{"id":463,"date":"2008-01-27T16:06:00","date_gmt":"2008-01-27T15:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=463"},"modified":"2023-08-06T16:07:55","modified_gmt":"2023-08-06T14:07:55","slug":"franz-kafka-ou-le-non-ne-chapitre-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2008\/01\/27\/franz-kafka-ou-le-non-ne-chapitre-3\/","title":{"rendered":"Franz Kafka ou le \u00ab\u00a0Non-n\u00e9\u00a0\u00bb, chapitre 3"},"content":{"rendered":"\n<p>Franz Kafka ou l\u2019Homme sans corps<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN ARTICLE N\u00c9CROLOGIQUE.<br><\/strong><br>Dans le petit th\u00e9\u00e2tre de la n\u00e9vrose kafka\u00efenne, Milena Jesenska-Pollak aura imm\u00e9diatement trouv\u00e9 son \u00ab&nbsp;point d\u2019optique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb1\">1<\/a>]&nbsp;\u00bb et n\u2019en variera pas. Des lettres confidences \u00e0 Max Brod jusqu\u2019\u00e0 l\u2019article n\u00e9crologique annon\u00e7ant au public lettr\u00e9 la disparition \u2014 et l\u2019existence en m\u00eame temps pour nombre de lecteurs \u00e0 venir qui l\u2019avaient ignor\u00e9 jusque l\u00e0 \u2014 de Franz Kafka, Milena Jesenska-Pollak affiche une sereine et pour tout dire admirable continuit\u00e9 dans son amiti\u00e9 amoureuse et son amoureuse sympathie&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb2\">2<\/a>], lucide et passionn\u00e9e&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb3\">3<\/a>]. Elle sait qu\u2019elle a \u00ab&nbsp;vu&nbsp;\u00bb Franz Kafka, qui l\u2019a impressionn\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la trame de son \u00e2me, jusqu\u2019\u00e0 la trame du voile de ses mots, de ses mots de gaze comme pour un bless\u00e9, et que ce qu\u2019elle en dit est juste. Par fid\u00e9lit\u00e9 envers lui, elle s\u2019y tient, imperturbablement&nbsp;; petite s\u0153ur de sang. Elle est son premier vrai critique, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent sans doute \u2014 voire sans nul doute \u2014 in\u00e9gal\u00e9e, puisqu\u2019elle a le regard de l\u2019amour, elle, et, non pas seulement de l\u2019intellect&nbsp;: elle, elle est dans la v\u00e9rit\u00e9.<br>Entre le 3 juin 1924 et le 10, jour de l\u2019inhumation de Franz Kafka au cimeti\u00e8re juif de Prague-Straschnitz, le 7 pr\u00e9cis\u00e9ment, Milena Jensenska-Pollak fait para\u00eetre dans <em>Norodni listy<\/em> un article n\u00e9crologique \u00e0 valeur de testament litt\u00e9raire, et de manifeste une fois encore. Aucun \u00eatre n\u2019est sans doute all\u00e9 plus avant qu\u2019elle dans l\u2019approche humaine et l\u2019approche critique de l\u2019\u0152uvre de l\u2019\u00e9crivain juif pragois. C\u2019est pourquoi il convient d\u2019en revenir toujours \u00e0 elle pour pr\u00e9tendre tracer une voie critique, pour pr\u00e9tendre faire mieux entendre dans l\u2019immensit\u00e9 souterraine de l\u2019implicite et du silence de son \u0152uvre \u00e9nigmatique, oraculaire, la voix, la voix m\u00eame de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Avant-hier est mort au sanatorium de Kierling pr\u00e8s de Klosterneuburg, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Vienne, le Dr Franz Kafka, un \u00e9crivain allemand qui vivait \u00e0 Prague.&nbsp;\u00bb<\/strong> C\u2019est ainsi que Milena Jensenska Pollak attaque son article d\u2019hommage au d\u00e9funt qu\u2019elle sait entrer alors, presque sans bruit, dans la l\u00e9gende \u2014 avec Max Brod et quelques autres, (quelques autres peut-\u00eatre mais ce n\u2019est gu\u00e8re s\u00fbr) elle est sans doute la seule \u00e0 le croire, alors \u2014&nbsp;; c\u2019est ainsi qu\u2019elle entame son article \u00e0 valeur encyclop\u00e9dique, ayant le dessein de faire d\u00e9couvrir au public \u00e0 la fois la valeur de l\u2019homme et de l\u2019\u0152uvre. Pour ce faire, elle situe d\u2019embl\u00e9e la topologie du lieu de sa mort. Est-ce volontaire de sa part&nbsp;? Nul ne saurait le dire. Il n\u2019en demeure pas moins que Kafka meurt en marge \u2014 et seule la marge d\u00e9finit le contour, c\u2019est un leitmotiv opportun, toujours pertinent ici, on le sait \u2014&nbsp;; il n\u2019en demeure pas moins que Franz Kafka meurt en marge d\u2019un lieu hautement symbolique&nbsp;: pr\u00e8s de Vienne, en marge de Vienne, en marginal. Vienne, capitale fin de si\u00e8cle, en effet, est le symbole g\u00e9ographique par excellence \u2014 si l\u2019on en croit Stevan Zweig&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb4\">4<\/a>] ou Joseph Roth&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb5\">5<\/a>], pour ne citer qu\u2019eux\u2014 de la fin du monde des p\u00e8res, de sa d\u00e9cadence, de la fin d\u2019un monde, et, pour aller \u00e0 l\u2019essentiel \u2014 chacun voyant souvent midi ou minuit \u00e0 sa porte, g\u00e9nie ou pas, l\u2019homme est ainsi \u2014 de la fin du monde pour beaucoup.<br>\u00c0 la topologie du lieu s\u2019ajoute la typologie de la maladie, elle aussi symbolique, qui emporte Kafka&nbsp;: comme Proust, Franz Kafka \u00e9touffe dans sa ville, dans sa vie, dans son pays, dans son \u00e9poque, au point d\u2019en mourir tuberculeux, ayant traduit sa maladie psychique sur le parchemin palimpseste m\u00eame de son corps&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;depuis bien des ann\u00e9es, il souffrait d\u2019une maladie des poumons&nbsp;\u00bb<\/strong> note Milena. Proust mourra \u00e0 Paris, autre capitale fin de si\u00e8cle, des fumigations et de la claustration qu\u2019il s\u2019imposait depuis des ann\u00e9es pour soigner un asthme imaginaire&nbsp;: il s\u2019\u00e9teindra us\u00e9 par sa n\u00e9vrose implacable, incurable, en 1922&nbsp;; Kafka cr\u00e8vera lui, comme un chat, d\u2019une tuberculose bien r\u00e9elle mais qui n\u2019en est pas moins selon lui \u2014 il est en certain, il l\u2019affirme \u2014 le r\u00e9sultat de la somatisation de sa n\u00e9vrose psychique. Milena insiste bien sur cet aspect qu\u2019elle consid\u00e8re \u00e0 juste titre absolument fondamental pour quiconque tente d\u2019approcher comme elle l\u2019avait fait avec patience et passion le myst\u00e8re de l\u2019homme Kafka&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;il allait seul son chemin, [\u00e9crit-elle] plein de v\u00e9rit\u00e9, effray\u00e9 par le monde&nbsp;; depuis bien des ann\u00e9es, il souffrait d\u2019une maladie des poumons, et s\u2019il la soignait, [commente-t-elle] il la nourrissait aussi consciemment et l\u2019entretenait dans sa pens\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/strong> Elle donne sa propre explication au passage, en la calquant fid\u00e8lement sur celle-m\u00eame donn\u00e9e \u00e0 elle par Franz K.&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Lorsque l\u2019\u00e2me et le c\u0153ur [ajoute-t-elle] ne peuvent plus supporter leur fardeau, le poumon prend sur lui la moiti\u00e9 de la charge, ainsi la charge est au moins \u00e9galement r\u00e9partie, a-t-il \u00e9crit une fois dans une lettre [relate-t-elle sans p\u00e9dantisme, se voulant juste p\u00e9dagogique, explicative], et sa maladie [conclut-elle sans aucun doute sur ce sujet] \u00e9tait de cette esp\u00e8ce.&nbsp;\u00bb<\/strong> Apr\u00e8s ce diagnostic de \u00ab&nbsp;sa maladie&nbsp;\u00bb qui semble infaillible, sans faille, elle pr\u00e9cise m\u00eame, ce qui, selon elle, constituait son principal avantage et son r\u00f4le dans la subtile m\u00e9canique mentale de la n\u00e9vrose kafka\u00efenne&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;[la tuberculose, \u00e9crit-elle encore] lui conf\u00e9rait une fragilit\u00e9 presque incroyable et un raffinement intellectuel sans compromis presque terrifiant&nbsp;; mais lui, en tant qu\u2019homme, avait d\u00e9pos\u00e9 toute son angoisse intellectuelle sur les \u00e9paules de sa maladie.&nbsp;\u00bb<\/strong><br>Dans son <em>Journal,<\/em> Kafka a donn\u00e9 sa propre version, son explication, bien s\u00fbr, une fois encore, sur le mode de la fable \u2014 on ne peut s\u2019emp\u00eacher de songer ici \u00e0 La Fontaine&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb6\">6<\/a>] \u2014&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a ne peut pas durer comme \u00e7a, a dit le cerveau, et au bout de cinq ans, les poumons se sont d\u00e9clar\u00e9s pr\u00eats \u00e0 l\u2019aider.&nbsp;\u00bb Pour lui, sa maladie n\u00e9e du \u00ab&nbsp;germe de mort g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb dont les miasmes (pour emprunter le mot ad\u00e9quat \u00e0 Baudelaire encore une fois&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb7\">7<\/a>]) hantent l\u2019atmosph\u00e8re du monde, de l\u2019ici-bas, n\u2019est autre qu\u2019une \u00ab&nbsp;maladie spirituelle&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle l\u2019invite \u00e0 trouver et \u00e0 s\u2019inventer un nouveau rituel de vie pour lui apprendre, peu \u00e0 peu, sinon \u00e0 survivre d\u2019abord, tout du moins ensuite \u00e0 mourir&nbsp;; c\u2019est une maladie en somme non pas seulement diplomatique par rapport \u00e0 la marche d\u2019un monde dont il se sent \u00e0 jamais l\u2019exclu magistral et d\u00e9finitif, pas seulement diplomatique, non, mais bien philosophique, presque au sens noble&nbsp;: sa tuberculose est en v\u00e9rit\u00e9, qu\u2019il se l\u2019avoue ou pas, qu\u2019il le r\u00e9v\u00e8le ou non, une forme de dandysme, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque des romantiques la phtisie ou la chlorose, ou la maladie de consomption qui frappait les h\u00e9ro\u00efnes d\u2019op\u00e9ras ou de romans de l\u2019autre temps, du temps d\u2019avant pour lui&nbsp;: celui des p\u00e8res encore, si loin d\u00e9j\u00e0, si proche pourtant. Sorte de Marguerite Gautier pragoise, Kafka porte ses cam\u00e9lias dans le poumon pour paraphraser hardiment Boris Vian qui invente des fleurs dans les poumons de son h\u00e9ro\u00efne Chlo\u00e9 dans <em>L\u2019\u00c9cume des jours<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb8\">8<\/a>].<br>La maladie pour Kafka, c\u2019est la politique du pire, dans l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un mieux al\u00e9atoire. On sait que chez les artistes, l\u2019ivresse joue le r\u00f4le de belv\u00e9d\u00e8re ph\u00e9nom\u00e9nologique qui permet le regard ontologique&nbsp;: c\u2019est pourquoi ils recourent souvent \u00e0 l\u2019alcool, \u00e0 la drogue, au sexe \u00e0 outrance ou aux stup\u00e9fiants, aux conduites \u00e0 risques de toute esp\u00e8ce, de tout bord&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb9\">9<\/a>]. L\u2019ivresse facilite leur production. Sans elle, ils pensent, il sentent qu\u2019ils seraient moins artistes&nbsp;; du moins ils en sont convaincus, ils le pensent. L\u2019ivresse est leur \u00ab&nbsp;point d\u2019optique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb10\">10<\/a>]&nbsp;\u00bb, l\u2019injecteur d\u2019irr\u00e9el comme de r\u00e9el dans leur moteur psychique&nbsp;: elle le fait tourner plus ou moins rond, plus ou moins, pensent-ils, \u00e0 \u00ab\u00a0plein r\u00e9gime\u00a0\u00bb. L\u2019\u0152uvre s\u2019en trouve marqu\u00e9e, impr\u00e9gn\u00e9e. Face aux \u0153uvres, le r\u00f4le du lecteur ensuite, c\u2019est de tenter de retrouver les fragments d\u2019ontologie dans le ciment de la n\u00e9vrose et de l\u2019hyst\u00e9rie. Kafka, lui, a pour seul belv\u00e9d\u00e8re la maladie, \u00ab&nbsp;sa maladie&nbsp;\u00bb.<br>Rien de bien original de fait&nbsp;: la maladie est le mode d\u2019expression de l\u2019inhib\u00e9 quand l\u2019expression pour lui est familialement impossible. Avec un p\u00e8re comme le sien, Franz Kafka, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, et, sa vocation de recours, sa vocation d\u2019\u00e9crivain, va accentuer ce processus, chez lui compulsif&nbsp;; Kafka, lui, \u00ab\u00a0se shoote\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019inhibition&nbsp;; puis, il augmente la dose et c\u2019est la tuberculose \u2014 comme on l\u2019a dit, comme il le dit lui-m\u00eame&nbsp;: il somatise \u2014&nbsp;; alors, il augmente encore la dose (c\u2019est une tautologie fatale), et c\u2019est l\u2019aveu clair, explicite, croissant, du comportement suicidaire qui depuis le d\u00e9but le caract\u00e9rise. Sa derni\u00e8re tentative d\u2019expression, en somme, c\u2019est la mort&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb11\">11<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 regarder vivre Kafka, vivre et mourir\u2026 on ne peut s\u2019emp\u00eacher de songer \u00e0 cet <em>interview<\/em> ancienne que Michel Butor accorda \u00e0 la revue <em>Lire,<\/em> en mars 1980. L\u2019interviewer l\u2019interroge&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 un moment Viator [un des h\u00e9ros d\u2019un de vos romans] dit&nbsp;: \u00ab\u00a0Il y a dans toute \u0153uvre une tentation surmont\u00e9e de suicide.\u00a0\u00bb D\u2019autre part, lors de vos entretiens avec Georges Charbonnier, vous aviez d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab\u00a0Pour moi, le fait d\u2019\u00e9crire est un \u00e9quivalent positif du suicide. Si j\u2019\u00e9cris, c\u2019est pour ne pas mourir.\u00a0\u00bb Pour vous il y a donc une v\u00e9ritable parent\u00e9 entre suicide et litt\u00e9rature&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>Michel Butor lumineusement r\u00e9pond&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Pour r\u00e9pondre, on peut par exemple montrer que <em>Les Mille et une nuits,<\/em> avec Sch\u00e9h\u00e9razade reculant sa mort de nuit en nuit, sauvant par cons\u00e9quent toutes les filles de Bagdad et puis la ville enti\u00e8re, sont une mise en sc\u00e8ne particuli\u00e8rement brillante de cette volont\u00e9 de la litt\u00e9rature \u00e0 faire reculer la mort. \u00c0 partir de l\u00e0, on peut insister sur ceci&nbsp;: pour \u00e9crire dans le sens le plus positif du mot, c\u2019est-\u00e0-dire pour passer un grand nombre d\u2019heures sur un travail \u00e9norme dont le profit financier est \u2014 c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire \u2014 tr\u00e8s incertain, il faut des raisons extr\u00eamement puissantes. \u00c9crire est une esp\u00e8ce de folie. Si l\u2019on fait ce travail c\u2019est que, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9criture, on essaie de changer quelque chose autour de soi et en soi&nbsp;; et si l\u2019on va jusqu\u2019\u00e0 la publication c\u2019est parce qu\u2019on sent tr\u00e8s bien qu\u2019il faut que les autres nous aident, qu\u2019on n\u2019arrivera pas \u00e0 sortir de ses probl\u00e8mes tout seul. Au d\u00e9part, chez l\u2019\u00e9crivain comme chez le peintre ou le musicien, il y a, si vous voulez, un sentiment de scandale&nbsp;: il y a cette impression que les choses ne sont pas du tout comme elles devraient \u00eatre, qu\u2019elles ne sont pas utilis\u00e9es comme on le pourrait. L\u2019artiste souffre particuli\u00e8rement de cet \u00e9tat de fait et, du coup, il se sent diff\u00e9rent de la plupart des gens qu\u2019il rencontre. Cette diff\u00e9rence est vraiment tr\u00e8s difficile \u00e0 supporter. Il y a deux fa\u00e7ons de supprimer la diff\u00e9rence entre les autres et soi. La premi\u00e8re, c\u2019est de se supprimer soi-m\u00eame&nbsp;: puisque l\u2019on n\u2019est pas comme les autres et qu\u2019on est malheureux parmi eux il suffit de dispara\u00eetre purement et simplement. Ou alors on peut devenir conforme aux autres&nbsp;: on vous gu\u00e9rit, on vous adapte, on vous normalise et l\u2019\u00e9crivain en puissance que vous \u00e9tiez dispara\u00eet. Le second moyen de r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la diff\u00e9rence c\u2019est, au contraire, d\u2019essayer de transformer les autres&nbsp;: par un certain nombre de proc\u00e9d\u00e9s et tout en sachant que ce sera extr\u00eamement long, difficile, complexe, vous essayez de transformer autrui. En ce sens, c\u2019est le fou qui gu\u00e9rit autrui. C\u2019est celui que les autres consid\u00e8rent quelquefois avec beaucoup de gentillesse, comme un malade qui va montrer aux autres que c\u2019est eux qui sont peut-\u00eatre malades. Dans le premier cas, lorsque les autres r\u00e9ussissent \u00e0 gommer cette diff\u00e9rence, il y a suicide soit complet, soit incomplet. Dans le second cas, et notamment avec la litt\u00e9rature, il y a une tentation pour renverser cette situation et pour gu\u00e9rir ceux qui vous croient malade. Ce qui n\u2019emp\u00eache d\u2019ailleurs pas l\u2019\u00e9crivain d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement un peu malade et de se rendre compte que dans le divorce entre lui et les autres il faut de toute fa\u00e7on gu\u00e9rir les deux&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb12\">12<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>On ne saurait s\u2019emp\u00eacher de trouver dans ces propos de Michel Butor comme un \u00e9cho des tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres aphorismes de Balzac, pr\u00e9cieux conseils au lecteur comme \u00e0 tout jeune \u00e9crivain&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019ils ne peuvent pas vous couvrir de boue, ils vous adoreront \u00e0 genoux.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;On n\u2019entre dans la soci\u00e9t\u00e9 que de deux mani\u00e8res&nbsp;: comme la peste ou comme un boulet de canon.&nbsp;\u00bb<br>Comme un boulet de canon, vraiment&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 lire l\u2019\u0152uvre de Franz Kafka, sans aller au-del\u00e0 de l\u2019apparence, (Milena Jesenska-Pollak le sait, Milena Jesenska-Pollak le sent)&nbsp;: on pourrait penser <em>a posteriori<\/em> que kafka est une all\u00e9gorie de l\u2019impuissance, mais Milena, par un renversement dialectique et rh\u00e9torique \u00e9blouissant en fait un h\u00e9ros de trag\u00e9die de type \u00ab\u00a0vaincu-vainqueur\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un h\u00e9ros de type \u00ab&nbsp;chant du Bouc&nbsp;\u00bb avec <em>catharsis<\/em> effective&nbsp;; c\u2019est que dans le \u00ab&nbsp;chant du cygne&nbsp;\u00bb \u2014 sans <em>catharsis,<\/em> lui, et qui c\u00e8de \u00e0 la fascination du tragique sans plus la conjurer, la purger, \u2014 Franz Kafka est all\u00e9 si loin, tellement loin, que, les extr\u00eames se touchant, il en redevient \u00ab&nbsp;chant du Bouc&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb13\">13<\/a>]&nbsp;\u00bb. Par un <em>artefact<\/em> rh\u00e9torique, elle r\u00e9tablit Kafka, si besoin \u00e9tait, dans toute la force de son g\u00e9nie, dans sa dignit\u00e9 d\u2019homme&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Il voyait le monde plein de d\u00e9mons invisibles qui d\u00e9chirent et an\u00e9antissent l\u2019homme sans d\u00e9fense. Il \u00e9tait trop lucide, trop sage pour pouvoir vivre, trop faible pour combattre, faible comme le sont des \u00eatres beaux et nobles, qui sont incapables d\u2019engager le combat avec la peur qu\u2019ils ont de l\u2019incompr\u00e9hension, de l\u2019absence de bont\u00e9, de mensonge intellectuel, parce qu\u2019ils savent d\u2019avance que ce combat est vain et que l\u2019ennemi vaincu couvre encore de honte son vainqueur.&nbsp;\u00bb<br><\/strong>Cette force du h\u00e9ros, anti-h\u00e9ros en apparence, mais qui va \u00eatre capable d\u2019assumer seul toute l\u2019injustice de son destin, qui va trouver l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de signer une vie qu\u2019il ne reconna\u00eet pas, o\u00f9 il ne se reconna\u00eet pas, parce qu\u2019il n\u2019a pas le choix et qu\u2019il entend malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 tous avoir eu une vie&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb14\">14<\/a>], quelle qu\u2019elle soit, afin de la transmettre, afin d\u2019\u00eatre viril, f\u00e9cond, Milena sugg\u00e8re que Kafka en trouve la source en soi m\u00eame, au plus profond, au plus profond de sa faiblesse&nbsp;; c\u2019est tout juste comme s\u2019il parvenait, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de son miroir, qui lui renvoie, sans cesse, implacablement son image, sur l\u2019autre face de ce qu\u2019il est au profond, sur son revers&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Il connaissait les hommes, comme seul peut les conna\u00eetre quelqu\u2019un de grande sensibilit\u00e9 nerveuse, quelqu\u2019un qui est solitaire et qui reconna\u00eet autrui \u00e0 un simple \u00e9clair dans son regard. Il connaissait le monde d\u2019une mani\u00e8re insolite et profonde, lui m\u00eame \u00e9tait un monde insolite et profond.&nbsp;\u00bb<\/strong> Le grand Victor Hugo l\u2019avait dit presque en m\u00eame terme avant elle&nbsp;: \u00ab&nbsp;[tout] po\u00e8te est un monde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un homme.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Impuissant&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb15\">15<\/a>], anti-h\u00e9ros, Kafka est, comme le montre Milena, le courage m\u00eame. Si Milena se voit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s cantonn\u00e9e au r\u00f4le d\u2019H\u00e9loise&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb16\">16<\/a>], \u2014 un r\u00f4le qui ne manque pas de sublime, puisque fond\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment sur la notion m\u00eame de sublimation, \u2014 on est forc\u00e9 d\u2019admettre que, par bien des aspects, Franz Kafka \u00e0 bien des \u00e9gards emprunte beaucoup \u00e0 Ab\u00e9lard&nbsp;; \u00e0 la diff\u00e9rence que lui, avant de rencontrer Milena, aura d\u00fb multiplier, en les jetant \u00e0 chaque fois, des brouillons de rencontres amoureuses, des brouillons de rencontres spirituelles plut\u00f4t, autant de brouillons d\u2019H\u00e9lo\u00efse. Par le truchement de Milena-H\u00e9lo\u00efse, le castr\u00e9 psychique \u2014 paradoxe&nbsp;! \u2014 devient symbole de l\u2019amour et de la virilit\u00e9, le champion de l\u2019amour et de la virilit\u00e9 pour elle&nbsp;; <em>a posteriori,<\/em> sur le papier. Pour Milena, Kafka est un h\u00e9ros involontaire, peut-\u00eatre, sans doute, mais un h\u00e9ros \u00e0 part enti\u00e8re et sans nul doute.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e9moins de cet h\u00e9ro\u00efsme comme autant d\u2019\u00e9preuves subies, comme autant d\u2019\u00e9preuves travers\u00e9es victorieusement pour elle&nbsp;: ses livres. \u00c0 l\u2019image de Kafka, \u00e0 son image&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Ils sont vrais, nus et douloureux&nbsp;\u00bb<\/strong> note-t-elle enthousiaste, <strong>\u00ab&nbsp;si bien que, presque naturalistes<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb17\">17<\/a>]<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong> commente-t-elle. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle peut en revenir \u00e0 la notion d\u2019h\u00e9ro\u00efsme en la compl\u00e9tant de mani\u00e8re d\u00e9finitive&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Ils sont pleins de l\u2019ironie s\u00e8che et de la vision sensible d\u2019un homme qui voyait le monde si clairement qu\u2019il ne pouvait pas le supporter et qu\u2019il lui fallait mourir, s\u2019il ne voulait pas faire de concessions comme les autres et chercher recours dans les diverses erreurs de la raison et de l\u2019inconscient, m\u00eame les plus nobles.&nbsp;\u00bb<\/strong><br><strong>\u00ab&nbsp;Il a \u00e9crit les livres les plus importants de toute la jeune litt\u00e9rature allemande&nbsp;\u00bb<\/strong> sanctionne-t-elle avec un aplomb in\u00e9branlable, avec force de conviction. <strong>\u00ab&nbsp;Tous les livres de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019aujourd\u2019hui [ajoute-t-elle pour se justifier d\u2019une telle assertion] [tous] dans le monde entier y sont incluses, encore que sans esprit de doctrine.&nbsp;\u00bb<\/strong> Kafka n\u2019a rien d\u2019un p\u00e2le universitaire, en effet, d\u2019un fonctionnaire de la pens\u00e9e comme de l\u2019art, d\u2019un mandarin pontifiant pr\u00eat \u00e0 toutes les impostures, pr\u00eat \u00e0 tous les larcins pour briller, pour parader, pour mettre en montre son impuissance et son obsc\u00e9nit\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb18\">18<\/a>]. Non, lui \u2014 aussi chastement qu\u2019il le peut, pour les \u00e9crire ses livres, \u2014 lui sait \u00ab&nbsp;mettre sa peau sur la table&nbsp;\u00bb comme dira quelques temps plus tard, une fois la mort des p\u00e8res consomm\u00e9s, le tr\u00e8s controvers\u00e9 mais g\u00e9nial Louis-Ferdinand C\u00e9line. \u00c0 dire vrai, il n\u2019a gu\u00e8re le choix. C\u2019est pourquoi, pour nous comme pour celui qui r\u00eavait d\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0\u00e0 la hache\u00a0\u00bb comme des peintres peignent au couteau, ce sont, chacun, des <strong>\u00ab&nbsp;Livres cruels et douloureux&nbsp;\u00bb<\/strong> ainsi que l\u2019\u00e9crit Milena. Et, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on revient \u00e0 sa d\u00e9monstration qui cherche \u00e0 nous persuader, \u00e0 nous convaincre que Franz Kafka est un h\u00e9ros digne de la trag\u00e9die antique \u00e0 la Eschyle de type \u00ab&nbsp;chant du bouc&nbsp;\u00bb, bien plus que de celle \u00e0 la Euripide de type \u00ab&nbsp;chant du cygne&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb19\">19<\/a>]&nbsp;\u00bb, voire \u00e0 la Sophocle de genre mixte. Si la <em>catharsis,<\/em> on l\u2019a compris (elle nous le sugg\u00e8re assez fort pour qu\u2019on l\u2019entende dans son silence ma\u00efeutique), si la <em>catharsis,<\/em> oui, ne fonctionne pas pour Kafka, pour son lecteur, elle fonctionne, oui&nbsp;!\u2026 \u00e0 merveille, jusqu\u2019\u00e0 exercer sortil\u00e8ge et fascination.<br>Kafka rejoint involontairement Artaud qui, avant tous, et, d\u00e8s 1933, dans <em>Le Th\u00e9\u00e2tre de la Cruaut\u00e9 \u2014<\/em> lequel en 1938 deviendra, on le sait, avec l\u2019ajout d\u2019autres chapitres <em>Le Th\u00e9\u00e2tre et son double,<\/em> \u2014 Kafka devance pleinement l\u2019Antonin Artaud vaticinateur, proph\u00e9tique, qui proclamera l\u2019urgence de trouver une sorte d\u2019<em>ultra catharsis<\/em> pour tenter d\u2019exorciser le temps des par\u00e2tres \u00e0 venir, pour tenter de nous pr\u00e9server des individus r\u00e9\u00effi\u00e9s, qui, ayant perdu le sens, tout sens de leur humanit\u00e9, c\u00e9deront tout entier \u00e0 la folie d\u00e9miurgique et se prendront pour des surhommes, des <em>\u00dcbermensch<\/em>&nbsp;; comme des bourreaux kafka\u00efens, ceux-l\u00e0 seront pr\u00eats \u00e0 \u00e9craser, \u00e0 exterminer tout ce qui ne leur ressemblera pas, tout ce qui ne se soumettra pas \u00e0 leurs oukases, bref tous ceux qu\u2019ils appelleront alors des \u00ab&nbsp;sous-hommes&nbsp;\u00bb, les <em>\u00dcntermensch,<\/em> qu\u2019ils les nomment d\u2019ailleurs <em>St\u00fccks<\/em> ou <em>seks<\/em>. Dans <em>Le Th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9,<\/em> en 1933, d\u00e8s 1933, quand Antonin Artaud \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout ce qui agit sur l\u2019homme [exerce] une cruaut\u00e9 [\u2026]&nbsp;\u00bb, ne rejoint-il pas l\u2019id\u00e9e de n\u00e9cessit\u00e9 pour Kafka d\u2019\u00e9crire des \u0153uvres \u00e0 \u00ab&nbsp;la hache&nbsp;\u00bb, contre la n\u00e9vrose personnelle et collective, pour briser la \u00ab&nbsp;mer gel\u00e9e&nbsp;\u00bb en nous&nbsp;? Bien s\u00fbr que si&nbsp;! C\u2019est en cela, en cette volont\u00e9 qu\u2019il ressent urgente, imp\u00e9rative, que Kafka est involontairement proph\u00e9tique du temps des par\u00e2tres qui va fatalement suivre le temps des p\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le monde entier est un th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb disait d\u00e9j\u00e0 Shakespeare. \u00ab\u00a0Petit th\u00e9\u00e2tre de Monsieur K\u00a0\u00bb&nbsp;: un th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9, et qui tente son exorcisme&nbsp;! Le recours \u00e0 l\u2019invention ou la r\u00e9invention d\u2019une mythologie chez Kafka d\u00e8s avant la guerre de 14, annonce, lui, l\u2019intuition de 1922 qu\u2019eut Jean Cocteau&nbsp;: pour conjurer les d\u00e9mons qui s\u2019agitent dans l\u2019ombre, dans l\u2019inconscient des individus et des peuples qu\u2019ils constituent, qui m\u00e8nent \u00e0 nouveau le monde sans qu\u2019il s\u2019en rende bien compte alors au bord de l\u2019Apocalypse, une fois encore, il faut avoir recours \u00e0 la mythologie, par laquelle les Grecs, les Latins, les autres peuples, savaient exorciser leurs peurs, et leurs d\u00e9mons. En outre, il faut savoir exorciser l\u2019intelligence, la seule et s\u00e8che raison \u2014 si propice au capitalisme sec, \u2014 afin de r\u00e9activer en soi, d\u2019abord le c\u0153ur, les affects, puis le corps, et les sens. Les livres de Kafka, \u00e9crit Milena, pourraient se r\u00e9sumer par ce livre en attente de publication&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><strong> <em>Devant la loi<\/em> <\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb20\">20<\/a>]<strong> [qui] attend depuis des ann\u00e9es en manuscrit. C\u2019est un de ces livres qui, quand on les as lus jusqu\u2019au bout, laissent l\u2019impression d\u2019un monde si parfaitement compris qu\u2019il rend inutile le moindre commentaire.&nbsp;\u00bb<\/strong> Une litt\u00e9rature tellement nue, comme celle des mythes, qu\u2019elle se suffit \u00e0 elle seule.<br>En 1922, Jean Cocteau \u00e9prouve le besoin de ressusciter en l\u2019adaptant \u00e0 la modernit\u00e9, la petite Antigone, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Sophocle. Paul Morand lui confie&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu viens de rouvrir la bo\u00eete de Pandore&nbsp;; on n\u2019est pas pr\u00eat de la refermer.&nbsp;\u00bb Franz Kafka l\u2019avait r\u00e9ouverte avant lui, dans sa solitude, \u00e0 Prague. <strong>\u00ab&nbsp;Tous ses livres d\u00e9crivent l\u2019horreur de l\u2019incompr\u00e9hension, de la faute innocente parmi les hommes. C\u2019\u00e9tait un artiste et un homme d\u2019une conscience si sensible qu\u2019il entendait encore l\u00e0 o\u00f9 les sourds se croyaient faussement en s\u00fbret\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/strong> Entre les sourds et les aveugles, seul au monde, solitaire, pour Milena, passe Franz Kafka&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;nous avons eu un jour ou l\u2019autre recours au mensonge, \u00e0 l\u2019aveuglement, \u00e0 l\u2019enthousiasme, \u00e0 l\u2019optimisme, \u00e0 une conviction ou \u00e0 une autre, au pessimisme ou \u00e0 quoi que ce soit.&nbsp;\u00bb<\/strong> Surtout \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019aveuglement&nbsp;\u00bb. Kafka ne peut pas. Comme Cocteau, il devait penser que l\u2019art est un \u00ab&nbsp;<em>strip tease<\/em> de l\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb qui, par chance ou par malheur (on ne sait, on h\u00e9site), \u00ab&nbsp;ne s\u2019exerce [le plus souvent \u2014 h\u00e9las&nbsp;! \u2014] que chez les aveugles&nbsp;\u00bb. <strong>\u00ab&nbsp;[Kafka] lui est incapable de mentir, tout comme il est incapable de s\u2019enivrer.&nbsp;\u00bb<\/strong> Dans <em>Le Potomak,<\/em> son premier livre qui compte, le tr\u00e8s exact contemporain du Proc\u00e8s de Kafka, Cocteau mettait tout jeune \u00e9crivain comme tout humain en garde&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Si tu aimes, mon pauvre enfant,<br>Ah&nbsp;! si tu aimes&nbsp;!<br>Il ne faut pas en avoir peur.<br>C\u2019est un ineffable d\u00e9sastre.<br>Il y a un myst\u00e9rieux syst\u00e8me<br>Et des lois, et des influences,<br>Pour la gravitation des c\u0153urs<br>Et la gravitation des astres.<br>On \u00e9tait l\u00e0 tranquillement<br>Sans penser \u00e0 ce qu\u2019on \u00e9vite,<br>Et puis tout \u00e0 coup on n\u2019en peut plus,<br>On est \u00e0 chaque heure du jour<br>Comme si tu descends tr\u00e8s vite<br>En ascenseur&nbsp;:<br>Et c\u2019est l\u2019amour.<br>Il n\u2019y a plus de livres, de paysages,<br>De d\u00e9sir des ciels, d\u2019Asie\u2026<br>Il n\u2019y a plus qu\u2019un seul visage<br>Auquel le c\u0153ur s\u2019anesth\u00e9sie,<br>Et rien autour.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>II<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>Si tu redoutes d\u2019aimer seul,<br>Ne lutte pas contre l\u2019amour.<br><br>\u2014&nbsp;D\u2019abord parce que c\u2019est impossible<br>Et puis parce qu\u2019il n\u2019est pas permis<br>De se soustraire aux lois profondes,<br>\u00c0 l\u2019ordre \u00e9ternel&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb21\">21<\/a>]. [\u2026]<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que Kafka a os\u00e9 faire, c\u2019est ce qui le maudit \u00e0 jamais. Kafka, le \u00ab&nbsp;trop intelligent&nbsp;\u00bb. \u00c0 cet \u00e9gard, je ne r\u00e9siste pas au plaisir de citer une autre merveilleuse mise en garde du Jeune Cocteau, de six ans le cadet de Kafka seulement, et tir\u00e9e du m\u00eame ouvrage (ce serait un crime de la couper, tant elle est belle, cette mise en garde qui semble destin\u00e9e \u00e0 nos tr\u00e8s \u00ab\u00a0superbes&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb22\">22<\/a>]\u00a0\u00bb intellectuels des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, structuralistes et post-modernes, ath\u00e9ologiens militants \u2014 mais sans le talent r\u00e9el, quoique de pacotille et d\u2019antiquaille \u00ab&nbsp;Jeune France&nbsp;\u00bb, d\u2019un Georges Bataille, h\u00e9las&nbsp;! pour nous, \u2014je la cite donc int\u00e9gralement)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Ne sois pas trop intelligent<br>Car tu verrais quelle indigence&nbsp;!<br>Tu serais partout en exil,<br>Dans la lente enveloppe humaine.<br>Tu penserais aux lacs, aux pays, aux \u00eeles<br>O\u00f9 tu pourrais vivre \u00e0 la fois<br>Au lieu d\u2019aimer ta ville<br>Et ton royaume \u00e9troit.<br>Tu te dirais&nbsp;: il a des c\u0153urs et des visages.<br>Si je les rencontrais,<br>Toute ma peine, tout mon effort,<br>Se coucheraient devant eux,<br>Comme le lion aux pieds de Daniel.<br>Que de ciels, que de paysages<br>Perdus avant la vaste mort&nbsp;!<br>J\u2019\u00e9cris ceci, je pense cela,<br>Mais je pourrais aussi faire autre chose.<br>Ne sois pas trop intelligent<br>Car tu verrais quelle solitude&nbsp;!<br>Savoir l\u2019indiff\u00e9rence des gens,<br>Savoir ce qu\u2019ils veulent atteindre,<br>Et leur course aux faibles ambitions,<br>Et ce qu\u2019ils peuvent fournir de plus,<br>Et leur adresse \u00e0 feindre,<br>Et leur sup\u00e9rieure incompr\u00e9hension,<br>Et qu\u2019ils sont tous, et toi aussi,<br>Le fruit d\u2019une erreur de la nature,<br>Des premi\u00e8res n\u00e9buleuses du monde&nbsp;;<br>Qu\u2019ils sont parmi les doux v\u00e9g\u00e9taux<br>Et la tendre race animale,<br>Un monstre qui ne fait que le mal<br>Et qui croit \u00eatre s\u00fbr<br>De d\u00e9couvrir les causes profondes,<br>Et meurt trop t\u00f4t.<br>Ne sois pas trop intelligent<br>Car tu verrais quelle paresse&nbsp;!<br>Puisque tu es dans un rouage,<br>Malgr\u00e9 l\u2019erreur,<br>Il faut profiter de ton \u00e2ge,<br>Des avidit\u00e9s de la jeunesse<br>Et des esp\u00e9rances du c\u0153ur.<br>Il ne faut pas te dire&nbsp;: \u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon&nbsp;?\u00a0\u00bb<br>Car si la plus modeste \u00e9toile<br>Se disait&nbsp;: \u00c0 quoi bon&nbsp;? au ciel,<br>Et s\u2019arr\u00eater de graviter,<br>Il n\u2019y aurait plus rien de ce qui a \u00e9t\u00e9.<br>Il y aurait le grand chaos universel<br>Ne sois pas trop intelligent.<br>Garde ta place,<br>Et ton devoir,<br>Et tes enthousiasmes,<br>Crois \u00e0 ton r\u00f4le.<br>Supporte, comme Atlas,<br>La terre entre tes deux \u00e9paules.<br>Et si tu cr\u00e9es,<br>Ne deviens pas un spectateur,<br>Porte n\u2019importe o\u00f9<br>Ton d\u00e9p\u00f4t secret et sacr\u00e9,<br>Avec la foi du missionnaire<br>Qu\u2019on torture chez les Papous.<br>Surtout, surtout, sois indulgent,<br>H\u00e9site sur le seuil du bl\u00e2me.<br>On ne sait jamais les raisons,<br>Ni l\u2019enveloppe int\u00e9rieure de l\u2019\u00e2me,<br>Ni ce qu\u2019il y a eu dans les maisons,<br>Sous les toits,<br>Entre tes gens.<br>O mon enfant,<br>Il y a le plaisir et l\u2019\u00e9tude.<br>Et les plaines fertiles,<br>Et le rire de la sant\u00e9.<br>Ne cours jamais autour de toi.<br>Puisque l\u2019homme peut se complaire<br>Entre un n\u00e9ant et un n\u00e9ant<br>Et ne croit pas et se r\u00e9signe,<br>\u00c0 quoi cela sert-il<br>De respirer l\u2019inqui\u00e9tude<br>Et les influences c\u00e9lestes,<br>Et de se demander si on est digne&nbsp;?<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>Profite donc de tout le reste&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb23\">23<\/a>]&nbsp;!<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Contemporains du drame avec Felice Bauer, repris dans <em>Le Potomak<\/em> en 1913\u2026 h\u00e9las pour lui, Franz Kafka n\u2019a pu lire et n\u2019a pu entendre ces pr\u00e9cieux conseils d\u2019un contemporain, Jean Cocteau, qui fut moins sensible que lui aux sir\u00e8nes fin de si\u00e8cle, qui, \u00e0 un moment donn\u00e9 m\u00eame, franchement m\u00eame leur tournera le dos, pour s\u2019engouffrer avec Stravinski et les ballets russes de Diaghilev avec le jeune dieu&nbsp;: Nijinski dans les volutes tourbillonnantes de la modernit\u00e9, ne songeant plus \u00e0 l\u2019hiver \u00e0 venir bient\u00f4t de l\u2019Europe, mais au contraire \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer <em>Le Sacre du printemps<\/em> \u00e0 venir,\u2026 \u00e0 venir au moins dans les Arts. \u00c0 Dieu va&nbsp;! Vogue la gal\u00e8re au gr\u00e9 de ses rames et des vents&nbsp;!\u2026 Milena ne jugea pas bon de lui donner ces bons conseils. Elle savait qu\u2019il ne saurait, qu\u2019il ne pourrait pas les entendre. \u00c0 vrai dire aussi, elle \u00e9tait sous le charme, sous le sortil\u00e8ge&nbsp;; elle partagea avec lui la fascination d\u2019un certain n\u00e9ant. Sous le sortil\u00e8ge, Milena donc, comme Franz Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fut la premi\u00e8re \u00e0 voir, \u00e0 sentir dans sa pl\u00e9nitude l\u2019exquise sensibilit\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nb24\">24<\/a>] de Kafka. Elle savait que c\u2019\u00e9tait une sensibilit\u00e9 exacerb\u00e9e, maladive. Sous le charme, oui, Milena. Le charme, c\u2019est de ne pas savoir, de ne pas se rendre compte de ce que l\u2019on est&nbsp;: ou beau, ou trop intelligent, ou les deux. Sous le charme du h\u00e9ros, elle, elle se sentait telle qu\u2019en elle-m\u00eame enfin reconnue pour soi et par soi, h\u00e9ro\u00efne&nbsp;; h\u00e9ro\u00efne utile et non futile, en sympathie. Le charme de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, c\u2019est de ne pas savoir qu\u2019on est un h\u00e9ros ou d\u2019\u00eatre un h\u00e9ros malgr\u00e9 soi. Pour Milena, Kafka eut le charme du h\u00e9ros et le charme du g\u00e9nie qui doute, le charme \u00e9galement du s\u00e9ducteur, involontaire et fragile. Milena partagea-t-elle avec lui l\u2019intuition que l\u2019\u00e9criture souvent part de la sensation d\u2019un naufrage, et qu\u2019elle r\u00e9pond d\u2019abord \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure de sauver les meubles&nbsp;? Pensait-elle comme lui, que l\u2019\u00e9crivain fonctionne toujours plus ou moins par rapport \u00e0 la sensation d\u2019un monde finissant, qui se d\u00e9fait, qui se d\u00e9fausse et qui d\u00e9faille, se d\u00e9robe, que l\u2019\u00e9crivain cr\u00e9e en somme, en quelque sorte en r\u00e9action, comme pour r\u00e9pondre \u00e0 cette sensation de perte afin d\u2019un peu l\u2019att\u00e9nuer ou de la sublimer&nbsp;? On ne sait, mais, sans doute, on peut le croire.<br>D\u00e8s le d\u00e9part, <strong>\u00ab&nbsp;trop lucide, trop sage pour pouvoir vivre, trop faible pour combattre&nbsp;\u00bb<\/strong>, Kafka sent qu\u2019on va toujours vers un moins, que l\u2019air se rar\u00e9fie. C\u2019est cela aussi l\u2019\u00e9criture de Kafka, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit toujours en tous lieux de l\u2019\u0152uvre, en tous temps, de remettre objectivement \u2014 autant que faire se peut \u2014 en perspective&nbsp;: ce qui se cache sous les paraboles, sous les apologues&nbsp;: la r\u00e9alit\u00e9 de la n\u00e9vrose, de sa n\u00e9vrose, en \u00e9cho avec celle du temps, d\u2019un temps, d\u2019un monde qui finissent, vont vers leur fin, comme lui.<\/p>\n\n\n\n<p><small>\u00a9Clo\u00ebt, mars-avril 2005<\/small><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 Pour emprunter opportun\u00e9ment peut-\u00eatre la formule au jeune Hugo de la pr\u00e9face manifeste du th\u00e9\u00e2tre romantique qu\u2019est la pr\u00e9face d\u2019<em>Hernani<\/em> en 1830&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le th\u00e9\u00e2tre est un point d\u2019optique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;\u2014 \u00ab&nbsp;Sympathie&nbsp;\u00bb ne signifie-t-il pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souffrir avec&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 Presque au sens christique&nbsp;: le parcours de Franz Kafka et leur amiti\u00e9 amoureuse est v\u00e9ritablement un chemin de croix, o\u00f9 elle a choisi de jouer les saintes V\u00e9roniques.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 Stevan Zweig (1881-1942), \u00e9crivain autrichien, qui se suicidera en 1942, bien convaincu que le monde auquel il a cru est d\u00e9finitivement mort et perdu, que l\u2019avenir est d\u00e9sormais, quoi qu\u2019on tente ou fasse, aux par\u00e2tres, aux dictateurs et \u00e0 leur monde de violence et de vulgarit\u00e9. Voir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Joueur d\u2019\u00e9chec&nbsp;\u00bb, sa nouvelle testament, ainsi que <em>Die Welt von gestern, Le Monde d\u2019hier<\/em>, 1942.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh5\">5<\/a>]&nbsp;.\u2014 Joseph Roth (1894-1939), \u00e9crivain autrichien. Voir&nbsp;: <em>La Marche de Radetzky<\/em>, 1932.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh6\">6<\/a>]&nbsp;. La Fontaine, <em>Fables<\/em>, III, \u00ab&nbsp;Les Membres et l\u2019estomac&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh7\">7<\/a>]&nbsp;. \u2014 Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;\u00c9l\u00e9vation&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, III, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides [\u2026].&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh8\">8<\/a>]&nbsp;.\u2014 Boris Vian, <em>L\u2019\u00c9cume des jours<\/em>, 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh9\">9<\/a>]&nbsp;.\u2014 Chez le jeune artiste ou penseur, ce comportement \u00ab\u00a0addictif\u00a0\u00bb \u00e0 risques, a aussi une autre fonction&nbsp;: servir de patin, de frein, \u00e0 la pens\u00e9e qui sans cesse tourne trop vite et donne le vertige, panique pouvant mener au suicide, au \u00ab&nbsp;maudit&nbsp;\u00bb possesseur d\u2019une intelligence sup\u00e9rieure. Il s\u2019agit de perdre en vitesse, afin de mieux contr\u00f4ler la machine mentale, qui, sinon, \u00e0 tout moment risque de verser ou de rentrer dans un mur.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh10\">10<\/a>]&nbsp;.\u2014 Pour emprunter la formule au jeune Hugo tentant de d\u00e9finir le th\u00e9\u00e2tre dans la pr\u00e9face d\u2019<em>Hernani<\/em>. \u00ab&nbsp;Le monde entier [n\u2019est-il pas, de fait] un th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb, ainsi que le sugg\u00e9rait Shakespeare&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh11\">11<\/a>]&nbsp;.\u2014 Artiste, c\u2019est le plus beau m\u00e9tier du monde&nbsp;!\u2026 Ce sont simplement les quatre vingt premi\u00e8res ann\u00e9es qui sont les plus difficiles. Cocteau avait une jolie formule pour le dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Trente ans apr\u00e8s ma mort, je me retirerai fortune faite.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh12\">12<\/a>]&nbsp;.\u2014 <em>Lire<\/em>, n\u00b0&nbsp;55, mars 1980, p. 30-31.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh13\">13<\/a>]&nbsp;.\u2014 On sait que c\u2019est la traduction litt\u00e9rale du mot \u00ab&nbsp;Trag\u00e9die&nbsp;\u00bb en Grec. Ce qui fait qu\u2019il faudrait revoir la pudique d\u00e9finition que l\u2019on donne habituellement de la catharsis&nbsp;: \u00ab&nbsp;purgation des passions par leur repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb, en ajoutant ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;purgation des passions et des inhibitions par leur repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s la Phallika, la procession phallique\u2026 apr\u00e8s avoir vu, lors des Dionysies, chaque po\u00e8te dramatique pr\u00e9senter ses trois trag\u00e9dies et son drame satyrique\u2026 apr\u00e8s avoir sacrifi\u00e9 le bouc \u00e0 Dionysos\u2026 apr\u00e8s que le gagnant du concours dramatique ait gagn\u00e9 le Bouc du grand prix\u2026&nbsp;: il fallait que la foule, d\u00e9sinhib\u00e9e par la magie du th\u00e9\u00e2tre, par la magie de la catharsis, pousse \u00ab&nbsp;le chant du bouc&nbsp;\u00bb, expulse de soi tout esprit d\u2019impuissance n\u00e9 de la fatigue de la vie, du doute et de la d\u00e9pression, de la crainte de l\u2019avenir, et fasse des enfants \u00e0 la Gr\u00e8ce, c\u2019est-\u00e0-dire de futurs guerriers. Le th\u00e9\u00e2tre avouait ainsi sa n\u00e9cessit\u00e9 civique, th\u00e9rapeutique et civique.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh14\">14<\/a>]&nbsp;.\u2014 On songe au personnage de Meursault dans l\u2019\u0153uvre de Camus, \u00e0 son fameux \u00ab&nbsp;\u00e9tranger&nbsp;\u00bb, qui fait le pendant \u00e0 celui invent\u00e9 le si\u00e8cle d\u2019avant par Baudelaire, lequel tente de faire face au \u00ab&nbsp;Spleen de Paris&nbsp;\u00bb, au \u00ab&nbsp;spleen&nbsp;\u00bb de l\u2019Europe nouvelle&nbsp;: celle du d\u00e9senchantement comme dirait Max Weber. On sait combien Camus a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh15\">15<\/a>]&nbsp;.\u2014 Au sens psychique du terme&nbsp;; mais lorsqu\u2019on l\u2019est au sens psychique du terme, par le fait de la libido, ne l\u2019est pas aussi m\u00e9caniquement de fait&nbsp;? Le principal organe sexuel de l\u2019homme et de l\u2019\u00eatre humain, c\u2019est le cerveau. Et si le cerveau se rebelle, si le cerveau est atteint par l\u2019inhibition [\u2026].<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh16\">16<\/a>]&nbsp;.\u2014 La compagne de Pierre Ab\u00e9lard, castr\u00e9 par l\u2019oncle de la jeune femme pour avoir \u00ab\u00a0faut\u00e9\u00a0\u00bb avec elle, et qui continue \u00e0 l\u2019aimer, malgr\u00e9 cette disgr\u00e2ce.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh17\">17<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u00e0, elle s\u2019avance sans doute, dans la mesure o\u00f9 Kafka a sans cesse recours pour s\u2019exprimer \u2014 pour tenter d\u2019exprimer ce qui est en lui, ce qu\u2019il a en lui qui le ronge \u2014 le symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh18\">18<\/a>]&nbsp;.\u2014 Comme la plupart de nos universitaires soixanthuitards postmodernes, pseudo r\u00e9volutionnaires bourgeois, qui n\u2019ont recul\u00e9 devant aucune obsc\u00e9nit\u00e9 narcissique, qui ont us\u00e9 et abus\u00e9 de leur pouvoir dandy en le transformant pernicieusement en simulacres de lib\u00e9rations alors qu\u2019ils ne furent que la plus belle expression dans la plupart des cas du plus vil des totalitarismes&nbsp;: un totalitarisme rampant.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh19\">19<\/a>]&nbsp;.\u2014 J\u2019appelle trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du cygne&nbsp;\u00bb, la trag\u00e9die qui succ\u00e8de immanquablement \u00e0 la trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du Bouc&nbsp;\u00bb&nbsp;: une trag\u00e9die qui c\u00e8de peu \u00e0 peu \u00e0 la fascination du tragique et o\u00f9 la catharsis \u00e0 terme ne fonctionne plus. Les h\u00e9ros positifs de la trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du Bouc&nbsp;\u00bb deviennent alors dans la trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du cygne&nbsp;\u00bb, des monstres ou des vaincus-vaincus&nbsp;; le type de h\u00e9ros vaincu-vainqueur ne vaut que pour la trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du Bouc&nbsp;\u00bb, bien s\u00fbr. Euripide, et, Racine \u2014 apr\u00e8s vingt deux si\u00e8cles d\u2019\u00e9clipse du genre \u2014 sont les deux plus beaux exemples d\u2019auteurs de trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du cygne&nbsp;\u00bb. Eschyle et Corneille sont les deux plus beaux exemples d\u2019auteurs pratiquant la trag\u00e9die de type \u00ab&nbsp;chant du Bouc&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh20\">20<\/a>]&nbsp;.\u2014 Il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9 du Proc\u00e8s, premier livre que publiera Max Brod apr\u00e8s la mort de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh21\">21<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jean Cocteau, <em>Le Potomak<\/em>, p. 223-224.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh22\">22<\/a>]&nbsp;.\u2014 On ne dira pas dans quel sens il faut prendre le terme&nbsp;: libre \u00e0 chacun de deviner&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh23\">23<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jean Cocteau, <em>Le Potomak<\/em>, p. 183-186.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article95.html#nh24\">24<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le fou est un \u00eatre exquis qui dessine le monde r\u00e9el parce que seule la marge d\u00e9finit le contour.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Franz Kafka ou l\u2019Homme sans corps UN ARTICLE N\u00c9CROLOGIQUE.Dans le petit th\u00e9\u00e2tre de la n\u00e9vrose&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-463","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voies-textes-critiques"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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