{"id":470,"date":"2008-01-23T16:14:00","date_gmt":"2008-01-23T15:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=470"},"modified":"2023-08-06T16:16:02","modified_gmt":"2023-08-06T14:16:02","slug":"franz-kafka-ou-le-non-ne-chapitre-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2008\/01\/23\/franz-kafka-ou-le-non-ne-chapitre-1-2\/","title":{"rendered":"Franz Kafka ou le \u00ab\u00a0Non-n\u00e9\u00a0\u00bb, chapitre 1"},"content":{"rendered":"\n<p>Franz Kafka ou l\u2019Homme sans corps<\/p>\n\n\n\n<p>Comme promis, la suite, le chapitre I de l\u2019\u00e9tude, avant les sept autres\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>VIVRE OU RACONTER&nbsp;?<br><\/strong><br>(\u00c0 PROPOS DE LA LETTRE de Franz KAFKA \u00c0 Oskar POLLACK<br>dat\u00e9e du 27 Janvier 1904&nbsp;: un Manifeste involontaire.)<\/p>\n\n\n\n<p><small><strong>\u00ab&nbsp;la pens\u00e9e de mon avenir lointain se pr\u00e9senta [\u2026]. Comment ferais-je pour le supporter avec ce corps emprunt\u00e9 \u00e0 un cabinet de d\u00e9barras<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb1\">1<\/a>]<strong>&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/strong><br><strong>\u00ab&nbsp;je me sens d\u00e9sarm\u00e9 et en marge de tout. Mais l\u2019assurance que me procure le moindre travail litt\u00e9raire est indubitable et merveilleuse<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb2\">2<\/a>]<strong>.&nbsp;\u00bb<\/strong><br>Ce n\u2019est pas la vie qui doit \u00eatre l\u2019\u00e9cume de la litt\u00e9rature, mais la litt\u00e9rature l\u2019\u00e9cume de la vie. Cependant, est-ce souvent le cas&nbsp;?\u2026<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il faut choisir&nbsp;: vivre ou raconter&nbsp;\u00bb \u00e9crit l\u2019auteur des <em>Mots,<\/em> d\u00e9clare en 1964 \u2014 p\u00e9remptoire comme il sait l\u2019\u00eatre \u2014 le philosophe, l\u2019\u00e9crivain qui au XXe si\u00e8cle en Europe se veut entre tous et plus qu\u2019aucun autre \u00ab&nbsp;engag\u00e9&nbsp;\u00bb, avant tout impliqu\u00e9, inscrit dans son si\u00e8cle&nbsp;: on a reconnu Jean-Paul Sartre. Une formule aussi lapidaire&nbsp;: \u00e9tait-ce \u00e0 son propre usage qu\u2019il la lan\u00e7ait ainsi&nbsp;? 0n ne sait&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb3\">3<\/a>]. Mais \u00ab&nbsp;que celui qui n\u2019a jamais p\u00e9ch\u00e9&nbsp;\u00bb vis \u00e0 vis de la vie, de sa vie, \u00ab&nbsp;par omission&nbsp;\u00bb, par inhibition ou n\u00e9vrose, \u00ab&nbsp;lance la premi\u00e8re pierre&nbsp;\u00bb&nbsp;: qu\u2019il l\u2019ose&nbsp;!\u2026<br>\u00c0 observer d\u2019un peu plus pr\u00e8s que de coutume, et, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, les membres du Panth\u00e9on litt\u00e9raire \u2014 d\u2019un peu pr\u00e8s&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 distance critique susceptible de remettre en cause jusqu\u2019au regard critique lui-m\u00eame dans ce qu\u2019il peut avoir de convenu dans ses admirations, dans ses canonisations abusives, ses \u00e9rections d\u2019individus en mod\u00e8les \u00e0 suivre \u2014 il appara\u00eet que bon nombre d\u2019entre eux, entre \u00ab&nbsp;vivre ou raconter&nbsp;\u00bb n\u2019ont gu\u00e8re eu le choix, en v\u00e9rit\u00e9. Si paradoxal que cela puisse au d\u00e9part para\u00eetre, c\u2019est d\u2019ailleurs dans cette impossibilit\u00e9 m\u00eame que certains ont pu r\u00e9v\u00e9ler, avouer, tout au long ou \u00e0 un moment donn\u00e9 de leur vie, de ne savoir pas, et, par cons\u00e9quent, de ne pas pouvoir choisir\u2026 c\u2019est au reste, oui, en ceci peut-\u00eatre \u2014 en dehors de toute pr\u00e9occupation humaniste mais non sans quelque vis\u00e9e morale ou moraliste \u2014 qu\u2019il faudrait plut\u00f4t rechercher leur repr\u00e9sentativit\u00e9.<br>Les auteurs, avant tout, n\u2019\u00e9tant apr\u00e8s tout que des hommes, ne sont-ils pas tenus d\u2019\u00eatre en quelque sorte toujours, tant par leurs d\u00e9fauts que leurs qualit\u00e9s, tant par leurs faiblesses que par leur puissance de vie et leur volont\u00e9, sinon les plus humains des humains, du moins l\u2019illustration de cet \u00ab&nbsp;humain trop humain&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb4\">4<\/a>]&nbsp;\u00bb dont la notion de toute \u00e9vidence hantait Nietzsche puisqu\u2019il chercha par t\u00e2tonnements, par aphorismes successifs, \u00e0 en d\u00e9finir le concept, sans \u00eatre jamais satisfait&nbsp;? Cet \u00ab&nbsp;humain trop humain&nbsp;\u00bb \u2014 nietzsch\u00e9en ou pas \u2014 ne serait-il pas \u00e0 chercher dans l\u2019inhibition qui \u00e9crase et qui \u00e9touffe l\u2019homme&nbsp;? N\u2019est-il pas \u00e0 chercher dans ce combat pour la vie qui l\u2019\u00e9gare souvent dans des d\u00e9tours qui s\u2019av\u00e8rent assez vite de simples recours, des impasses&nbsp;?<br>Si \u00ab&nbsp;l\u2019art [se devrait toujours de tendre \u00e0 ne pas \u00eatre] une r\u00e9jouissance solitaire [mais bien] un moyen d\u2019\u00e9mouvoir le plus grand nombre d\u2019hommes [possible] en leur offrant une image privil\u00e9gi\u00e9e des souffrances et des joies communes&nbsp;\u00bb, ainsi que l\u2019affirmait Camus, ce qui \u00ab&nbsp;oblige[rait] donc l\u2019artiste \u00e0 ne pas se s\u00e9parer [jamais, de la communaut\u00e9 des hommes, et le] soumet[trait] \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 la plus humble et la plus universelle&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb5\">5<\/a>]&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;La Difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb6\">6<\/a>]]&nbsp;\u00bb dont parlait Fontenelle et Cocteau, n\u2019est-elle pas apr\u00e8s tout universellement partag\u00e9e par tous, plus ou moins&nbsp;? De la m\u00e9diocrit\u00e9, de l\u2019exp\u00e9rience de la m\u00e9diocrit\u00e9, d\u2019une certaine m\u00e9diocrit\u00e9 \u2014 celle de la fuite, \u2014 l\u2019homme peut-il faire l\u2019\u00e9conomie&nbsp;? Que r\u00e9pond la litt\u00e9rature et la vie des auteurs \u00e0 cela&nbsp;?\u2026 \u00c0 la fuite, l\u2019homme n\u2019a-t-il pas toujours recours, au moins une fois&nbsp;? Ne s\u2019agirait-il que de la fuite d\u2019Horace pour vaincre les Curiaces, pour vaincre les fant\u00f4mes qui s\u2019opposeraient \u00e0 sa vie&nbsp;?<br>\u00c0 ce titre, un auteur inhib\u00e9 ou fou mais qui saurait donner de son inhibition ou de sa folie une repr\u00e9sentation \u00e0 valeur de symbole, entendons une repr\u00e9sentation \u00e0 valeur universelle, vaudrait autant \u2014 si ce n\u2019est plus parfois \u2014 qu\u2019un auteur professeur de vie, qu\u2019un professeur de sagesse ou de bonheur, aidant \u00e0 aller de l\u2019avant quand rien ne s\u2019y oppose vraiment. Que vaudrait la saintet\u00e9 sans la tentation&nbsp;? Que vaudrait le courage sans la l\u00e2chet\u00e9 et la peur&nbsp;? Que vaut l\u2019action raisonn\u00e9e, voire intuitive, si elle ne s\u2019oppose \u00e0 l\u2019inhibition ou \u00e0 la paresse pour la contrarier&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb7\">7<\/a>]&nbsp;? \u00ab&nbsp;L\u2019enfer [n\u2019est-ce pas] le ciel en creux&nbsp;\u00bb ainsi que l\u2019affirmait Barbey d\u2019Aurevilly, l\u2019auteur de <em>L\u2019Ensorcel\u00e9e<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb8\">8<\/a>], du \u00ab&nbsp;Bonheur dans les crime&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb9\">9<\/a>]&nbsp;\u00bb, des <em>Diaboliques<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb10\">10<\/a>], en connaisseur&nbsp;?<br>Les artistes, les po\u00e8tes, les \u00e9crivains, les romanciers peignant l\u2019enfer, leur enfer, s\u2019il a valeur universelle, vaudraient donc ceux qui offrent cl\u00e9s en main, l\u2019accession \u00e0 un paradis relatif, comme Colette par exemple, ou Montaigne pour ne citer qu\u2019eux&nbsp;; ils vaudraient les \u00e9crivains de combat(s), de combats pour le bien commun \u00e9galement, comme Hugo, Aragon, \u00c9luard, Desnos\u2026 pour n\u2019en citer que quelques-uns encore tant il y en a. Il s\u2019agit bien de la folie, de ce qui emp\u00eache la vie, de ce qui emp\u00eache de vivre sa vie, de ce qui occulte le r\u00e9el et ses virtualit\u00e9s possibles, virtualit\u00e9s d\u2019\u00eatre soi, d\u2019\u00eatre autre. N\u2019y a-t-il pas de la folie, de la folie authentique, chez Cervant\u00e8s, chez \u00c9rasme m\u00eame, au-del\u00e0 de leur sagesse qui n\u2019en est somme toute qu\u2019une de leurs faces, leur plus beau profil&nbsp;?\u2026 La folie, oui, sait se montrer p\u00e9dagogique, ma\u00efeutique elle aussi pour tout lecteur qui prend des risques pour interroger la vie <em>via<\/em> la litt\u00e9rature. Folie et litt\u00e9rature, deux visages d\u2019un m\u00eame \u00ab\u00a0\u00e9tant\u00a0\u00bb qui cherche \u00e0 se d\u00e9crypter, qui tente de se reconstruire et avant de se d\u00e9monter&nbsp;? Les exemples ne manqueront pas&nbsp;; des romantiques, ne parlons pas&nbsp;: c\u2019est un acquis, un fait de nature&nbsp;: que l\u2019on songe seulement \u00e0 Nerval ou \u00e0 H\u00f6lderlin&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb11\">11<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vivre ou raconter&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;il faut choisir&nbsp;\u00bb, c\u2019est un fait&nbsp;; mais, parfois, le choix consistera simplement \u00e0 assumer pleinement un autre \u00e9tat de fait qui est l\u2019impossibilit\u00e9 de pouvoir formuler et vivre le choix sous cette forme pr\u00e9cise et arr\u00eat\u00e9e&nbsp;; pour certains, en effet, la formule se r\u00e9sume \u00e0 un autre choix plus restreint, plus tragique encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e0 d\u00e9faut de vivre&nbsp;\u00bb, il leur faut choisir entre \u00ab&nbsp;raconter&nbsp;\u00bb ou tout simplement \u00ab&nbsp;ne pas raconter&nbsp;\u00bb et n\u2019\u00eatre rien, \u00eatre \u00ab\u00a0non n\u00e9\u00a0\u00bb&nbsp;; car \u00ab&nbsp;\u00eatre ou ne pas \u00eatre [, ne pas \u00eatre du tout]&nbsp;; telle est [bien] la question [en v\u00e9rit\u00e9]&nbsp;\u00bb pour ce genre de petits Hamlets, assez courants. Parmi les auteurs, parmi ceux qu\u2019on nomme ou qui se sont revendiqu\u00e9s \u00ab&nbsp;\u00e9crivains&nbsp;\u00bb, qui n\u2019avaient pas le choix\u2026&nbsp;: \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir et de savoir vivre, beaucoup ont \u00ab\u00a0choisi\u00a0\u00bb, effectivement, de \u00ab&nbsp;raconter&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;[se] raconter&nbsp;\u00bb, pour tenter de s\u2019exorciser, de se conjurer de leurs peurs, de leurs angoisses, de leurs inhibitions de toute sorte, de leur n\u00e9vrose, voire de leur psychose et de leur d\u00e9sir de mort ou de crime\u2026&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bon qu\u2019\u00e0 \u00e7a&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb12\">12<\/a>].&nbsp;\u00bb Ils l\u2019ont fait \u00e9galement par ailleurs \u2014 illusoirement ou pas d\u2019ailleurs \u2014 pour tenter, en un m\u00eame mouvement souvent, de conjurer par surcro\u00eet leur \u00e9poque trop \u00e9touffante, ou bien l\u2019Histoire&nbsp;; et pas la petite, bien s\u00fbr, entendons ici la leur, celle intime, celle qu\u2019on a en propre et plus ou moins propre\u2026 mais bien celle avec un grand H, une grande hache, qui vous pose volontiers la t\u00eate sur le billot et vous d\u00e9capite ou vous fend le cr\u00e2ne ou le c\u0153ur, sans qu\u2019Ath\u00e9na n\u2019apparaisse pour autant comme un viatique, arm\u00e9e et casqu\u00e9e, comme compensation, comme consolation, comme ce fut le cas pour Zeus, comme ce peut \u00eatre seulement le cas dans les Mythes.<br>Kafka \u00e9crit&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Si le livre que nous lisons ne nous r\u00e9veille pas d\u2019un coup de poing sur le cr\u00e2ne \u00e0 quoi bon le lire<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb13\">13<\/a>]<strong>&nbsp;?&nbsp;\u00bb <\/strong>C\u2019est ce que demande Franz Kafka&nbsp;; un livre <strong>\u00ab&nbsp;coup de poing&nbsp;\u00bb<\/strong>, coup de hache, il arrive que ce type d\u2019\u00e9crivains sache \u00e9crire, oui, ce type tr\u00e8s particulier de livres-l\u00e0\u2026 de livres-l\u00e0 qui \u00ab&nbsp;frappent&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb14\">14<\/a>]&nbsp;\u00bb, qui \u00ab&nbsp;frappent&nbsp;\u00bb tr\u00e8s fort le lecteur, jusqu\u2019\u00e0 le tuer&nbsp;; ils sont tr\u00e8s rares. Dans le Panth\u00e9on litt\u00e9raire, font-il l\u2019exception qui confirmerait la r\u00e8gle sartrienne&nbsp;? C\u2019est sans doute le cas. C\u2019est ce qui fait tout le prix de leur production. \u00ab&nbsp;Frapp\u00e9s&nbsp;\u00bb d\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils sont ou \u00ab&nbsp;frapp\u00e9s&nbsp;\u00bb qu\u2019ils \u00e9taient pour la plus grande part d\u2019entre eux (\u00ab&nbsp;frapp\u00e9s&nbsp;\u00bb comme on dit en argot, ou susceptibles de l\u2019\u00eatre \u00e0 tout moment), parmi ceux qu\u2019on dit \u00ab&nbsp;\u00e9crivains&nbsp;\u00bb, que l\u2019on consid\u00e8re comme tels, nombreux, ont racont\u00e9, se sont racont\u00e9s, se racontent, pour tenter, \u00e0 d\u00e9faut de vivre vraiment, en somme, d\u2019au moins vivre par procuration. Ce type d\u2019\u00e9criture rel\u00e8ve bien s\u00fbr d\u2019une \u00e9criture \u00e0 pr\u00e9tention th\u00e9rapeutique, d\u2019une \u00e9criture de la n\u00e9vrose, voire de la psychose, comme c\u2019est clairement le cas chez l\u2019inimitable et irrempla\u00e7able Antonin Artaud. Selon le mot d\u2019Aubanel, de Th\u00e9odore Aubanel, l\u2019ami de Mistral, le f\u00e9librige, qui, inspir\u00e9 de Du Bellay, vient ici fort \u00e0 propos avec ses suppos\u00e9s gros sabots, cependant bien pos\u00e9s sur terre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui chante son mal l\u2019enchante&nbsp;\u00bb, en le chantant l\u2019enchante parfois, \u00e0 d\u00e9faut de le dissiper.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors quoi&nbsp;? Pour Kafka, par exemple, \u00ab&nbsp;Vivre ou raconter&nbsp;\u00bb&nbsp;: qu\u2019en est-il&nbsp;? Qu\u2019en \u00e9tait-il \u00e0 Prague, pour lui, \u00e0 la toute fin du XIXe si\u00e8cle et au bord du XXe si\u00e8cle naissant, un XXe si\u00e8cle peut-\u00eatre bien d\u00e9j\u00e0 mort-n\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb15\">15<\/a>]&nbsp;?\u2026 Qu\u2019en serait-il pour exemple, qui sait peut-\u00eatre all\u00e9gorique en soi, d\u2019un certain Franz\u2026 Kafka, \u00e9crivain tch\u00e8que de langue allemande, auteur Juif&nbsp;? La lettre de Franz Kafka \u00e0 Oskar Pollack son condisciple de Lyc\u00e9e, dat\u00e9e du 27 janvier 1904 (ils ont alors tous deux aux alentours de vingt ans, Kafka a vingt et un an) est \u00e0 cet \u00e9gard fort r\u00e9v\u00e9latrice. Embl\u00e9matique, elle a valeur de manifeste ou presque (si involontaire soit-il), d\u2019autant qu\u2019elle permet d\u2019observer quasiment \u00e0 la source les raisons de la vocation litt\u00e9raire de Kafka, de sa vocation \u2014 il n\u2019en a pas d\u2019autre&nbsp;\u2014, et de constater en les confrontant au lent processus d\u2019\u00e9laboration de l\u2019\u0152uvre \u00e0 venir qu\u2019il ne variera jamais dans son attitude face au fait litt\u00e9raire, face \u00e0 la cr\u00e9ation qu\u2019il envisage comme la seule et unique solution qui s\u2019offre \u00e0 lui, confront\u00e9 qu\u2019il est au dilemme fatal lui aussi, et qui est de devoir choisir, d\u2019\u00eatre mis en demeure chaque jour un peu plus de devoir choisir entre \u00ab&nbsp;vivre ou raconter&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On notera d\u2019abord que la vocation de Franz Kafka est une vocation relativement tardive&nbsp;; certes, tr\u00e8s jeune adolescent, il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit des <strong>\u00ab&nbsp;choses emphatiques&nbsp;\u00bb<\/strong> et convenues \u2014 pour le citer \u2014 qu\u2019il nommera par la suite <strong>\u00ab&nbsp;vieux papiers odieux&nbsp;\u00bb<\/strong> et qu\u2019il br\u00fblera, mais c\u2019est \u00e0 vingt et un ans justement, en 19O4, lorsqu\u2019il \u00e9crit cette fameuse lettre \u00e0 Oskar Pollack, que commence sa premi\u00e8re tentative \u2014 avortement premier qui sera suivi d\u2019une longue s\u00e9rie d\u2019autres avortements, \u2014 sa premi\u00e8re vraie tentative, tr\u00e8s symboliquement intitul\u00e9e <strong>\u00ab&nbsp;Description d\u2019un combat&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;; il s\u2019agit d\u2019une rhapsodie inachev\u00e9e&nbsp;; inachev\u00e9e, avort\u00e9e, oui, car le \u00ab&nbsp;Boh\u00e9mianisme&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb16\">16<\/a>]&nbsp;\u00bb comme dirait Baudelaire, la tentation boh\u00e9mianiste tourne court&nbsp;; elle se verra suivie \u00e0 la fin de 1906 par un autre projet avort\u00e9 \u00e0 nouveau et au titre \u00e0 nouveau tr\u00e8s \u00e9minemment symbolique&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Pr\u00e9paratifs de noce \u00e0 la campagne&nbsp;\u00bb<\/strong>. Noce,\u2026 et, combat&nbsp;; noce ou combat&nbsp;: tout un programme pour Kafka&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est Max Brod, en 1907 \u2014 Max Brod, le nouvel ami, le nouveau confident qui, apr\u00e8s le premier ami Oskar Pollack, Pollack, <strong>\u00ab&nbsp;Oskar&nbsp;\u00bb<\/strong> se dissipant, disparaissant\u2026 c\u2019est Max Brod, en l\u2019incitant \u00e0 publier, qui impose \u00e0 Kafka l\u2019id\u00e9e qu\u2019il est peut-\u00eatre \u00e9crivain, qu\u2019il peut \u00eatre \u00e9crivain, un v\u00e9ritable \u00e9crivain&nbsp;: fait pour se survivre&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb17\">17<\/a>]. Il a alors vingt quatre ans. Vocation tardive dit souvent vocation de recours. Chez Kafka, s\u2019agit-il d\u2019un recours \u00e0 l\u2019affabulation, \u00e0 la fiction&nbsp;? C\u2019est une question.<br>Ce qui frappe dans la lettre \u00e0 Pollack dat\u00e9e du 27 janvier 1904, dont Kafka dit lui-m\u00eame qu\u2019elle <strong>\u00ab&nbsp;[lui] para[\u00eet dans l\u2019id\u00e9al] plus importante que toutes les autres&nbsp;\u00bb<\/strong>, c\u2019est, au fil de la plume et par cons\u00e9quent ici au fil de la pens\u00e9e \u2014 car le genre est \u00e9pistolaire et rel\u00e8ve du premier jet, \u2014 le recours chaotique et non orchestr\u00e9 sur le mode du hiatus, de l\u2019anacoluthe, \u00e0 l\u2019apologue et \u00e0 la fable&nbsp;; pour \u00eatre plus pr\u00e9cis&nbsp;: le recours \u00e0 l\u2019apologue sur le mode mythologique. Ce qui se dessine l\u00e0, d\u00e8s janvier 1904, n\u2019est de toute \u00e9vidence \u2014 c\u2019est flagrant \u2014 pas une vocation de po\u00e8te, mais bel et bien d\u2019embl\u00e9e une vocation de romancier lequel va se r\u00e9fugier dans un univers de fiction pour traduire sa \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, ou, du moins, son approche de la r\u00e9alit\u00e9, voire m\u00eame son incapacit\u00e9 radicale \u00e0 l\u2019affronter, et, en d\u2019autres termes&nbsp;: sa fuite.<\/p>\n\n\n\n<p>On notera dans la lettre, tr\u00e8s imm\u00e9diat, tr\u00e8s \u00e9vident, le chaos des histoires, des historiettes, des apologues qui se succ\u00e8dent, apparemment sans lien\u2026 Tel appara\u00eet Kafka dans la lettre \u00e0 Pollack&nbsp;: f\u00e9brile, il invente des fictions et des images, plus exactement, il les essaie&nbsp;; d\u00e9\u00e7u, il les abandonne pour en inventer aussit\u00f4t d\u2019autres, qu\u2019il abandonnera \u00e0 leur tour. Et ainsi de suite. Ainsi du reste. C\u2019est ainsi. C\u2019est ainsi qu\u2019il fonctionne. Dans cette lettre confession qui se veut manifeste, il se donne pour ce qu\u2019il est au plus profond&nbsp;; il se trahit. Il op\u00e9rera toujours ainsi, tout au long de son \u0152uvre, de sa vie. On peut dire qu\u2019il op\u00e9rera ainsi aussi \u2014 de fa\u00e7on aussi \u00e9quivoque \u2014 avec ses amours. Il en est, en effet, pour Kafka, de l\u2019amour, comme d\u2019une fiction impossible qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 faire vivre, qu\u2019on arrive pas \u00e9crire, \u00e0 coucher sur le papier, sans doute exclusivement d\u2019ailleurs \u00e0 seules fins de la faire mourir. De la fiction comme un recours \u00e0 l\u2019amour&nbsp;? \u2014 Sans nul doute&nbsp;!\u2026<br>Si Franz Kafka, de prime abord, ne semble pas \u00eatre l\u2019\u00e9crivain d\u2019un seul livre&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb18\">18<\/a>], pas plus que l\u2019homme d\u2019un seul amour, on peut admettre qu\u2019il est bien l\u2019\u00e9crivain d\u2019un seul univers, le sien, reconnaissable entre tous. En outre, pr\u00e9occup\u00e9 qu\u2019il est toujours, et de fa\u00e7on de plus en plus urgente \u2014 hyst\u00e9rique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb19\">19<\/a>] m\u00eame peut-on dire \u2014 de sa prospection raisonn\u00e9e et irraisonn\u00e9e, de plus en plus profonde, de plus en plus risqu\u00e9e, on peut ajouter que ses livres, ou ses tentatives de livres, vont tous clairement dans une m\u00eame direction, comme une fuite en avant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0152uvre kafka\u00efen, \u00e0 vrai dire, ne parle pas du monde \u2014 ou disons du monde d\u2019abord, de celui qu\u2019affrontant le monde on aborde, \u2014 mais d\u2019abord, voire exclusivement, du \u00ab&nbsp;monde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un homme&nbsp;\u00bb pour reprendre l\u2019expression de Victor Hugo, d\u2019un \u00eatre en somme enferm\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de sa n\u00e9vrose et qui cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment son salut non pas vers la fen\u00eatre qui ouvre sur l\u2019ext\u00e9rieur, sur une alt\u00e9rit\u00e9 de fa\u00e7ade de toute fa\u00e7on grillag\u00e9e, munie de barreaux et trop haute, mais dans sa nuit. Le caract\u00e8re obsessionnel de cette qu\u00eate et de cette prospection fait qu\u2019on peut consid\u00e9rer chaque \u0153uvre de Kafka comme un moment de cette qu\u00eate, comme un chapitre qu\u2019il tente d\u2019y ajouter, imm\u00e9diatement abandonn\u00e9, parfois m\u00eame laiss\u00e9 en chantier comme c\u2019est le cas pour <em>Le Proc\u00e8s.<\/em> En somme, Kafka est en perp\u00e9tuelle qu\u00eate d\u2019un r\u00e9cit impossible, le sien, d\u2019un perp\u00e9tuel et urgent besoin de se nommer comme Adam les choses pour les poss\u00e9der, mais en vain.<br>Les mots, le plus souvent selon lui \u2014 il le sait, il le sent \u2014 lui restant dans la gorge, dans le c\u0153ur, refusant de passer par sa main, Kafka est ainsi \u00e0 la fois l\u2019\u00e9crivain d\u2019une possession \u2014 celle qu\u2019op\u00e8re sur lui l\u2019angoisse puisqu\u2019en \u00e9crivant, chaque fois, il se confronte en r\u00e9alit\u00e9 une fois de plus \u00e0 l\u2019inhibition \u2014 mais l\u2019\u00e9crivain aussi d\u2019une d\u00e9possession incurable&nbsp;: la n\u00e9vrose le d\u00e9poss\u00e9dant sans cesse de sa vie propre et l\u2019amenant \u00e0 ne vivre sa vie que par le biais de la fiction et de personnages de substitution&nbsp;; ses personnages ne sont qu\u2019autant d\u2019images en fait, d\u2019images fragment\u00e9es de son moi \u00e9clat\u00e9, sans qu\u2019il y ait curation&nbsp;; le moi reste \u00e9clat\u00e9, \u00ab&nbsp;vaporis\u00e9&nbsp;\u00bb dirait Baudelaire&nbsp;; la tentative de \u00ab&nbsp;concentration&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb20\">20<\/a>]&nbsp;\u00bb demeure irr\u00e9m\u00e9diablement vou\u00e9 au m\u00eame \u00e9chec, et sans rem\u00e8de.<br>C\u2019est sans doute pourquoi, comme cet autre grand n\u00e9vros\u00e9 (fran\u00e7ais, lui), St\u00e9phane Mallarm\u00e9, pape du symbolisme, h\u00e9ritier direct de Baudelaire, soleil couchant du romantisme, mort d\u2019\u00ab&nbsp;hyst\u00e9rie&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb21\">21<\/a>]&nbsp;\u00bb, c\u2019est sans doute pourquoi Kafka est le porteur d\u2019une croyance unique&nbsp;: celle que le monde impossible, que sa vie impossible doit se r\u00e9soudre dans un livre et par un livre, livre qui serait entre tous les livres, \u00ab&nbsp;Le Livre&nbsp;\u00bb, un jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lettre \u00e0 Oskar Pollack du 27 janvier 1904 \u2014 revenons-y magn\u00e9tiquement \u2014 le recours syst\u00e9matique, chaotique et contradictoire, \u00e0 la parabole, \u00e0 l\u2019apologue \u00e0 pr\u00e9tention mythologique (laquelle fait penser \u00e0 Freud) sur le mode du \u00ab&nbsp;palimpseste&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb22\">22<\/a>]&nbsp;\u00bb, de palimpsestes successifs se rajoutant et se superposant et se surimposant \u00e0 l\u2019infini, image du r\u00e9cit d\u2019une vie qui, perp\u00e9tuellement, cherchant \u00e0 se nommer, perp\u00e9tuellement s\u2019efface et se r\u00e9\u00e9crit, suffirait \u00e0 prouver cette obsession, son obsession, dans toute sa radicalit\u00e9. Kafka est l\u2019homme d\u2019un Livre qu\u2019il n\u2019\u00e9crira jamais&nbsp;; Kafka est le r\u00eaveur \u00e9veill\u00e9 du \u00ab&nbsp;Livre&nbsp;\u00bb qui devrait le soigner, et, par l\u00e0-m\u00eame pense-t-il, pourrait soigner l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re&nbsp;; il est en qu\u00eate \u2014 qu\u00eate impossible \u2014 d\u2019un livre panac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>De tentative avort\u00e9e en tentative avort\u00e9e, apr\u00e8s conjointement dans sa vie priv\u00e9e un nouvel amour avort\u00e9 aussi et tout en s\u2019appr\u00eatant \u00e0 en vivre un autre encore, il en viendra \u00e0 \u00e9crire en 1919 \u2014 sans recourir cette fois au masque de la fiction, \u00e0 cette forme d\u2019all\u00e9gorie qui lui est si commode, incommode \u00e0 la fois puisqu\u2019impropre \u00e0 le soigner, \u2014 il en viendra \u00e0 tenter sa fameuse \u00ab&nbsp;Lettre au p\u00e8re&nbsp;\u00bb \u2014 v\u00e9ritable attentat freudien, attentat rat\u00e9, acte manqu\u00e9, \u2014 laquelle est sans doute la version la plus proche du livre exorcisme r\u00eav\u00e9. Il l\u2019\u00e9crira, jusqu\u2019au bout certes \u2014 \u00ab&nbsp;Enfin&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb pourrait-on dire \u2014 mais, d\u2019une part on sait qu\u2019il n\u2019atteindra pas son destinataire, d\u2019autre part, ainsi que le remarque sa plus r\u00e9cente traductrice Monique Laederach, la construction de ce texte le d\u00e9voile, le r\u00e9v\u00e8le dans sa plus totale nudit\u00e9 psychique&nbsp;: celle d\u2019un \u00eatre profond\u00e9ment atteint et affect\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>La construction du texte [\u00e9crit-elle, en effet, fonctionne], selon des cercles concentriques, forme une parfaite illustration non seulement de l\u2019\u00eatre int\u00e9rieur de Franz Kafka et des liens qui l\u2019unissent \u00e0 son p\u00e8re \u2014 et par son p\u00e8re \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fragment\u00e9e qui les entoure&nbsp;\u2014, mais aussi de sa lutte contre les \u00ab\u00a0cercles d\u2019influence\u00a0\u00bb de son p\u00e8re [\u2026] elle reproduit \u00e9galement sa prison int\u00e9rieure, selon une spirale dont l\u2019amplification ne renvoie nullement \u00e0 une dynamique, mais plut\u00f4t \u00e0 une intensification. [\u2026][Une intensification, oui, car] \u00e0 l\u2019inverse de cette construction rigoureuse qui avance en spirale, ce que l\u2019on d\u00e9couvre tr\u00e8s vite [c\u2019est] un incroyable chaos verbal. [On remarque, en effet, d]es mots, leurs agencements et les r\u00e9p\u00e9titions non seulement nombreuses mais inutiles, bref&nbsp;: les mille et une maladresses de l\u2019\u00e9criture, incompr\u00e9hensibles de la part d\u2019un \u00e9crivain \u2014 allant bien au-del\u00e0 de l\u2019avertissement qu\u2019il donne au lecteur [au destinataire unique&nbsp;: son p\u00e8re]&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et si je tente ici de te r\u00e9pondre par \u00e9crit, ce ne sera encore que tr\u00e8s incomplet parce que m\u00eame dans l\u2019\u00e9criture, cette crainte et ses cons\u00e9quences me paralysent face \u00e0 toi&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb23\">23<\/a>]&nbsp;\u00bb [avertissement] qui n\u2019a donc rien de rh\u00e9torique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb24\">24<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, c\u2019est dit, et pos\u00e9 m\u00eame comme une th\u00e8se en v\u00e9rit\u00e9 (la th\u00e8se d\u00e9fendue par le pr\u00e9sent article)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Livre&nbsp;\u00bb \u2014 r\u00eave fin de si\u00e8cle&nbsp;\u2014, le \u00ab&nbsp;Livre&nbsp;\u00bb panac\u00e9e, et, mallarm\u00e9en, impossible, sans cesse r\u00e9\u00e9crit de fond en comble, d\u2019\u00e9chec successif en \u00e9chec successif sans cesse remis sur le chantier comme un perp\u00e9tuel avortement d\u2019une s\u00e9rie de moi avort\u00e9s, trouverait donc sa version la plus explicite dans la \u00ab&nbsp;Lettre au p\u00e8re&nbsp;\u00bb, jamais envoy\u00e9e.<br>La litt\u00e9rature \u00e9tant envisag\u00e9e par lui comme une m\u00e9dication, et, tout \u00e9tant en mati\u00e8re de m\u00e9dication affaire de dosage, en attendant l\u2019av\u00e8nement du livre messianique, comme les vaches m\u00e2cheuses de \u00ab&nbsp;colchique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb25\">25<\/a>]s&nbsp;\u00bb du po\u00e8me d\u2019Apollinaire qu\u2019elles ne cessent de ruminer, de \u00ab\u00a0repanser\u00a0\u00bb, lentement Kafka s\u2019empoisonne. Dans la \u00ab&nbsp;Lettre au p\u00e8re&nbsp;\u00bb \u2014 comme cinq ans plus t\u00f4t dans <em>Le Proc\u00e8s,<\/em> \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir oser faire le proc\u00e8s du p\u00e8re, de \u00ab&nbsp;tuer le p\u00e8re&nbsp;\u00bb au sens freudien, \u2014 Kafka, inhib\u00e9 fondamental, retournant la violence impossible contre le p\u00e8re, contre soi, tente d\u2019instruire son propre \u00ab&nbsp;Proc\u00e8s&nbsp;\u00bb. Cela ne lui sera d\u2019aucun enseignement.<\/p>\n\n\n\n<p>Reni\u00e9 par son p\u00e8re, Kafka existe-t-il&nbsp;? Pourrait-il exister, \u00eatre autre \u00ab&nbsp;chose&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb26\">26<\/a>]&nbsp;\u00bb qu\u2019un \u00ab&nbsp;fant\u00f4me&nbsp;\u00bb au sens shakespearien du terme, qu\u2019un petit Hamlet qui erre comme une \u00e2me en peine, sans se d\u00e9cider \u00e0 tuer quiconque, bref, qu\u2019un \u00ab\u00a0non-n\u00e9\u00a0\u00bb&nbsp;? Reste le recours au \u00ab&nbsp;Verbe&nbsp;\u00bb pour jouer les cr\u00e9ateurs, pour tenter de s\u2019inventer d\u00e9miurge de son propre moi. Seulement voil\u00e0&nbsp;: si l\u2019on se risque \u00e0 effectuer comme il se doit un \u00e9tat des lieux de son <em>no man\u2019s land<\/em> mental et de sa situation, on est amen\u00e9 \u00e0 constater que pour l\u2019aider, si l\u2019on peut dire, Kafka, n\u2019a \u00e0 sa port\u00e9e, entre yiddish et allemand, qu\u2019une langue qui n\u2019existe pas&nbsp;; de cette langue mixte qui h\u00e9site et s\u2019annule d\u2019elle-m\u00eame, il use dans la \u00ab&nbsp;Lettre au p\u00e8re&nbsp;\u00bb symboliquement, pardon, symptomatiquement&nbsp;; cette langue mixte, s\u2019annulant, elle \u00e9tait, elle sera toujours l\u00e0, partout, dans les autres \u0153uvres, comme une tentation sourde, sous-\u00e9crite, sur-\u00e9crite sous l\u2019apparente, comme implicite, comme un n\u00e9ant, pr\u00eat \u00e0 gagner la partie dont l\u2019enjeu est la qu\u00eate d\u2019un sens, d\u2019un sens enfin au tout, au monde, \u00e0 soi et au discours, par un complet effacement<br>Voil\u00e0 donc pour la langue, la langue de Kafka&nbsp;; la langue&nbsp;: ce pays qu\u2019on porte avec soi. Quels autres domaines&nbsp;? Quelle autre patrie&nbsp;? Pour se r\u00e9fugier, s\u2019ancrer quelque part en ce monde lorsqu\u2019il n\u2019a pas la tentation romantique d\u2019\u00eatre un <em>Wanderer,<\/em> Juif errant, \u00e9ternel errant r\u00e9current \u2014 une tentation qu\u2019il a souvent, \u2014 un voyageur n\u2019ayant pour bagage que son malheur, Kafka, entre Tch\u00e9kie, Boh\u00eame, et empire Austro-Hongrois momentan\u00e9ment persistant comme un spectre lequel sera dissout, d\u00e9fait par le Trait\u00e9 de Versailles et celui de Saint-Germain-en-Laye, n\u2019a pour refuge qu\u2019un pays qui n\u2019existe pas.<br>Kafka peut-il d\u00e8s lors esp\u00e9rer trouver dans sa \u00ab\u00a0raison sociale\u00a0\u00bb sinon des \u00e9l\u00e9ments tout au moins des ferments d\u2019identit\u00e9&nbsp;? Sur le plan social, entre r\u00e9ussite et \u00e9chec \u2014 comme pour Joseph K. \u2014 dans son \u00ab&nbsp;Office d\u2019assurances contre les accidents du travail&nbsp;\u00bb sans nulle assurance pour lui, il est, il le sait, il le sent&nbsp;: un \u00eatre social qui n\u2019existe pas.<br>Mais la dissipation de son identit\u00e9 possible, le processus in\u00e9luctable de dissipation de son \u00eatre, pire encore&nbsp;: de la possibilit\u00e9 pour lui de constituer un \u00eatre ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0&nbsp;: plus subtil encore, plus terrible, dans son pr\u00e9nom m\u00eame, \u00e0 ce pr\u00e9nom m\u00eame de Franz que son p\u00e8re a emprunt\u00e9 \u00e0 l\u2019Empereur Fran\u00e7ois-Joseph, figure paternelle pour \u00ab&nbsp;l\u2019Empire&nbsp;\u00bb, et qu\u2019on lui fait porter parce qu\u2019il est l\u2019a\u00een\u00e9 et le premier fils, comme s\u2019il devait s\u2019agir d\u2019une preuve tangible de l\u2019int\u00e9gration sociale de toute la famille&nbsp;: en tant que Juif, Franz Kafka, ne peut, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, que ressentir un rapport \u00ab&nbsp;irr\u00e9m\u00e9diable[ment]&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb27\">27<\/a>]&nbsp;\u00bb impossible&nbsp;; un Franz juif, en effet, pour lui, et sous cette autre figure paternelle terrible qu\u2019est Hermann Kafka, fils de boucher, ne peut \u00eatre que de la fausse monnaie. Hermann Kafka, le P\u00e8re, le <em>Pater familias<\/em> tyrannique et intransigeant, sans r\u00e9mission, sans pardon, qui exige qu\u2019on parle allemand chez lui, en donnant ce pr\u00e9nom \u00e0 son fils a\u00een\u00e9, en ayant appel\u00e9 son fils \u00ab&nbsp;Franz&nbsp;\u00bb, r\u00e9pond en quelque sorte \u00e0 la propagande imp\u00e9riale qui pr\u00e9sente l\u2019empereur comme \u00e9tant le P\u00e8re absolu pour tous ses sujets, sous cet autre P\u00e8re qu\u2019est Dieu. Avec ce pr\u00e9nom, il a mis son fils en premi\u00e8re ligne, il l\u2019a contraint pour jamais, sans lui demander son avis, \u00e0 un destin de champion mandat\u00e9 pour d\u00e9fendre l\u2019honneur suppos\u00e9 d\u2019une famille juive&nbsp;; il l\u2019a vou\u00e9 \u00e0 un combat perdu d\u2019avance&nbsp;; il en a fait un vaincu, un vaincu d\u00e9finitif qui n\u2019aura jamais sa revanche. Pour Franz Kafka, son p\u00e8re ne le reconnaissant pas, l\u2019h\u00e9ritage en est d\u2019autant plus terrible. Il est exil\u00e9 dans son pr\u00e9nom comme il l\u2019est par voie de cons\u00e9quence aussi ainsi dans son pays. \u00ab&nbsp;Juif&nbsp;\u00bb de son p\u00e8re, \u00ab&nbsp;Juif&nbsp;\u00bb au sens raciste du terme pour son propre p\u00e8re \u2014 on est toujours le Juif de quelqu\u2019un dans cette vie \u2014 comme juif encore pour le moindre des sujets de l\u2019empereur de l\u2019Autriche-Hongrie, il se doit d\u2019affronter sans cesse, de se confronter sans cesse \u00e0 un rapport impossible au p\u00e8re, au roi-p\u00e8re (\u00e0 l\u2019empereur), comme au \u00ab&nbsp;P\u00e8re&nbsp;\u00bb qu\u2019est Dieu. Il est remarquable de constater qu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, Kafka s\u2019int\u00e9ressera au juda\u00efsme, comme pour tenter une ultime fois de r\u00e9soudre cette \u00e9nigme \u2014 v\u00e9ritable \u00e9nigme du Sphinx, \u2014ce r\u00e9bus auquel son p\u00e8re l\u2019a vou\u00e9, sans piti\u00e9 aucune&nbsp;; car, pour Franz Kafka, c\u2019est acquis, c\u2019est du pur sadisme&nbsp;: Hermann, le P\u00e8re, le savait&nbsp;; Hermann Kafka savait que c\u2019\u00e9tait un pr\u00e9nom impossible, impossible \u00e0 porter pour un fils&nbsp;; il s\u2019est veng\u00e9 de sa juda\u00eft\u00e9 sur son fils, ce fils dont il a fait un bouc \u00e9missaire pour prouver qu\u2019il \u00e9tait un bon sujet de l\u2019Empereur austro-hongrois.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ces conditions, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas que dans la lettre \u00e0 Oskar Pollack, on sent sourdre partout \u2014 comme dans tant d\u2019autres textes \u2014 que Kafka donne de soi une image d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 de soi-m\u00eame&nbsp;; il donne pleinement raison au p\u00e8re, comme beaucoup d\u2019enfants violent\u00e9s. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir se r\u00e9soudre \u00e0 oser faire, faire enfin, \u00ab&nbsp;Le Proc\u00e8s&nbsp;\u00bb des parents, l\u2019absence d\u2019amour d\u2019un des parents am\u00e8ne souvent l\u2019enfant \u00e0 la haine de soi, \u00e0 la remise en cause d\u2019abord du support de l\u2019<em>ego<\/em> qu\u2019est le corps. Ce rejet peut parfois aller jusqu\u2019\u00e0 la mutilation. Avant d\u2019aller jusqu\u2019\u00e0 s\u2019imaginer dans la carapace d\u2019une vermine abjecte, sous le nom de Gr\u00e9goire Samsa&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb28\">28<\/a>], on peut supposer que tr\u00e8s t\u00f4t, Franz Kafka vit dans le plus complet d\u00e9go\u00fbt de soi-m\u00eame.<br>Claude Thiebaut dans son ouvrage <em>Les M\u00e9tamorphoses de Franz Kafka<\/em> en signale un des effets les plus tangibles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Kafka a connu dans sa vie des p\u00e9riodes de paralysie de l\u2019app\u00e9tit sexuel. Ce qu\u2019il \u00e9crit dans son journal permet d\u2019en appr\u00e9cier le caract\u00e8re ponctuel et d\u2019en pr\u00e9ciser l\u2019origine, en g\u00e9n\u00e9ral, de gros soucis caus\u00e9s par sa famille.&nbsp;\u00bb Une question se pose&nbsp;: sans accr\u00e9diter pour autant une seconde la th\u00e8se d\u2019une impuissance m\u00e9canique, ne faut-il pas sugg\u00e9rer&nbsp;: que ce caract\u00e8re n\u2019est sans doute pas ponctuel mais au contraire r\u00e9current, install\u00e9, quand on lit de la main m\u00eame de Kafka des aveux plus que signifiants du type de celui du <em>Journal<\/em> \u00e0 la date du 14 ao\u00fbt 1913, lorsqu\u2019il con\u00e7oit <strong>\u00ab&nbsp;le co\u00eft comme ch\u00e2timent du bonheur de vivre ensemble. [Lorsqu\u2019il \u00e9met le souhait explicite de] vivre dans le plus grand asc\u00e9tisme possible, [avec la femme qu\u2019il dit aimer] plus asc\u00e9tiquement qu\u2019un c\u00e9libataire [ajoute-t-il, et, qu\u2019il avoue d\u2019un m\u00eame \u00e9lan psychotique&nbsp;:] c\u2019est pour moi l\u2019unique possibilit\u00e9 de supporter le mariage [s\u2019interrogeant quand m\u00eame sur les d\u00e9sirs de sa future conjointe&nbsp;:] mais elle<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb29\">29<\/a>] <strong>&nbsp;?&nbsp;\u00bb <\/strong>\u00c0 Felix Weltsch aussi, la m\u00eame ann\u00e9e 1913, le 23 juillet, dans un bordel de Prague, apr\u00e8s avoir pris sur ses genoux une petite beaut\u00e9 v\u00e9nale et l\u2019avoir \u00ab&nbsp;trouv\u00e9e am\u00e8re&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb30\">30<\/a>]&nbsp;\u00bb comme eut dit Rimbaud, et, avoir eu sans doute comme Rimbaud l\u2019envie de l\u2019\u00ab&nbsp;insulte[r]&nbsp;\u00bb, il r\u00e9crimine contre <strong>\u00ab&nbsp;la sexualit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e des femmes, leur impuret\u00e9 naturelle&nbsp;\u00bb. <\/strong>Cette impuret\u00e9 lui fait m\u00eame envisager fantasmatiquement et hyst\u00e9riquement la femme comme une l\u00e9preuse&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb31\">31<\/a>].<br>Se sentant confront\u00e9 tel Artaud, et, de fait, comme tout un chacun, \u00e0 \u00ab&nbsp;la mise au baquet&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb32\">32<\/a>]&nbsp;\u00bb quotidienne et ontologique d\u2019un corps irr\u00e9m\u00e9diablement insatisfaisant, Kafka, condamn\u00e9 \u00e0 la rel\u00e9gation dans un corps intouchable et inhabitable dans un monde sans Dieu&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb33\">33<\/a>] puisque Dieu est d\u00e9clar\u00e9 mort, Kafka, artiste, \u00e9crivain, porte-parole volontaire ou involontaire \u2014 r\u00e9ceptacle en v\u00e9rit\u00e9, haut-parleur, en quelque sorte \u2014 de toutes les n\u00e9vroses de sa classe et de son temps&nbsp;: celui de la Mort des P\u00e8res (car apr\u00e8s Dieu l\u2019Empereur suivra ainsi que les autres monarques) semble poser quelques questions fatales, fondamentales, qui inscrivent son \u0152uvre complet au c\u0153ur du questionnement humain universel, fondamental, mais pour lui la question qui domine est \u00e0 peu pr\u00e8s de cet ordre&nbsp;: qu\u2019est-ce que l\u2019art quand il n\u2019y a pas de sexualit\u00e9 viable pour l\u2019artiste qui le cr\u00e9e, qui croit le cr\u00e9er&nbsp;? Que vaut-il&nbsp;? En d\u2019autres termes, pour enlever l\u2019alibi que constitue l\u2019art et regarder la v\u00e9rit\u00e9 du questionnement dans sa primordiale nudit\u00e9&nbsp;: qu\u2019est-ce qu\u2019une vie quand il n\u2019y a pas de sexualit\u00e9&nbsp;? R\u00e9ponse&nbsp;: \u2014 Un proc\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre contre la sexualit\u00e9 comme Kafka, non pas tout contre, mais en \u00eatre \u00e0 ce point irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e9loign\u00e9, c\u2019est \u00eatre contre la vie, donc contre Dieu, donc coupable du pire p\u00e9ch\u00e9 qui soit ou de la pire faute qui soit si l\u2019on retire Dieu du jeu&nbsp;: \u00eatre contre la vie. C\u2019est un crime. Et ce crime t\u00f4t ou tard, il faudra le payer, d\u2019un proc\u00e8s, sans doute de la mort. Sans nul doute. La n\u00e9vrose de Kafka tient au fait que son accession \u00e0 la sexuation&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb34\">34<\/a>] s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e impossible, de par son p\u00e8re castrateur. L\u2019ind\u00e9cision dans le domaine de la sexuation est perceptible chez Kafka \u00e0 maints endroits de l\u2019\u0152uvre&nbsp;: il appara\u00eet que comme \u00eatre, il n\u2019est pas fini, fix\u00e9.<br>Faut-il des preuves&nbsp;? Des pi\u00e8ces pour instruire le proc\u00e8s&nbsp;? Ils abondent. Pour seul exemple, dans le rapport \u00e0 Oskar Pollack comme \u00e0 Max Brod qui le remplacera, il y a sans doute une part d\u2019homosexualit\u00e9 latente, non assum\u00e9e. \u00ab&nbsp;Cherchez la femme&nbsp;\u00bb confiait Nadar pour qui pr\u00e9tendait comprendre son ami Charles-Pierre Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;le plus hallucin\u00e9 des illusionnistes&nbsp;\u00bb, qui portait en lui selon \u00ab&nbsp;la haine biblique de la femme&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb35\">35<\/a>]&nbsp;\u00bb. Nadar avait raison, c\u2019est un point de vue ontologique. Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re au mythe de l\u2019androgyne tel quel l\u2019expose Aristophane dans <em>Le Banquet<\/em> de Platon, cela rel\u00e8ve en mati\u00e8re d\u2019art et d\u2019artiste du simple bon sens. Toujours dans l\u2019\u00e9crivain homme&nbsp;: cherchons la femme, comme dans l\u2019\u00e9crivain femme, cherchons l\u2019homme. Dans Kafka, cherchons la part f\u00e9minine.<br>Dans <em>Le Banquet<\/em> de Platon, le discours d\u2019Aristophane nous rappelle ou nous r\u00e9v\u00e8le que l\u2019\u00eatre humain, jadis, se suffisait \u00e0 soi-m\u00eame, sous la forme de l\u2019androgyne&nbsp;; mais, les dieux jaloux et vex\u00e9s de cette criante autonomie qui faisait que les hommes ignoraient les dieux, d\u00e9cid\u00e8rent de les couper en deux comme des \u0153ufs, sur le conseil du tr\u00e8s habile et perfide Herm\u00e8s, que d\u2019aucuns ont appel\u00e9 depuis \u00ab&nbsp;Trism\u00e9giste&nbsp;\u00bb \u2014 une des figures de Satan \u2014. Ce ne fut plus d\u00e8s lors que d\u00e9sordre et d\u00e9solation, et, dans l\u2019espoir de recouvrer leur moiti\u00e9 perdue, les hommes, devenus hommes ou femmes, se mirent \u00e0 prier les dieux, et parfois \u00e0 recourir, croyant retrouver leur moiti\u00e9, \u00e0 des collages contre nature. L\u2019artiste tente toujours de recr\u00e9er en lui l\u2019androgyne primitif afin de pouvoir supporter la solitude, de pouvoir \u00e9chapper \u00e0 la solitude en cr\u00e9ant une autonomie qui se suffit \u00e0 elle seule.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour rappeler en outre que toute \u0152uvre d\u2019Art est un substitut du corps de l\u2019artiste, d\u2019un corps qu\u2019il juge m\u00eame s\u2019il l\u2019habite visc\u00e9ralement insatisfaisant quoi qu\u2019il vive ou quoiqu\u2019il affirme, pour rester dans ce domaine qu\u2019est la pens\u00e9e platonicienne et son rapport avec l\u2019univers kafka\u00efen, il est significatif de noter le recours assez explicite que Kafka fait dans l\u2019un de ses apologues \u00e9maillant la lettre du 27 janvier 1904 \u00e0 Pollack au mythe platonicien de la caverne.<\/p>\n\n\n\n<p><small>j\u2019ai lu d\u2019un trait le journal de Hebbel (pr\u00e8s de mille huit cents pages), alors qu\u2019autrefois je ne le prenais toujours que par morceaux, auxquels je ne trouvais aucun go\u00fbt. J\u2019ai quand m\u00eame commenc\u00e9 de fa\u00e7on suivie, au d\u00e9but en me jouant, pour me sentir finalement comme l\u2019homme des cavernes qui, ayant roul\u00e9 une grosse pierre devant l\u2019entr\u00e9e de sa caverne, par jeu et pour rompre l\u2019ennui, est pris d\u2019une sourde frayeur en voyant que la pierre le prive d\u2019air et le plonge dans l\u2019obscurit\u00e9. Il tente alors avec une ardente ardeur de la d\u00e9placer, mais maintenant elle est dix fois plus lourde et, pour retrouver l\u2019air et la lumi\u00e8re, l\u2019homme angoiss\u00e9 doit tendre de toutes ses forces. De m\u00eame je n\u2019ai pu toucher une plume de tout ce temps, car \u00e0 embrasser du regard une telle vie, qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve continuellement sans faille, si haut qu\u2019on peut \u00e0 peine la suivre avec sa longue-vue, on ne peut pas garder la conscience en paix. [\u2026] On ne prend pas de bain de soleil \u00e0 l\u2019ombre.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Dans son apologue, la caverne de Platon, o\u00f9 il devrait lire au moins l\u2019illusion de la r\u00e9alit\u00e9 est obstru\u00e9e par le journal de 1800 pages de Hebbel, est obstru\u00e9e en somme par la litt\u00e9rature de type autobiographique, par un mod\u00e8le qu\u2019il juge insurpassable. Hebbel joue ici le r\u00f4le de figure du p\u00e8re. Comme la mort du p\u00e8re est encore ici impossible&nbsp;: c\u2019est le fils qui est mis au tombeau. Mur\u00e9 dans la conscience \u00ab&nbsp;irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb36\">36<\/a>]&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;irr\u00e9parable&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb37\">37<\/a>]&nbsp;\u00bb d\u2019un rapport impossible, d\u2019un rapport d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 avec le p\u00e8re impossible, seul, dans le noir, abandonn\u00e9, se suicidant soi-m\u00eame, ayant choisi la mort lente et la punition du noir, Kafka \u00e9prouve quand m\u00eame, pour meubler sa nuit toutefois, la tentation de la projection. Cette projection sera double et clairement schizophr\u00e9nique&nbsp;: une projection dans des \u00eatres de chair, p\u00e8res substitutifs \u2014 Pollack et Brod \u2014 \u00e0 qui il donne \u00e0 lire sa litt\u00e9rature, ses justificatifs d\u2019existence, dans ses amours aussi&nbsp;: ne souhaite-t-il pas au d\u00e9part que ses fianc\u00e9es le lisent&nbsp;?&nbsp;; puis, la n\u00e9vrose aidant et \u00e9voluant, il ne se projettera plus que dans des \u00eatres de papier. C\u2019est une vie par procuration. On l\u2019a dit.<br>Autre version de la caverne obstru\u00e9e mais cette fois il est mur\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (int\u00e9rieur, ext\u00e9rieur&nbsp;: m\u00eame sensation&nbsp;; par cons\u00e9quent, pas de solution), Kafka est bien \u00e9videmment aussi le prisonnier de son petit apologue qu\u2019il pr\u00eate au pr\u00eatre de la Cath\u00e9drale dans <em>Le Proc\u00e8s.<\/em> L\u00e0 encore, Kafka vieillit dans la non-vie et meurt devant la porte de Litt\u00e9rature et de sa lib\u00e9ration psychique qui ne s\u2019ouvrira jamais, devant une porte ou un rocher qu\u2019il ne pourra jamais faire rouler.<br>Dans ce fait patent que Kafka voit la litt\u00e9rature comme une caverne dont on ne peut plus rouler la pierre, pousser \u00ab\u00a0la porte\u00a0\u00bb pour sortir, et qui se transforme en tombeau par cons\u00e9quent, en tombeau o\u00f9 l\u2019on est enterr\u00e9 vivant, on lit l\u00e0 la prescience qu\u2019il a de son in\u00e9vitable \u00e9chec, lequel se produira et se reproduira toujours. Qu\u2019on se reporte encore \u00e0 la <strong>\u00ab&nbsp;Lettre au p\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/strong> pour s\u2019en persuader. Cet apologue nous dit que la projection s\u2019av\u00e9rera toujours impossible ou du moins fortement compromise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport \u00e0 Pollack \u00e0 qui Franz Kafka fait toutes ces confidences tout en l\u2019\u00e9rigeant en juge supr\u00eame, ainsi ne para\u00eet gu\u00e8re sain. Le rapport \u00e0 Max Brod ne le sera pas davantage. Pollack qui quittera Prague \u00e0 la fin de 1903 sera remplac\u00e9 par Max Brod rencontr\u00e9 en novembre 1902 lors d\u2019un expos\u00e9 sur Schopenhauer et sur Nietzsche, o\u00f9 Kafka et lui vont sympathiser&nbsp;: au sens \u00e9tymologique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb38\">38<\/a>], n\u2019en doutons pas. Pas sain, le rapport&nbsp;? Il est en effet tr\u00e8s symptomatique de noter que l\u2019amiti\u00e9 avec Max Brod s\u2019est nou\u00e9e, en 1903, apr\u00e8s leur premi\u00e8re rencontre lors d\u2019une conf\u00e9rence consacr\u00e9 au pape du pessimisme&nbsp;: Schopenhauer, ainsi qu\u2019au pape de l\u2019id\u00e9alisme lucide, non exempt de pessimisme \u00e9galement&nbsp;: Fr\u00e9d\u00e9ric Nietzsche.<br>Dans la \u00ab&nbsp;Lettre \u00e0 Oskar Pollack&nbsp;\u00bb du 27 janvier 1904 (qui mourra au front en 1915), Pollack, comme plus tard le sera Max Brod, appara\u00eet clairement comme un p\u00e8re de substitution. Comme pour le confirmer, et pour affirmer son immaturit\u00e9 revendiqu\u00e9e vis \u00e0 vis de lui, son masochisme, son d\u00e9sir de r\u00e9gression enfantine afin d\u2019\u00eatre enfin pris en charge et guid\u00e9, Kafka lui \u00e9crit dans une autre lettre ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Tu \u00e9tais, entre beaucoup d\u2019autres choses, \u00e9galement pour moi un peu comme une fen\u00eatre, par laquelle je pouvais regarder dans la rue. Tout seul, je ne le pouvais pas, car, malgr\u00e9 ma haute taille, je n\u2019arrive pas encore au niveau de l\u2019appui.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Avant que Brod ne joue ce r\u00f4le, cette fonction \u00e0 son tour, Pollack est donc celui qui hausse Kafka jusqu\u2019\u00e0 la fen\u00eatre de l\u2019art \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir le hausser jusqu\u2019\u00e0 celle de la vie, sans doute. Si Oskar Pollack assiste aux premiers balbutiements litt\u00e9raires de Kafka et sera remplac\u00e9 par Max Brod, c\u2019est que Kafka ne peut \u00e9crire sans avoir quelqu\u2019un \u00e0 qui en r\u00e9f\u00e9rer pour ce qui concerne son \u00e9criture, sa pourtant part de libert\u00e9, la seule un peu r\u00e9elle. Max Brod, critique et confident, directeur de conscience, p\u00e8re confesseur. Max Brod accompagnera la qu\u00eate de Kafka, l\u2019\u0152uvre de Kafka, jusqu\u2019\u00e0 la fin, lui, et c\u2019est lui qui r\u00e9instillera de la confiance en son n\u00e9vrotique ami chaque fois que ce dernier s\u2019\u00e9loignant de l\u2019\u00e9criture se rapprochera un peu plus du suicide par \u00ab&nbsp;go\u00fbt du n\u00e9ant&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb39\">39<\/a>]&nbsp;\u00bb. Il est \u00e0 noter que l\u2019\u00e9criture kafka\u00efenne de sa naissance \u00e0 sa mort est le fruit d\u2019un duo et ne saurait s\u2019exercer solitairement&nbsp;; Kafka n\u2019en a pas la force morale. Dans le couple&nbsp;: <em>idem,<\/em> il fonctionne de la m\u00eame fa\u00e7on&nbsp;: il lui faut dans l\u2019amour comme dans l\u2019\u00e9criture la pr\u00e9sence d\u2019un confident, la pr\u00e9sence de ce qu\u2019on pourrait nommer&nbsp;: un p\u00e8re bienveillant.<br>Quelque \u00e9l\u00e9ment pour le prouver&nbsp;? Marqu\u00e9 \u00e0 jamais, \u00e0 vie, par sa relation rat\u00e9e avec son p\u00e8re biologique qui ne cesse de le rabrouer, de le nier, de l\u2019\u00e9craser comme <strong>\u00ab&nbsp;un ver&nbsp;\u00bb<\/strong> dira-t-il, \u00e9crira-t-il dans la lettre impossible qu\u2019il aura l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de lui \u00e9crire mais non pas de lui envoyer, vis \u00e0 vis d\u2019Oskar Pollack, dans la lettre du 27 janvier 1904, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il lui fait jouer un r\u00f4le de p\u00e8re \u2014 fut-il bienveillant celui-l\u00e0 \u2014 Kafka manifeste une culpabilit\u00e9 diffuse&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Tu m\u2019as \u00e9crit une lettre charmante qui demandait, soit une r\u00e9ponse rapide, soit pas de r\u00e9ponse du tout&nbsp;; quinze jours ont pass\u00e9 depuis sans que je t\u2019ai \u00e9crit, ce serait impardonnable en soi si je n\u2019avais des raisons. D\u2019abord je ne voulais t\u2019\u00e9crire que des choses bien pes\u00e9es parce que ma r\u00e9ponse \u00e0 cette lettre me paraissait plus importante que toutes les autres (malheureusement je ne l\u2019ai pas fait)&nbsp;; ensuite j\u2019ai lu d\u2019un trait le <em>Journal<\/em> de Hebbel (pr\u00e8s de mille huit cents pages) [\u2026]. \/ [\u2026] \/ J\u2019ai l\u2019impression de t\u2019avoir fait du tort et d\u2019avoir \u00e0 te demander pardon. Mais je n\u2019ai connaissance d\u2019aucun tort. \/ Ton Franz.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Que faut-il d\u00e9duire de ces quelques lignes, qui puisse \u00eatre universel pour les autres \u0153uvres, le <em>Journal,<\/em> la correspondance&nbsp;? Ceci&nbsp;: Kafka semble habit\u00e9 par le go\u00fbt de l\u2019impossible. Rien n\u2019est jamais ni ne peut \u00eatre assez beau pour le p\u00e8re, quand il s\u2019agit d\u2019une chose destin\u00e9e au p\u00e8re, un objet \u2014 s\u2019il est litt\u00e9raire surtout \u2014 qu\u2019on pr\u00e9tend lui donner. Les cons\u00e9quences de cette culpabilit\u00e9 et de ce \u00ab&nbsp;go\u00fbt de l\u2019infini&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb40\">40<\/a>]&nbsp;\u00bb comme dirait Baudelaire, sont d\u00e8s lors chez Kafka tr\u00e8s logiques et elles vont de paire&nbsp;: la procrastination et le spleen&nbsp;; Kafka conna\u00eetra en effet des phases suicidaires et de st\u00e9rilit\u00e9 totale dans le domaine de la cr\u00e9ation.<br>Dans le fragment sus-cit\u00e9, on notera le processus psychologique&nbsp;: d\u2019abord la pulsion chez lui d\u2019une reconnaissance mim\u00e9tique d\u00fbe au besoin de reconnaissance, laquelle am\u00e8ne la projection&nbsp;; puis, c\u2019est l\u2019\u00e9crasement sur la r\u00e9alit\u00e9 sensible de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du sujet choisi, et le rejet. Il est clair qu\u2019\u00e0 terme, ces \u00e9checs trop successifs, trop fr\u00e9quents peuvent mener un individu n\u00e9vros\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la mort, voire au suicide. Dans son <em>Journal,<\/em> Kafka avoue qu\u2019il est sujet \u00e0 des obsessions de ce type, de l\u2019id\u00e9e de suicide, parfois sous la forme de cauchemars&nbsp;; prisonnier de l\u2019int\u00e9rieur comme de l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019il s\u2019av\u00e8re \u00eatre, comme on le sait, l\u2019un d\u2019entre eux \u00e0 la date du 15 octobre 1913 est particuli\u00e8rement significatif&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Pour finir, il faudra bien que la douleur me fasse sauter la t\u00eate. Et ce sera aux tempes. Ce que je voyais en imaginant cela, c\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 une blessure faite par un coup de feu, sauf que les bords du trou \u00e9taient retrouss\u00e9s tout autour et se dressaient en ar\u00eates aigu\u00ebs, comme une bo\u00eete de conserve ouverte brutalement.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Comment diable sortir de soi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La demande de Kafka en mati\u00e8re d\u2019amiti\u00e9 comme en mati\u00e8re de litt\u00e9rature \u2014 n\u2019oublions jamais que les deux sont et seront pour lui indissociablement, indissolublement m\u00eal\u00e9s \u2014 est une demande contradictoire de sagesse et d\u2019ivresse. Kafka, toujours dans sa lettre du 27 janvier 1904, par un apologue, pla\u00e7ant Pollack en une position de sage, significativement s\u2019interroge avec urgence et avec angoisse en retour&nbsp;: suis-je fou&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><small>Il est bon que la conscience porte de larges plaies, elle n\u2019en est que plus sensible aux morsures. Il me semble d\u2019ailleurs qu\u2019on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous r\u00e9veille pas d\u2019un coup de poing sur le cr\u00e2ne, \u00e0 quoi bon le lire&nbsp;? [\u2026] Nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup comme la mort de quelqu\u2019un que nous aimerions plus que nous-m\u00eames, comme si nous \u00e9tions proscrits, condamn\u00e9s \u00e0 vivre dans des for\u00eats loin de tous les hommes, comme un suicide \u2014 un livre doit \u00eatre la hache pour la mer gel\u00e9e en nous. Voil\u00e0 ce que je crois.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Kafka demande \u00e0 la litt\u00e9rature d\u2019\u00eatre un outil th\u00e9rapeutique. Il avoue clairement un apport \u00e0 la litt\u00e9rature de type convergent et non divergent&nbsp;: entendons qu\u2019il entretient de toute \u00e9vidence avec la litt\u00e9rature un rapport de report de type narcissique. Il y a donc un grand paradoxe pour qui se confronte \u00e0 l\u2019\u0152uvre de Kafka&nbsp;: c\u2019est que Kafka passe pour un \u00ab&nbsp;grand \u00e9crivain&nbsp;\u00bb alors m\u00eame qu\u2019on diagnostique qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00e9criture de la convergence, narcissique. Mais, les extr\u00eames se touchant, parce qu\u2019il est all\u00e9 au bout de son narcissisme, et, donc, du myst\u00e8re humain dans son \u0152uvre, il en devient divergent&nbsp;: il rayonne.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, si l\u2019on se place sur un plan strictement humain, presque bourgeois, en tous les cas m\u00e9taphysique, il y a dans cette lettre manifeste \u00e0 Oskar Pollack du 27 janvier 1904, un aveu implicite de Kafka, implicite mais tr\u00e8s perceptible&nbsp;: \u00ab&nbsp;je ne serai jamais heureux&nbsp;\u00bb. Pollack lui sert de miroir, de psych\u00e9 de recours, pour lui permettre de s\u2019avouer cette pr\u00e9diction, de se d\u00e9livrer cet oracle. Y aurait-il une part de dandysme hautain dans cet aveu chez Franz Kafka comme chez Baudelaire&nbsp;? De Baudelaire, pr\u00e9cis\u00e9ment, sur ce point, on se souvient \u00e0 ce propos des c\u00e9l\u00e8bres fragments de la lettre \u00e0 Jules Janin&nbsp;:<br><br><small><em>Vous \u00eates un homme heureux.<\/em> Je vous plains, monsieur, d\u2019\u00eatre si facilement heureux. Faut-il qu\u2019un homme soit tomb\u00e9 bas pour se croire heureux&nbsp;! Peut-\u00eatre est-ce une explosion sardonique, et souriez-vous pour cacher le renard qui vous ronge. [\u2026] Trimalcion&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb41\">41<\/a>] est b\u00eate, <em>mais il est heureux.<\/em> Il est vaniteux jusqu\u2019\u00e0 faire crever de rire ses serviteurs, mais <em>il est heureux.<\/em> Il est abject et immonde, mais <em>heureux.<\/em> Il \u00e9tale un gros luxe et feint de se conna\u00eetre en d\u00e9licatesses&nbsp;; il est ridicule, mais il est <em>heureux.<\/em> Ah&nbsp;! pardonnons aux <em>heureux.<\/em> Le <em>bonheur,<\/em> une belle et universelle excuse, n\u2019est-ce pas&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb42\">42<\/a>]&nbsp;?<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>On sent chez Baudelaire la fureur du damn\u00e9 qui signe sa damnation par la provocation et en quelque sorte l\u2019exorcise un peu par la prof\u00e9ration. Chez Kafka, quand on lit la lettre \u00e0 Oskar Pollack et certains fragments du <em>Journal,<\/em> il semble plut\u00f4t y avoir du regret&nbsp;: se comparant \u00e0 Oskar Pollack, c\u2019est avec d\u00e9pit qu\u2019 il constate en se comparant&nbsp;: <strong>\u00ab&nbsp;Mais toi tu es heureux .&nbsp;\u00bb<\/strong> L\u2019antith\u00e8se \u2014 on l\u2019entend \u2014 semble d\u00e9finitive. La damnation para\u00eet \u00eatre un acquis in\u00e9luctable et que ne viendra dissiper jamais aucune r\u00e9demption, aucun semblant de r\u00e9demption. Reste cependant un espoir, un espoir comme une douleur, comme une torture&nbsp;: l\u2019espoir que peut constituer pour lui la \u00ab&nbsp;litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb encore, par foi, l\u2019espoir qu\u2019il y peut mettre, par d\u00e9pit. C\u2019est un espoir bien mince, on l\u2019imagine, pour celui qui craint terrifi\u00e9 que le terme de \u00ab&nbsp;litt\u00e9rature&nbsp;\u00bb ne se limite pour lui \u00e0 terme \u00e0 l\u2019ironique injonction faite \u00e0 qui dans cet art aura pu \u00e9chouer \u00e0 se sauver, \u00e0 transcender son mal en bien, les probl\u00e8mes de son <em>ego<\/em> en compassion universelle&nbsp;: \u2014 \u00ab&nbsp;Litt\u00e9rature, tu dis\u2026 dis-tu&nbsp;?\u2026 [et voici&nbsp;: l\u2019injonction fatale&nbsp;:] Eh bien&nbsp;! vas-y&nbsp;!\u2026 Ahasv\u00e9rus&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb43\">43<\/a>] de pacotille, lis tes ratures&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Si le livre que nous lisons ne nous r\u00e9veille pas d\u2019un coup de poing sur le cr\u00e2ne, \u00e0 quoi bon le lire&nbsp;? Pour qu\u2019il nous rende heureux, comme tu l\u2019\u00e9cris&nbsp;? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n\u2019avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions \u00e0 la rigueur en \u00e9crire nous-m\u00eames. [\u2026] \/ Mais toi, tu es heureux, ta lettre rayonne positivement, je crois que tu n\u2019\u00e9tais malheureux autrefois qu\u2019\u00e0 cause de ces relations qui ne te valent rien, c\u2019est bien naturel, on ne prend pas de bain de soleil \u00e0 l\u2019ombre. Mais que je sois responsable de ton bonheur, ne le crois pas. Au mieux, je le verrais ainsi&nbsp;: un sage, dont la sagesse \u00e9tait cach\u00e9e \u00e0 ses propres yeux, rencontra un fou et s\u2019entretint un moment avec lui de choses apparemment tr\u00e8s lointaines. La conversation finie, comme le fou veut rentrer chez lui \u2014 il vivait dans un pigeonnier&nbsp;\u2014, l\u2019autre lui saute au cou, l\u2019embrasse et lui crie&nbsp;: merci, merci, merci. Pourquoi&nbsp;? La folie du fou avait \u00e9t\u00e9 si grande qu\u2019elle avait montr\u00e9 au sage sa sagesse\u2026<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Une formule comme <strong>\u00ab&nbsp;nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme l\u2019a mort de quelqu\u2019un que nous aimerions plus que nous-m\u00eames, comme si nous \u00e9tions proscrits, condamn\u00e9s \u00e0 vivre dans des for\u00eats loin de tous les hommes, comme un suicide \u2014 un livre doit \u00eatre la hache pour la mer gel\u00e9e en nous [\u2026]&nbsp;\u00bb<\/strong>, r\u00e9v\u00e8le non seulement les tendances masochistes, clairement sadomasochistes de Kafka pour qui ne les auraient pas d\u00e9cel\u00e9es d\u00e9j\u00e0, mais encore son caract\u00e8re suicidaire rep\u00e9rable \u00e0 maints endroits&nbsp;; implicite partout dans l\u2019\u0152uvre, ce caract\u00e8re, il va le confirmer dans sa correspondance et son <em>Journal<\/em>. La tentation du suicide sera chez Kafka pathologique, li\u00e9e \u00e0 une double impossibilit\u00e9 r\u00e9currente sans nul doute \u00e0 mettre en miroir, en abyme de mani\u00e8re v\u00e9ritablement th\u00e9rapeutique comme il le souhaitait&nbsp;: celle ponctuelle d\u2019\u00e9crire et celle permanente, elle, sempiternelle, obsessionnelle d\u2019assumer la sexualit\u00e9&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois sa sexuation et sa corporalit\u00e9, m\u00eame sa corpor\u00e9\u00eft\u00e9, puisqu\u2019il r\u00e9fute toute id\u00e9e de corps.<br>Ayant m\u00eame de la difficult\u00e9 \u00e0 s\u2019incarner dans un texte, substitut du corps rejet\u00e9 \u2014 c\u2019est dire&nbsp;!\u2026 \u2014 il se doit d\u2019inventer ainsi une surlitt\u00e9rarit\u00e9. C\u2019est pourquoi, il affirme une volont\u00e9, apparemment farouche mais qui ne sera qu\u2019apparence dans sa vie priv\u00e9e, de retour \u00e0 l\u2019<em>Hubris.<\/em> Entendons par <em>hubris<\/em>, ici, la jouissance permanente d\u2019\u00eatre soi, sans limite dans la transgression. \u00ab&nbsp;Pourquoi le po\u00ebte ne serait-il pas un broyeur de poisons aussi bien qu\u2019un confiseur, un \u00e9leveur de serpents pour miracles et spectacles, un psyle [sic] amoureux de ses reptiles, et jouissant des caresses glac\u00e9es de leurs anneaux en m\u00eame temps que des terreurs de la foule&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb44\">44<\/a>]&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 Baudelaire bien avant Kafka. Pour Franz Kafka, il faudrait que la litt\u00e9rature soit \u00e0 la hauteur de son mal, \u00e0 proportion de son mal&nbsp;: un rem\u00e8de de cheval, un rem\u00e8de violent. Cependant, il le sent d\u00e9j\u00e0&nbsp;: la litt\u00e9rature sera son rem\u00e8de inefficace&nbsp;: il le sait d\u2019avance. Face \u00e0 l\u2019<em>hubris<\/em> que pourrait provoquer la litt\u00e9rature, Kafka est un malade en situation d\u2019ivrognerie&nbsp;: il requiert les soins intensifs&nbsp;; il les r\u00e9clame. Il convient pour lui, il le sent d\u2019\u00eatre perp\u00e9tuellement \u00ab&nbsp;ivre&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb45\">45<\/a>]&nbsp;\u00bb au sens baudelairien du terme, d\u2019\u00eatre perp\u00e9tuellement dans cette position de recours, sous assistance de l\u2019<em>hubris.<\/em> Le probl\u00e8me, c\u2019est que ce qui le soulage par moment, \u00e0 longue aussi l\u2019empoisonne, le tue.<br>L\u2019<em>hubris.<\/em> On retrouve chez Kafka les pr\u00e9occupations conceptuelles premi\u00e8res qui ont fait Nietzsche, le Nietzsche de 27 ans, auteur de <em>Naissance de la trag\u00e9die<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb46\">46<\/a>]. Pour tenter de r\u00e9pondre aux questions m\u00e9taphysiques que sont&nbsp;: qu\u2019est-ce que la trag\u00e9die&nbsp;? Qu\u2019est-ce que l\u2019art, la litt\u00e9rature&nbsp;? Qui suis-je&nbsp;?\u2026 On sait que Nietzsche a fait le choix d\u2019un art dionysiaque (de la transe, de la folie) qui s\u2019oppose naturellement \u00e0 un art apollinien (de la raison souveraine). Le choix est r\u00e9solu depuis la fin du classicisme, depuis l\u2019explosion ou plut\u00f4t depuis l\u2019implosion romantique&nbsp;: aux jardins \u00e0 la fran\u00e7aise bien ordonn\u00e9s, si polic\u00e9s, aux buis si bien taill\u00e9s, il convient de pr\u00e9f\u00e9rer la profusion brouillonne \u00e0 peine dirig\u00e9e, orchestr\u00e9e, des jardins \u00e0 l\u2019anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 fr\u00e9quenter l\u2019\u0152uvre de Franz Kafka un peu longtemps, on ne peut que croiser Nietzsche et sa n\u00e9vrose&nbsp;: une n\u00e9vrose g\u00e9n\u00e9r\u00e9e elle aussi par le rejet de la corporalit\u00e9, voire de la corpor\u00e9\u00eft\u00e9, par l\u2019inhibition&nbsp;; selon Nietzsche, en effet, selon sa formulation radicale, explicite&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui emp\u00eache l\u2019homme de se prendre pour un Dieu, c\u2019est le bas-ventre.&nbsp;\u00bb Chez Nietzsche (1844-1900) comme chez Kafka (1883-1924), on retrouve une m\u00eame vision d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e du corps, relent d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de la fermentation de la pens\u00e9e augustienne du \u00ab&nbsp;cloaque&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;cloaque&nbsp;\u00bb \u00e0 penser dans un monde d\u00e9sormais sans Dieu. Nietzsche \u00e9tant un penseur fin de si\u00e8cle, celui de 1886, celui de la mort de Dieu \u2014 l\u2019aboutissement en quelque sorte du romantisme allemand&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb47\">47<\/a>], \u2014 il n\u2019est pas \u00e9tonnant qu\u2019il puisse \u00eatre un penseur dont Kafka, d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, d\u00e8s les temps de la conception de son \u0152uvre puis de sa maturation, de sa gestation lente et douloureuse, se sente proche.<br><br>N\u00e9vrose d\u2019un homme, n\u00e9vrose de toute une \u00e9poque. En tant qu\u2019individu, il se pourrait bien que Kafka tende \u00e0 l\u2019arch\u00e9type pour avoir fait ainsi l\u2019unanimit\u00e9 (ou presque) autour de son \u0152uvre. Comme Dom Juan, il est un mythe. Un peu comme <em>L\u2019Homme sans qualit\u00e9<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb48\">48<\/a>] aussi de Robert Musil. Pour bien comprendre Franz Kafka pour pouvoir entrer en son \u0152uvre, il appara\u00eet qu\u2019il faut inscrire Kafka r\u00e9solument dans son \u00e9poque et son pays comme une \u00e9manation de l\u2019Autriche-Hongrie fin de si\u00e8cle, comme une \u00e9manation synth\u00e9tique de tout son si\u00e8cle ou se concentre myst\u00e9rieusement, merveilleusement \u2014 sauf pour lui, l\u2019homme \u2014 toutes les contradictions majeures qui vont faisander l\u2019Occident.<br>Le mouvement autrichien du <em>Jugendstil,<\/em> \u00e0 Vienne, \u00e9cho et version germanique de l\u2019Art Nouveau fran\u00e7ais qui, lui, r\u00eave de femme-liane et de femme-fleur, r\u00e9veille l\u2019utopie plotinienne de \u00ab&nbsp;L\u2019Un&nbsp;\u00bb, sous la forme d\u2019un corps \u00ab&nbsp;Un&nbsp;\u00bb possible, qui nierait la vieille dualit\u00e9 platonicienne, cathare et jans\u00e9niste du corps et de l\u2019esprit. Gustav Klimt en est le chef de file incontestable, tr\u00e8s vite incontest\u00e9. Son \u0152uvre en r\u00e9sume toutes les forces et toutes les contradictions, toute la folie sourde. Comme un d\u00e9miurge qui se voudrait lib\u00e9rateur \u2014 lib\u00e9rateur pour l\u2019homme de sa condition humaine, mais bien \u00e9videmment ne l\u2019est pas, \u2014Klimt, avec un raffinement byzantin, pr\u00e9sente l\u2019<em>Hubris<\/em> d\u2019une sexualit\u00e9 affich\u00e9e mais narcissique, \u00e0 la fois joyeuse et morbide. Il dore ce qu\u2019il veut adorer, ce qu\u2019il veut pr\u00e9tendre adorer, mais dont au plus profond de lui-m\u00eame, tr\u00e8s augustiniennement comme Maupassant&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb49\">49<\/a>], il se d\u00e9fie&nbsp;; sous l\u2019or, sous les tissus ouverts, sous les poses lascives jusqu\u2019\u00e0 l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9 plus que souvent, sous la provocation dionysiaque qui se pr\u00e9tend exub\u00e9rante, se cache en v\u00e9rit\u00e9 toute l\u2019\u00e9vidence du \u00ab&nbsp;cloaque&nbsp;\u00bb augustinien et jans\u00e9niste, d\u2019une corpor\u00e9\u00eft\u00e9 hyst\u00e9rique refoul\u00e9e, que la peinture si exub\u00e9rante&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb50\">50<\/a>] qu\u2019elle soit, qu\u2019elle se fasse, ne parviendra pas \u00e0 s\u00e9cher, \u00e0 ass\u00e9cher, \u00e0 rendre fertile&nbsp;; on retrouve l\u00e0&nbsp;: \u00ab&nbsp;la froide majest\u00e9 de la femme st\u00e9rile&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb51\">51<\/a>]&nbsp;\u00bb baudelairienne&nbsp;: du cloaque, en effet, ne peut sortir, ne peuvent pousser que des mandragores et des ell\u00e9bores au mieux, fleurs de serre qui vous enserrent dans le cul-de-sac de leur chair. \u00ab&nbsp;Femme&nbsp;! cercueil de chair&nbsp;!&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9criait d\u00e9j\u00e0 Charles Cros, pr\u00e9monitoire. Les femmes-fleurs, elles, sentent et sentiront toujours la tub\u00e9reuse&nbsp;; ce que Maupassant rappelait d\u00e9j\u00e0 dans sa nouvelle, sa nouvelle tr\u00e8s baudelairienne pour tout dire, intitul\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;un cas de divorce&nbsp;\u00bb. La vision de la femme fin de si\u00e8cle, Baudelaire la pr\u00e9figure&nbsp;; il en est l\u2019inspirateur pour toute l\u2019Europe intellectuelle et dandy. D\u00e8s 1890, cons\u00e9quence du symbolisme, l\u2019Europe de l\u2019Art est baudelairienne&nbsp;: l\u2019a-t-on mesur\u00e9 assez&nbsp;? Baudelaire pr\u00e9figure de fait le Belge Khnopff et l\u2019Autrichien Klimt, et devance Egon Schiele. La femme fantasm\u00e9e, il la signe, il la fait passer dans les esprits du temps, comme un paraphe enflamm\u00e9, d\u2019essence diabolique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Avec ses v\u00eatements ondoyants et nacr\u00e9s,<br>M\u00eame quand elle marche on croirait qu\u2019elle danse,<br>Comme ces longs serpents que les jongleurs sacr\u00e9s<br>Au bout de leurs b\u00e2tons agitent en cadence.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>Comme le sable morne et l\u2019azur des d\u00e9serts,<br>Insensibles tous deux \u00e0 l\u2019humaine souffrance,<br>Comme les longs r\u00e9seaux de la houle des mers,<br>Elle se d\u00e9veloppe avec indiff\u00e9rence.<\/small><small> Ses yeux polis sont fait de min\u00e9raux charmants,<br>Et dans cette nature \u00e9trange et symbolique<br>O\u00f9 l\u2019ange inviol\u00e9 se m\u00eale au sphinx antique,<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><small>O\u00f9 tout n\u2019est qu\u2019or, acier, lumi\u00e8re et diamants,<br>Resplendit \u00e0 jamais, comme un astre inutile,<br>La froide majest\u00e9 de la femme st\u00e9rile&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb52\">52<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Sous la fleur, sous la f\u00e9e, la sorci\u00e8re&nbsp;; c\u2019est toujours quelque peu celle de Michelet&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb53\">53<\/a>] mais davantage diabolis\u00e9e, diabolis\u00e9e encore, en chair, en corps, puisqu\u2019on le voit&nbsp;: faire se pouvait. Se perdant dans \u00ab&nbsp;l\u2019Irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb54\">54<\/a>]&nbsp;\u00bb, \u00e0 jamais dans \u00ab&nbsp;L\u2019irr\u00e9parable&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb55\">55<\/a>]&nbsp;\u00bb en effet, sous \u00ab&nbsp;l\u2019\u00catre aux ailes de gaze&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb56\">56<\/a>]&nbsp;!&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Le Serpent qui danse&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb57\">57<\/a>]&nbsp;\u00bb, d\u00e9j\u00e0, \u00ab&nbsp;chrysalides fun\u00e8bres, \/ Fr\u00e9missant doucement dans les lourdes t\u00e9n\u00e8bres, \/ Qui d\u00e9gagent leur aile et prennent leur essor, \/ Teint\u00e9s d\u2019azur, glac\u00e9 de rose, lam\u00e9s d\u2019or&nbsp;\u00bb, dort \u2014 c\u2019est bien l\u00e0 la fatalit\u00e9 de tout corps, selon le dandy baudelairien, selon les dandys <em>Jugendstill<\/em>&nbsp;!\u2026 \u2014 dort pour tout amoureux comme un r\u00eave il le sait, il le sent, qu\u2019il ne se leurre pas&nbsp;: fatal, dort le \u00ab&nbsp;gouffre obscurci de miasmes humains \/ [\u2026] O\u00f9, Lazare odorant d\u00e9chirant son suaire \/ [d\u00e9nude, invariablement las,] dans son r\u00e9veil [, en r\u00eave \u00e0 peine \u00e9clos mais d\u00e9j\u00e0 pourtant las et comme \u00ab&nbsp;enfl\u00e9 d\u2019un souffle vague&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb58\">58<\/a>]&nbsp;\u00bb] le cadavre spectral [de l\u2019Amour, oui, de l\u2019amour m\u00eame, puisqu\u2019il n\u2019en est pas d\u2019autre, h\u00e9las&nbsp;!] \/ D\u2019un vieil amour ranci, charmant et s\u00e9pulcral&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb59\">59<\/a>]&nbsp;\u00bb&nbsp;; car l\u2019amour est toujours trop vieux, n\u00e9 trop vieux, le sera toujours\u2026&nbsp;: qui fait dire au dandy pour le coup, apr\u00e8s \u00ab\u00a0coup\u00a0\u00bb, au-del\u00e0 de la f\u00e9e fugace, au-del\u00e0 de l\u2019apparition si fulgurante qu\u2019elle fut, \u00e0 la \u00ab&nbsp;Charogne&nbsp;\u00bb qui prend sa place, \u00e0 la \u00ab&nbsp;Charogne&nbsp;\u00bb qui, toujours, s\u2019y substitue, cach\u00e9e dessous&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2014 Et pourtant vous [\u00e9tiez] semblable \u00e0 cette ordure, \/ \u00c0 cette horrible infection, \/ \u00c9toile de mes yeux, soleil de ma nature, \/ Vous, mon ange et ma passion&nbsp;! [\u2026]&nbsp;\u00bb&nbsp;; pour ce \u00ab&nbsp;Lazare&nbsp;\u00bb qu\u2019est l\u2019artiste, ce Lazarille hallucin\u00e9, oui, l\u2019amour est toujours trop vieux \u00ab&nbsp;par nature&nbsp;\u00bb qui fait \u00e0 la longue avouer \u00ab&nbsp;\u00c0 la tr\u00e8s ch\u00e8re, \u00e0 la tr\u00e8s belle [, \u00e0 la menteuse] \/ Qui rempli[ssait son] c\u0153ur de clart\u00e9, \/ \u00c0 l\u2019ange, \u00e0 l\u2019idole immortelle, \/ [du moins qu\u2019il avait prise pour telle et croyait saluer, stupide] en l\u2019immortalit\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb60\">60<\/a>]&nbsp;\u00bb, qui lui fait lui dire \u00e0 \u00ab&nbsp;elle&nbsp;\u00bb enfin, sempiternellement pour conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;[pourtant] \u00f4 ma beaut\u00e9, d\u00eetes \u00e0 la vermine \/ Qui vous mange[\u2026 d\u00e9j\u00e0] de baisers, \/ Que j\u2019ai gard\u00e9 la forme et l\u2019essence divine \/ De mes amours d\u00e9compos\u00e9s&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb61\">61<\/a>]&nbsp;!&nbsp;\u00bb La cause est entendue. le Proc\u00e8s est d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9. On l\u2019a compris. \u00ab&nbsp;La femme est <em>naturelle,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire abominable&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb62\">62<\/a>].&nbsp;\u00bb Pour Baudelaire, depuis bien longtemps, depuis \u00c8ve (\u00e0 laquelle en somme on revient obsessionnellement), la cause est entendue depuis l\u2019\u00c9den perdu. Toutefois, il donne ses raisons&nbsp;: il extrapole, il lui doit au moins un r\u00e9quisitoire par esprit de \u00ab&nbsp;Galanterie&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb63\">63<\/a>]&nbsp;\u00bb&nbsp;; il l\u2019exprime, on le sait, ainsi, sur ce mode&nbsp;: \u00ab&nbsp;La femme est le contraire du dandy. \/ Donc elle doit faire horreur. \/ La femme a faim et elle veut manger. Soif, et elle veut boire. \/ Elle est en rut et elle veut \u00eatre foutue. \/ Le beau m\u00e9rite&nbsp;! \/ [leitmotiv, r\u00e9it\u00e9rons le chef d\u2019accusation majeur permettant de conclure au divorce, \u00e0 l\u2019opprobre, au supplice du pilori&nbsp;:] La femme est <em>naturelle,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire abominable. \/ Aussi est-elle toujours vulgaire, c\u2019est-\u00e0-dire le contraire du dandy&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb64\">64<\/a>].&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;\u00c9loge du maquillage&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb65\">65<\/a>]&nbsp;\u00bb donc que tout art et que toute peinture, pour en revenir sans cesse \u00e0 cet autre texte baudelairien phare qui se lit au chapitre onze du <em>Peintre de la vie moderne,<\/em> son petit pr\u00e9cis d\u2019esth\u00e9tique le plus radical et le plus hardi, d\u00e9di\u00e9 au peintre Constantin Guys, grand fr\u00e9quentateur de bordels aussi, et en tant que simple voyeur, comme lui. Baudelairiennes en diable, dans cet empire austro-hongrois qui lentement se liqu\u00e9fie, d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, toutes les femmes que Klimt repr\u00e9sente, souvent se caressant, sont en v\u00e9rit\u00e9 solitaires, et r\u00e9v\u00e8lent la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 impossible. L\u2019h\u00e9ro\u00efne m\u00eame du c\u00e9l\u00e8bre tableau <em>Le Baiser,<\/em> du <em>Baiser<\/em> lui-m\u00eame, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, sans se laisser duper, s\u00e9duire, est en v\u00e9rit\u00e9 intouchable. La fusion, l\u2019impression de fusion n\u2019est qu\u2019une impression fugitive dont l\u2019art fige l\u2019expression r\u00eaveuse et d\u00e9solante, comme une question&nbsp;: \u00ab&nbsp;un \u00e9clair\u2026 puis la nuit&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb66\">66<\/a>]&nbsp;\u00bb, c\u2019est tout. Sera bien fou qui s\u2019en contente. La femme, chez Klimt, comme chez Baudelaire, n\u2019\u00e9tant qu\u2019une \u00ab&nbsp;passante&nbsp;\u00bb&nbsp;; chez Franz Kafka \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, ce qui caract\u00e9rise cette fin de si\u00e8cle, o\u00f9 s\u2019inscrit clairement Franz Kafka, c\u2019est, au-del\u00e0 de l\u2019apparente lib\u00e9ration de ses repr\u00e9sentations, la remise en cause du corps, sa remise en cause radicale, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 le comprendre au sens \u00e9tymologique du terme, \u00e0 le prendre avec soi, \u00e0 l\u2019incorporer \u00e0 son moi, disons son \u00e2me ou son esprit selon la croyance que l\u2019on peut avoir, bref \u00e0 l\u2019assumer&nbsp;; puisqu\u2019il n\u2019est plus comme jadis \u2014 et \u00e0 jamais \u2014 \u00ab&nbsp;tabernacle de l\u2019Esprit saint&nbsp;\u00bb&nbsp;: que peut-il \u00eatre d\u00e9sormais, en effet&nbsp;? \u00ab&nbsp;La chair est triste h\u00e9las&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9crie, proph\u00e9tique, Mallarm\u00e9, d\u00e8s 1866. \u00ab&nbsp;La chair est triste h\u00e9las et j\u2019ai lu tous les livres&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb67\">67<\/a>]&nbsp;\u00bb croit-il bon d\u2019ajouter. C\u2019est dit. Avant Kafka. Avant lui, tout est dit sur ce \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb, d\u00e9j\u00e0.<br>Le romantisme avait \u00e9t\u00e9 une immense lettre de r\u00e9clamation adress\u00e9e \u00e0 Dieu, remettant en cause et de fond en comble, et l\u2019\u00eatre tel qu\u2019il est construit par Dieu et la cr\u00e9ation tout enti\u00e8re. De Klimt \u00e0 Schiele, (de Klimt qui semble s\u2019accommoder encore de la corporalit\u00e9 et para\u00eet la chanter, encore et en corps, lyrique) la putr\u00e9faction fin de si\u00e8cle avance vite&nbsp;; sa purulence est issue, si l\u2019on remonte \u00e0 l\u2019origine de l\u2019infection et de la corruption \u00e0 la fois de la trame socio-politique et du rapport de l\u2019individu \u00e0 soi-m\u00eame, \u00e0 son \u00eatre et \u00e0 son destin, du romantisme lucif\u00e9rien qui, dans la mouvance du moi rousseauiste parano\u00efaque et hyst\u00e9rique&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb68\">68<\/a>] affirmait narcissiquement le primat absolu du moi&nbsp;; elle est issue en outre du ca\u00efnisme blakien&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb69\">69<\/a>] tout droit n\u00e9 de la pens\u00e9e de Milton, puis byronien&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb70\">70<\/a>], du d\u00e9monisme goth\u00e9en&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb71\">71<\/a>], du satanisme goth\u00e9en puis fr\u00e9n\u00e9tique, de ce moi sans Dieu ou au Dieu bless\u00e9, qui, apr\u00e8s les fastes sanglants du romantisme du sang \u2014 celui de la R\u00e9volution fran\u00e7aise&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb72\">72<\/a>] \u2014 et ces autres fastes sanglants qui furent ceux de l\u2019empire sous Napol\u00e9on Bonaparte (lequel avait su d\u00e9tourner, avait su focaliser le culte du moi citoyen \u00e0 son seul profit, \u00e0 l\u2019usage unique du culte de sa personnalit\u00e9), s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 sans emploi&nbsp;: plus d\u2019h\u00e9ro\u00efsme de conqu\u00eate possible, plus d\u2019oubli du moi dans la fuite en avant et le suppos\u00e9 h\u00e9ro\u00efsme, donc plus de moi, c\u2019\u00e9tait dit&nbsp;: c\u2019\u00e9tait \u00ab&nbsp;le mal du si\u00e8cle&nbsp;\u00bb dans toute l\u2019Europe romantique, le retour forc\u00e9 et contraint, le retour humili\u00e9 \u00e0 l\u2019univers des P\u00e8res donc \u00e0 celui des morts puisque par la R\u00e9volution fran\u00e7aise et par \u00ab&nbsp;l\u2019Ogre d\u2019Europe&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb73\">73<\/a>]&nbsp;\u00bb d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9s \u00e0 mort, ils n\u2019\u00e9taient plus qu\u2019en sursit&nbsp;: l\u2019Europe monarchique arguant de l\u2019alibi de l\u2019\u00c9glise de Rome, l\u2019Europe monarchique des fant\u00f4mes cette fois, s\u2019\u00e9tant r\u00e9install\u00e9e&nbsp;; la grande Histoire \u00e9tant morte avec ses mythes commodes&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb74\">74<\/a>], ne restait plus pour la jeunesse, pour trouver des raisons de vivre et d\u2019habiter sa vie, que l\u2019aventure personnelle, la petite histoire&nbsp;: celle des corps&nbsp;: celle qui donne aux id\u00e9alistes&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb75\">75<\/a>] des hauts-le-corps&nbsp;; celle qui ne les satisfait pas&nbsp;; le champs de bataille n\u2019\u00e9tait plus que celui des m\u0153urs \u00e0 l\u2019issue cloacale et glauque&nbsp;: plus \u00e7a allait, plus \u00e7a croulait, s\u2019effritait dans les monarchies, les empires d\u2019Ancien r\u00e9gime r\u00e9tablis, et moins on pouvait oublier son corps&nbsp;; tous ces relents d\u00e9l\u00e9t\u00e8res, ces remugles du romantisme noir dispara\u00eetront (comme pour se revifier&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb76\">76<\/a>]) dans le chaudron des sorci\u00e8res de <em>Macbeth<\/em> du premier conflit mondial, fin des empires et des rois, fin d\u2019un temps ancien d\u00e9j\u00e0 gangren\u00e9 depuis bien avant la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et, que l\u2019on savait condamn\u00e9 dans les milieux vraiment pensants sachant se garder comme d\u2019une peste de la pseudo-pens\u00e9e des bien-pensants, adeptes convaincus de toutes les restaurations, les r\u00e9actions&nbsp;; ces remugles du romantisme, ils reviendront de plus belle sous la forme de l\u2019expressionnisme radical&nbsp;: remise en cause radicale \u00e0 la fois de la condition humaine, de la cr\u00e9ation et du corps comme \u00e0 la plus belle \u00e9poque du romantisme fr\u00e9n\u00e9tique, du romantisme noir et gothique.<br>En attendant ce temps si proche de l\u2019effondrement g\u00e9n\u00e9ral de la vieille Europe des monarchies et des empires, comme un aveu criant, comme si l\u2019on passait de la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre dans les coulisses soudain, apr\u00e8s la f\u00e9erie, apr\u00e8s la messe bachique, dionysiaque, noire sous les ors, la peinture de Klimt se r\u00e9sout dans la peinture d\u2019Egon Schiele, Schiele \u2014 le proph\u00e8te de la putr\u00e9faction \u00e0 venir, de la liqu\u00e9faction toute proche \u2014 lequel pr\u00e9sente les corps de l\u2019homme et de la femme confront\u00e9s dans ce v\u00e9ritable duel d\u2019amour mais surtout de mort qu\u2019est le couple \u2014 Vieux retour des mythes m\u00eal\u00e9s d\u2019\u00c9ros et de Thanathos \u2014 comme des pi\u00e8ces de boucherie infectes et r\u00e9pugnantes qui s\u2019entre-collent, qui se frottent. Schiele (en fran\u00e7ais, on prononcerait \u00ab&nbsp;Chyle&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;produit de la digestion contenu dans l\u2019intestin gr\u00eale&nbsp;\u00bb&nbsp;: quel patronyme pour un fran\u00e7ais&nbsp;!\u2026) d\u00e9peint en effet la sexuation comme une calamit\u00e9, comme une d\u00e9rision animale impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre \u2014 mais par qui&nbsp;?&nbsp;\u2014, et, pire, bien s\u00fbr, son affirmation, sa tentative d\u2019assumation&nbsp;: la sexualit\u00e9, tr\u00e8s exactement ainsi que Baudelaire la d\u00e9crit d\u00e8s les ann\u00e9es 1860&nbsp;: comme \u00ab&nbsp;une s\u00e9ance de torture ou une op\u00e9ration chirurgicale&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb77\">77<\/a>]&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une Question&nbsp;: une question qui vaut ce qu\u2019elle vaut et avoue sa part de provocation \u00e0 dimension proph\u00e9tique&nbsp;: \u00e9cho lointain du <em>Jugendstil,<\/em> Kafka serait-il le pape d\u2019un <em>Judenstil<\/em>&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le si\u00e8cle finit en 1915 avec l\u2019arriv\u00e9e sur le front de la guerre de mat\u00e9riel, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019utilisation de moyens industriels pour d\u00e9truire massivement l\u2019\u00eatre humain, pour le nier dans son essence, en faisant le premier brouillon de ce qu\u2019on nommera plus tard \u00ab&nbsp;L\u2019holocauste&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;la Shoah&nbsp;\u00bb, sa cons\u00e9quence. Symboliquement pour Kafka, Pollack meurt en 1915&nbsp;: on bascule alors dans une autre \u00e9poque. Kafka incarne le malaise fin de si\u00e8cle \u00e0 lui seul&nbsp;; il en est la quintessence. Kafka \u2014 c\u2019est l\u00e0 ma th\u00e8se \u2014 serait le dernier et le plus grand \u00e9crivain \u00ab&nbsp;fin de si\u00e8cle&nbsp;\u00bb et non l\u2019\u00e9crivain moderne qu\u2019on pr\u00e9sente habituellement. Il serait l\u2019\u00e9crivain charni\u00e8re par excellence qui nous ferait passer du monde des rois et des empereurs, c\u2019est-\u00e0-dire du monde des \u00ab&nbsp;P\u00e8res&nbsp;\u00bb dans un monde d\u00e9j\u00e0 sans Dieu, sans \u00ab&nbsp;P\u00e8re&nbsp;\u00bb \u2014 \u00ab&nbsp;Dieu est mort&nbsp;! le ciel est vide\u2026 \/ Pleurez&nbsp;! enfants, vous n\u2019avez plus de p\u00e8re&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb78\">78<\/a>]&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u2014 au monde o\u00f9 les \u00ab&nbsp;P\u00e8res&nbsp;\u00bb, les nouveaux \u00ab&nbsp;P\u00e8res&nbsp;\u00bb de substitution, qui prennent la rel\u00e8ve des premiers et les balayent vont r\u00e9v\u00e9ler leur vrai visage&nbsp;: celui du totalitarisme le plus noir, le plus brutal. Hitler, et, \u00ab&nbsp;le petit p\u00e8re des peuples&nbsp;\u00bb L\u00e9nine bient\u00f4t chang\u00e9 en Staline (H\u00e9las&nbsp;!), puis Franco et tous les autres, jusqu\u2019\u00e0 Mao, Pinochet, Vidella, Ceaucescku, etc\u2026&nbsp;: le XXe si\u00e8cle \u2014 s\u2019il est \u2014 n\u2019est pas simplement que l\u2019ombre port\u00e9e du XIXe si\u00e8cle, sera le si\u00e8cle, apr\u00e8s l\u2019\u00e8re d\u00e9sormais r\u00e9volue des rois, des dictateurs et des par\u00e2tres. Tout l\u2019\u0152uvre de Kafka l\u2019annonce&nbsp;; entre autre, par le biais du refus du corps, du refus du moi.<br>Refus du corps, cela veut dire refus de s\u2019inscrire aussi dans une soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019on refuse de toutes ses forces. Le processus coule de source&nbsp;; psychologiquement, il se comprend fort bien&nbsp;: \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir tourner efficacement la violence qui na\u00eet en soi contre celui qui la fait na\u00eetre, contre ce qui la fait na\u00eetre&nbsp;: elle se tourne contre soi et s\u2019affirme par une n\u00e9gation de soi. C\u2019est un des moteurs du romantisme. \u00ab&nbsp;\u00c0 la pointe la plus extr\u00eame du romantisme&nbsp;\u00bb&nbsp;: on trouverait selon \u00ab&nbsp;cette ligne&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb79\">79<\/a>]&nbsp;\u00bb comme dirait Cocteau, Artaud et son \u00e9loge antiphrase de la f\u00e9calit\u00e9, son r\u00eave impossible de \u00ab&nbsp;corps sans organe&nbsp;\u00bb. L\u2019\u0152uvre de Kafka, l\u2019\u0152uvre impossible de Kafka en serait le r\u00eave pr\u00e9monitoire, en serait la pr\u00e9monition.<br>Le <em>Jugendstil<\/em> serait la purulence du romantisme allemand, sa putrescence d\u00e9l\u00e9t\u00e8re mais d\u00e9lectable. Apr\u00e8s s\u2019installe, suivant de pr\u00e8s le <em>Judendstil<\/em> kafka\u00efen, tout \u00e0 fait son contemporain, ce que je nommerai volontiers&nbsp;: l\u2019expressionnisme \u00ab\u00a0bleu\u00a0\u00bb, celui, par exemple picturalement du \u00ab&nbsp;<em>Blau Reiter<\/em>&nbsp;\u00bb, celui de l\u2019\u0152uvre tr\u00e8s bleu au sens quasi novalien&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb80\">80<\/a>] ou maeterlinckien&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb81\">81<\/a>] du terme d\u2019August Macke, mais \u00e9galement \u2014 \u00ab&nbsp;<em>Ut pictura poesis<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb82\">82<\/a>]&nbsp;\u00bb \u2014 celui de la \u00ab&nbsp;<em>O Mensch Dichtung<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb83\">83<\/a>]&nbsp;\u00bb, lyrique, utopiste, chantant (comme le futurisme naissant) l\u2019av\u00e8nement d\u2019un homme nouveau, bref le premier expressionnisme allemand&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb84\">84<\/a>]&nbsp;; mais, comme apr\u00e8s Klimt vient Schiele, vient tr\u00e8s vite ensuite, totalement d\u00e9sillusionn\u00e9 et nihiliste, l\u2019expressionnisme noir qui s\u2019acharne sur un corps inhabitable vou\u00e9 de toute fa\u00e7on \u00e0 la boucherie de la guerre \u00e0 venir, puis, de la guerre install\u00e9e, lequel plaque ce corps dans ses \u0153uvres en le diss\u00e9quant par individus ou par couples comme un \u00e9corch\u00e9, comme au scapel, voire \u00e0 la hache, comme au couteau.<br>\u00ab&nbsp;La litt\u00e9rature, ce doit \u00eatre la hache pour [le corps gel\u00e9] en nous.&nbsp;\u00bb<br><br>\u2014&nbsp;<em>Varia\u2026<\/em><br>Il en est de Franz Kafka, le Praguois, comme de Stevan Zweig, l\u2019Autrichien&nbsp;: ce sont les \u00e9crivains de la fin d\u2019un monde, les derniers t\u00e9moins d\u2019un monde finissant, vou\u00e9s, ils le savent, \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence lente, irr\u00e9m\u00e9diable, \u00e0 l\u2019effondrement dans le pourrissement g\u00e9n\u00e9ral, puis \u00e0 l\u2019oubli. L\u2019un comme l\u2019autre par la n\u00e9vrose ne font qu\u2019un avec leur \u00e9poque.<br><br>\u2014&nbsp;Pour situer les contextes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le <em>Journal,<\/em> \u00e0 la date du 19 janvier 1915, ann\u00e9e symbolique entre toutes pour l\u2019Histoire de l\u2019Occident, comme pour r\u00e9sumer tout le discours tenu ci-avant et en accr\u00e9diter le fondement, la th\u00e8se&nbsp;: le passage du monde ancien \u00e0 celui de la modernit\u00e9 avec perte de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois et d\u2019identit\u00e9 pour Kafka, et nombre de ses contemporains, on peut lire cette parabole&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>J\u2019\u00e9tais convenu de faire une excursion dominicale avec deux amis, mais tout \u00e0 fait par hasard, je ne me r\u00e9veillai pas et laissai passer l\u2019heure du rendez-vous. Connaissant ma ponctualit\u00e9 habituelle, mes amis s\u2019en \u00e9tonn\u00e8rent, all\u00e8rent \u00e0 la maison o\u00f9 j\u2019avais mon logement, attendirent encore un moment en vas, puis mont\u00e8rent l\u2019escalier et frapp\u00e8rent \u00e0 ma porte. Je fus tr\u00e8s effray\u00e9, sautai au bas du lit et ne fis attention \u00e0 rien, sinon \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de me pr\u00e9parer au plus vite. Au moment o\u00f9 je franchissais la porte, habill\u00e9 des pieds \u00e0 la t\u00eate, mes amis visiblement effray\u00e9s s\u2019\u00e9cart\u00e8rent de moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019as-tu derri\u00e8re la t\u00eate&nbsp;?&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9cri\u00e8rent-ils. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 senti, d\u00e8s mon r\u00e9veil, quelque chose qui m\u2019emp\u00eachait de pencher la t\u00eate en arri\u00e8re et je me mis \u00e0 chercher cet obstacle \u00e0 t\u00e2tons. S\u2019\u00e9tant quelque peu ressaisis, mes amis s\u2019\u00e9cri\u00e8rent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Prends garde, ne te blesse pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb juste au moment o\u00f9 je saisissais derri\u00e8re ma t\u00eate la poign\u00e9e d\u2019une \u00e9p\u00e9e. Mes amis s\u2019approch\u00e8rent, m\u2019examin\u00e8rent, m\u2019amen\u00e8rent dans la chambre devant l\u2019armoire \u00e0 glace et me d\u00e9shabill\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 mi-corps. Une grande et ancienne \u00e9p\u00e9e de chevalier \u00e0 poign\u00e9e en forme de croix&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb85\">85<\/a>] \u00e9tait fich\u00e9e dans mon dos jusqu\u2019\u00e0 la garde, mais de telle sorte que la lame s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9e avec une pr\u00e9cision incompr\u00e9hensible entre cuir et chair et n\u2019avait pas provoqu\u00e9 de blessure. Il n\u2019y avait du reste pas de plaie non plus \u00e0 l\u2019endroit du cou o\u00f9 elle avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9&nbsp;; mes amis m\u2019assur\u00e8rent que la fente n\u00e9cessaire au passage de la lame s\u2019\u00e9tait ouverte sans le moindre \u00e9panchement de sang. Et quand, mont\u00e9s sur une chaise, mes amis retir\u00e8rent lentement l\u2019\u00e9p\u00e9e, millim\u00e8tre par millim\u00e8tre, il ne vint pas de sang et la place ouverte sur le cou se referma, ne laissant subsister qu\u2019une fissure \u00e0 peine perceptible. \u00ab&nbsp;Tiens, voil\u00e0 ton \u00e9p\u00e9e&nbsp;\u00bb, me dirent mes amis en riant, et ils me la tendirent. Je la soupesai des deux mains, c\u2019\u00e9tait une arme pr\u00e9cieuse, ils se pouvait fort bien que des crois\u00e9s s\u2019en fussent servis. Qui permet \u00e0 d\u2019anciens chevaliers de r\u00f4der dans les r\u00eaves&nbsp;? irresponsables, ils brandissent leurs \u00e9p\u00e9es, en percent d\u2019innocents dormeurs et s\u2019ils ne provoquent pas de graves blessures, c\u2019est tout d\u2019abord, sans doute, parce que leurs armes glissent sur les corps vivants, mais aussi parce que des amis fid\u00e8les se tiennent derri\u00e8re la porte et frappent, pr\u00eats \u00e0 vous porter secours&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nb86\">86<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Quand le leg d\u2019un monde impossible qu\u2019on ne sait ni ne peut recevoir se transforme en all\u00e9gorie de l\u2019impuissance\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><small>\u00a9Clo\u00ebt, mars-avril 2005<\/small><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>Journal<\/em>, 24 novembre 1911, p. 150, <em>passim<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>Journal<\/em>, 27 novembre 1913, p. 304<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 Dans <em>Les Mots<\/em>, Sartre d\u00e9monte avec brio sa n\u00e9vrose et montre les chemins qui l\u2019ont conduit \u00e0 trouver refuge d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge dans l\u2019\u00e9criture. Lorsqu\u2019il \u00e9crit <em>Les Mots<\/em> \u00e0 cinquante neuf ans, \u00e9prouvant la n\u00e9cessit\u00e9 de faire un bilan sur son rapport \u00e0 l\u2019\u00e9crit, \u00e0 l\u2019exercice de la litt\u00e9rature, est-il pour autant gu\u00e9ri&nbsp;? Ne s\u2019agit-il pas plut\u00f4t d\u2019un aveu qu\u2019il se fait \u00e0 soi, confus\u00e9ment, qu\u2019il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 gu\u00e9ri et qu\u2019il ne gu\u00e9rira pas, quoi qu\u2019il ait dit.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 Friedrich Nietzsche, <em>Humain trop humain, Menschliches, Allzumenschliches. Ein Buch f\u00fcr freie Geister<\/em>, 1878.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh5\">5<\/a>]&nbsp;.\u2014 Albert Camus, <em>Discours de Su\u00e8de, City Hall<\/em> du <em>Nobel Prize<\/em>, Stockholm, 10\/XII\/1957.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh6\">6<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Jean Cocteau, <em>La Difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre<\/em>, 1947. Jean Cocteau y rappelle le beau mot de Fontelle mourrant&nbsp;: \u2014 Comment allez-vous Monsieur de Fontenelle&nbsp;?\u2026 \u2014 Je ressens comme une difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre\u2026 \u2014 Comment cela va&nbsp;?\u2026 \u2014 Cela s\u2019en va\u2026 [En ce temps-l\u00e0, on ne ratait pas sa sortie dans le \u00ab\u00a0beau monde\u00a0\u00bb de la pens\u00e9e. La chose s\u2019est perdue, mais il est vrai qu\u2019on ne pense plus gu\u00e8re, il n\u2019y a donc plus de tenue.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh7\">7<\/a>]&nbsp;.\u2014 De m\u00eame que vaut l\u2019espoir sans l\u2019\u00e9preuve du d\u00e9sespoir auparavant travers\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh8\">8<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jules Barbey d\u2019Aurevilly, <em>L\u2019Ensorcel\u00e9e<\/em>, 1854.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh9\">9<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019une des six nouvelles des Diaboliques, la plus c\u00e9l\u00e8bre sans doute.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh10\">10<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jules Barbey d\u2019Aurevilly, <em>Les Diaboliques<\/em>, 1874.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh11\">11<\/a>]&nbsp;.\u2014 Qui apr\u00e8s avoir v\u00e9cu trente sept ans dans une semi-conscience g\u00e9niale travers\u00e9e par la transe, v\u00e9cut trente sept autres ann\u00e9es enferm\u00e9 dans une tour, fou et d\u00e9lirant, continuant \u00e0 \u00e9crire des po\u00e8mes \u00e9maill\u00e9s de blancs, de silences, de suspens d\u2019innommable ou d\u2019indicible, intraduisibles du silence, pour reprendre la formule du po\u00e8te h\u00e9raclit\u00e9en fran\u00e7ais Ren\u00e9 Char.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh12\">12<\/a>]&nbsp;.\u2014 On conna\u00eet cette c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9ponse de Samuel Beckett \u00e0 une enqu\u00eate lanc\u00e9e par un magazine litt\u00e9raire sur le th\u00e8me&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi \u00e9crivez-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh13\">13<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, Lettre \u00e0 Oskar Pollack, 27 janvier 1904.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh14\">14<\/a>]&nbsp;.\u2014 Sans doute dans cette s\u00e9rie limit\u00e9e, tr\u00e8s restreinte, nous faudrait-il placer <em>Die Leiden des jugen Werthers, Les Souffrances du jeune Werther<\/em> (1774) de Goethe, et le <em>Ren\u00e9<\/em> (1802) de Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 de Chateaubriand, les deux ouvrages, tr\u00e8s porteurs de n\u00e9vrose l\u2019un l\u2019autre, ayant eu le triste privil\u00e8ge de provoquer dans la jeunesse po\u00e9tique de leurs deux pays respectifs une vague de suicides sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh15\">15<\/a>]&nbsp;.\u2014 Les si\u00e8cles ne commencent jamais \u00e0 date fixe. Le XXe si\u00e8cle qui nous fait basculer dans une modernit\u00e9 o\u00f9 les moyens industriels sont employ\u00e9s pour d\u00e9truire l\u2019homme massivement en le traitant comme un objet commence en 1915 avec la guerre de mat\u00e9riel et trouve son apog\u00e9e entre 1943 et 1945 dans les K. L. nazis. Si l\u2019on consid\u00e8re que le XXe si\u00e8cle se finit avec les utopies en 1989 avec la chute du mur de Berlin et de l\u2019empire sovi\u00e9tique, le mitan du si\u00e8cle est \u00e0 situer \u00e0 la veille de la guerre mondiale avec la guerre d\u2019Espagne de 1937. Le symbole en serait Guernica. Mais on peut consid\u00e9rer aussi que le XXe si\u00e8cle n\u2019est jamais que l\u2019ombre port\u00e9e du XIXe si\u00e8cle, de l\u2019explosion industrielle, du capitalisme sauvage et de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme qui nous m\u00e8ne par effritement successif des valeurs \u00e0 un premier conflit mondial puis \u00e0 un second et \u00e0 terme \u00e0 la mort des valeurs et des utopies.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh16\">16<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>, XXXVIII, R, 638&nbsp;: \u00ab&nbsp;Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion). \/ Glorifier le vagabondage et ce qu\u2019on peut appeler le Boh\u00e9mianisme, culte de la sensation multipli\u00e9e, s\u2019exprimant par la musique. En r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 Liszt.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh17\">17<\/a>]&nbsp;.\u2014 Se survivre \u00e0 d\u00e9faut de vivre, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh18\">18<\/a>]&nbsp;.\u2014 De prime abord, car, en v\u00e9rit\u00e9, on verra comment et pourquoi, il est bien l\u2019\u00e9crivain d\u2019un seul livre et d\u2019un seul amour tous deux impossibles \u00e0 \u00e9crire, n\u2019allons pas jusqu\u2019\u00e0 dire&nbsp;: \u00e0 vivre&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh19\">19<\/a>]&nbsp;.\u2014 De m\u00eame que \u00ab&nbsp;toute la femme est dans l\u2019ut\u00e9rus&nbsp;\u00bb selon Hippocrate, tout le po\u00e8te, tout l\u2019\u00e9crivain m\u00eame, est dans l\u2019hyst\u00e9rie, son ut\u00e9rus de substitution pour tenter de recr\u00e9er en lui l\u2019androgyne primitif qui le rend autonome et le pr\u00e9serve du monde, et du contact d\u2019autrui\u2026 du moins lui en donne l\u2019illusion, rapidement mortif\u00e8re, fatale.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh20\">20<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>, I, R, 630&nbsp;: \u00ab&nbsp;De la vaporisation et de la centralisation du Moi. Tout est l\u00e0.&nbsp;\u00bb Libre traduction d\u2019une pens\u00e9e d\u2019Emerson tir\u00e9e par Baudelaire de l\u2019ouvrage c\u00e9l\u00e8bre alors d\u2019Emerson&nbsp;: <em>The Conduct of life<\/em>, 1860.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh21\">21<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le mot est baudelairien. C\u2019est ainsi que Baudelaire d\u00e9finit lui-m\u00eame sa maladie lorsqu\u2019il en parle, en se rendant \u00e0 l\u2019\u00e9vidence face \u00e0 l\u2019avis des m\u00e9decins. Mallarm\u00e9 mourra d\u2019un spasme de la glotte, symboliquement, \u00e9touff\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh22\">22<\/a>]&nbsp;.\u2014 Empruntons le mot \u00e0 Baudelaire, au Baudelaire des <em>Paradis artificiels<\/em> traduisant et commentant Thomas de Quincey dans <em>Un mangeur d\u2019opium<\/em>, VIII, \u00ab&nbsp;Visions d\u2019Oxford&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Le Palimpseste&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que le cerveau humain, sinon un palimpseste immense et naturel&nbsp;? Mon cerveau est palimpseste et le v\u00f4tre aussi, lecteur. Des couches innombrables d\u2019id\u00e9es, d\u2019images, de sentiments sont tomb\u00e9es successivement sur votre cerveau, aussi doucement que la lumi\u00e8re. Il a sembl\u00e9 que chacune ensevelissait la pr\u00e9c\u00e9dente. Mais aucune en r\u00e9alit\u00e9 n\u2019a p\u00e9ri.\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh23\">23<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>Lettre au p\u00e8re<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Monique Laderach, \u00e9d. Mille. et. une. Nuits., Paris, 2003, p. 7.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh24\">24<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>Lettre au p\u00e8re<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Monique Laderach, \u00e9d. Mille. et. une. Nuits., Paris, 2003, p. 85-86, passim.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh25\">25<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Guillaume Apollinaire, \u00ab&nbsp;Les Colchiques&nbsp;\u00bb, in <em>Alcools<\/em>, 1913.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh26\">26<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: la \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb, h\u00e9sitant entre innommable et indicible, \u00e9voqu\u00e9e par l\u2019Hamlet de Shakespeare dans la fameuse sc\u00e8ne o\u00f9 l\u2019ombre de son p\u00e8re lui appara\u00eet. Je suis d\u00e9sol\u00e9 que Jacques Derrida ait prospect\u00e9 la chose.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh27\">27<\/a>]&nbsp;.\u2014 \u00ab&nbsp;Irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9 l\u2019entendait Baudelaire. Voir&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019Irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LXXXIV, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh28\">28<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>La M\u00e9tamorphose, Die Verwandlung<\/em>, 1916.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh29\">29<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>Journal<\/em>, 14 ao\u00fbt 1913, p. 285.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh30\">30<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Arthur Rimbaud, <em>Une saison en enfer<\/em>, Prologue.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh31\">31<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: <em>Journal<\/em>, 3 mai 1913&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le l\u00e9preux et sa femme. Elle est couch\u00e9e dans son lit sur le ventre. Ne cesse de se lever avec tous ses ulc\u00e8res, bien qu\u2019un h\u00f4te soit pr\u00e9sent. La mani\u00e8re dont son mari lui crie de rester couverte\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh32\">32<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Antonin Artaud, <em>Pour en finir avec le jugement de Dieu<\/em>, novembre 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh33\">33<\/a>]&nbsp;.\u2014 Puisque Dieu est d\u00e9clar\u00e9 mort dans le monde intellectuel de l\u2019Europe de l\u2019Est depuis le fameux cri de Nietzsche \u00e0 Turin en janvier 1889.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh34\">34<\/a>]&nbsp;.\u2014 J\u2019appelle \u00ab&nbsp;sexuation&nbsp;\u00bb, la prise de conscience et l\u2019assumation progressive de son sexe, f\u00e9minin ou masculin, stade pr\u00e9d\u00e9dant et n\u00e9cessairement \u00e0 traverser avant de pouvoir exercer une quelconque sexualit\u00e9. <em>Alice in wonderland, Alice au pays des Merveilles<\/em> de Lewis Carroll est un des r\u00e9cits iniatiques les plus r\u00e9ussis qui montrent une h\u00e9ro\u00efne passant avec succ\u00e8s les diverses \u00e9tapes de ce stade de la sexuation.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh35\">35<\/a>]&nbsp;F\u00e9lix Nadar, <em>Charles Baudelaire intime, le po\u00e8te vierge<\/em>, A. Blaizot \u00e9diteur, Paris, 1911, r\u00e9\u00e9d. \u00e9d. Ides et Calendes, coll. \u00ab&nbsp;La Biblioth\u00e8que des arts&nbsp;\u00bb, Neuch\u00e2tel, 1994, p. 1, 134, 127, passim.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh36\">36<\/a>]&nbsp;. Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;L\u2019Irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LXXXIV, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh37\">37<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;L\u2019Irr\u00e9parable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LIV, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh38\">38<\/a>]&nbsp;.\u2014 Sympathiser \u00e9tymologiquement signifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;souffrir avec&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh39\">39<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Le Go\u00fbt du n\u00e9ant&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LXXX, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh40\">40<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, <em>Les Paradis artificiels, Le Po\u00ebme du haschisch<\/em>, I, \u00ab&nbsp;Le Go\u00fbt de l\u2019infini&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh41\">41<\/a>]&nbsp;.\u2014 \u00ab&nbsp;Personnage grotesque du Satyricon de P\u00e9trone, dont Baudelaire avait song\u00e9 faire une nouvelle traduction&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise Marcel A. Ruff, R, 652.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh42\">42<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, Lettre \u00e0 Jules Janin, R, 651-652, <em>passim<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh43\">43<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le c\u00e9l\u00e8bre Juif errant qui fit tant r\u00eaver dans la litt\u00e9rature germanique et de la <em>Mittel-Europa<\/em>, dans la litt\u00e9rature romantique, de Balzac \u00e0 Baudelaire.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh44\">44<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, Lettre \u00e0 Jules Janin, R, 652.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh45\">45<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enivrez-vous&nbsp;\u00bb, in <em>Le Spleen de Paris<\/em>, XXXIII&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut \u00eatre toujours ivre. Tout est l\u00e0&nbsp;: c\u2019est l\u2019unique question. Pour ne pas sentir l\u2019horrible fardeau du Temps qui brise vos \u00e9paules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans tr\u00eave. \/ Mais de quoi&nbsp;? De vin, de po\u00e9sie ou de vertu, \u00e0 votre guise. Mais enivrez-vous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh46\">46<\/a>]&nbsp;.\u2014 Friedrich Nietzsche, <em>La Naissance de la trag\u00e9die ou Hell\u00e9nisme et pessimisme, Die Geburt der Trag\u00e4die oder Griechentum und Pessimismus<\/em>, 1871.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh47\">47<\/a>]&nbsp;.\u2014 Puisque la mort de Dieu est annonc\u00e9e par Jean-Paul Richter, au lendemain de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, en 1790, dans son <em>Discours du Christ mort prononc\u00e9 du haut de l\u2019\u00e9difice du monde<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu est mort&nbsp;! le ciel est vide\u2026 \/ Pleurez&nbsp;! enfants, vous n\u2019avez plus de p\u00e8re&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; vers repris comme exergue choisi par G\u00e9rard de Nerval pour sa suite de cinq sonnets intitul\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Christ aux oliviers&nbsp;\u00bb, publi\u00e9s pour la premi\u00e8re fois dans <em>L\u2019Artiste<\/em>, le 31 mars 1844, puis repris dans <em>Petits Ch\u00e2teaux de Boh\u00eame<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh48\">48<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Robert Musil, Autrichien, <em>Der Mann ohne Eigenschaften, L\u2019Homme sans qualit\u00e9s<\/em>, 1930-33.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh49\">49<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir le Maupassant de la nouvelle \u00ab&nbsp;Un cas de divorce&nbsp;\u00bb, celui que ses amis surnommaient aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Taureau triste&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh50\">50<\/a>]&nbsp;.\u2014 Pour le coup, au sens \u00e9tymologique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh51\">51<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Avec ses v\u00eatements\u2026&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XXVII, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh52\">52<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Avec ses v\u00eatements\u2026&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XXVII, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh53\">53<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Jules Michelet, <em>La Sorci\u00e8re<\/em>, 1862.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh54\">54<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;L\u2019Irr\u00e9m\u00e9diable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LXXXIV, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh55\">55<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;L\u2019Irr\u00e9parable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LIV, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh56\">56<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;L\u2019Irr\u00e9parable&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LIV, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh57\">57<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Le Serpent qui danse&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XXVIII, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh58\">58<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Une charogne&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XXIX, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh59\">59<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Le Flacon&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XLVIII, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh60\">60<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Hymne&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Galanteries&nbsp;\u00bb, X, in <em>Les \u00c9paves<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh61\">61<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Une charogne&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XXIX, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh62\">62<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>, III, R, 630.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh63\">63<\/a>]&nbsp;.\u2014 Notion si ch\u00e8re \u00e0 Baudelaire qu\u2019il le substitue \u00e0 toute id\u00e9e de r\u00e9alisation concr\u00e8te dans l\u2019exercice de la sexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh64\">64<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>, III, R, 630.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh65\">65<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;\u00c9loge du maquillage&nbsp;\u00bb, <em>Le Peintre de la vie moderne<\/em>, XI, R, 561-563.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh66\">66<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;\u00c0 une passante&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Tableaux parisiens&nbsp;\u00bb, XCIII, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh67\">67<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: St\u00e9phane Mallarm\u00e9, \u00ab&nbsp;Brise marine&nbsp;\u00bb, in <em>Po\u00e9sies<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh68\">68<\/a>]&nbsp;.\u2014 Tel qu\u2019il appara\u00eet dans le pr\u00e9ambule des <em>Confessions<\/em> ou certains passages des <em>R\u00eaveries du promeneur solitaire<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh69\">69<\/a>]&nbsp;.\u2014 Blake influenc\u00e9 par Milton, qui \u00e9tait selon lui \u00ab&nbsp;du parti du Diable sans le savoir&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh70\">70<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: George Gordon Byron, <em>Ca\u00efn<\/em>, 1821.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh71\">71<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Johann Wolfgang von Goethe, <em>Faust. Ein Fragment, Faust, un fragment<\/em>, 1790, Faust, 1806, <em>Faust. Eine Trag\u00f6die, Faust, une trag\u00e9die<\/em>, 1808, <em>Faust<\/em>, 1806-32, <em>Faust, Der Trag\u00f6die zweiter Teil in f\u00fcnf Akten, Deuxi\u00e8me partie de la trag\u00e9die en cinq actes<\/em>, 1832.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh72\">72<\/a>]&nbsp;.\u2014 Car le romantisme en France apr\u00e8s Rousseau, h\u00e9ritier de Rousseau, pr\u00e9romantique \u00e9clate bien \u00e0 ce moment l\u00e0, les po\u00e8tes allemands du \u00ab&nbsp;<em>Sturm und Drang<\/em>&nbsp;\u00bb ne s\u2019y tromperont pas.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh73\">73<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019\u00e9pith\u00e8te hom\u00e9rique donn\u00e9e \u00e0 Napol\u00e9on Bonaparte qui avait sacrifi\u00e9 sur l\u2019autel de sa personnalit\u00e9, tel Moloch ou Baal, une bonne partie de la jeunesse d\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh74\">74<\/a>]&nbsp;.\u2014 Qui permettaient de se trouver des raisons de mourir \u00e0 d\u00e9faut de trouver des raisons de vivre, qui solutionnait le questionnement m\u00e9taphysique en proposant le sacrifice irraisonn\u00e9 pour un suppos\u00e9 id\u00e9al, dans un suppos\u00e9 h\u00e9ro\u00efsme.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh75\">75<\/a>]&nbsp;.\u2014 Toujours platoniciens quoi qu\u2019on dise ou quoi qu\u2019ils disent.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh76\">76<\/a>]&nbsp;.\u2014 Puisque le romantisme r\u00e9appara\u00eetrait sous les traits du nazisme, voire du communisme, les deux grandes id\u00e9ologies \u00e9tant ses deux derniers surgeons.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh77\">77<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: Charles Baudelaire, <em>Fus\u00e9es<\/em>, III, R, 623&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je crois que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit dans mes notes que l\u2019amour ressemblait fort \u00e0 une torture ou \u00e0 une op\u00e9ration chirurgicale.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh78\">78<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jean-Paul Richter, <em>Discours du Christ mort prononc\u00e9 du haut de l\u2019\u00e9difice du monde<\/em>, 1790. La citation est mise en exergue par G\u00e9rard de Nerval \u00e0 sa suite de cinq sonnets intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Le Christ aux oliviers&nbsp;\u00bb, publi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans <em>L\u2019Artiste<\/em>, le 31 mars 1844, puis reprise dans Petits Ch\u00e2teaux de Boh\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh79\">79<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jean Cocteau, \u00ab&nbsp;De la ligne&nbsp;\u00bb, in <em>La Difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre<\/em>, 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh80\">80<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir le concept d\u2019id\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Novalis par l\u2019all\u00e9gorie de la \u00ab&nbsp;fleur bleue&nbsp;\u00bb dans <em>Heinrich von Ofterdingen<\/em>, 1802.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh81\">81<\/a>]&nbsp;.\u2014 r\u00eavant le symbole de la \u00ab&nbsp;fleur bleue&nbsp;\u00bb plus insaisissable encore, plus mouvant, le symboliste Maeterlinck invente \u00ab&nbsp;L\u2019Oiseau bleu&nbsp;\u00bb en 1908.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh82\">82<\/a>]&nbsp;.\u2014 Horace, <em>Art po\u00e9tique<\/em>, 361.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh83\">83<\/a>]&nbsp;.\u2014 C\u2019est le Praguois Franz Werfel, r\u00e9sidant alors \u00e0 Leipzig, qui par la publication en 1911 de son recueil <em>Der Weltfreund, L\u2019Ami du monde<\/em>, imposa cette nouvelle po\u00e9sie hymnique, satur\u00e9e d\u2019id\u00e9alisme utopique et revendicateur, saluant l\u2019av\u00e8nement d\u2019un homme nouveau, fait pour un monde r\u00e9nov\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh84\">84<\/a>]&nbsp;.\u2014 Qu\u2019on veuille bien se souvenir qu\u2019avant la guerre, les foyers litt\u00e9raires de l\u2019expressionnisme ne furent pas seulement \u00e0 Berlin, mais aussi \u00e0 Munich et \u00e0 Heidelberg, mais encore \u00e0 Vienne et \u00e0 Prague\u2026&nbsp;: qui faisaient encore partie int\u00e9grante alors de l\u2019Autriche-Hongrie.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh85\">85<\/a>]&nbsp;.\u2014 Qui s\u2019en \u00e9tonnera&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article92.html#nh86\">86<\/a>]&nbsp;.\u2014 Franz Kafka, <em>Journal<\/em>, 19 janvier 1915, \u00e9d. Le Livre de Poche, coll. \u00ab&nbsp;biblio&nbsp;\u00bb, p. 422-423.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Franz Kafka ou l\u2019Homme sans corps Comme promis, la suite, le chapitre I de l\u2019\u00e9tude,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-470","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voies-textes-critiques"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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