u2019attendait que son spectateur, lequel va s\u2019av\u00e9rer en r\u00e9alit\u00e9 et \u00e0 terme l\u2019acteur principal&nbsp;; ce que K. va d\u00e9couvrir, ce qu\u2019il d\u00e9couvre, <em>in extremis<\/em>.. \u00ab&nbsp;un artiste.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Il n\u2019\u00e9tait v\u00eatu que d\u2019un pantalon et d\u2019une chemise mal boutonn\u00e9e&nbsp;;<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>les fonctionnaires, eux, comme Franz Kafka, ou Joseph K. sont engonc\u00e9s dans des costumes-uniformes, symboles de la volont\u00e9 du p\u00e8re. L\u2019artiste est le symbole de ce que Kafka n\u2019a jamais os\u00e9 \u00eatre&nbsp;: \u00eatre libre<\/p>\n\n\n\n<p><small>sur la t\u00eate il avait un b\u00e9ret de velours&nbsp;; \u00e0 la main il tenait un crayon ordinaire avec lequel, en s\u2019approchant, il se mit \u00e0 d\u00e9crire des figures dans l\u2019air.<br>Ensuite il \u00e9crivit sur le haut de la pierre&nbsp;; la pierre \u00e9tait tr\u00e8s haute, il n\u2019eut pas \u00e0 se baisser, mais il fut oblig\u00e9 de se pencher en avant, car le tertre, sur lequel il ne voulait pas marcher, le s\u00e9parait de cette pierre. Il tint donc sur la pointe des pieds et s\u2019appuya de la main gauche contre la surface de la pierre. Par un travail particuli\u00e8rement adroit il r\u00e9ussit \u00e0 obtenir des lettres d\u2019or avec son crayon ordinaire&nbsp;;<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Crayon ordinaire&nbsp;\u00bb pour \u00ab\u00a0graver sur du marbre\u00a0\u00bb, l\u2019expression appara\u00eet deux fois. Kafka est en effet ce que Baudelaire appelait un \u00ab&nbsp;peintre en litt\u00e9rature&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb14\">14<\/a>]&nbsp;\u00bb, ou plut\u00f4t un dessinateur, un dessinateur d\u2019all\u00e9gories, d\u2019\u00e9nigmes et de symboles&nbsp;; le dessin&nbsp;: \u00ab&nbsp;une \u00e9criture nou\u00e9e autrement&nbsp;\u00bb dirait Cocteau. On voit bien que se met en place ici une all\u00e9gorie de l\u2019\u00e9criture, l\u2019all\u00e9gorie m\u00eame de sa vocation d\u2019\u00e9crivain, d\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p><small>il \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ci-g\u00eet\u2026&nbsp;\u00bb Chacune des lettres apparaissait pure, nette et belle, bien grav\u00e9e et d\u2019un or parfait. Quand il eut \u00e9crit les deux mots, il retourna les yeux vers K.&nbsp;; K., tr\u00e8s curieux des progr\u00e8s de l\u2019inscription, ne s\u2019inqui\u00e9ta pas de l\u2019homme, il ne regardait que la pierre. L\u2019homme se remit effectivement en devoir de continuer, mais il ne put, on ne sait quelle difficult\u00e9 s\u2019y opposait, il laissa tomber son crayon et se retourna encore vers K. Cette fois, K. Le regarda et remarqua qu\u2019il se trouvait en grand embarras, mais ne pouvait en dire la cause. Sa vivacit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dente avait compl\u00e8tement disparu. K. en devint lui-m\u00eame embarrass\u00e9&nbsp;; il \u00e9chang\u00e8rent des regards impuissants&nbsp;; il y a l\u00e0 quelque vilain malentendu que nul des deux ne pouvait dissiper. La petite cloche de la chapelle du cimeti\u00e8re se mit \u00e0 sonner \u00e0 ce moment, hors de saison [elle annonce les obs\u00e8ques du \u00ab\u00a0mort-vivant\u00a0\u00bb qui vont suivre]&nbsp;; mais, l\u2019artiste ayant agit\u00e9 la main en l\u2019air, elle se tut. Au bout d\u2019un moment, elle reprit&nbsp;; tr\u00e8s doucement cette fois-ci, puis, sans signal particulier, elle s\u2019arr\u00eata imm\u00e9diatement&nbsp;; on e\u00fbt dit qu\u2019elle voulait simplement essayer sa voix. K. ne pouvait se consoler de la [f\u00e2cheuse] situation de l\u2019artiste&nbsp;; il se mit \u00e0 pleurer et sanglota longtemps, le visage dans les mains [c\u2019est ce qu\u2019on appelle se laisser aller \u00e0 s\u2019apitoyer sur soi]. L\u2019artiste attendit que K. se f\u00fbt calm\u00e9, puis, ne voyant pas d\u2019\u00e9chappatoire, se d\u00e9cida \u00e0 continuer son travail [tout r\u00eave est ainsi sans \u00e9chappatoire dans le d\u00e9roulement du message cod\u00e9 qu\u2019il d\u00e9livre&nbsp;; libre apr\u00e8s au conscient de le refuser, mais il le d\u00e9livre]. Le premier trait qu\u2019il inscrivit fut une d\u00e9livrance pour K., mais l\u2019artiste ne r\u00e9ussit visiblement \u00e0 l\u2019achever qu\u2019avec la plus grande r\u00e9pugnance&nbsp;; l\u2019\u00e9criture n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs plus aussi belle, elle semblait surtout manquer d\u2019or, le trait \u00e9tait p\u00e2le et incertain mais la lettre fut tr\u00e8s grande. C\u2019\u00e9tait un J. [J. K. \u00e0 terme, et non J. C., mais il y a une analogie, l\u00e0, \u00e0 ne pas manquer, on l\u2019a dit d\u00e9j\u00e0], il allait \u00eatre fini quand l\u2019artiste frappa furieusement du pied dans le tertre&nbsp;; la terre en vola tout autour. K. comprit enfin le graveur&nbsp;; il n\u2019\u00e9tait plus temps de le retenir&nbsp;; il creusait d\u00e9j\u00e0 de tous ses doigts dans la terre, qui n\u2019offrit presque aucune r\u00e9sistance&nbsp;; tout semblait pr\u00eat&nbsp;; la mince cro\u00fbte de terre n\u2019\u00e9tait l\u00e0 que pour l\u2019illusion&nbsp;; un grand trou aux parois \u00e0 pic s\u2019ouvrait imm\u00e9diatement au-dessous, dans lequel K. s\u2019enfon\u00e7a, renvers\u00e9 sur le dos par un l\u00e9ger courant [un vent paraclet qui n\u2019est pas celui de la Pentec\u00f4te, mais celui de la mal\u00e9diction, d\u2019un mal\u00e9diction programm\u00e9e, irr\u00e9versible, comme sa n\u00e9vrose \u00e0 l\u2019issue irr\u00e9m\u00e9diable, il le sait]. Or, tandis qu\u2019ils plongeait au c\u0153ur de cet ab\u00eeme insondable, la nuque encore redress\u00e9e, son nom se dessina l\u00e0-haut comme un \u00e9clair avec d\u2019immenses arabesques sur la pierre. Ravi de ce spectacle [il se croit en effet \u00ab\u00a0justifi\u00e9\u00a0\u00bb, en ayant donn\u00e9 un sens \u00e0 sa vie qui, jusque l\u00e0, n\u2019en avait pas, \u00e0 laquelle il n\u2019avait pu, n\u2019avait su en trouver un], il se r\u00e9veilla&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb15\">15<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le fragment \u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb, ce qu\u2019on remarque, d\u2019embl\u00e9e, c\u2019est \u00e0 la fois une all\u00e9gorie de l\u2019\u00e9criture qui se met en place et une all\u00e9gorie du double, plut\u00f4t des doubles&nbsp;: l\u2019artiste (moi id\u00e9al kafka\u00efen&nbsp;: ce qu\u2019il se croit parfois), puis, les deux sbires fonctionnaires (comme dans le chapitre I du<em> Proc\u00e8s,<\/em> ironiquement nomm\u00e9s par antiphrase Franz et Wilhelm [caricatures respectivement de l\u2019Empereur d\u2019Autriche-Hongrie et l\u2019Empereur d\u2019Allemagne, p\u00e8res terribles et d\u00e9risoires qui se seraient clon\u00e9s \u00e0 l\u2019infini du haut en bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, de la hi\u00e9rarchie illusoire qui maintient un temps encore leur pouvoir], bref, ce qu\u2019il se sait \u00eatre&nbsp;: un fonctionnaire, rien qu\u2019un fonctionnaire born\u00e9. Il h\u00e9site entre ses deux doubles&nbsp;: l\u2019artiste et le fonctionnaire&nbsp;; l\u2019un contredisant l\u2019autre, l\u2019annulant, l\u2019occultant radicalement, sans compromis possible, sans communication possible\u2026 quelque part, il ne se sent personne.<br>Dans \u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9criture de Kafka appara\u00eet comme une st\u00e8le fun\u00e8bre qu\u2019il voit se ficher en terre, irr\u00e9m\u00e9diable, et qui cache un trou sans fond, le trou sans fond de la n\u00e9vrose qu\u2019il d\u00e9veloppe autour de la question du p\u00e8re, par cons\u00e9quent aussi de la mort du p\u00e8re impossible et de la sexualit\u00e9 qu\u2019il ne peut ainsi exercer&nbsp;: le p\u00e8re la lui interdit. On notera que l\u2019\u00e9criture, au d\u00e9part faite pour durer, en lettres d\u2019or sur de la pierre, rapidement se d\u00e9t\u00e9riore. Kafka se rend compte qu\u2019il n\u2019est pas de sublimation possible pour lui. Rien que la mort et l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un n\u00e9ant, toujours possible, mais douteux. On retrouve ce constat chez Baudelaire juste apr\u00e8s la publication des <em>Fleurs du Mal<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>J\u2019aspire \u00e0 un repos absolu et \u00e0 une nuit continue. Chantre des volupt\u00e9s folles du vin et de l\u2019opium, je n\u2019ai soif que d\u2019une liqueur inconnue sur terre, et que la pharmaceutique c\u00e9leste elle-m\u00eame ne pourrait pas m\u2019offrir&nbsp;; d\u2019une liqueur qui ne contiendrait ni la vitalit\u00e9, ni la mort, ni l\u2019excitation, ni le n\u00e9ant. Ne rien savoir, ne rien enseigner, ne rien vouloir, ne rien sentir, dormir, et encore dormir, tel est aujourd\u2019hui mon unique v\u0153u. V\u0153u inf\u00e2me et d\u00e9go\u00fbtant, mais sinc\u00e8re&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb16\">16<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb \u2014 car on sait que Kafka ne s\u2019exprime que par paraboles \u2014 est un texte au c\u0153ur du texte&nbsp;: le c\u0153ur absent du texte volontairement retir\u00e9&nbsp;; le c\u0153ur impossible du <em>Proc\u00e8s.<\/em> Pourquoi&nbsp;? Parce qu\u2019il y fait l\u2019aveu symbolique certes mais presque explicite de sa n\u00e9vrose et de son rapport \u00e0 la litt\u00e9rature. Il proph\u00e9tise sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucune pr\u00e9sence de femme dans ce \u00ab&nbsp;r\u00eave&nbsp;\u00bb. Elle est d\u2019embl\u00e9e exclue au profit de la seule perspective, de la perspective exclusive de la mort. Entre \u00c9ros et Thanatos, n\u2019ayant pas pu, n\u2019ayant pas su r\u00e9gler son rapport au p\u00e8re, Kafka n\u2019a pas eu \u00e0 choisir. Pour deux \u00eatres rigoureusement dissemblables que furent Franz et Hermann Kafka, tout fut agression. La part fantasmatique de cette suppos\u00e9e agression est bien plus grande chez le fils, bien s\u00fbr. Hermann Kafka n\u2019est sans doute pas le p\u00e8re terrible, le dieu terrible, que Franz Kafka tente d\u2019esquisser \u2014 en vain d\u2019ailleurs \u2014 dans sa fameuse \u00ab&nbsp;Lettre au p\u00e8re&nbsp;\u00bb comme on dessinerait un pentagramme \u00e0 la fois d\u2019invocation diabolique, et d\u2019exorcisme. Hermann Kafka a sans doute aim\u00e9 son fils, mais comme il pouvait. Ne se d\u00e9cidant pas \u00e0 le tuer symboliquement, ne sachant pas comment y parvenir, le fils se refuse \u00e0 lui, se refuse \u00e0 toute \u00ab\u00a0r\u00e9demption\u00a0\u00bb qui ne peut que corroborer sa damnation. Il cherche en lui la force de tuer le p\u00e8re, il s\u2019invente de bonnes raisons. La le\u00e7on qui d\u00e9coule de cette attitude est vraiment universelle&nbsp;: elle se reporte bien s\u00fbr sur le rapport que Kafka entretint avec toute femme&nbsp;: ce n\u2019est pas de se faire aimer qui est le plus difficile \u2014 en y mettant de la pers\u00e9v\u00e9rance vraiment, on peut toujours y parvenir, ne fusse qu\u2019un peu, \u2014 c\u2019est d\u2019accepter de se laisser aimer. Quand on a, en effet, une image d\u00e9grad\u00e9e de soi, l\u2019amour de l\u2019autre oblige \u00e0 la perfection et \u00e0 sa prise en charge en sus, puisqu\u2019on est responsable de ce qu\u2019on apprivoise, de qui l\u2019on aime. Pour Kafka&nbsp;: se laisser aimer, accepter d\u2019\u00eatre aim\u00e9 est bien au-dessus de ses forces. Kafka en est bien l\u00e0&nbsp;: il n\u2019accepte pas d\u2019\u00eatre aim\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nb17\">17<\/a>]. Il n\u2019envisage comme seul avenir que la mort, et, une tr\u00e8s hypoth\u00e9tique survie par l\u2019\u00e9criture, une \u00e9criture qui se croit d\u2019or comme tout ce qui brille \u2014 mais tout ce qui brille n\u2019est pas d\u2019or&nbsp;\u2014, une \u00e9criture qui finit assez vite par se b\u00e2cler, par s\u2019avouer pour se qu\u2019elle est&nbsp;: un graffiti sur une tombe, une \u00e9pitaphe narcissique qui au d\u00e9part s\u2019applique \u00e0 \u00eatre, mais s\u2019av\u00e8re bient\u00f4t salop\u00e9e, \u00e0 l\u2019image m\u00eame de la vie de qui la commet.<\/p>\n\n\n\n<p><small>\u00a9Clo\u00ebt, mars-avril 2005<\/small><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, <em>Les Paradis artificiels, Le Po\u00ebme du haschisch<\/em>, III, \u00ab&nbsp;Le Th\u00e9\u00e2tre de S\u00e9raphin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;.\u2014 Plus \u00ab&nbsp;symboliste&nbsp;\u00bb et fin de si\u00e8cle qu\u2019\u00ab&nbsp;existentialiste&nbsp;\u00bb avant l\u2019heure ainsi que l\u2019ont pr\u00e9tendu certains critiques qui en font un homme, un auteur, avant tout du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Pierre Reverdy, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes, Cette \u00e9motion appel\u00e9e po\u00e9sie, \u00c9crits sur la po\u00e9sie<\/em>, \u00e9d. Flammarion, Paris, 1974.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 et, sans doute qui l\u2019ai tu\u00e9e&nbsp;; il s\u2019agit une fois de plus d\u2019un couple du type&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je t\u2019aime, donc je te tue.&nbsp;\u00bb Il convient de maintenir intact l\u2019id\u00e9al qui permet de survivre, de ne pas risquer de le compromettre avec l\u2019obsc\u00e8ne r\u00e9alit\u00e9 de la nature, de la vraie nature. Une image id\u00e9ale se doit d\u2019\u00eatre fix\u00e9e, se doit d\u2019\u00eatre \u00e9pingl\u00e9e au plus t\u00f4t, au plus vite, fig\u00e9e par la mort, afin de rester une ic\u00f4ne.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh5\">5<\/a>]&nbsp;.\u2014 Dirait cet autre contemporain&nbsp;: Marcel Duchamp.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh6\">6<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: la phrase que Charles Baudelaire emprunte au trancendantaliste am\u00e9ricain Emerson et qu\u2019il met comme en exergue de <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;De la vaporisation et de la centralisation du Moi. Tout est l\u00e0.&nbsp;\u00bb <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>, I, R. 630.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh7\">7<\/a>]&nbsp;.\u2014 Ainsi se d\u00e9truit un moulin qui tourne \u00e0 vide et n\u2019a pas de grain \u00e0 moudre, \u00e0 broyer.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh8\">8<\/a>]&nbsp;.\u2014 Je, c\u2019est l\u2019autre. Kafka sent qu\u2019il peut dire toujours&nbsp;: je ne suis personne. D\u2019o\u00f9 Joseph K. dont le patronyme se limite \u00e0 une initiale, \u00e0 un commencement de nom avort\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh9\">9<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le mot a quelque chose de sexuel.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh10\">10<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019enfer, c\u2019est d\u2019\u00eatre au paradis et de ne pas avoir les ressources d\u2019amour et de sagesse n\u00e9cessaires pour y \u00eatre heureux.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh11\">11<\/a>]&nbsp;.\u2014 Il n\u2019y a rien de plus contraignant que le bonheur, le malheur est une facilit\u00e9, une paresse. Le bonheur exige un effort de tous les instants&nbsp;: c\u2019est l\u2019enfer mais le paradis, l\u2019un n\u2019existe pas sans l\u2019autre, il est son envers. \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas d\u2019amour, il n\u2019y a que des preuves d\u2019amour&nbsp;\u00bb disait Reverdy&nbsp;; on peut d\u00e9cliner cette assertion \u00e0 l\u2019infini, dire par exemple ici&nbsp;: \u00ab&nbsp;il n\u2019y a pas [de bonheur&nbsp;\u00bb, il n\u2019y a [qu\u2019une volont\u00e9 de bonheur].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh12\">12<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, RSP, 105-107.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh13\">13<\/a>]&nbsp;.\u2014 Est-ce une concession faite \u00e0 son pays d\u2019accueil&nbsp;: Franz Kafka pense tr\u00e8s souvent de mani\u00e8re binaire&nbsp;: il met la pens\u00e9e juive en abyme dans la pens\u00e9e chr\u00e9tienne et inversement&nbsp;; il arrive souvent que cette mise en abyme se traduise pour lui par un sentiment de schizophr\u00e9nie profonde.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh14\">14<\/a>]&nbsp;.\u2014 C\u2019est Victor Hugo qui se voit gratifi\u00e9 par Baudelaire de cette \u00e9pith\u00e8te hom\u00e9rique, comme Delacroix, lui, peut-\u00eatre pour Baudelaire un \u00ab&nbsp;peintre po\u00e8te&nbsp;\u00bb, et Chopin et Liszt des \u00ab&nbsp;musiciens po\u00e8tes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh15\">15<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, \u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb, chapitres inachev\u00e9s, <em>Le Proc\u00e8s<\/em>, p. 306-308.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh16\">16<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, troisi\u00e8me projet de pr\u00e9face aux <em>Fleurs du Mal<\/em>, R. 129.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article96.html#nh17\">17<\/a>]&nbsp;.\u2014 On peut songe \u00e0 la belle phrase de Heinrich von Kleist \u2014 elle va comme un gant \u00e0 Kafka \u2014&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est plus facile de mourir pour la femme qu\u2019on aime que de vivre avec elle.&nbsp;\u00bb Seulement voil\u00e0, Franz Kafka, lui, n\u2019a pas su trouver d\u2019Henriette V\u00f6gel qui accepte de se suicider avec lui\u2026 M\u00eame Milena s\u2019y est refus\u00e9e\u2026 Surtout Milena.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Franz Kafka ou l\u2019Homme sans corps UN R\u00caVE, MIS EN MARGE.\u00ab&nbsp;Un r\u00eave&nbsp;\u00bb fait partie des&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-460","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voies-textes-critiques"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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