{"id":560,"date":"2007-12-16T18:23:00","date_gmt":"2007-12-16T17:23:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=560"},"modified":"2023-08-09T15:18:07","modified_gmt":"2023-08-09T13:18:07","slug":"andre-breton-nadja-ou-le-recit-dun-predateur-suite-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2007\/12\/16\/andre-breton-nadja-ou-le-recit-dun-predateur-suite-ii\/","title":{"rendered":"Andr\u00e9 Breton\u00a0: Nadja, ou le r\u00e9cit d\u2019un pr\u00e9dateur\u00a0? (Suite\u00a0: II)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Les amateurs de Breton ayant fait exploser l\u2019audimat sur notre site \u2014 ce qui est d\u2019autant plus m\u00e9ritant que je ne suis gu\u00e8re am\u00e8ne avec le \u00ab\u00a0Pape du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, \u2014 par amiti\u00e9, je me sens tenu de livrer quelques fragments de la suite, avant de leur donner le c\u0153ur du c\u0153ur d\u2019ici quelques temps\u00a0: l\u2019analyse du corpus iconographique, des dessins de Nadja. Encore un texte que les \u00e9diteurs n\u2019auront pas\u00a0!\u2026 Mais bon\u2026 L\u2019important est qu\u2019ils soient lus, n\u2019est-ce pas\u00a0?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE DOSSIER ICONOGRAPHIQUE DANS <em>NADJA,<\/em> OU LE STATUT DE L\u2019IMAGE DANS CE QU\u2019IL FAUT NOMMER&nbsp;: LE MUS\u00c9E ICONOGRAPHIQUE<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb1\">1<\/a>]<br>L\u2019image dans le <em>corpus<\/em> iconographique de Breton a deux missions&nbsp;: rendre compte, voire rendre pr\u00e9sents de personnes, de lieux ou d\u2019objets, c\u2019est-\u00e0-dire alors se substituer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: rendre compte d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 phantasmatique plus que d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 objective.<br>Plut\u00f4t que de parler de \u00ab\u00a0dossier iconographique\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0corpus iconographique\u00a0\u00bb, il nous faudrait parler plus opportun\u00e9ment de Mus\u00e9e iconographique \u2014 de \u00ab&nbsp;Mus\u00e9e secret&nbsp;\u00bb (pour emprunter le mot \u00e0 Andr\u00e9 Malraux), plus que dossier, \u2014 en outre, de mus\u00e9e pervers. Le Mus\u00e9e secret de Breton se trouvait non seulement aux cimaises priv\u00e9es du 42, rue Fontaine, son domicile \u2014 on se souviendra que Nadja fera un d\u00e9tour oblig\u00e9 par ce saint des saints f\u00e9tichiste pour y admirer ses \u00ab\u00a0estampes japonaises\u00a0\u00bb&nbsp;\u2014, mais aussi sur les cimaises \u00e9rig\u00e9es dans le livre <em>Nadja,<\/em> puis, plus tard, \u00e0 nouveau dans le livre <em>L\u2019Amour fou.<\/em><br>L\u2019iconographie, qui, dans <em>Nadja,<\/em> devrait en principe subjectivement baliser le passage du suppos\u00e9 m\u00e9t\u00e9ore Nadja, n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 rien d\u2019autre objectivement qu\u2019une autre image de Breton, multipli\u00e9e, prolif\u00e9rante, tendant \u00e0 devenir l\u00e9gion. Nous sommes avec Breton en pleine continuation du satanisme litt\u00e9raire dont le point culminant est l\u2019\u0152uvre d\u2019Isidore Ducasse, alias Comte de Lautr\u00e9mont dans Les Chants de Maldoror, une des Bibles servant sans cesse de r\u00e9f\u00e9rent et d\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 aux comportements, aux agissement et aux poses du groupe surr\u00e9aliste sous la f\u00e9rule de Breton. Le mus\u00e9e iconographique dans Nadja n\u2019est qu\u2019un dispositif de miroirs destin\u00e9 \u00e0 Andr\u00e9 Breton lui-m\u00eame afin de pouvoir fixer ses poses et ses contorsions \u00e0 la mani\u00e8re de son ami Pierre Molinier, qui, plus tard, se travestissant en femme, se photographiera nu, dans toutes les poses, en cherchant si possible \u00e0 atteindre l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9.<br>Le dossier iconographique ou Mus\u00e9e iconographique est l\u00e0 pour \u00e9clairer l\u2019\u0153uvre. En \u00ab\u00a0\u00e9clairant\u00a0\u00bb son \u0153uvre narcissique \u2014 <em>Nadja<\/em>&nbsp;\u2014, Breton s\u2019\u00e9claire soi-m\u00eame&nbsp;: il se d\u00e9voile. Elle \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e8le\u00a0\u00bb son inconscient.<br><em>Nadja<\/em> est le miroir de la psych\u00e9e de Breton. L\u2019\u0152uvre dans laquelle \u2014 sans le vouloir \u2014 il s\u2019est le plus d\u00e9voil\u00e9.<br>De m\u00eame le porte-folio des dessins de Nadja au sein m\u00eame du dossier iconographique ou Mus\u00e9e iconographique est le seul bev\u00e9d\u00e8re ph\u00e9nom\u00e9nologique qui puisse nous permettre de tenter d\u2019entrevoir ontologiquement l\u2019objet r\u00e9el de Breton, bien au-del\u00e0 de son sujet et de ce qu\u2019il en croit traiter.<br>Les dessins de Nadja r\u00e9v\u00e8lent-ils Nadja ou Breton&nbsp;? Faut-il consid\u00e9rer qu\u2019il r\u00e9v\u00e8lent Breton en Nadja ou Breton \u00e0 Breton&nbsp;? En un mot, sont-ce des dessins distanci\u00e9s, interrogatifs, voire moqueurs&nbsp;?<br>En d\u2019autres termes, les dessins de Nadja sont-ils des dessins mim\u00e9tiques ou des dessins miroirs&nbsp;?<br>Dessiner pour Nadja, c\u2019est tenter d\u2019ouvrir les yeux de Breton. Des dessins aux desseins cach\u00e9s. Dessins non sans desseins, secrets \u00e0 d\u00e9coder.<br>On voudra bien noter \u2014 peut-\u00eatre est-ce significatif \u2014 qu\u2019Andr\u00e9 Breton est un surr\u00e9aliste qui ne d\u00e9crypte pas le surr\u00e9alisme fait femme. Un comble&nbsp;!\u2026<br>De quoi donc est constitu\u00e9 le corpus, le mus\u00e9e secret exhib\u00e9&nbsp;?<br>Photographies de rues, de caf\u00e9s, de commerces, de lieux ou d\u2019\u00e9difices publics, de publicit\u00e9 murale,\u2026 portraits photographiques pos\u00e9s de po\u00e8tes surr\u00e9alistes, d\u2019une com\u00e9dienne, d\u2019une voyante, d\u2019un m\u00e9decin psychiatre, de l\u2019auteur,\u2026 instantan\u00e9s d\u2019une s\u00e9ance d\u2019\u00e9criture automatique sous hypnose,\u2026 photomontage des yeux de Nadja reproduits horizontalement quatre fois, superpos\u00e9s,\u2026 reproduction de dessins, de gravures, de tableaux ou d\u2019un fragment de tableau,\u2026 photographie de lettres, de documents,\u2026 photographie d\u2019objet divers, dont certains objets d\u2019art&nbsp;: masques ou statues\u2026&nbsp;: comme autant de traces d\u2019une disparition \u2014 rien moins que celle de la r\u00e9alit\u00e9 objective \u2014 au profit de la seule subjectivit\u00e9 d\u00e9lirante et souvent aveugle\u2026&nbsp;: voici les miroirs du Narcisse. S\u2019il semble nous les tendre, c\u2019est parce qu\u2019il a peur de s\u2019y voir et d\u2019y lire un autre que celui qu\u2019il r\u00eave, qu\u2019il ne cesse d\u2019attendre, sachant confus\u00e9ment d\u00e9j\u00e0 que c\u2019est en vain, sinon \u00e0 quoi bon cette mascarade onaniste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>On rep\u00e8re clairement dans le corpus iconographique avec ses quarante-sept pi\u00e8ces, l\u2019existence de quelques grandes \u00ab\u00a0familles\u00a0\u00bb, s\u00e9ries&nbsp;: la pr\u00e9sence d\u2019images f\u00e9tichistes, d\u2019images onanistes. Les images f\u00e9tichistes ont, elles aussi, une fonction onaniste de toute fa\u00e7on.<br>Les photos pour \u00e9viter les descriptions.<br>Les images de Panth\u00e9onisation.<br>Les images f\u00e9tichistes<br>Les images onanistes.<br>Dans l\u2019iconographie, partout, se manifestent, se r\u00e9v\u00e8lent, s\u2019expriment f\u00eatichisme et onanisme&nbsp;; cela se rejoint. Qu\u2019est-ce que le f\u00eatichisme&nbsp;?<br>Le f\u00eatichisme est une fa\u00e7on d\u2019occulter la sexualit\u00e9 au moyen d\u2019objets substitutifs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DU VOYEURISME ET DU F\u00c9TICHISME VIS \u00c0 VIS DE L\u2019ART<\/strong><br>Capitale pour comprendre et d\u00e9finir au mieux cet objet dans l\u2019univers mental de Breton, l\u2019\u00e9vocation \u00e9merveill\u00e9e de la sc\u00e8ne de voyeurisme dans un Mus\u00e9e, la nuit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>J\u2019aime beaucoup ces hommes qui se laissent enfermer la nuit dans un mus\u00e9e pour pouvoir contempler \u00e0 leur aise, en temps illicite, un portrait de femme qu\u2019ils \u00e9clairent au moyen d\u2019une lampe sourde. Comment, ensuite, n\u2019en sauraient-ils pas de cette femme beaucoup plus que nous en savons&nbsp;? Il se peut que la vie demande \u00e0 \u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9e comme un cryptogramme. Des escaliers secrets, des cadres dont les tableaux glissent rapidement et disparaissent pour faire place \u00e0 un archange portant une \u00e9p\u00e9e ou pour faire place \u00e0 ceux qui doivent avancer toujours, des boutons sur lesquels on fait tr\u00e8s indistinctement pression et qui provoquent le d\u00e9placement en hauteur, en longueur, de toute une salle et le plus rapide changement de d\u00e9cor&nbsp;: il est permis de concevoir la plus grande aventure de l\u2019esprit comme un voyage de ce genre au paradis des pi\u00e8ges&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb2\">2<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><strong>DOSSIER ICONOGRAPHIQUE&nbsp;: ET F\u00c9TICHISME<\/strong><br>On a donc not\u00e9 un rapport f\u00e9tichiste \u00e0 l\u2019image. Pourquoi y-a-t-il des photographies&nbsp;? \u2014 O\u00f9 est l\u2019\u00e2me&nbsp;? \u2014 Parmi les photographies, un \u00ab&nbsp;objet pervers&nbsp;\u00bb. Il donne la mesure de tout l\u2019ensemble \u00e0 vrai dire, il fonctionne comme un exergue. La photographie dans <em>Nadja,<\/em> c\u2019est un \u00ab&nbsp;objet pervers&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un \u00ab&nbsp;objet&nbsp;\u00bb f\u00e9tichiste.<br>Nadja n\u2019est-elle m\u00eame pour Breton qu\u2019un objet pervers. La perversion d\u2019un objet ne se d\u00e9finit bien s\u00fbr que par l\u2019usage que l\u2019on en fait.<br>Pour corroborer cette interpr\u00e9tation, on voudra bien se souvenir que les surr\u00e9alistes \u2014 pas seulement les plasticiens, Breton en t\u00eate \u2014 aimaient \u00e0 cr\u00e9er des objets f\u00e9tichistes appel\u00e9s \u00ab&nbsp;objets surr\u00e9alistes&nbsp;\u00bb, qu\u2019ils aimaient \u00e0 cr\u00e9er des objets cultes, voire m\u00eame des d\u00e9guisements f\u00e9tichistes.<br>Que l\u2019on songe \u00e0 ces bals masqu\u00e9s surr\u00e9aliste o\u00f9 le \u00ab&nbsp;costume de n\u00e9crophile&nbsp;\u00bb \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un must. Que l\u2019on se souvienne que Pierre Molinier se vante dans un de ses livres d\u2019avoir viol\u00e9 sa s\u0153ur morte, \u00e9tant rest\u00e9 seul avec le cadavre.<br>La photographie dans <em>Nadja<\/em> est-elle ainsi un proc\u00e9d\u00e9 ma\u00efeutique ou d\u00e9magogique&nbsp;? La photographie revendiqu\u00e9e comme un biais contre la sacralisation litt\u00e9raire n\u2019est-elle pas un recours f\u00e9tichiste&nbsp;?<br>L\u2019image photographique, reproductible \u00e0 l\u2019infini selon Walter benjamin, tue toute notion d\u2019unicit\u00e9, banalise, prostitue.<br>Breton pr\u00e9tend que l\u2019utilisation de la photographie dans <em>Nadja<\/em> est d\u2019ordre r\u00e9volutionnaire. La photographie, ici, un outil r\u00e9volutionnaire&nbsp;? Vraiment&nbsp;?<br>Breton dans son rapport f\u00e9tichiste \u00e0 l\u2019iconographie s\u2019av\u00e8re en tous les cas incurable. Pour s\u2019en persuader il suffit d\u2019\u00e9voquer la question du rajout tardif d\u2019autres clich\u00e9s. En 1959, puis en 1962 [il meurt en 66]&nbsp;: il persiste et signe. Il est donc rest\u00e9 aveugle jusqu\u2019au bout.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN MUS\u00c9E-MIROIR<\/strong><br>Par l\u2019iconographie et son choix, Breton se trahit, Breton se r\u00e9v\u00e8le tel qu\u2019il est, tel qu\u2019il s\u2019ignore, tel qu\u2019il s\u2019est refoul\u00e9, se refoule. L\u2019iconographie se retourne contre lui.<br>Ainsi, pour exemple le plus probant, Breton ne retient dans les dessins de Nadja que ce qui \u2014 du moins le pense-t-il et veut-il le croire \u2014 le glorifie&nbsp;; il occulte le reste&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire ce qui le d\u00e9voile&nbsp;: incapable de le \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb.<br>\u00ab&nbsp;Une patte de lion&nbsp;\u00bb \u2014 notation l\u00e9gende invent\u00e9e par Nadja sous son propre dessin \u2014 devient sadiquement sous la plume de Breton lorsqu\u2019il s\u2019approprie le dessin comme simple \u00ab&nbsp;objet pervers&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;la griffe du lion&nbsp;\u00bb, la sienne. Il n\u2019y a plus qu\u2019un seul lion possible pour elle et selon lui&nbsp;: Lui. H\u00e9las&nbsp;! Nadja l\u2019a cru\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NOTE&nbsp;:<\/strong> admettons que Breton puisse parfois user de la photographie sans intention perverse inconsciente (ce que je ne crois pas), on pourrait alors dire ceci&nbsp;:<br>Pour parler de la fantasmagorie qui habite Nadja, Breton pense pouvoir s\u2019en tirer parfois par le biais de la seule photographie, seulement voil\u00e0, les lieux pas plus que les \u00eatres ne sont n\u00e9cessairement photog\u00e9niques et la projection du fantasme ne se saisit pas.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong><em>NADJA<\/em> ET SON CADRE&nbsp;: LA VILLE<\/strong><br>La ville&nbsp;: lieu du <em>wanderer<\/em> \u00ab&nbsp;enc\u00e9phale&nbsp;\u00bb, lieu des corruptions (on y croise \u00e0 la fois le fant\u00f4me de Rousseau et celui de Sade), lieux des corruptions souhait\u00e9es.<br>Paris&nbsp;: mythe moderne&nbsp;?<br>octobre 1926.<br>L\u2019espace du quotidien comme laboratoire du \u00ab&nbsp;hasard objectif&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CARTOGRAPHIER L\u2019INCONSCIENT<\/strong><br>Le dernier univers \u00e0 cartographier est celui du psychisme.<br>La ville dans Nadja appara\u00eet comme une projection phantasmatique pour Nadja comme pour Breton.<br>Parfois, Nadja a peur en certains lieux. Le lieu, miroir de la psych\u00e9, lui r\u00e9v\u00e9lant son angoisse, provoque donc l\u2019angoisse et l\u2019entretient alors jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie dans la schizo\u00efdie, voire la schizophr\u00e9nie.<br>Nadja ainsi a peur en passant devant la conciergerie (p. 97), ou, sur les quais de la sc\u00e8ne, devant le Louvre (p. 98-100)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Comme arrive le dessert, Nadja commence \u00e0 regarder autour d\u2019elle. Elle est certaine que sous nos pieds passe un souterrain qui vient du Palais de Justice [\u2026]. Le long des quais je la sens toute tremblante. C\u2019est elle qui a voulu revenir vers la Conciergerie. Elle est tr\u00e8s abandonn\u00e9e et tr\u00e8s s\u00fbre de moi. Pourtant elle cherche quelque chose, elle tient absolument \u00e0 ce que nous entrions dans une cour, une cour de commissariat quelconque qu\u2019elle explore rapidement. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas l\u00e0\u2026 Mais, dis-moi, pourquoi dois-tu aller en prison&nbsp;? Qu\u2019auras-tu fait&nbsp;? Moi aussi j\u2019ai \u00e9t\u00e9 en prison. Qui \u00e9tais-je&nbsp;? Il y a des si\u00e8cles. Et toi, alors, qui \u00e9tais-tu&nbsp;?&nbsp;\u00bb [\u2026] La pens\u00e9e du souterrain ne l\u2019a pas quitt\u00e9e [\u2026]&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb3\">3<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>LA PLACE DAUPHINE&nbsp;: SEXE SUSPECT<\/strong><br>Juste apr\u00e8s leur premier baiser dont Nadja dira un peu plus tard au cours de l\u2019errance nocturne qui s\u2019en suit avec Breton que c\u2019est \u00ab&nbsp;un baiser dans lequel il y a une menace&nbsp;\u00bb (p. 98), Breton et Nadja se trouvent \u2014 \u00ab&nbsp;fait-pr\u00e9cipice&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;fait-glissade&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;hasard objectif&nbsp;\u00bb \u2014 Place Dauphine. Or, la Place Dauphine, on sait que Breton l\u2019associe \u00e0 un sexe f\u00e9minin (Voir&nbsp;: <em>L\u2019Amour fou <\/em>)&nbsp;; mais il se trouve qu\u2019elle a la forme \u00e9trange d\u2019un sexe f\u00e9minin \u00e0 l\u2019envers, d\u2019un triangle pubien mont\u00e9 \u00e0 l\u2019envers \u00e0 l\u2019intersection des jambes&nbsp;: belle figure de l\u2019inversion.<\/p>\n\n\n\n<p><small>Une courte sc\u00e8ne dialogu\u00e9e, qui se trouve \u00e0 la fin de \u00ab&nbsp;Poison soluble&nbsp;\u00bb, et qui para\u00eet \u00eatre tout ce qu\u2019elle a lu du <em>Manifeste<\/em>, sc\u00e8ne \u00e0 laquelle d\u2019ailleurs, je n\u2019ai jamais su attribuer de sens pr\u00e9cis et dont les personnages me sont aussi \u00e9trangers, leur agitation aussi ininterpr\u00e9table que possible, comme s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s et remport\u00e9s par un flot de sable, lui donne l\u2019impression d\u2019y avoir particip\u00e9 vraiment et m\u00eame d\u2019y avoir jou\u00e9 le r\u00f4le, pour le moins obscur, d\u2019H\u00e9l\u00e8ne. Le lieu, l\u2019atmosph\u00e8re, les attitudes respectives des acteurs \u00e9taient bien ce que j\u2019ai con\u00e7u. Elle voudrait me montrer \u00ab&nbsp;o\u00f9 cela se passait&nbsp;\u00bb&nbsp;: je propose que nous dinions ensemble. Une certains confusion a d\u00fb s\u2019\u00e9tablir dans son esprit car elle nous fait conduire, non dans l\u2019\u00eele Saint-Louis, comme elle le croit, mais place Dauphine o\u00f9 se situe, chose curieuse, un autre \u00e9pisode de \u00ab&nbsp;Poison soluble&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un baiser est si vite oubli\u00e9.&nbsp;\u00bb (Cette place Dauphine est bien un des lieux les plus profond\u00e9ment retir\u00e9s que je connaisse, un des pires terrains vagues qui soient \u00e0 Paris. Chaque fois que je m\u2019y suis trouv\u00e9, j\u2019ai senti m\u2019abandonner peu \u00e0 peu l\u2019envie d\u2019aller ailleurs, il m\u2019a fallu argumenter avec moi-m\u00eame pour me d\u00e9gager d\u2019une \u00e9treinte tr\u00e8s douce, trop agr\u00e9ablement insistante et, \u00e0 tout prendre, brisante. De plus, j\u2019ai habit\u00e9 quelques temps un h\u00f4tel jouxtant cette place, \u00ab&nbsp;City H\u00f4tel&nbsp;\u00bb, o\u00f9 les all\u00e9es et venues \u00e0 toute heure, pour qui ne se satisfait pas de solution trop simples sont suspectes. (p. 92-94)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Errant dans la ville-m\u00e8re&nbsp;: le ventre de Paris, au sens sexuel du terme, Breton et Nadja aboutissent donc place Dauphine, qui est un sexe f\u00e9minin invers\u00e9, un pubis \u00e0 l\u2019envers&nbsp;: est-ce \u00e0 dire pour invertis&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle souligne que nous sommes venus de la place Dauphine au \u00ab\u00a0Dauphin\u00a0\u00bb. (Au jeu de l\u2019analogie dans la cat\u00e9gorie animale j\u2019ai souvent \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 au dauphin.) Mais Nadja s\u2019alarme \u00e0 la vue d\u2019une bande de mosa\u00efque qui se prolonge du comptoir sur le sol et nous devons partir presque aussit\u00f4t&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb4\">4<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>BRETON ICONOCLASTE DE L\u2019IC\u00d4NE NADJA<\/strong><br>Rh\u00e9torique iconographique, rh\u00e9torique d\u2019ic\u00f4ne qui vise \u00e0 pi\u00e9ger le sacr\u00e9 pour mieux l\u2019occulter&nbsp;? Tuer Dieu en tuant l\u2019image en iconoclaste n\u00e9 et en iconoclaste affich\u00e9&nbsp;?<br>Nadja, c\u2019est l\u2019\u00e9lan mystique refoul\u00e9 de Breton, inconsciemment, il souhaite, il produit la chute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA&nbsp;: OBJET SURR\u00c9ALISTE, OBJET F\u00c9TICHISTE, POUP\u00c9E D\u2019ENVO\u00dbTEMENT POUR EXORCISER L\u2019INHIBITION DE BRETON PROSPECTIVEMENT N\u00c9CROPHILE<\/strong><br>Entre le corps prostitu\u00e9 de Nadja et le corps glorieux de Nadja, la femme ici, Breton comme Baudelaire ne sait pas choisir, ni se d\u00e9cider, et invente ce compromis&nbsp;: le corps substitutif de l\u2019\u0153uvre, qu\u2019il a t\u00f4t fait de transformer en objet f\u00e9tichiste, c\u2019est-\u00e0-dire en objet lui permettant d\u2019\u00e9luder \u00e0 la fois la n\u00e9cessit\u00e9 de tenter l\u2019aventure de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sexuelle et la tentation de la sublimation \u2014 la f\u00e9tichisation n\u2019\u00e9tant rien d\u2019autre au fond qu\u2019une sublimation perverse \u2014. Il est \u00e9vident, ainsi, que Breton entend bien ne pas permettre la r\u00e9alisation de sa relation avec Nadja, sa conclusion, mais qu\u2019il entend la limiter \u00e0 un leurre, qu\u2019il y a urgence pour lui, aux termes des approches, d\u2019inventer un suspens d\u00e9finitif, qui lui permette de dessiner une porte de sortie pour lui qui va s\u2019av\u00e9rer une fosse pour Nadja, mais il n\u2019en a cure. Au contraire. L\u2019assassinat est apr\u00e8s tout une forme sinon de consommation, du moins de consumation.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>\u00c0 LA RECHERCHE DE LA FEMME SURR\u00c9ALISTE<\/strong><br>\u00c9videmment, pour tout homme, la premi\u00e8re femme c\u2019est la m\u00e8re, qui souvent pr\u00e9d\u00e9termine et pr\u00e9destine toutes les autres. On conna\u00eet des po\u00e8tes qui se cantonnent dans l\u2019enfantin, l\u2019immaturit\u00e9 \u2014 pour une raison ou pour une autre \u2014 et qui n\u2019arrivent jamais \u00e0 d\u00e9passer ce stade. Ils v\u00e9g\u00e8tent au stade buco-anal et au stade sadique anal.<br>En tout \u00e9tat de cause, la femme surr\u00e9aliste est une ic\u00f4ne qui d\u00e9termine le destin du po\u00e8te.<br>Il faut se souvenir de ce que Baudelaire a dit de la femme. On peut faire confiance \u00e0 Breton comme \u00e0 Aragon, \u00e0 \u00c9luard aussi, \u00e0 Desnos m\u00eame, de s\u2019en \u00eatre souvenu&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>\u00c0 des esprits niais il para\u00eetra singulier, et m\u00eame impertinent, qu\u2019un tableau des volupt\u00e9s artificielles soit d\u00e9di\u00e9 \u00e0 une femme, source la plus ordinaire des volupt\u00e9s les plus naturelles. Toutefois il est \u00e9vident que comme le monde naturel p\u00e9n\u00e8tre dans le spirituel, lui sert de p\u00e2ture, et concourt ainsi \u00e0 op\u00e9rer cet amalgame ind\u00e9finissable que nous nommons notre individualit\u00e9, la femme est l\u2019\u00eatre qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumi\u00e8re dans nos r\u00eaves. La femme est fatalement suggestive&nbsp;; elle vit d\u2019une autre vie que la sienne propre&nbsp;; elle vit spirituellement dans les imaginations qu\u2019elle hante et qu\u2019elle f\u00e9conde&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb5\">5<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Il convient pour un po\u00e8te plus que pour un autre, d\u2019\u00ab&nbsp;esp\u00e9rer l\u2019inesp\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb dit H\u00e9raclithe cit\u00e9 par Ren\u00e9 Char. Alors, les rencontres sont toujours \u00e0 la mesure de l\u2019attente.<br>\u00ab&nbsp;Inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019\u00eatre au monde. Quelle activit\u00e9 nous le r\u00e9v\u00e8lera le plus que l\u2019activit\u00e9 amoureuse&nbsp;? Se sentir \u00ab&nbsp;\u00e9tranger&nbsp;\u00bb comme dirait Baudelaire&nbsp;: d\u00e9sespoir oc\u00e9anique porteur d\u2019espoir.<br>Chez les surr\u00e9alistes, le r\u00eave r\u00e9veille \u00e0 la vigilance onirique, &amp; \u00e9rotique. Toute femme surr\u00e9aliste est ainsi pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e et annonc\u00e9e par un r\u00eave pr\u00e9monitoire. L\u2019union est pr\u00e9sent\u00e9e ainsi toujours comme \u00e9tant une union fatale.<br>On est dans l\u2019id\u00e9e de la pr\u00e9destination romantique, romantique allemande pour \u00eatre plus pr\u00e9cis. La \u00ab&nbsp;sylvie&nbsp;\u00bb de Nerval, doit beaucoup dans son essence a la \u00ab&nbsp;Sophie&nbsp;\u00bb de Novalis&nbsp;; elle en est nourrie, m\u00eame si Nerval ne la connaissait pas. Les surr\u00e9alistes, eux, sont hant\u00e9s par les revenantes du romantisme allemand, anglais, et fran\u00e7ais dans ce qu\u2019il a de plus allemand. Les surr\u00e9alistes sont hant\u00e9s par \u2014 mot invent\u00e9 par Breton dans \u00ab&nbsp;Tournesol&nbsp;\u00bb, superbe mot \u2014 les survenantes.<br>Ils restent cependant tr\u00e8s \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb dans leur fa\u00e7on d\u2019envisager la femme, d\u2019en parler. On sait que le blason, genre en vogue \u00e0 l\u2019\u00e9poque humaniste au XVIe si\u00e8cle, \u00e9tait un po\u00e8me \u00e0 la gloire d\u2019une partie du corps f\u00e9minin. Chaque surr\u00e9aliste en mati\u00e8re de blason aura ainsi sa sp\u00e9cialit\u00e9. On peut dire qu\u2019\u00c9luard blasonna surtout les yeux, et les cheveux&nbsp;; Aragon, les yeux et les mains.<br>Flagrant d\u00e9lit de spiritualit\u00e9 enfantine.<br>Le revenant vient du pass\u00e9.<br>Le survenant vient du futur.<br>La femme est par d\u00e9finition une survenante, fantomatique.<br>Leur but&nbsp;?<br>R\u00e9oxyginer le monde par l\u2019amour, par la po\u00e9sie.<br>Trouver la circularit\u00e9 du monde&nbsp;: d\u00e9couvrir et montrer par leurs po\u00e8mes comment les choses bougent, se revivifient.<br>Par l\u2019amour, la rencontre mystique.<br>L\u2019aura.<br>La femme surr\u00e9aliste, c\u2019est une aura qui prend corps.<br>Parce qu\u2019il est de l\u2019ordre de la R\u00e9v\u00e9lation, le bonheur pour les surr\u00e9alistes \u2014 un bonheur utopique, relevant d\u2019une conception adolescente, voire enfantine \u2014 rel\u00e8ve n\u00e9anmoins de l\u2019id\u00e9e de R\u00e9volution. Le bonheur surr\u00e9aliste est de l\u2019ordre de l\u2019insurrection&nbsp;: une insurrection contre le n\u00e9ant, la b\u00eatise, la mort.<br>\u00ab&nbsp;Il n\u2019y pas de bonheur, il n\u2019y a qu\u2019une volont\u00e9 de bonheur&nbsp;\u00bb (pour d\u00e9cliner la c\u00e9l\u00e8bre formule de Reverdy&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas d\u2019amour, il n\u2019y a que des preuves d\u2019amour.&nbsp;\u00bb<br>Ce sera l\u00e0 le hic de l\u2019amour pour le surr\u00e9aliste&nbsp;: la relation.<br>Entendons la relation r\u00e9elle, dans le r\u00e9el.<br>La relation litt\u00e9raire ne leur pose par contre aucun probl\u00e8me&nbsp;: elle en est m\u00eame le substitut le plus souvent.<br>Nadja, L\u00e9noa Delcour en fit la tragique exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>GEN\u00c8SE DU LIVRE&nbsp;:<br>BRETON-NADJA&nbsp;: LA VRAIE NATURE DE LEUR RAPPORT<\/strong><br>Une schizo\u00efdie allant vers la schizophr\u00e9nie rencontre un psychon\u00e9vrotique \u00e0 tendance parano\u00efaque et pervers schizothyme.<br>Aucune alt\u00e9rit\u00e9 possible. Aucun rapport physique possible m\u00e9diateur de la rencontre&nbsp;: il y aura toujours, cons\u00e9quence de l\u2019attitude intrins\u00e9quement perverse et infantile de Breton qui d\u00e9faille devant l\u2019id\u00e9e m\u00eame de la sexualit\u00e9 et lui cherche sans cesse un substitut, un orgasme psychique onirique occultant.<br>Andr\u00e9 Breton n\u2019a pour issue d\u2019embl\u00e9e que la perversit\u00e9. Pour tout dire, Andr\u00e9 Breton rel\u00e8ve assez dans <em>Nadja<\/em> de la cat\u00e9gorie des d\u00e9linquants textuels. Nadja n\u2019est jamais pour lui au sens strict, au sens premier qu\u2019une femme pr\u00e9-texte, une femme \u00e9cran o\u00f9 projeter \u00e0 loisir \u00e0 l\u2019insu de Nadja elle-m\u00eame, pense-t-il, son cin\u00e9ma intime.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ORIGINE SLAVE DE NADJA<\/strong><br>On sait que le patronyme v\u00e9ritable commence par un D. La r\u00e9f\u00e9rence appara\u00eet \u00e0 propos de l\u2019affaire de transport de deux kilos de coca\u00efne (p. 107). \u00c0 la descente du train, un policier s\u2019approche d\u2019elle, elle raconte&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Pardon, me dit-il, c\u2019est bien \u00e0 mademoiselle D\u2026 que j\u2019ai l\u2019honneur de parler&nbsp;?&nbsp;\u00bb On sait depuis le livre de Georges Sebbag&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb6\">6<\/a>], qu\u2019elle s\u2019appelait L\u00e9noa Delcourt. Toutefois, on ne conna\u00eet pas le nom de la m\u00e8re, ni des grands parents. Je reste persuad\u00e9 que Nadja doit avoir des origines slaves, le Nord de la France \u00e9tant un haut-lieu de l\u2019immigration polonaise. Il y a des traces de culture polonaise et slave chez Nadja, dans le comportement de Nadja, voire dans son physique&nbsp;: Breton nous dit clairement qu\u2019elle est blonde.<br>Nadja est donc par nature sans doute \u00ab&nbsp;slave&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire pouss\u00e9e vers l\u2019extraversion, l\u2019ext\u00e9riorisation g\u00e9n\u00e9reuse, face \u00e0 un Andr\u00e9 Breton tout de retenue, introverti.<br>Ce qui infirmerait cette supposition d\u2019une Nadja d\u2019origine slave ce sont ces autres pr\u00e9noms \u00e0 l\u2019\u00c9tat Civil&nbsp;:<br>23 mai 1902, \u00e0 Lille.<br>Leona, Camille, Guilaine, Delcourt<br>Morte en 1941, intern\u00e9e. Morte sans doute de faim, comme beaucoup d\u2019intern\u00e9e victimes des restrictions alimentaires d\u00fbes \u00e0 la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRETON ET NADJA, PLUS PR\u00c9CIS\u00c9MENT<\/strong><br>Pour tenter d\u2019expliquer l\u2019\u00e9vidente d\u00e9responsabilit\u00e9 de Breton vis \u00e0 vis de Nadja, on peut se demander si Nadja, fantasmatiquement, ne serait pas simplement pour Breton la mat\u00e9rialisation d\u2019une vision ectoplasmique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00c9TRUIRE NADJA&nbsp;: REMPLIR LE SUCCUBE PHANTASMATIQUE DE SA VIE VAMPIRIS\u00c9E, DE SON SANG, LE FAIRE VIVRE AU PRIX DE LA VIE DE PROSTITU\u00c9E DES RUES<\/strong><br>Coca\u00efnomane, schizophr\u00e8ne \u00e0 personnalit\u00e9 multiple, conduire Nadja \u00e0 sa destruction est facile&nbsp;: elle est suicidaire.<br>Le meurtre rituel surr\u00e9aliste, le meurtre sadien apoth\u00e9ose de la profanation de l\u2019\u00eatre, v\u00e9ritable messe noire pratiqu\u00e9e sur le corps d\u00e9nud\u00e9 de sa libido consiste \u00e0 transformer la femme en icone pour mieux pouvoir \u00eatre iconoclaste d\u2019elle, sur elle, ensuite.<br>Il s\u2019agit pour Breton de pulv\u00e9riser la mati\u00e8re psychique et physique de la femme, sa r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, pour pouvoir remplir de vie vol\u00e9e la silhouette d\u2019un succube qu\u2019il s\u2019est invent\u00e9 et qu\u2019il lui pr\u00e9f\u00e8re, r\u00e9tif \u00e0 toute alt\u00e9rit\u00e9.<br>Parce que pour Breton sa rencontre avec Nadja n\u2019est qu\u2019\u00e9nonciatrice et pr\u00e9paratoire de la rencontre avec la femme aim\u00e9e, Nadja n\u2019est qu\u2019un des succubes de Breton.<br>Au bout du rouleau, d\u00e9j\u00e0, quand Breton la rencontre, elle s\u2019ouvre alors \u00e0 la pulsion suicidaire (c\u2019est pour cela qu\u2019on l\u2019enferme)<br>Sir\u00e8ne enferm\u00e9e dans un monde clos sur la carte postale.<br>Puis, elle c\u00e8de \u00e0 la psychose.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA SUICIDAIRE<\/strong><br>Nadja a pleinement conscience assez t\u00f4t que Breton \u00e9crit sur elle&nbsp;; de l\u00e0 \u00e0 sentir qu\u2019elle n\u2019est jamais qu\u2019un pr\u00e9-texte, il n\u2019y a qu\u2019un pas, qu\u2019elle a sans nul doute franchi&nbsp;; d\u2019o\u00f9 son d\u00e9sir de mort et sa tentative de suicide partag\u00e9 pour s\u2019unir \u00e0 lui dans la mort \u00e0 d\u00e9faut qu\u2019il accepte de s\u2019unir \u00e0 elle dans la vie&nbsp;; d\u2019o\u00f9 le fait qu\u2019elle anticipe et pr\u00e9f\u00e9re demander elle-m\u00eame qu\u2019il \u00e9crive un livre sur leur histoire, qu\u2019elle sait n\u2019\u00eatre jamais qu\u2019une histoire litt\u00e9raire, pour se donner l\u2019illusion d\u2019avoir pu choisir&nbsp;; c\u2019est aussi une fa\u00e7on de tenter de rompre avec la fatalit\u00e9 de l\u2019\u00e9chec relationnel avec les hommes qui la poursuit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00c9GALOMANIE ET D\u00c9MIURGIE&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019HOMME-DIEU&nbsp;\u00bb<\/strong><br>Breton, est \u00ab&nbsp;L\u2019Homme-dieu&nbsp;\u00bb d\u00e9miurge exalt\u00e9 qu\u2019\u00e9voque Baudelaire dans le chapitre IV du \u00ab&nbsp;Po\u00e8me du Haschisch&nbsp;\u00bb dans <em>Les Paradis artificiels.<\/em><br>\u00ab&nbsp;Elle, je sais que dans toute la force du terme, il lui est arriv\u00e9 de me prendre pour un Dieu.&nbsp;\u00bb<br>Machisme de Breton. Machisme d\u2019\u00e9poque. Machisme de complex\u00e9. Go\u00fbt du pouvoir et de la domination. La domination ici fait office de possession. Voir Nadja soumise \u00e0 ses d\u00e9sirs, \u00e0 ses phantasmes, c\u2019est pour lui l\u2019avoir poss\u00e9d\u00e9e. Elle a \u00e9videmment un autre sens du partage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LES CONDITIONS DU DRAME<\/strong><br>Tr\u00e8s vite, elle l\u2019agace&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une assez grande g\u00eane continue \u00e0 r\u00e8gner entre nous.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Elle me parle maintenant de mon pouvoir sur elle.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Elle me supplie de ne rien entreprendre contre elle.&nbsp;\u00bb G\u00e8ne, puis lassitude&nbsp;: il tient le sujet de son livre&nbsp;: elle ne lui sert d\u00e9j\u00e0 plus. Or, elle, plus il est d\u00e9tach\u00e9, plus elle s\u2019attache. Tous les ingr\u00e9dients de la trag\u00e9die \u00e0 venir sont l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>UN RAPPORT DE R\u00c9PULSION ET DE TRAHISION<\/strong><br>La souffrance l\u2019envahit lorsqu\u2019il se dit qu\u2019il ne pourra plus la voir, or, il l\u2019abandonne \u00e0 son sort. Il finit le livre sur l\u2019\u00e9loge d\u2019une autre femme, apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 son internement. Qu\u2019en d\u00e9duire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE CHANTRE DE L\u2019UNION LIBRE<\/strong><br>\u00ab&nbsp;L\u2019Union libre&nbsp;\u00bb&nbsp;: la perversit\u00e9 du nombre qui nie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA&nbsp;: LE SURR\u00c9ALISME INCARN\u00c9<\/strong><br>Dans le r\u00e9cit plut\u00f4t plus que moins tronqu\u00e9, \u00e0 pans entiers d\u2019\u00e9vidence refoul\u00e9s, voire modifi\u00e9s \u2014 les commentaires fait par Breton du porte-folio des dessins de Nadja sont \u00e0 cet \u00e9gard plus que significatifs&nbsp;\u2014, il s\u2019av\u00e8re assez \u00e9vident que la seule surr\u00e9aliste int\u00e9grale de la rencontre, de l\u2019aventure, de l\u2019affaire disons plut\u00f4t, est Nadja&nbsp;; m\u00eame Breton par \u00e9clair s\u2019en aper\u00e7oit. G\u00e9nie libre, Puck ou Ariel malchanceux du surr\u00e9alisme, parce que trait\u00e9 par Breton trop souvent comme un Caliban, Nadja est le surr\u00e9alisme incarn\u00e9. Nonobstant, pour Breton, seul Jacques Vach\u00e9 peut pr\u00e9tendre au titre de surr\u00e9aliste incarn\u00e9, et pour cause&nbsp;: la fascination presque na\u00efve de Breton pour Jacques Vach\u00e9 et sa panth\u00e9onisation \u2014 qui ne sont pas sans emprunter aux rapport que Jean Cocteau entretint \u00e0 titre posthume avec l\u2019\u00e9l\u00e8ve Dargelos ou l\u2019\u00e9l\u00e8ve Radiguet (deux faces d\u2019un m\u00eame incube) \u2014 est une preuve suppl\u00e9mentaire de l\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e de Breton. La haine de Breton pour Cocteau rel\u00e8ve moins de la lutte des classes comme Breton le pr\u00e9tendait que de l\u2019impossibilit\u00e9 pour lui d\u2019affronter une image d\u00e9crypt\u00e9e, affich\u00e9e, de sa propre psych\u00e9. Gageons que Breton qui d\u00e9\u00effiait Vach\u00e9, trouvait obsc\u00e8ne la mythification militante et z\u00e9l\u00e9e que Cocteau avait fait de Dargelos&nbsp;: l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui l\u2019avait men\u00e9 sur la voie de la d\u00e9couverte et du d\u00e9voilement de sa propre sexuation&nbsp;; c\u2019est au moyen de cette mythification de Dargelos que Cocteau trouvait le moyen d\u2019avouer au public ce qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9ellement. Breton n\u2019a jamais d\u00fb penser un seul instant que la mythification et le culte qu\u2019il vouait \u00e0 Vach\u00e9 fonctionnaient sur le m\u00eame mode, exactement, point par point et terme pour terme, et, qu\u2019ils auraient pu, s\u2019il les avait affirm\u00e9s jusqu\u2019en leurs m\u00e9andres, lui permettre de s\u2019assumer.<br>Paul \u00c9luard, Desnos, P\u00e9ret, sont mis sur le m\u00eame plan que Jean-Jacques Rousseau, \u00c9tienne Dolet ou le dramaturge Henri Becque&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire sont \u00e9lev\u00e9s au rang de h\u00e9ros nationaux et d\u2019ic\u00f4nes\u2026 qui le justifient. Autant d\u2019\u00ab&nbsp;amiti\u00e9s-passions&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb7\">7<\/a>]&nbsp;\u00bb pour lui.<br>Breton aura-t-il jamais d\u00e9crypt\u00e9 ce que ses amis \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 pour lui&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA-MIROIR<\/strong><br>Le \u00ab\u00a0g\u00e9nie libre\u00a0\u00bb de Nadja rejoint celui r\u00eav\u00e9 par Stendhal&nbsp;; elle en est l\u2019incarnation inesp\u00e9r\u00e9e. Nadja est \u00e0 elle seule une all\u00e9gorie du surr\u00e9alisme. Nadja, c\u2019est la femme que Breton aurait r\u00eav\u00e9 \u00eatre.<br>Quel aveu de lucidit\u00e9 de la part de Nadja que de suicidairement lancer \u00e0 Breton cette phrase miroir destin\u00e9 \u00e0 le r\u00e9veiller&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si vous voulez, pour vous je ne serai rien ou qu\u2019une trace.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRETON, PI\u00c8TRE PSYCHANALYSTE<\/strong><br>Breton et la psychanalyse. C\u2019est en soi tout un programme&nbsp;: il y aurait sans conteste une th\u00e8se pour tenter de diagnostiquer son \u00e9tat \u00e0 cet \u00e9gard \u00e0 \u00e9crire. Dr\u00f4le de psychanalyste en tous cas, qui dans les dessins de Nadja, se montre incapable de lire, de se lire.<br>On notera, en outre, que dans <em>Nadja,<\/em> il prend significativement ses distances avec la psychanalyse. En r\u00e9alit\u00e9, parce que d\u2019une part, quelque chose en lui se refuse hyst\u00e9riquement \u00e0 l\u2019auto-analyse, d\u2019autre part, parce qu\u2019il ne pardonne pas \u00e0 Freud la condamnation prononc\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les surr\u00e9alistes ne sont fous qu\u2019\u00e0 95%, parce que, comme l\u2019alcool, la folie n\u2019est jamais \u00e0 100%.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA PR\u00c9TEXTE<\/strong><br>\u00c9crire sur le dos de ses rencontres comme sur un revers d\u2019enveloppe narcissiquement adress\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame. Pour Breton, le but&nbsp;: donner une image de soi. Breton poss\u00e8de Nadja mais pas dans le sens \u2014 h\u00e9las&nbsp;! \u2014 de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Pour Breton, le but&nbsp;: donner une image de soi, sur un fond de r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il estime \u2014 \u00e0 tort \u2014 cr\u00e9dible et fond\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ONANISME DE BRETON<\/strong><br>Le rapport sexuel onaniste, narcissique, consiste \u00e0 prostituer l\u2019autre \u00e0 soi, \u00e0 se masturber \u00e0 lui, bref \u00e0 le tromper avec soi-m\u00eame, \u00e0 n\u2019en faire qu\u2019un objet de plaisir. Il est vraisemblable, pour tenter d\u2019expliquer le nombre des divorces, le nombre des frustr\u00e9s, des frigides et des inhib\u00e9s, qui a toujours exist\u00e9 et qui va toujours croissant dans un type de soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019\u00e9go\u00efsme et le narcissisme est la r\u00e8gle, que peu de gens, fort peu, parviennent \u00e0 \u00e9tablir par le biais du sexe un r\u00e9el rapport d\u2019\u00e9change, de don et d\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<br>On me permettra de penser que la sexualit\u00e9 de la plupart des surr\u00e9alistes, telle qu\u2019ils la d\u00e9crivent dans la fameuse grande \u00ab&nbsp;Enqu\u00eate sur la sexualit\u00e9&nbsp;\u00bb du n\u00b011 de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste,<\/em> est une sexualit\u00e9 adolescente qui n\u2019a le plus souvent pas encore d\u00e9termin\u00e9 clairement m\u00eame pour certains d\u2019entre eux la question m\u00eame de la sexuation, pr\u00e9alable \u00e0 toute sexualit\u00e9 r\u00e9ussie. Ils sont dans le meilleur des cas dans le brouillon maladroit, dans le brouillon brouillon, dans le brouillon gourmand,\u2026 dans tous les cas dans le bouillon narcissique qu\u2019ils boivent \u2014 ils n\u2019ont pas le choix \u2014 en fanfaronnant qu\u2019il s\u2019agit pour eux d\u2019un \u00ab\u00a0d\u00e9lice&nbsp;!\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE SADISME DE BRETON<\/strong><br>Le sadisme de Breton, \u00ab\u00a0pape du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, convaincu que \u00ab\u00a0le surr\u00e9alisme m\u00eame\u00a0\u00bb n\u2019est que \u00ab&nbsp;la pointe la plus extr\u00eame du romantisme&nbsp;\u00bb doit nous rappeler que ce sadisme, via Sade, n\u2019est que la r\u00e9surgence r\u00e9gressive, invagin\u00e9e en quelque sorte, foetalis\u00e9e, du satanisme romantique.<br>Parlant d\u2019Andr\u00e9 Breton et de ses productions, on aurait grand tort d\u2019oublier la constante r\u00e9f\u00e9rence implicite comme argument d\u2019autorit\u00e9 \u2014 par voie de cons\u00e9quence la constante pertinence critique en tant que r\u00e9f\u00e9rents \u00e9talons \u2014 de Sade et de Lautr\u00e9amont&nbsp;: dont les <em>\u0152uvres<\/em> sans cesse relues, comment\u00e9es, parodi\u00e9es par Breton constituent pour lui de v\u00e9ritables <em>Bibles<\/em> du sadisme.<br>Il y a dans le sadisme bretonnien, au revers&nbsp;: le masochisme, et, si l\u2019on peut dire, un constant ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab&nbsp;vases communicants&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb8\">8<\/a>]&nbsp;\u00bb de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Breton est ainsi sadique avec Nadja, masochiste avec Lise Meyer. Une faiblesse excusant l\u2019autre&nbsp;: c\u2019est, on l\u2019a compris, une fa\u00e7on de les annuler.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA PORNOGRAPHIE<\/strong><br>La pornographie, en r\u00e9alit\u00e9, est toujours m\u00e9taphysique pour qui tente de la regarder ph\u00e9nom\u00e9nologiquement&nbsp;; n\u2019importe quel psychologue nous dira d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle est tout enti\u00e8re soumise \u00e0 cette subjectivit\u00e9 qu\u2019on appelle la libido. La pornographie ramenant syst\u00e9matiquement le spectateur \u00e0 son monde phantasmatique, par la violence m\u00eame du concret le ram\u00e8ne \u00e0 cet abstrait sans lequel le concret lui-m\u00eame ne saurait jamais advenir. On le sait, dans ce domaine, quiconque ne r\u00eave plus ne r\u00e9alise plus, ne cr\u00e9e plus du r\u00e9el, s\u2019il est vrai que du r\u00e9el lui-m\u00eame, c\u2019est toujours de l\u2019abstrait d\u2019abord qui en d\u00e9coule.<br>Le sexe&nbsp;: le plus vieux spectacle du monde avec la mort. \u00c9ros et Thanatos&nbsp;: les Grecs \u00e9tant tellement conscients de ce fait et tellement persuad\u00e9s qu\u2019au terme d\u2019une vie, il ne subsistait que des images, qu\u2019il les ont divinis\u00e9es, mythologis\u00e9es.<br>Meurtre rituel&nbsp;: Nadja poup\u00e9e d\u2019envo\u00fbtement o\u00f9 Breton plante ses aiguilles pour d\u00e9nouer l\u2019aiguillette qui le castre psychiquement et qui l\u2019anhile, le paralyse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA NATURE DE BRETON<\/strong><br>\u00ab&nbsp;Qui \u00eates-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb = \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>La r\u00e9ponse \u00e0 cet \u00e9gard de Nadja est on ne peut plus claire&nbsp;:<br>\u00ab&nbsp;Je suis l\u2019\u00e2me errante.&nbsp;\u00bb<br>Le <em>Wanderer<\/em> surr\u00e9aliste n\u2019est pas le wanderer rural de l\u2019\u00e9poque romantique, le \u00ab&nbsp;promeneur solitaire&nbsp;\u00bb, il est le <em>Wanderer<\/em> urbain baudelairien du Spleen de Paris et surtout le <em>Wanderer<\/em> de l\u2019errance mentale, ce qu\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Le <em>Lenz<\/em> (1835) de B\u00fcchner, ce qui explique la raison pour laquelle Breton est fascin\u00e9 par le romantisme allemand.<br>\u00catre fragile, d\u00e9tenteur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la rationnalit\u00e9.<br>C\u2019est exactement ce qu\u2019est Breton. Mais \u00e0 cette fragilit\u00e9, Breton, lui, r\u00e9pond par la perversit\u00e9. Il est du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9tention, l\u00e0 o\u00f9 Nadja va s\u2019affirmer sans calcul, par nature, par temp\u00e9rament, du c\u00f4t\u00e9 du don. Il est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019opacit\u00e9 et de la manipulation, l\u00e0 o\u00f9 Nadja est du c\u00f4t\u00e9 de la transparence par souci d\u2019\u00e9thique et par gr\u00e2ce m\u00e9taphysique. Il est du c\u00f4t\u00e9 du talent besogneux soigneusement, avidement et rapacement \u2014 on songe au vautour du chat-pot-vautour \u2014 th\u00e9sauris\u00e9 sur autrui, aux d\u00e9pens d\u2019autrui, l\u00e0 o\u00f9 Nadja est sans se poser de question, sans m\u00eame s\u2019en apercevoir \u2014 et c\u2019est cela la vraie gr\u00e2ce \u2014 du c\u00f4t\u00e9 du g\u00e9nie. Il est introvert\u00e9, coinc\u00e9, inhib\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hyst\u00e9rie, alors que Nadja est une plaie errante, certes, mais vive, g\u00e9n\u00e9reuse, ouverte \u00e0 qui saura l\u2019aimer.<br>Nadja&nbsp;: le g\u00e9nie libre, Puck, Ariel,\u2026&nbsp;: le surr\u00e9alisme m\u00eame.<br>Nadja manipule Breton, mais ne l\u2019instrumentalise pas \u00e0 sa diff\u00e9rence \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA PROVOCATRICE<\/strong><br>Breton ne trouve pas en Nadja une reine de la provocation&nbsp;: il est trop obnubil\u00e9 par soi, trop macho pour le voir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA PR\u00c9-TEXTE<\/strong><br>Le <em>Premier Manifeste du surr\u00e9alisme,<\/em> puis vient Nadja&nbsp;: les travaux pratiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE PR\u00c9ALABLE DE LEUR RAPPORT&nbsp;: UN OISEAU POUR LE CHAT<\/strong><br>Nadja&nbsp;? Un oiseau pour le chat&nbsp;? Bien s\u00fbr, pour le chat-pot-vautour.<br>Nadja est, au d\u00e9part, avec Breton, clairement, une prostitu\u00e9e, peu satisfaite du m\u00e9tier et de ses al\u00e9as, qui s\u2019est trouv\u00e9e contrainte \u00e0 le pratiquer, qui esp\u00e8re quitter ce m\u00e9tier \u2014 d\u2019o\u00f9 son nom de professionnelle qui dit tout aussi d\u2019elle&nbsp;: Nadeja ou Nadja \u00ab&nbsp;parce que c\u2019est le commencement de l\u2019espoir&nbsp;\u00bb, que ce n\u2019en est \u00ab&nbsp;que le commencement&nbsp;\u00bb \u2014&nbsp;; pour elle qui cherche \u00e0 se caser, \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 sa condition mis\u00e9rable, Breton constitue une aubaine inesp\u00e9r\u00e9e \u00e0 s\u00e9duire, \u00e0 saisir. Le grand probl\u00e8me pour Nadja, c\u2019est qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence de Breton elle n\u2019est pas cynique&nbsp;: elle ne calcule pas, du moins elle ne va jamais jusqu\u2019au bout de ses calculs, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et la soumission, un subtil m\u00e9lange des deux, sa n\u00e9vrose de l\u2019\u00e9chec, sa pulsion de mort, prennent assez rapidement le dessus. Elle se sacrifie \u00e0 Breton aussi pour des raisons contextuelles&nbsp;: la femme \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2014 telle que la chanson populaire la chante \u2014 est une femme victime dont la raison vacille vite devant cette \u00e9vidence physique ou intellectuelle ou sociale de la soumission&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est mon homme [\u2026] Je l\u2019ai tellement dans la peau, j\u2019en suis marteau.&nbsp;\u00bb<br>Breton est coutumier de ce type de rencontre, quoi qu\u2019il le taise. Dans un article repris dans <em>Les Pas perdus,<\/em> intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u00e2chez tout&nbsp;\u00bb, nous repla\u00e7ant dans une \u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dant le surr\u00e9alisme o\u00f9 Breton cherche encore ses ma\u00eetres&nbsp;: h\u00e9sitant entre Picabia et Tzara, et leur trahison pour devenir chef \u00e0 son tour il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019habite depuis deux mois place Blanche [c\u2019est ainsi qu\u2019on appelle aussi en argot la coca\u00efne]. L\u2019hiver a \u00e9t\u00e9 des plus doux et, \u00e0 la terrasse de ce caf\u00e9 vou\u00e9 au commerce des stup\u00e9fiants, les femmes font des apparitions courtes et charmantes.&nbsp;\u00bb<br>Il est une autre occurrence de ce type dans <em>Les Pas perdus<\/em> \u2014 livre, on voudra bien s\u2019en souvenir que Breton pr\u00eate \u00e0 Nadja, au tout d\u00e9but de leur relation&nbsp;\u2014, c\u2019est dans \u00ab&nbsp;L\u2019Esprit nouveau&nbsp;\u00bb qu\u2019on la trouve. Aragon dans la rue remarque une jeune-fille \u00e0 l\u2019air perdu qui s\u2019adresse \u00e0 des inconnus. Andr\u00e9 Derain, \u00e0 son tour, va la remarquer aussi&nbsp;: tous trois ont \u00e0 son \u00e9gard un regard de concupiscence \u00e9vident&nbsp;: ayant remarqu\u00e9, tels des fauves, une fragilit\u00e9 apparente dans son attitude qui laisse pr\u00e9sager une capture facile&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aragon [\u2026] semblait surtout avoir \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de la beaut\u00e9 de l\u2019inconnue, Breton de sa mise tr\u00e8s correcte, ce c\u00f4t\u00e9 tellement \u00ab\u00a0jeune fille qui sort d\u2019un cours\u00a0\u00bb avec on ne sait quoi dans le maintien d\u2019extraordinairement perdu. \u00c9tait-elle sous l\u2019effet d\u2019un stup\u00e9fiant&nbsp;? Venait-il de se produire une catastrophe dans sa vie&nbsp;? Aragon et Breton avaient beaucoup de mal \u00e0 comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat passionn\u00e9 qu\u2019ils portaient tous deux \u00e0 cette aventure manqu\u00e9e.&nbsp;\u00bb On reconna\u00eetra l\u00e0 le c\u00f4t\u00e9 \u00ab&nbsp;vautour&nbsp;\u00bb de Breton qui n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 Nadja. Andr\u00e9 Derain, en vieux noceur blas\u00e9 qui en viendra au suicide comme Pascin, pr\u00e9cise quant \u00e0 lui plus prosa\u00efquement ce qui lui semble \u00eatre d\u2019\u00e9vidence le m\u00e9tier r\u00e9el de la fille, que Breton, \u00ab\u00a0petit bourgeois\u00a0\u00bb pervers entrenant des fantasmes de D\u00e9traqu\u00e9es ne s\u2019avoue pas aussi directement \u00e0 soi-m\u00eame, pr\u00e9f\u00e9rant r\u00eavasser&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis certain de ne l\u2019avoir jamais vue par ici, et pourtant je connais toutes les filles du quartier.&nbsp;\u00bb<br>On le sait cette sc\u00e8ne de \u00ab&nbsp;L\u00e2cher tout&nbsp;\u00bb est \u00e9voqu\u00e9e par Breton dans Nadja&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Nadja observe envers mois certaines distances, se montre m\u00eame soup\u00e7onneuse. C\u2019est ainsi qu\u2019elle retourne mon chapeau, sans doute pour y lire les initiales de la coiffe, bien qu\u2019elle pr\u00e9tende le faire machinalement, par habitude de d\u00e9terminer \u00e0 leur insu la nationalit\u00e9 de certains hommes. Elle avoue qu\u2019elle avait l\u2019intention de manquer le rendez-vous dont nous avions convenu. J\u2019ai observ\u00e9 qu\u2019elle tenait \u00e0 la main l\u2019exemplaire des <em>Pas perdus<\/em> que je lui ai pr\u00eat\u00e9. Il est maintenant sur la table et , \u00e0 en apercevoir la tranche, je remarque que quelques feuillets seulement en sont coup\u00e9s. Voyons&nbsp;: ce sont ceux de l\u2019article intitul\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019Esprit nouveau&nbsp;\u00bb, o\u00f9 est relat\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment une rencontre frappante, faite un jour, \u00e0 quelques minutes d\u2019intervalle, par Louis Aragon, par Andr\u00e9 Derain et par moi. L\u2019ind\u00e9cision dont chacun de nous avait fait preuve en la circonstance, l\u2019embarras o\u00f9 quelques instants plus tard, \u00e0 la m\u00eame table, nous mit le souci de comprendre \u00e0 quoi nous venions d\u2019avoir affaire, l\u2019irr\u00e9sistible appel qui nous porta, Aragon et moi, \u00e0 revenir aux points m\u00eames o\u00f9 nous \u00e9tait apparu de v\u00e9ritable sphinx sous les traits d\u2019une charmante jeune femme allant d\u2019un trottoir \u00e0 l\u2019autre interroger les passants, ce sphinx qui nous avait \u00e9pargn\u00e9s l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre et, \u00e0 sa recherche, de <em>courir<\/em> le long de toutes les lignes qui, m\u00eame tr\u00e8s capricieusement, peuvent relier ces points \u2014 le manque de r\u00e9sultats de cette poursuite que le temps e\u00fbt d\u00fb rendre sans espoir, c\u2019est \u00e0 cela qu\u2019est all\u00e9e tout de suite Nadja. Elle est \u00e9tonn\u00e9e et d\u00e9\u00e7ue du fait que le r\u00e9cit des courts \u00e9v\u00e9nements de cette journ\u00e9e m\u2019ait paru pouvoir se passer de commentaires. Elle me presse de m\u2019expliquer sur le sens exact que je lui attribue tel quel et, puisque je l\u2019ai publi\u00e9, sur degr\u00e9 d\u2019objectivit\u00e9 que je lui pr\u00eate. Je dois r\u00e9pondre que je n\u2019en sais rien, que dans un tel domaine le droit de constater me para\u00eet \u00eatre tout ce qui est permis, que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re victime de cet abus de confiance, si abus de confiance il y a,mais je vois bien qu\u2019elle ne me tient pas quitte, je lis dans son regard l\u2019impatience, puis la consternation. Peut-\u00eatre s\u2019imagine-t-elle que je mens&nbsp;: une assez grand g\u00eane continue \u00e0 r\u00e8gner entre nous. Comme elle parle de rentrer chez elle, j\u2019offre de la reconduire. Elle donne au chauffeur l\u2019adresse du Th\u00e9\u00e2tre des Arts qui, me dit-elle, se trouve \u00e0 quelques pas de la maison qu\u2019elle habite. En chemin, elleme d\u00e9visage longuement, en silence. Puis ses yeux se ferment et s\u2019ouvrent tr\u00e8s vite [\u2026] (p. 88-90)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans le taxi, que, sans doute touch\u00e9e par l\u2019attention qui consiste \u00e0 vouloir la reconduire, elle prend le parti de se \u00ab\u00a0jeter \u00e0 l\u2019eau\u00a0\u00bb \u2014 voir&nbsp;: un peu plus loin, l\u2019\u00e9vocation de l\u2019hallucination dont elle est est victime ou qu\u2019elle simule&nbsp;: la main de feu qu\u2019elle voit jaillir des eaux sombres de la Seine, lors d\u2019une promenade nocturne \u2014&nbsp;: elle offre ses l\u00e8vres, prend le parti de tenter le jeu classique de la s\u00e9duction&nbsp;: \u00ab&nbsp;tout \u00e0 coup elle s\u2019abandonne, ferme tout \u00e0 fait les yeux, offre ses l\u00e8vres\u2026 Elle me parle maintenant de mon pouvoir sur elle, de la facult\u00e9 que j\u2019ai de lui faire penser et faire ce que je veux, peut-\u00eatre plus que je crois le vouloir. Elle me supplie, par ce moyen, de ne rien entreprendre contre elle.&nbsp;\u00bb (p. 92) D\u2019embl\u00e9e, elle se montre donc lucide sur la nature vraisemblable de leurs rapports.<br>D\u00e9j\u00e0, dans \u00ab&nbsp;L\u00e2chez tout&nbsp;\u00bb, glosant sur la rencontre avec la \u00ab&nbsp;jeune-fille qui sort d\u2019un cours&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;avec quelque chose dans son maintien d\u2019extraordinairement perdu&nbsp;\u00bb et dont il aurait pu profiter, malgr\u00e9 tout, d\u00e9j\u00e0, Breton appara\u00eet comme \u00e9tant davantage pr\u00e9occup\u00e9 de son avenir litt\u00e9raire, de son destin de \u00ab&nbsp;Grand homme&nbsp;\u00bb \u00e0 venir, et qui tarde&nbsp;; apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 la place Blanche, cette terrasse de caf\u00e9 o\u00f9 les drogu\u00e9es viennent faire des \u00ab&nbsp;apparitions courtes et charmantes&nbsp;\u00bb pr\u00e9figurant celle de Nadja dans sa vie, il poursuit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Les nuits n\u2019existent gu\u00e8re plus que dans les r\u00e9gions hyperbor\u00e9ennes de la l\u00e9gende. Je ne me souviens pas d\u2019avoir v\u00e9cu ailleurs&nbsp;; ceux qui disent m\u2019avoir connu doivent se tromper. Mais non, ils ajoutent m\u00eame qu\u2019ils m\u2019avaient cru mort. Vous avez raison de me rappeler \u00e0 l\u2019ordre. Apr\u00e8s tout, qui parle&nbsp;? Andr\u00e9 Breton, un homme sans grand courage, qui jusqu\u2019ici s\u2019est satisfait tant bien que mal d\u2019une action d\u00e9risoire et cela parce que peut-\u00eatre un jour il s\u2019est senti \u00e0 jamais trop durement incapable de faire ce qu\u2019il veut. Et il est vrai que j\u2019ai conscience de m\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 d\u00e9valis\u00e9 moi-m\u00eame en plusieurs circonstances&nbsp;; il est vrai que je me trouve moins qu\u2019un moine, moins qu\u2019un aventurier. N\u2019emp\u00eache que je ne d\u00e9sesp\u00e8re point de me reprendre et qu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e de 1922, dans ce beau Monmartre en f\u00eate, je songe \u00e0 ce que je puis encore devenir.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRETON MACHO<\/strong><br>Il faudrait noter toutes les r\u00e9f\u00e9rences machos du texte, mais il en a trop\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA&nbsp;: MADONE ET PUTAIN, JAMAIS FEMME<\/strong><br>Nadja est enferm\u00e9e par Breton comme Baudelaire fait avec ses femmes aussi dans une verticalit\u00e9 et une horizontalit\u00e9&nbsp;: celle des correspondances. Madones ou putains, madones et putains, elles ne peuvent \u00eatre sauv\u00e9es puisque \u00ab&nbsp;la Madeleine [montrant] l\u2019inanit\u00e9 de la vertu&nbsp;\u00bb \u2014 pour un esprit \u00ab\u00a0petit-bourgeois\u00a0\u00bb comme celui de Baudelaire ou celui de Breton \u2014 elle ne peut au mieux que se transformer (putain transformiste ou madone transformiste) en <em>Mater Dolorosa,<\/em> \u00ab&nbsp;vierge aux sept douleurs&nbsp;\u00bb tortur\u00e9e par son adorateur m\u00eame&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Enfin, pour compl\u00e9ter ton r\u00f4le de Marie,<br>Et pour m\u00ealer l\u2019amour avec la barbarie,<br>Volupt\u00e9 noire&nbsp;! des sept P\u00e9ch\u00e9s capitaux,<br>Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux<br>Bien affil\u00e9s, et, comme un jongleur insensible,<br>Prenant le plus profond de ton amour pour cible,<br>Je les planterai tous dans ton C\u0153ur pantelant,<br>Dans ton C\u0153ur sanglotant, dans ton C\u0153ur ruisselant&nbsp;!<br>(Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;\u00c0 une Madone, ex-voto dans le go\u00fbt espagnol&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, LVII, in <em>Les Fleurs du Mal.<\/em> )<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LES DEUX EXTR\u00caMES DE L\u2019HYST\u00c9RIE<\/strong><br>Madone = putain, victime. Deux moyens qui s\u2019\u00e9quivalent pour occulter la femme, la rendre inaccessible. On peut dans cette mesure affirmer que l\u2019hyst\u00e9rie baudelairienne ou bretonnienne trouve son expression dans une sublimation hyperbolique de la femme ou dans un avalissement hyperbolique qui ne sont que les deux extr\u00eames d\u2019un m\u00eame mouvement, lequel circonscrit assez clairement la tautologie, le cercle vicieux phantasmatique dans lequel il s\u2019enferme frileusement chaque fois qu\u2019il lui prend l\u2019id\u00e9e d\u2019invoquer et de convoquer le d\u00e9mon femelle, bien prot\u00e9g\u00e9 de lui par son cercle d\u2019invocation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ESP\u00c9RANCE DE NADJA<\/strong><br>Nadja, en russe = commencement du mot \u00ab&nbsp;esp\u00e9rance&nbsp;\u00bb. Esp\u00e9rance de quoi&nbsp;? Pour Breton , \u00e9go\u00efstement, l\u2019esp\u00e9rance de \u00ab&nbsp;la merveille&nbsp;\u00bb, l\u2019esp\u00e9rance de Suzanne Musard, et, au-del\u00e0 de Suzanne Musard, d\u2019autres fant\u00f4mes de femmes, toujours poursuivis, jamais saisis, qui ont servi \u00e0 Breton \u00e0 occulter et \u00e0 refuser sans cesse la rencontre avec soi-m\u00eame, sa v\u00e9ritable sexuation et la vraie sexualit\u00e9 \u00e0 laquelle inconsciemment il aspirait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MANIPULATION<\/strong><br>Breton ne dit pas \u00e0 Nadja qu\u2019il \u00e9crit leur rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PACTE VOYEURISTE AVEC LE LECTEUR<\/strong><br>Breton et son lecteur&nbsp;: voyeurs comme la statue regardant le phallus jet d\u2019eau ou le ma\u00eetre p\u00e9dagogue et son jeune disciple, Philonous et Hylas, personnages grecs. Breton et son lecteur&nbsp;: voyeurs de la lente et irr\u00e9m\u00e9diable descente de Nadja dans la folie&nbsp;: le spectacle le plus fascinant et le plus terrifiant qui soit, le plus jouissif pour un sadique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA INTRUMENTALIS\u00c9E, CONSCIENTE DE L\u2019AVOIR \u00c9T\u00c9<\/strong><br>Chez Breton, la perversion narcissique \u2014 car c\u2019en est une une \u2014 est la premi\u00e8re, dont d\u00e9couleront toutes les autres.<br>Breton ne fait que faire semblant de s\u2019effacer devant son sujet. Le sujet \u2014 Nadja \u2014 n\u2019occulte pas le double objet, qui en v\u00e9rit\u00e9 n\u2019en est qu\u2019un&nbsp;: \u00ab&nbsp;qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb, qu\u2019est-ce que la surr\u00e9alit\u00e9&nbsp;? La surr\u00e9alit\u00e9 n\u2019\u00e9tant pour Andr\u00e9 Breton qu\u2019un mode d\u2019emploi de sa vie.<br>Dans <em>Nadja<\/em> pour Breton, Nadja \u00ab&nbsp;passe[t-elle]&nbsp;\u00bb&nbsp;? Non, seul \u00ab&nbsp;Andr\u00e9 Breton [pour Andr\u00e9 Breton] passe&nbsp;\u00bb dans son ouvrage comme dans le po\u00e8me \u00ab&nbsp;Tournesol&nbsp;\u00bb qui se cl\u00f4t sur ces mots \u00e9gotistes, dandy, nombrilistes, onanistes pour tout dire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Je ne suis le jouet d\u2019aucune puissance sensorielle<br>Et pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendre<br>Un soir pr\u00e8s de la statue d\u2019\u00c9tienne Marcel<br>M\u2019a jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il d\u2019intelligence<br>Andr\u00e9 Breton a-t-il dit passe<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Puisque tu existes comme toi seule sait exister, il n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas n\u00e9cessaire que ce livre exist\u00e2t. J\u2019ai cru pouvoir en d\u00e9cider autrement&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb9\">9<\/a>].&nbsp;\u00bb<br>Nadja, l\u2019\u00eatre, n\u2019\u00e9tait qu\u2019une pr\u00e9texte, en r\u00e9alit\u00e9.<br>Pour le pervers, elle ne pouvait du reste pas \u00eatre autre chose qu\u2019une occasion de substitut f\u00e9tichiste.<br>\u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Qui \u00eates-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>L\u2019un cache l\u2019autre.<br>Et Breton de conclure&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Si sophismes c\u2019\u00e9taient, du moins c\u2019est \u00e0 eux que je dois d\u2019avoir pu me jeter \u00e0 moi-m\u00eame, \u00e0 celui qui du plus loin vient \u00e0 la rencontre de moi-m\u00eame, le cri, toujours path\u00e9tique, de \u00ab&nbsp;Qui vive&nbsp;?&nbsp;\u00bb Qui vive&nbsp;? Est-ce vous, Nadja&nbsp;? Est-il vrai que l\u2019<em>au-del\u00e0,<\/em> tout l\u2019au-del\u00e0 soit dans cette vie&nbsp;? Je ne vous entends pas. Qui vive&nbsp;? Est-ce moi seul&nbsp;? Est-ce moi-m\u00eame&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb10\">10<\/a>]&nbsp;?<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nadja<\/em>&nbsp;: le titre est prometteur mais il est une fausse promesse. Il ne parle pas de Nadja, il s\u2019en sert comme d\u2019un exemple.<br>Le pervers est toujours un narcisse qui torture l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par un onanisme \u00e9go\u00efte pouss\u00e9 souvent jusqu\u2019au vice.<br>Si Nadja, lorsqu\u2019elle se rend compte qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9e demande \u00e0 Breton d\u2019\u00e9crire un livre sur leur histoire, c\u2019est afin de le devancer et de ne pas perdre la face. \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Tu prendras un autre nom. Quel nom veux-tu que je te dise. C\u2019est tr\u00e8s important.\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb Non, il la met au pilori.<br>Breton abuse avant tout mentalement, psychiquement et fantasmatiquement de Nadja.<br>Breton commet sur Nadja un v\u00e9ritable viol psychique.<br><em>Nadja<\/em> est avant tout l\u2019\u0153uvre d\u2019un homme qui ne se conna\u00eet pas.<br>Ne pas conna\u00eetre Nadja mais tenter de se reconna\u00eetre en elle en s\u2019y projettant, en la niant jusqu\u2019\u00e0 la rendre folle.<br>1\u00b0) Instrumentaliser Nadja est d\u00e9j\u00e0 en soi pervers. Il la r\u00e9\u00effie ou au mieux la consid\u00e8re comme un cobbaye.<br>Nadja envisag\u00e9e non en son humanit\u00e9 mais en sa surr\u00e9alit\u00e9 manifeste.<br>Nadja&nbsp;: pont de \u00ab\u00a0fortune\u00a0\u00bb entre r\u00e9el et surr\u00e9el.<br>Breton ic\u00f4ne et iconoclaste de Nadja&nbsp;: concurrente de sa psych\u00e9, que, paradoxe, il ne trouve pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA NATURE DES RAPPORTS<\/strong><br>Un marchepied, une fen\u00eatre entre r\u00e9el et surr\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA NATURE DU LIVRE&nbsp;: NARCISSIQUE<\/strong><br>La structure m\u00eame du livre qui se montre en train de s\u2019\u00e9crire est narcissique.<br>Nadja n\u2019est que la mati\u00e8re de son livre.<br>Il faut entendre sans cesse le refrain bien connu, trop bien connu, quasi fatal \u00e0 vrai dire dans ce qu\u2019on nomme pompeusement la relation amoureuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je m\u2019aime \u00e0 travers vous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE STATUT DU LIVRE<\/strong><br><em>Nadja<\/em>&nbsp;: brouillon de <em>L\u2019Amour fou.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA&nbsp;: TRAVAUX PRATIQUES DU MANIFESTE<\/strong><br>Nadja, la femme, l\u2019\u00eatre, n\u2019est jamais qu\u2019un des \u00ab\u00a0travaux pratiques\u00a0\u00bb de Breton. Elle incarne \u00e0 son insu l\u2019Art surr\u00e9aliste&nbsp;: elle en est poss\u00e9d\u00e9e, car, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019artiste, elle n\u2019est pas distanci\u00e9e. Elle est trap\u00e9ziste de l\u2019esprit mais sans filet. Breton admire et attend secr\u00e8tement la chute comme si elle devait l\u2019exorciser de sa propre peur.<br>Parmi les \u00ab\u00a0travaux pratiques\u00a0\u00bb surr\u00e9alistes de Breton, Nadja est sans doute le plus r\u00e9ussi&nbsp;: sa Cop\u00e9lia. Il la fait danser, tourner, toujours, jusqu\u2019\u00e0 ce que le ressort casse. Elle n\u2019aura \u00e9t\u00e9 qu\u2019un jouet.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>LE STATUT DU TEXTE<\/strong><br><em>Nadja<\/em>&nbsp;: journal, essai, r\u00e9cit&nbsp;? On ne sait, l\u2019indistinction du texte correspond assez bien \u00e0 l\u2019indistinction sexuelle de l\u2019auteur, qui comme tout cr\u00e9ateur \u00ab&nbsp;cr\u00e9e \u00e0 son image&nbsp;\u00bb, ce qui est une fatalit\u00e9. Dans cette mesure, aucun vrai cr\u00e9ateur ne peut mentir. Dans son texte, qu\u2019il le veuille ou non, Breton s\u2019avoue. Il s\u2019avoue d\u2019autant plus que son postulat premier, que son argument d\u2019autorit\u00e9 est pr\u00e9cis\u00e9ment la psychanalyse qui vise dans toute la mesure du possible \u00e0 amener sinon la compr\u00e9hension par le sujet, du moins l\u2019expression pleine et enti\u00e8re de sa psych\u00e9. Libre au lecteur, ensuite, de jouer les psychanalystes. Breton s\u2019allonge sur le divan de son livre&nbsp;: il est sans conteste possible&nbsp;: l\u2019analys\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRETON PYGAMALION D\u00c9MIURGE<\/strong><br>En Pygmalion d\u00e9miurge, Breton instrumentalise la folie de Nadja. \u00c0 la fin, il se d\u00e9tourne de ses productions artistiques, dessins, propos po\u00e9tiques valant largement les siens, parce qu\u2019elle lui \u00e9chappe. Il la casse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA NATURE DU TEXTE<\/strong><br>Le Journal de la rencontre avec Nadja n\u2019est en v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019une autobiographie laudative, un autopan\u00e9gyrique d\u00e9guis\u00e9.<br>Le texte commence par un pr\u00e9ambule philosophico-syncr\u00e9tique d\u00e9lirant satur\u00e9 par l\u2019<em>ego<\/em> de Breton, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que cet ego de toute part lui \u00e9chappe. Il se poursuit avec le pr\u00e9ambule analogique o\u00f9 s\u2019exprime selon Breton les \u00ab&nbsp;faits glissades&nbsp;\u00bb, les \u00ab&nbsp;faits pr\u00e9cipices&nbsp;\u00bb, donnant la preuve de ce qu\u2019il nomme le \u00ab&nbsp;hasard objectfif&nbsp;\u00bb.<br>Si le statut de Nadja peut appara\u00eetre au d\u00e9part pour Breton, pythique, on s\u2019apper\u00e7oit assez vite que Nadja qui, en v\u00e9rit\u00e9 est une incarnation du surr\u00e9alisme n\u2019en est pour Breton tout au plus que la repr\u00e9sentation. Nadja est rapidement mus\u00e9\u00effi\u00e9e, \u00e9pingl\u00e9e par Breton tel un papillon par un entomologiste implacable et maniaque, et, ce papillon, symbole de r\u00e9surrection, n\u2019annonce que la r\u00e9surrection d\u2019Andr\u00e9 Breton, qui, de l\u2019\u00e9chec de l\u2019aventure Lise Meyer va pouvoir passer \u00e0 celle sur laquelle il peut encore se raconter des histoires&nbsp;: l\u2019aventure avec Suzanne Musard.<br>Pour Nadja, Breton est une r\u00e9clame pour le surr\u00e9alisme, tout au plus. Elle en est l\u2019enseigne, elle n\u2019en est que l\u2019enseigne. Au mieux, elle en est la mascotte, ou la figure all\u00e9gorique \u00e0 la proue du vaisseau amiral.<br>Nadja&nbsp;: figure de proue all\u00e9gorique. C\u2019est l\u00e0 le statut de Nadja pour les ann\u00e9es \u00e0 venir, la place que Breton lui destine pour cette post\u00e9rit\u00e9 dans laquelle, tr\u00e8s vite, il se croit vivre.<br>Le vrai statut de Nadja, c\u2019est de s\u2019opposer \u00e0 toute raison, peut-\u00eatre, mais certes pas \u00e0 toute sagesse.<br>Le go\u00fbt du bonheur&nbsp;: est-ce sagesse ou d\u00e9raison&nbsp;?<br>Apr\u00e8s le pr\u00e9ambule analogique pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de son incipit syncr\u00e9tico-philosophique, apr\u00e8s ce pr\u00e9ambule qui pr\u00e9tend anticiper les \u00e9v\u00e9nements, Breton, clairement, n\u2019\u00e9prouve pas de sentiments pour Nadja mais il \u00e9prouve les sentiments de Nadja.<br>Le Statut du texte&nbsp;?<br>Le journal d\u2019une rencontre relevant du \u00ab&nbsp;hasard objectif&nbsp;\u00bb&nbsp;?<br>Refus d\u2019un temps lin\u00e9aire. R\u00e9cit d\u2019apprentissage. Documentaire&nbsp;?<br>Non. C\u2019est Nadja qui de bout en bout \u2014 vengeance bien m\u00e9rit\u00e9e, bien naturelle \u2014 domine tout le texte, le dossier iconographique et son commentaire, par la parodie de g\u00e9nie qu\u2019elle a pu r\u00e9aliser pour Breton, son bourreau sans c\u0153ur, de ce qu\u2019il appelait \u00ab&nbsp;le desssin automatique&nbsp;\u00bb&nbsp;; les dessins de Nadja n\u2019ont rien d\u2019automatique, ils sont savemment et subtilement contr\u00f4l\u00e9s de bout en bout, chaque d\u00e9tail en est pes\u00e9, compt\u00e9, mis au d\u00e9bit de la b\u00eatise, de la muflerie, de l\u2019aveuglement de Breton qui pr\u00e9tend les commenter et est incapable d\u2019y lire, de s\u2019y lire.<br>Le statut du livre pour les surr\u00e9alistol\u00e2tre, bien s\u00fbr, fait de <em>Nadja<\/em> une \u0153uvre anthologique du surr\u00e9alisme, une v\u00e9ritable <em>Bible<\/em> du surr\u00e9alisme&nbsp;: Andr\u00e9 Breton, <em>Nadja<\/em>&nbsp;: \u00ab\u00a0Portrait de l\u2019auteur en surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb, Anthologie du surr\u00e9alisme, \u00ab\u00a0Livre-Mus\u00e9e\u00a0\u00bb du surr\u00e9alisme.<br>Si <em>Nadja<\/em> se veut le miroir du surr\u00e9alisme, il s\u2019agit pour nous d\u2019aller au-del\u00e0 du miroir et d\u2019y voir avant tout une mise en sc\u00e8ne perverse orchestr\u00e9e par Breton, qui doit rendre le surr\u00e9alisme visible, avec sacrifice \u00e0 la fin, en apoth\u00e9ose, pour \u00ab\u00a0apoth\u00e9oser\u00a0\u00bb comme disait Baudelaire \u00e0 propos de Th\u00e9odore de Banville, article dans lequel Baudelaire affirme et constate, pour faire le bilan du mouvement romantique dont Breton sait que le surr\u00e9alisme est \u00ab&nbsp;la pointe la plus extr\u00eame&nbsp;\u00bb, que<\/p>\n\n\n\n<p><small>Beethoven a commenc\u00e9 \u00e0 remuer les mondes de m\u00e9lancolie et de d\u00e9sespoir incurable amass\u00e9s comme des nuages dans le ciel int\u00e9rieur de l\u2019homme. Maturin dans le roman, Byron dans la po\u00e9sie, Poe dans la po\u00e9sie et dans le roman analytique, l\u2019un malgr\u00e9 sa prolicit\u00e9 et son verbiage, si d\u00e9testablement imit\u00e9s par Alfred de Musset&nbsp;; l\u2019autre, malgr\u00e9 son irritante concision, ont admirablement exprim\u00e9 la partie blasph\u00e9matoire de la passion&nbsp;; ils ont projet\u00e9 des rayons splendides, \u00e9blouissants, sur le Lucifer latent qui est install\u00e9 dans tout c\u0153ur humain. Je veux dire que l\u2019art moderne a une tendance essentiellement d\u00e9moniaque. Et il semble que cette part infernale de l\u2019homme, que l\u2019homme prend plaisir \u00e0 s\u2019expliquer \u00e0 lui-m\u00eame, augmente journellement, comme si le Diable s\u2019amusait \u00e0 la grossir par des proc\u00e9d\u00e9s artificiels, \u00e0 l\u2019instar des engraisseurs, emp\u00e2tant patiemment le genre humain dans ses basses-cours pour se pr\u00e9parer une nourriture plus suculente&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb11\">11<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>La mani\u00e8re qu\u2019a Breton de traiter Nadja&nbsp;? Il lui consacre soi-disant un livre. Il annonce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9e. Il ne va pas la voir. Il d\u00e9die l\u2019\u00e9pilogue de son livre \u00e0 une autre femme. Nadja n\u2019est pour lui qu\u2019un brouillon. Entre-temps \u2014 pens\u00e9e, dessein, parole, valant action \u2014 il la trompe avec Lise Meyer. <em>Nadja<\/em> n\u2019est jamais que le divan d\u2019une auto-analyse sauvage, et, inutile, rat\u00e9e, puisque Breton ne d\u00e9m\u00eale pas au terme de l\u2019auto-analyse la question essentielle, la question initiale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>Faire de Nadja la mati\u00e8re m\u00eame de son livre, ou l\u2019inverse&nbsp;?\u2026 D\u00e9chiffrer ou d\u00e9fricher le monde&nbsp;?<br>Le Journal du 3 au 12 octobre 1926 n\u2019est qu\u2019un alibi.<br>Sur le mode de la rencontre surr\u00e9aliste, Nadja est-elle une sorte de succube, Breton rencontre-t-il la femme aim\u00e9e, d\u2019abord rencontr\u00e9e dans le r\u00eave comme on le lit chez Desnos dans ses <em>Po\u00e8mes \u00e0 la myst\u00e9rieuse<\/em> (1926) ou Paul \u00c9luard dans son po\u00e8me \u00ab&nbsp;L\u2019Amoureuse&nbsp;\u00bb \u00e9crit avant qu\u2019il ne rencontre Nush et tandis que Gala le rendait alors fort malheureux&nbsp;?<br>Si Nadja peut se voir confier parfois le r\u00f4le de Pythie, elle n\u2019est pas, pour le reste du temps que Breton lui pr\u00eate, d\u00e9esse mais f\u00e9e&nbsp;: la f\u00e9e folle, \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e2me errante&nbsp;\u00bb, la <em>Wanderer<\/em> urbaine, mais avant tout mentale, la folle.<br>Gr\u00e2ce \u00e0 elle, par son biais, par son truchement, comme une voyante lirait dans le marc de caf\u00e9, Breton, \u00ab&nbsp;homme-Dieu&nbsp;\u00bb \u2014 pour emprunter la formule au Baudelaire du <em>Po\u00ebme du haschisch<\/em> \u2014 pratique l\u2019auto-d\u00e9\u00effication, la b\u00e9\u00effication. Par le biais de la femme qu\u2019il instrumentalise, Breton devient un \u00ab&nbsp;homme-Dieu&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;il lui est arriv\u00e9 de me prendre pour un Dieu.&nbsp;\u00bb ose-t-il m\u00eame \u00e9crire.<br>La d\u00e9\u00effication passag\u00e8re de la femme n\u2019est qu\u2019une p\u00e9trarquisation.<br>Les surr\u00e9alistes f\u00e9minisent le <em>Wanderer.<\/em> Le <em>Wanderer<\/em> devient la Gradiva, mais Breton ne fait que singer ce processus. Il ne se donne pas, en r\u00e9alit\u00e9 ne s\u2019y adonne pas.<br>On ne peut \u00e9voquer le statut du livre sans se poser la question ou \u00e9voquer la question morale \u2014 n\u2019en d\u00e9plaise aux surr\u00e9alistol\u00e2tre et post-modernistes attard\u00e9s \u2014. Ne parler ni de Sade et de Lautr\u00e9amont, ni du sadisme et du f\u00e9tichisme,\u2026 ne pas tenir compte de l\u2019allusion largement d\u00e9velopp\u00e9e aux <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>, ni \u00e0 <em>La profanation de l\u2019Hostie<\/em> serait une erreur capitale, \u00e0 vrai dire d\u00e9ontologiquement impardonnable, toutes confessions confondues, y compris celle, la plus militante, des ath\u00e9ologiques, des la\u00efco-ath\u00e9es.<br>Le statut du livre nous ram\u00e8ne sans cesse \u00e0 Breton et \u00e0 la question \u2014 \u00e0 sa question \u2014&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb<br>\u00ab&nbsp;Il d\u00e9cide de partir en qu\u00eate de sa propre identit\u00e9&nbsp;\u00bb dira le critique.<br>Pourquoi&nbsp;? O\u00f9 est le probl\u00e8me&nbsp;? Il ne la conna\u00eet donc pas.<br>\u00ab&nbsp;D\u00e9finition de soi non par une int\u00e9riorit\u00e9 mais par une ext\u00e9riorit\u00e9&nbsp;\u00bb dira le critique. Mais, s\u2019il se projette&nbsp;?<br>\u00ab&nbsp;Hasard objectif&nbsp;?&nbsp;\u00bb Est-ce possible s\u2019il y a pr\u00e9tention \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie&nbsp;?<br>Dali qui a compris que cela ne pouvait aboutir qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chec pr\u00e9f\u00e8re parler, lui, de \u00ab&nbsp;M\u00e9thode parano\u00efaque critique&nbsp;\u00bb.<br>Le surr\u00e9alisme, les vrais \u00ab\u00a0t\u00eates\u00a0\u00bb du mouvement, \u00e0 savoir&nbsp;: Bataille, Queneau et Caillois n\u2019y croient pas puisqu\u2019ils cr\u00e9ent <em>Ac\u00e9phale,<\/em> revue Nietzsch\u00e9enne.<br><em>Nadja<\/em> , le texte, avoue la subjectivit\u00e9 sans cesse&nbsp;; c\u2019est peut-\u00eatre cette absence de culpabilit\u00e9 vis \u00e0 vis du triomphe de la subjectivit\u00e9 qui fascine Breton, adepte fanatique et donc hyst\u00e9rique par ailleurs du <em>M.&nbsp;Teste<\/em> de Val\u00e9ry.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 LA RECHERCHE DE L\u2019ANDROGYNE PERDU&nbsp;: LE REFUGE DANS LE CORPS SUBSTITUTIF DE L\u2019\u0152UVRE<\/strong><br>Beaucoup d\u2019artistes des deux sexes, \u00e0 jamais veuf de leur moiti\u00e9 masculine ou f\u00e9minine perdue, refoul\u00e9e, sous le coup du poids moral de culpabilit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 cette androgynie impos\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, ont \u00e0 l\u2019origine de leur vocation \u00e0 cr\u00e9er une remise en cause de la corpor\u00e9\u00eft\u00e9, dont l\u2019homosexualit\u00e9 serait, sera l\u2019expression la plus radicale dans leur vie priv\u00e9e, voire leur vie publique s\u2019ils osaient, s\u2019ils osent s\u2019affirmer comme rebelles.<br>L\u2019artiste femme, elle, est \u00e0 la recherche de son \u00ab&nbsp;phallus&nbsp;\u00bb perdu&nbsp;; l\u2019artiste homme, lui, cherchant \u00e0 retrouver l\u2019ut\u00e9rus de la m\u00e8re se r\u00e9fugie dans l\u2019hyst\u00e9rie.<br>Tout artiste m\u00e2le est ainsi dans l\u2019hyst\u00e9rie comme la femme, elle, est dans l\u2019ut\u00e9rus, et, toute \u0153uvre est un corps de substitution qui vise \u00e0 recr\u00e9er l\u2019androgyne perdu qui s\u2019aut-suffit \u00e0 soi-m\u00eame et r\u00eave d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 de principe, phantasm\u00e9e, mais qui, elle, traverse le temps et perdure avec les ann\u00e9es. L\u2019\u0153uvre rencontre, en effet, conna\u00eet son spectateur et son lecteur, le conna\u00eet au sens biblique, le f\u00e9conde, par-del\u00e0 le temps, par-del\u00e0 les si\u00e8cles m\u00eame, et, seule, se suffit \u00e0 soi-m\u00eame et \u2019nen existe pas moins.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LUCIDIT\u00c9 DE NADJA&nbsp;: LES POUP\u00c9ES DONT ON RETIRE LES YEUX<\/strong><br>Un passage particuli\u00e8rement significatif de la v\u00e9ritable personnalit\u00e9 de Nadja, telle qu\u2019elle a pu \u00e9chapper \u00e0 Breton qui, sur elle, ne faisait que se projeter narcissique, onanistement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>[\u2026] ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019elle se trouve \u00e0 pareille heure dans ce jardin. Cet homme, si c\u2019est lui, s\u2019est offert \u00e0 l\u2019\u00e9pouser. Cela la fait penser \u00e0 sa petite fille, une enfant dont elle m\u2019a appris avec tant de pr\u00e9cautions l\u2019existence, et qu\u2019elle adore, surtout parce qu\u2019elle est si peu comme les autres enfants, \u00ab\u00a0avec cette id\u00e9e de toujours enlever les yeux des poup\u00e9es pour ce qu\u2019il y a derri\u00e8re ces yeux\u00a0\u00bb. Elle sait qu\u2019elle attire toujours les enfants&nbsp;: o\u00f9 qu\u2019elle soit, ils ont tendance \u00e0 se grouper autour d\u2019elle, \u00e0 venir lui sourire&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb12\">12<\/a>].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ALORS, POUR CONCLURE, UNE QUESTION&nbsp;: <em>NADJA, <\/em>\u00ab&nbsp;L\u2019UNION LIBRE&nbsp;\u00bb OU \u00ab\u00a0L\u2019UNION-LIVRE\u00a0\u00bb&nbsp;?<\/strong><br>\u00ab&nbsp;L\u2019Union libre&nbsp;\u00bb de Breton est toute litt\u00e9raire&nbsp;; de fait, c\u2019est plut\u00f4t \u00ab\u00a0L\u2019Union livre\u00a0\u00bb. Sans c\u00e9der aux travers d\u2019une critique \u00e0 la Sainte-Beuve&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire trop biographique, sans pr\u00f4ner pour autant un \u00ab&nbsp;Contre Sainte-Beuve&nbsp;\u00bb comme Proust, la r\u00e9alit\u00e9 objective des rapports r\u00e9els de Breton avec les femmes, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Nadja, puis, par la suite, au cours du temps, invite \u00e0 la paronomase.<br>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<br><strong>\u00c0 PROPOS DE LA SEXUALIT\u00c9 D\u2019ANDR\u00c9 BRETON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>PR\u00c9AMBULE<\/strong><br>Breton a occult\u00e9 dans la version d\u00e9finitive de <em>Nadja<\/em> le r\u00e9cit de sa nuit pass\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4tel \u00e0 Saint-Germain-en-Laye avec Nadja. Lui qui ne recule pourtant pas devant les provocations de tout type, s\u2019autocensure ici d\u2019une mani\u00e8re qui ne saurait \u00eatre innocente, anodine. Il y a dans cette nuit quelque chose qui le g\u00e8ne, quelque chose qui le d\u00e9voile&nbsp;; si tel n\u2019\u00e9tait pas le cas, il ne manquerait pas d\u2019afficher sa bonne fortune et sa conqu\u00eate avec cynisme.<br>Bon nombre d\u2019hommes et de femmes n\u2019ont de rapport sexuel \u00e0 l\u2019autre que sur le mode onaniste. L\u2019acte sexuel \u2014 cet acte qui peut passer pour un des moyens les plus achev\u00e9s pour cr\u00e9er et exprimer le rapport d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u2014 n\u2019est souvent, h\u00e9las&nbsp;! pour beaucoup, qu\u2019un rapport avec soi-m\u00eame. Ainsi, l\u2019acte sexuel dans sa finalit\u00e9 d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 serait-il de ne songer qu\u2019au plaisir de l\u2019autre, non au sien. Or, le plus souvent, sans m\u00eame s\u2019en apercevoir, on prostitue l\u2019autre \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on se fait de son propre plaisir.<br>Sans porter de jugement de valeur. Le rapport d\u2019Andr\u00e9 Breton aux femmes a \u00e9t\u00e9 une longue qu\u00eate \u2014 mais de quoi&nbsp;? \u2014 qui a \u00e9t\u00e9 jalonn\u00e9e d\u2019\u00e9checs successifs. D\u2019o\u00f9 proviennent ces \u00e9checs&nbsp;? C\u2019est une question qu\u2019il est l\u00e9gitime de poser pour le critique, si l\u2019on songe que Michel Leiris dans son autobiographie <em>L\u2019\u00c2ge d\u2019homme<\/em>, n\u2019\u00e9lude pas ce genre d\u2019interrogations, pas plus que Jean-Jacques Rousseau de fait dans <em>Les Confessions,<\/em> m\u00eame s\u2019il appara\u00eet, bien s\u00fbr, que Leiris se montre plus lucide sur ces questions (il n\u2019h\u00e9site pas par exemple \u00e0 parler d\u2019onanisme sans fard&nbsp;; comme Jean-Jacques \u00e0 cet \u00e9gard). Quand on interrogea sur France-culture Alain Jouffroy sur cette question de Breton et des femmes, \u00e0 l\u2019occasion de la sortie de son ouvrage biographique reparcourant l\u2019aventure surr\u00e9aliste et intitul\u00e9 <em>La Vie r\u00e9invent\u00e9e,<\/em> il r\u00e9pondit que \u00ab&nbsp;Breton \u00e9tait sans rel\u00e2che \u00e0 la recherche d\u2019une femme id\u00e9ale et [que] le plus souvent il ne la trouvait pas.&nbsp;\u00bb J\u2019en d\u00e9duis, que lorsque, d\u2019aventure, il lui est arriv\u00e9 de la croiser, comme ce fut le cas avec Nadja, il ne sut pas trouver le terrain favorable dans leurs relations, dans son commerce avec elle \u2014 pour user de ce joli terme humaniste qu\u2019aimait Montaigne&nbsp;\u2014, pour se l\u2019attacher.<br>Le fait que Breton ait \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 et qu\u2019il ait eu une fille ne signifie pas qu\u2019il soit parvenu \u00e0 ce qu\u2019il souhaitait en mati\u00e8re relationnelle. Apr\u00e8s tout, Oscar Wilde lui aussi a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9, pour n\u2019en citer qu\u2019un.<br>On est en droit de penser que le rapport d\u2019Andr\u00e9 Breton aux femmes, comme du reste aux \u0153uvres d\u2019Art, est un rapport essentiellement masturbatoire.<br>Ce n\u2019est pas un hasard si Dali a pr\u00e9sent\u00e9 \u2014 de mani\u00e8re provocatrice, en prenant sans doute Breton pour cible comme il le fera souvent, voire chaque fois lors de sa p\u00e9riode surr\u00e9aliste orthodoxe \u2014 un tableau intitul\u00e9 L<em>e Grand Masturbateur<\/em> (1929). On y retrouve sous l\u2019aspect de la grande sauterelle faisant face \u00e0 un couple de succube et d\u2019incube ou la succube s\u2019appr\u00eate \u00e0 pratiquer sur l\u2019incube une fellation, la repr\u00e9sentation du fantasme du vieillard-insecte qui pen\u00eatre sa bouche et sa gorge de ses pattes velues que Breton relate dans <em>Nadja<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA QUESTION DE L\u2019ANDROGYNIE<\/strong><br>L\u2019androgyne primitif hante bon nombre de mythologie de diverses civilisations, parmi les plus anciennes. On a ainsi un Shiva-Parvati, en Inde, dans la religion hindouiste (elle date de sept mille ans) qui offre le double caract\u00e8re sexuel. On conna\u00eet la version du mythe selon Aristophane&nbsp;: elle est relat\u00e9e par Platon dans son c\u00e9l\u00e8bre <em>Banquet.<\/em><br>Si l\u2019on en croit ses mythes donc, qui se recoupent, l\u2019\u00eatre humain n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019androgynie, elle est m\u00eame constitutive de son \u00eatre, et, en mati\u00e8re d\u2019homosexualit\u00e9 tout est affaire de proportion.<br>On sait que dans la version du mythe relat\u00e9e par les Grecs, \u00e0 la fin, apr\u00e8s avoir scind\u00e9 l\u2019androgyne en deux, Zeus accepte de ramener les chairs par devant avec l\u2019appareil g\u00e9nital, et, pour les maintenir, il cr\u00e9e le nombril.<br>Tout \u00eatre, se regardant le nombril, se pose ou se repose la question fondamentale \u00e0 vrai dire \u2014 de la sexuation. Il tente de repenser le rapport \u00e0 soi-m\u00eame et le rapport \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LES LIMITES DE LA SEXUALIT\u00c9&nbsp;: LA NAISSANCE DE LA PERVERSION ET DU SADISME<\/strong><br>L\u00e0 o\u00f9 finit physiologiquement la sexualit\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexuelle dans ce qu\u2019elle peut donner, commence la perversion qui m\u00e8ne assez rapidement au sadisme ou au masochisme. Sans la transcendance de l\u2019amour et du sentiment, l\u2019\u00eatre humain a t\u00f4t fait de constater que l\u2019amour physique est sans issue. Des types d\u2019amour, il n\u2019y en a de fait que deux&nbsp;: l\u2019amour spiritualis\u00e9, sentimental, qui rejoint la spiritualit\u00e9 et lui permet de s\u2019accomplir, l\u2019amour-perversion qui rejoint l\u2019id\u00e9e de destruction, d\u2019an\u00e9antissement et d\u2019auto-destruction, et qui permet \u00e0 l\u2019\u00eatre de s\u2019annuler ou d\u2019annuler l\u2019autre. La premi\u00e8re voie am\u00e8ne \u00e0 ce qu\u2019on peut appeler la v\u00e9ritable communion de deux \u00eatres, au-del\u00e0 d\u00e9j\u00e0 de la chair et de sa prison, que l\u2019on soit gnostique ou pas&nbsp;; la seconde voie am\u00e8ne \u00e0 ce qu\u2019on peut appeler la destruction, le reniement de la cr\u00e9ation \u2014 si Dieu existe&nbsp;\u2014, du moins de la r\u00e9alit\u00e9, par le biais de cette folie qu\u2019on nomme perversion. Sublimation ou perversion, on a le choix. On est aussi en droit de penser que, comme toujours en ce monde, les extr\u00eames se touchent, et que la perversion peut \u00eatre l\u2019aboutissement d\u2019un d\u00e9sir de sublimation mal compris, comme la sublimation peut \u00eatre l\u2019aboutissement, le rem\u00e8de naturel, la r\u00e9demption d\u2019un parcours pervers qui cherche \u00e0 se d\u00e9passer, n\u2019\u00e9tant pas satisfait dans sa qu\u00eate. Marie-Madeleine, prostitu\u00e9e, tombe ainsi amoureuse du Christ.<br>Jacques Lacan avait bien compris que le d\u00e9sir d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 contenait \u00e0 lui seul toutes les contradictions humaines en affirmant que \u00ab&nbsp;l\u2019amour, c\u2019est vouloir donner ce qu\u2019on a pas \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019en veut pas.&nbsp;\u00bb Il formulait le paradoxe \u00e0 sa mani\u00e8re.<br>Si l\u2019on ne se sert du sexe que comme moyen afin de tenter d\u2019exprimer l\u2019amour que l\u2019on porte \u00e0 un \u00eatre, et que l\u2019on demande au sexe \u00ab&nbsp;ce qu\u2019il ne peut donner&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire&nbsp;: plus \u00ab&nbsp;que ce qu\u2019il a&nbsp;\u00bb \u2014 sachant qu\u2019il n\u2019est porteur que d\u2019un d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un vide, d\u2019un manque \u00e0 combler \u2014 tr\u00e8s vite on bascule dans la perversion. Perversion voyeuriste d\u2019abord. Perversion sadomasochiste ensuite. Perversion qui, par une rapide et irr\u00e9m\u00e9diable gradation bien d\u00e9crite par Sade, ne peut tr\u00e8s vite mener par-del\u00e0 le viol, par-del\u00e0 l\u2019avilissement de l\u2019autre et de soi, par-del\u00e0 la d\u00e9gradation de l\u2019autre et de soi, \u00e0 son sacrifice sur l\u2019autel de son onanisme. La victime alors appelle la victime, et c\u2019est alors une cha\u00eene sacrificielle sans fin sur l\u2019autel de son propre d\u00e9sir qui entra\u00eene quasiment aussit\u00f4t dans la folie, le meurtre et, ou, le suicide. Ainsi Dom Juan. Le sang appelle le sang. Le sexe qui au d\u00e9part n\u2019\u00e9tait qu\u2019un moyen m\u00e9diateur pour se fondre \u00e0 l\u2019autre, devient, paradoxalement et diaboliquement l\u2019exact inverse&nbsp;: sa n\u00e9gation progressive, cruelle, gratuite parce qu\u2019\u00e9go\u00efste, et, \u00e0 terme, sa destruction.<br>L\u2019amour est un appel des corps qui, par del\u00e0 la satisfaction, vise \u00e0 l\u2019oubli des corps \u00e0 seule fin de ne conserver que la quintessence d\u2019un d\u00e9sir qui est un d\u00e9sir de voir l\u2019autre \u00ab\u00a0se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb. Aimer, c\u2019est aider l\u2019autre \u00e0 \u00eatre. Il n\u2019y a pas d\u2019autre amour que celui-l\u00e0. \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas d\u2019amour&nbsp;\u00bb disait le po\u00e8te Pierre Reverdy, \u00ab&nbsp;il n\u2019y a que des preuves d\u2019amour.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA FEMME OU L\u2019\u00c9NIGME DE LA SPHYNGE<\/strong><br>Combien de femmes qui souhaitent \u00ab&nbsp;faire quelque chose&nbsp;\u00bb de leur conjoint, l\u2019aider \u00e0 se r\u00e9aliser&nbsp;? Beaucoup. On les cantonne le plus souvent dans nombre de civilisations machistes \u00e0 ce simple r\u00f4le, au reste. Combien d\u2019hommes porteurs des m\u00eames intentions pour leur compagne&nbsp;? Tr\u00e8s peu. La femme, elle, fait cela naturellement quand elle aime. Les femmes sont g\u00e9n\u00e9reuses par nature et seraient en droit d\u2019exiger un peu de r\u00e9ciprocit\u00e9.<br>Toute femme accouche deux fois&nbsp;: une premi\u00e8re fois de son amant, ensuite des enfants qu\u2019elle lui donne. C\u2019est pourquoi elle est bien comme Courbet le pensait po\u00e9tiquement, mais r\u00e9alistement aussi, <em>L\u2019Origine du monde<\/em>. Toute vie vient de l\u00e0, sans cesse y retourne. La femme a deux sexes&nbsp;: son sexe physique, et son sexe protecteur, affectif. Toute enti\u00e8re, la femme est matrice dans la mani\u00e8re qu\u2019elle a d\u2019aimer&nbsp;; sans cesse elle porte et elle accouche, dans la douleur&nbsp;: une douleur dont elle fait sa joie, le sens, le but m\u00eame de son existence.<br>Il est vraisemblable que les femmes sont avant tout m\u00e8res, qu\u2019elles le sont intrins\u00e9quement. Contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e commune, lorsqu\u2019elles se sont assum\u00e9es dans leur sexuation, lorsqu\u2019elles ont r\u00e9ussi \u00e0 camper leur \u00eatre dans sa pleinitude au c\u0153ur de la r\u00e9alit\u00e9, elles ne cherchent sans doute pas \u00e0 r\u00e9aliser le phantasme d\u2019un d\u00e9sir de protection pour elles mais bien plut\u00f4t \u00e0 prot\u00e9ger. Lorsqu\u2019elles sont parvenues \u00e0 se r\u00e9aliser en tant que personnes, ainsi, ce qui s\u00e9duit sans doute chez les homme les femmes \u00e9panouies n\u2019est-il pas la virilit\u00e9 affich\u00e9e, mais la faille, en un mot la f\u00e9minit\u00e9, cette faille par laquelle, elles savent, que, par cette voie seule, elles peuvent les atteindre en osant affirmer leur part de masculinit\u00e9.<br>C\u2019est sans doute de cette fa\u00e7on que l\u2019androgyne perdu dont nous r\u00eavons tous, dont r\u00eavent toutes les mythologies, se reconstitue \u2014 naturellement, dirons-nous \u2014 au sein du couple. Pour ce faire, il convient bien s\u00fbr d\u2019avoir affaire \u00e0 des femmes n\u2019ayant pas reni\u00e9 leur part de masculinit\u00e9 et \u00e0 des hommes n\u2019ayant pas refoul\u00e9 leur part de f\u00e9minit\u00e9, quelles que soient les pressions psychiques, les injonctions et les incitations que les soci\u00e9t\u00e9s modernes peuvent faire peser sur les individus des deux sexes pour tenter de les dissocier psychiquement, pour tenter de les faire vivre en contrat de s\u00e9paration de bien avec l\u2019autre moiti\u00e9 d\u2019eux-m\u00eames, pour le seul profit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 mercantile ou polici\u00e8re qui entend alors ainsi les r\u00e9gir, leur dicter leur conduite, leurs codes comportementaux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Diviser pour mieux r\u00e9gner&nbsp;\u00bb, diviser l\u2019\u00eatre au c\u0153ur de l\u2019\u00eatre, au c\u0153ur du couple d\u2019abord, en agitant le tigre de papier et de pellicule d\u2019un sexe illusoire, d\u2019une fable. Ce genre de soci\u00e9t\u00e9 pousse en effet sans cesse au culte de la vaporisation de l\u2019\u00eatre plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 cette concentration du moi, qui, de deux moiti\u00e9s naturellement constitutives de l\u2019\u00eatre&nbsp;: une moiti\u00e9 masculine, une autre f\u00e9minine, l\u2019une dominante, l\u2019autre refoul\u00e9e, tendent enfin \u00e0 faire un, en de\u00e7a de toute culpabilit\u00e9 impos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9CRITURE ET N\u00c9VROSE, PO\u00c9SIE ET HYST\u00c9RIE<\/strong><br>Beaucoup d\u2019\u00e9crivants, peu d\u2019\u00e9crivains, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0sages\u00a0\u00bb qui \u2014 Boddisatvas, Bouddha compatissants \u2014 se mettent dans la position p\u00e9dagogique du don. La plupart \u00e9crivent pour tenter de coucher leur n\u00e9vrose sur le papier dans l\u2019espoir de la voir mourir. Beaucoup d\u2019hommes couchent ainsi aussi la femme qu\u2019ils auraient tendance \u00e0 id\u00e9aliser dans un lit pour la m\u00eame raison,\u2026 et il faut admettre qu\u2019assez souvent&nbsp;: \u00ab&nbsp;mort s\u2019en suit&nbsp;\u00bb.<br>Beaucoup d\u2019\u00e9crivants couchant leur n\u00e9vrose sur le papier, la d\u00e9guisent en Biondetta&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb13\">13<\/a>] alors m\u00eame qu\u2019ils la savent diabolique&nbsp;; chameau diabolique et monstrueux ayant pris les traits d\u2019une cr\u00e9ature de r\u00eave, les traits d\u2019un succube d\u00e9licieux \u2014 comme dans <em>Le Diable amoureux<\/em> de Cazotte, \u00e9crivain tant aim\u00e9 de ce grand n\u00e9vros\u00e9 que fut Baudelaire&nbsp;\u2014, ils souhaitent alors, en pervers, voir leur lecteur tomber dans le leurre et commettre l\u2019irr\u00e9parable illusion, conna\u00eetre l\u2019horreur comme eux. L\u2019\u00e9crivant alors se fait voyeur prospectif de la d\u00e9sillusion du lecteur&nbsp;; c\u2019est ainsi au plaisir sadique alors qu\u2019il se livre, laissant croire au premier lecteur venu qu\u2019il propose un exorcisme, alors m\u00eame qu\u2019il provoque un envo\u00fbtement, qu\u2019il souhaite la possession \u00e0 celui-l\u00e0-m\u00eame \u00e0 qui il semble offrir une relation d\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u0152UVRE D\u2019ART, CORPS SUBSTITUTIF. L\u2019OBSESSIONNELLE QUESTION DU CORPS<\/strong><br>D\u00e9j\u00e0, par principe, l\u2019\u0153uvre d\u2019Art pour l\u2019artiste \u2014 le livre pour l\u2019\u00e9crivain \u2014 est un corps substitutif qui palie fantasmatiquement les carences li\u00e9es \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: ne seraient-ce que celles de la fragilit\u00e9 et de la fugacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PSYCH\u00c9 DE SECOURS OU PYSCH\u00c9 PI\u00c8GE<\/strong><br>La plupart des gens ne vivent que par intuition&nbsp;: ils sentent&nbsp;; tr\u00e8s peu prennent le risque de se conna\u00eetre&nbsp;; souvent, ils comptent au nombre de ceux-l\u00e0 que le Destin a somm\u00e9 par instinct de survie de la faire, a contraint \u00e0 cette connaissance, \u00e0 cette confrontation avec soi-m\u00eame.<br>Beaucoup de gens qui s\u2019ignorent, disposant d\u2019une joliesse naturelle ou savemment artificielle et d\u2019un charme, rayonnent sans savoir pourquoi et font le d\u00e9sastre autour d\u2019eux. Semblables \u00e0 \u00ab&nbsp;La Beaut\u00e9&nbsp;\u00bb baudelairienne&nbsp;: ils \u00ab&nbsp;gouverne[nt] tout et ne r\u00e9pond[ent] de rien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MADONE ET PUTAIN<\/strong><br>\u00ab&nbsp;Le grand drame dans l\u2019amour, c\u2019est le sexe&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb sugg\u00e9rait Kafka. Il fut fianc\u00e9 plusieurs fois \u00e0 des jeunes filles, toutes plus \u00ab\u00a0superbes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sublimes\u00a0\u00bb les unes que les autres\u2026 mais, chaque fois, l\u2019union ne s\u2019op\u00e9rait pas, alors m\u00eame que Kafka fr\u00e9quentait \u00ab\u00a0sans probl\u00e8me\u00a0\u00bb les prostitu\u00e9es. C\u2019est ce qu\u2019on peut appeler&nbsp;: le syndrome de la Madone&nbsp;; le syndrome de la Madone ne peut exister sans son contraire, son envers, sans sa base pour ce sommet&nbsp;: la putain. Dans cette conception n\u00e9vrotique binaire de la femme, en effet, la Madone ne va jamais sans la putain.<br>Tous les d\u00e9sirs les plus subtils tendent vers la Madone&nbsp;: seulement voil\u00e0&nbsp;: par d\u00e9finition, par nature si l\u2019on veut, la Madone est intouchable. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9, d\u2019o\u00f9 le cas fr\u00e9quent, dans un second temps, par voie de frustration, d\u2019une pulsion sadique qui vient compenser la pulsion masochiste premi\u00e8re de l\u2019adorateur face \u00e0 son idole&nbsp;: l\u2019an\u00e9antissement. C\u2019est alors qu\u2019intervient la putain pour servir de bouc \u00e9missaire \u00e0 la pulsion d\u00e9vastatrice, \u00e0 la pulsion sacril\u00e8ge&nbsp;: on commet le sacril\u00e8ge sur la putain pour garder la Madone intacte, pouvoir continuer \u00e0 l\u2019adorer, pouvoir continuer de se damner pour elle.<br>Dans ce cas&nbsp;: Baudelaire, Kafka, Kierkegaard, Nietzsche\u2026 et tant d\u2019autres&nbsp;!\u2026<br>Dans ce cas&nbsp;: Breton&nbsp;?\u2026 Pourquoi pas&nbsp;?\u2026<br>\u00c0 terme, le sexe, l\u2019acte sexuel&nbsp;: l\u2019id\u00e9al, c\u2019est de faire faire cela par un autre&nbsp;; ainsi Baudelaire, ainsi Maupassant, qui se campaient souvent dans le r\u00f4le de voyeurs en demandant \u00e0 deux femmes de faire le travail entre elles, comme on fait dresser d\u2019abord, puis d\u00e9barasser la table par les domestiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA PSYCH\u00c9-<em>WANDERER<\/em> DE SECOURS<\/strong><br>La projection d\u2019une psych\u00e9 sur une psych\u00e9 qui s\u2019offre sans savoir qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une psych\u00e9 de secours, qu\u2019une psych\u00e9-miroir, peut donner bien \u00e9videmment l\u2019illusion d\u2019un \u00e9blouissement, d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb&nbsp;; mais alors, l\u2019\u00e9bloui \u00e9gostiste, \u00e9go\u00efste \u2014 le Narcisse \u2014 ne tombe amoureux que de soi-m\u00eame. Il est foudroy\u00e9 un instant par l\u2019illusion tenace qu\u2019il se fait de soi-m\u00eame, dont cette passade n\u2019est qu\u2019une passag\u00e8re pour lui, et aveuglante, et fugitive, d\u00e9flagration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ENQU\u00caTE SUR LA SEXUALIT\u00c9&nbsp;: LA \u00ab\u00a0POSITION\u00a0\u00bb DE BRETON<\/strong><br>Le probl\u00e8me de l\u2019incapacit\u00e9 qu\u2019a Breton d\u2019assumer pleinement la sexuation et par cons\u00e9quent la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019incarnation de substitution qu\u2019est pour lui la litt\u00e9rature, le recours \u00e0 l\u2019Art et aux Arts, et de son homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e.<br>Breton exclut significativement de son jugement moral sans appel sur la \u00ab&nbsp;p\u00e9d\u00e9rastie&nbsp;\u00bb&nbsp;: Sade, de droit, et Lorrain, parce qu\u2019il \u00e9tait dandy.<br>Sade, on le sait, pronait, vantait la sodomie. La position phantasmatique de Sade pour son propre compte est d\u2019avoir une femme par devant et en m\u00eame temps un homme par derri\u00e8re. Il est \u00e0 noter que dans les trait\u00e9s de sorcellerie et les manuels des inquisiteurs comme le fameux <em>Marteau des sorci\u00e8res,<\/em> la sodomie \u2014 punie de mort, et, valant immanquablement le b\u00fbcher \u00e0 l\u2019imp\u00e9trante ou \u00e0 l\u2019imp\u00e9trant \u2014 est le mode de relation sexuelle du Diable quand il pratique avec les humains.<br>Lorrain est un dandy. Il est en quelque sorte l\u2019Oscar Wilde fran\u00e7ais.<br>Breton ne peut le condamner&nbsp;? Pourquoi&nbsp;?\u2026<br>C\u2019est ma foi fort simple, tout simple&nbsp;: parce que Lorrain, comme dirait Baudelaire (\u00ab&nbsp;Hypocrite lecteur, \u2014 mon semblable, \u2014 mon fr\u00e8re&nbsp;!&nbsp;\u00bb) lui ressemble comme \u00ab&nbsp;un fr\u00e8re&nbsp;\u00bb, ni plus, ni moins.<\/p>\n\n\n\n<p>Les membres du groupe surr\u00e9aliste pr\u00e9sents lors de la soir\u00e9e d\u2019enqu\u00eate portant sur la sexualit\u00e9 et ayant d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019amuser de Breton en le mettant en col\u00e8re, l\u2019attaquent sur deux terrains&nbsp;: l\u2019homosexualit\u00e9 d\u2019abord, puis l\u2019onanisme. Ici, l\u2019homosexualit\u00e9 ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019onanisme, comme l\u2019onanisme m\u00e8ne \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9. C\u2019est bien de toute fa\u00e7on une alt\u00e9rit\u00e9 qui m\u00e8ne au m\u00eame, donc \u00e0 une image de soi dont on ne peut ni ne sait surtout sortir. On notera que si Breton condamne vivement mais en termes \u00e9quivoques l\u2019homosexualit\u00e9, il justifie par contre l\u2019onanisme comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;une consolotation l\u00e9gitime \u00e0 certaines tristesses de la vie&nbsp;\u00bb. C\u00e9dant \u00e0 cette proatique (mot hybride \u00e9tant n\u00e9 de la relation subreptice et honteuse entre les mots&nbsp;: prostate et po\u00e9tique), l\u2019avouant explicitement comme Michel Leiris dans son autobiographie <em>L\u2019\u00c2ge d\u2019homme<\/em>, on peut penser qu\u2019il n\u2019est pas encore sorti de son probl\u00e8me adolescent d\u2019identit\u00e9 sexuelle, qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9gl\u00e9 encore l\u2019angoissante question de la nature r\u00e9elle de sa sexuation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019HOMOSEXUALIT\u00c9 REFOUL\u00c9E ET LES PERVERSIONS QUI EN D\u00c9COULENT<\/strong><br>Si l\u2019on cherche \u00e0 remonter dans les ascendants de Breton pour mieux comprendre de quelle h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 il est accabl\u00e9, <em>via<\/em> Val\u00e9ry, Breton par sa formation po\u00e9tique est rattach\u00e9e \u00e0 Mallarm\u00e9, et, <em>via<\/em> Mallarm\u00e9 \u00e0 Baudelaire, <em>via<\/em> Baudelaire aux romantiques, <em>via<\/em> les romantiques \u00e0 Jean-Jacques Rousseau, \u00e0 Jean-Jacques, auquel il n\u2019est pas sans emprunter humainement quelques traits significatifs. Une telle filiation ne peut exister sans laisser quelques tares li\u00e9es \u00e0 l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;La chair est triste h\u00e9las et j\u2019ai lu tous les livres&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9criera St\u00e9phane Mallarm\u00e9. On conna\u00eet les d\u00e9boires de Jean-Jacques, ils nous sont relat\u00e9s dans <em>Les Confessions<\/em>. On sait ce qu\u2019en pensent certains critiques qui n\u2019h\u00e9sitent \u00e0 fouiller dans les biographies et \u00e0 lire entre les lignes derri\u00e8re les rodomontades et les vantardises des auteurs, m\u00eame c\u00e9l\u00e8bre, m\u00eame mythiques, m\u00eame s\u2019ils ont d\u00e9clar\u00e9s comme \u00ab&nbsp;Jean-Jacque&nbsp;\u00bb avec une apparente bonne foi, qu\u2019ils ont \u00ab&nbsp;Peu poss\u00e9d\u00e9, beaucoup joui.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ROMANTISME ET INHIBITION<\/strong><br>Le rapport de Baudelaire a la sexualit\u00e9 est inhib\u00e9 et refoul\u00e9&nbsp;; celui de Breton aussi. Il rappelle que tous deux sont issus du romantisme noir dans ce qu\u2019il a de plus sataniste et qu\u2019ils ont tous deux infus\u00e9s dans le symbolisme comme dans un poison v\u00e9n\u00e9neux qui paralyse.<br>Comme pour permettre d\u2019effectuer au plus pr\u00e8s le diagnostic, d\u2019apr\u00e8s les manifestations premi\u00e8res et secondaires du mal&nbsp;: \u00ab&nbsp;Plus un homme cultive les arts, moins il bande.&nbsp;\u00bb affirmait Baudelaire dans <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NARCISSISME DE BRETON<\/strong><br>Par d\u00e9finition, par nature, un \u00e9gocentrique est toujours un ego sans trique (par avance pardon au lecteur&nbsp;!\u2026). Tout son rapport \u00e0 autrui se r\u00e9sume pour lui \u00e0 un mot portant \u00e0 cet autre jeu de mots salace&nbsp;: paniqu\u00e9, surtout paniqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019INDISTINCTION BRETONNIENNE<\/strong><br>Comme pour bien marquer l\u2019indistinction de Breton \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre psych\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa sexuation, le texte d\u00e9bute par un tr\u00e8s significatif&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb Mais, y a-t-il r\u00e9ellement aveu de l\u2019indistinction sexuelle&nbsp;? On peut raisonnablement penser que la r\u00e9ponse est&nbsp;: oui. \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;\u00c9videmment, il fait allusion \u00e0 ce qu\u2019il a fallu que je cessasse d\u2019\u00eatre par \u00eatre qui je suis.&nbsp;\u00bb En disant cela, en l\u2019avouant&nbsp;: \u00e0 quoi fait-il inconsciemment r\u00e9f\u00e9rence, voire r\u00e9v\u00e9rence&nbsp;?<br>Insdistinction sexuelle, homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e. Breton n\u2019assume pas sa sexuation. Breton est potentiellement une <em>drag-queen<\/em>.. J\u2019use volontiers de cette analogie sachant que les surr\u00e9alistes de la seconde puis de la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration autour du pape Breton adoraient se d\u00e9guiser comme des garnements qu\u2019ils \u00e9taient.<br>Inhibition, perversion et sadisme. La sexuation impossible de Breton, fait de lui un esprit strat\u00e8ge et manipulateur.<br>Refoulant sa sexualit\u00e9 \u00e0 sa vraie sexuation, Breton ne s\u2019assumant pas est violent, pervers. Il reporte sa violence sur autrui.<br>C\u2019est par impossibilit\u00e9 d\u2019assumer sa propre auto-castration qu\u2019il pratique le meurtre rituel sur autrui \u00e0 des fins d\u2019exorcisme propitiatoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ORIGINE DE L\u2019HOMOSEXUALIT\u00c9 DE BRETON<\/strong><br>L\u2019origine de l\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e de Breton est d\u2019une part la figure paternelle castratrice telle qu\u2019elle appara\u00eet dans le fantasme du vieillard-sauterelle qui impose \u00e0 Breton une fellation symbolique de sa soumission&nbsp;; d\u2019autre part, elle correspond au malaise \u00ab\u00a0fin de si\u00e8cle\u00a0\u00bb li\u00e9 \u00e0 la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 se traduisant par la r\u00e9curence de la n\u00e9vrose gnostique et la difficult\u00e9 \u00e0 assumer la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 \u2014 car Breton reste profond\u00e9ment influenc\u00e9 par les miasmes de l\u2019univers symboliste et par ses inhibitions&nbsp;: \u00ab&nbsp;la chair est triste h\u00e9las et j\u2019ai lu tous les livres&nbsp;\u00bb (Mallarm\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Brise marine&nbsp;\u00bb, 1866) \u2014. Comme Mallarm\u00e9 qui pense qu\u2019il va pouvoir r\u00e9soudre et exorciser toutes les inhibitions fin de si\u00e8cle dans lesquelles les siennes peuvent \u00eatre mise en abyme, et inversement, Breton r\u00eave avec son livre Nadja d\u2019une panac\u00e9e qui l\u2019exorciserait de son hyst\u00e9rie et de ses blocages. Il est significatif qu\u2019\u00e0 la fin du livre, il pousse un p\u00e9an de victoire et un chant d\u2019amour \u00e0 la gloire d\u2019une autre femme, comme si l\u2019aventure avec Nadja avait \u00e9t\u00e9 curative de quelque probl\u00e8me innommable. S\u2019exorcisant de l\u2019innommable \u2014 croit-il \u2014 par l\u2019aventure Nadja et la r\u00e9daction du livre \u00e9ponyme, il croit pouvoir avoir ainsi droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019indicible.<br>Beaucoup d\u2019\u00e9crivains, d\u2019artistes, ne s\u2019accomodent pas de la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 et du mode de g\u00e9n\u00e9ration qui nous est impos\u00e9 (le Maupassant de \u00ab&nbsp;Un cas de divorce&nbsp;\u00bb, et Baudelaire, comptant parmi les plus beaux exemples). La litt\u00e9rature romantique n\u2019est ainsi qu\u2019une immense lettre de r\u00e9clamation adress\u00e9e \u00e0 Dieu, ne l\u2019oublions pas. Baudelaire, Maupassant ont \u00e9crit \u00e0 l\u2019issue du mouvement romantique de terribles professions de foi concernant l\u2019horreur qu\u2019ils \u00e9prouvent de la corpor\u00e9\u00eft\u00e9. L\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e ou non n\u2019est jamais qu\u2019une des voies, qu\u2019un des recours jug\u00e9s possibles pour tenter sinon d\u2019y \u00e9chapper, d\u2019y rem\u00e9dier. Pour l\u2019artiste la voie premi\u00e8re est l\u2019incarnation de substitution dans le corps de l\u2019art, ce corps \u00ab&nbsp;un&nbsp;\u00bb possible&nbsp;: du moins croient-ils dans ce qui n\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019une illusion. M\u00eame s\u2019ils savent se contenter du biais de la sexualit\u00e9 telle qu\u2019elle est pour tenter d\u2019exprimer leur d\u00e9sir d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, partant du principe que l\u2019amour de toute fa\u00e7on transcende tout, il y a la trahison que le temps impose, qui fait qu\u2019ils \u00e9prouvent la n\u00e9cessit\u00e9, l\u2019urgence de s\u2019incarner dans un support plus durable que leur corps&nbsp;: l\u2019\u0153uvre, qui est cet autre biais pour permettre l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 des \u00e2mes, par le biais de ce corps nouveau qu\u2019offre et que cr\u00e9e l\u2019Art, qu\u2019il soit peinture, musique, po\u00e9sie, roman, essai, litt\u00e9rature, danse, sculpture,\u2026 etc.<br>Breton n\u2019\u00e9chappe bien s\u00fbr pas \u00e0 ce d\u00e9sir de s\u2019incarner \u2014 tout cr\u00e9ateur ne tente-t-il pas toujours de cr\u00e9er \u00e0 son image \u2014 dans le corps subsitutif qu\u2019est l\u2019\u0153uvre, laquelle permet, croit-il (a-t-il tort, a-t-il raison&nbsp;?) le rapport amoureux, le rapport d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, par-del\u00e0 le temps, par d\u00e9l\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HOMOSEXUALIT\u00c9 REFOUL\u00c9E<\/strong><br>En abordant cette question de la sexualit\u00e9, il convient de rappeler deux choses, deux points&nbsp;: premier point, c\u2019est que cette question de la sexuation et de la sexualit\u00e9 est incontournable dans la double mesure o\u00f9 tout artiste s\u2019incarne dans son \u0153uvre, s\u2019invente un corps de substitution, et, o\u00f9 les surr\u00e9alistes invoquant les th\u00e9ories de Freud comme argument d\u2019autorit\u00e9 pour justifier et situer leurs productions indiquent clairement par l\u00e0 que pour eux l\u2019activit\u00e9 artistique, l\u2019activit\u00e9 de cr\u00e9ation, rel\u00e8ve de la sublimation de la pulsion sexuelle. Second point qu\u2019il convient de rappeler au lecteur, c\u2019est que la sexualit\u00e9 n\u2019est pas perverse en soi&nbsp;: c\u2019est le regard qu\u2019on porte sur elle, qui, \u00e9ventuellement, peut l\u2019\u00eatre&nbsp;; ainsi Breton porte-t-il un regard coupable, pervers, sur l\u2019homosexualit\u00e9. Si l\u2019on convient par prudence de s\u00e9parer les notions de perversion et d\u2019homosexualit\u00e9, en partant du principe qu\u2019il faut \u00e9galement s\u00e9parer les notions de perversion et d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, on admettra quand m\u00eame l\u2019existence patente de pervers dans les deux pratiques. On pourra admettre aussi que le pervers est celui qui ne parvient pas \u00e0 s\u2019assumer et qui s\u2019invente ainsi un comportement parall\u00e8le, que l\u2019on peut appeler comportement d\u00e9viant. Breton ne s\u2019assumant pas, on pourra constater et parler de la perversion de Breton dans son homosexualit\u00e9. Or, le pervers partage sa perversit\u00e9 comme le drogu\u00e9 sa drogue afin de se sentir moins seul. En v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019a de cesse de la faire partager. C\u2019est pour lui une angoisse que de rester seul avec elle. Provocation, perversion, sadisme. La gradation croissante naturelle est l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HOMOSEXUALIT\u00c9 REFOUL\u00c9E ET ESPRIT \u00ab\u00a0PETIT BOURGEOIS\u00a0\u00bb<\/strong><br>Vouloir briser les tabous, comme on fait de mani\u00e8re si ostensible et si pu\u00e9rile \u00e0 vrai dire parfois, Messieurs les surr\u00e9alistes, c\u2019est aussi une fa\u00e7on de les affirmer, de les reconna\u00eetre comme tels. Les briseurs de tabou professionnels ne peuvent donc se recruter que chez des esprits \u00ab\u00a0petits bourgeois\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA FEMME DE NANTES<\/strong><br>Elle n\u2019est comme Nadja qu\u2019un alibi, comme les succubes qu\u2019on peut inventer d\u2019un jour, d\u2019une nuit sur l\u2019autre, peuvent \u00eatre aussi des alibis pour des homosexuels refoul\u00e9s, comme Breton ou comme Aragon. \u00ab\u00a0Et si j\u2019avais suivi cette femme [\u2026]\u00a0\u00bb, tente de nous faire croire Breton, \u00ab\u00a0Si je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 pour la femme de Nantes [\u2026]\u00a0\u00bb&nbsp;: Eh bien&nbsp;! quoi&nbsp;? Que ne l\u2019avez-vous fait, cher Ami&nbsp;!\u2026 Probl\u00e8mes de temps&nbsp;? Non. Probl\u00e8me d\u2019inhibition.<br>Il y a chez Breton, patent, le d\u00e9go\u00fbt de la f\u00e9minit\u00e9. Une preuve&nbsp;? Le sang de Nadja le d\u00e9go\u00fbte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HOMOSEXUALIT\u00c9 REFOUL\u00c9E<\/strong><br>Un aphorisme d\u2019importance&nbsp;:<br>On se choisit homme ou femme selon Lacan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HOMOSEXUALIT\u00c9 REFOUL\u00c9E<\/strong><br>Si Nadja avoue clairement sans d\u00e9sir, elle comprend aussi que leur relation serait plus facile si elle \u00e9tait un homme.<br>Breton, le po\u00e8te de \u00ab&nbsp;L\u2019Union libre&nbsp;\u00bb a peur des femmes et \u00ab&nbsp;ne sa[it] m\u00eame pas baiser&nbsp;\u00bb pour emprunter le lazzi de Kiki de Montparnasse \u00e0 l\u2019encontre de presque l\u2019ensemble des intellectuels du groupe surr\u00e9aliste.<br>Il y a l\u00e0, dans <em>Nadja,<\/em> dans la relation partielle et partiale de sa relation avec Nadja, pour Breton, dans son livre comme pour soi, un secret qu\u2019il ne veut pas se d\u00e9voiler.<br>Breton pr\u00e9tend avoir \u00e9crit un livre\u2026 En v\u00e9rit\u00e9, si on le lit entre les lignes \u2014 si on le lit vraiment, quoi&nbsp;! \u2014 il s\u2019av\u00e8re clairement qu\u2019il en a \u00e9crit un autre. Cela arrive, m\u00eame aux plus \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb&nbsp;: dans certains textes de Victor Hugo, on a aussi cela.<br>Bref, en litt\u00e9rature, en Art, comme dans la vie, on n\u2019est jamais tout \u00e0 fait, voire pas du tout, ce que l\u2019on pr\u00e9tend \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AMITI\u00c9S PASSIONS<\/strong><br>Qu\u2019on veuille bien se souvenir toujours du propos que Breton tint \u00e0 la veuve de son ami le peintre Yves Tanguy en guise d\u2019\u00e9pitaphe amicale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je l\u2019aimais comme une femme.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HOMOSEXUALIT\u00c9 REFOUL\u00c9E&nbsp;: LE LIEN BRETON-ARAGON<\/strong><br>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de <em>Nadja,<\/em> la pr\u00e9sence dans leur psychisme d\u2019une homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e \u2014 et par cons\u00e9quent inconsciente \u2014 est sans doute une des raisons profondes des affinit\u00e9s affich\u00e9es de Louis Aragon \u2014 qui tout au long de sa vie \u00e9volue lentement vers la reconnaissance en soi d\u2019une homosexualit\u00e9 traumatique qu\u2019apr\u00e8s la mort d\u2019Elsa, sans vergogne, il assumera \u2014 et d\u2019Andr\u00e9 Breton qui, toute sa vie, restera sur cette question inhib\u00e9 et crisp\u00e9. Au d\u00e9but du mouvement surr\u00e9aliste, c\u2019est clairement Breton et Louis Aragon qui sont les meneurs du groupe, qui font un num\u00e9ro de duettiste et se partagent le pouvoir, m\u00eame si l\u2019on peut admettre que Breton en confisque la plus grande part \u00e0 son seul profit. Le lourdaud et caricaturalement masculin Breton (dans l\u2019apparence du moins) et le tr\u00e8s, le trop f\u00e9minin Aragon, sont li\u00e9s. Pour Suzanne Musard, aujourd\u2019hui, en 2004, l\u2019Aragon de ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00e9tait \u00ab&nbsp;p\u00e9d\u00e9raste&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb14\">14<\/a>]&nbsp;\u00bb. L\u2019homosexualit\u00e9 d\u2019Aragon provient vraisemblablement de l\u2019absence de p\u00e8re et du traumatisme irr\u00e9m\u00e9diable que causa en lui l\u2019annonce de la v\u00e9rit\u00e9 famiale&nbsp;: \u00e0 savoir que celle que jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il atteigne l\u2019\u00e2ge de dix huit ans on lui avait passer pour sa s\u0153ur. L\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e de Breton provient vraisemblablement d\u2019un p\u00e8re gendarme sans doute trop autoritaire.<br>On notera aussi la grande diff\u00e9rence physique de Breton et d\u2019Aragon \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2014 si l\u2019on en croit les documents iconographiques&nbsp;: Breton est lourd et massif, pateux et pataud, masculin jusqu\u2019\u00e0 la caricature&nbsp;; Aragon est fin et rac\u00e9, avec des traits tr\u00e8s fins et quasi f\u00e9minins. Il para\u00eet \u00e9vident que l\u2019un et l\u2019autre devaient trouver l\u2019un dans l\u2019autre une image phantasmatique sans pour autant la d\u00e9coder.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SURR\u00c9ALISME ET HOMOSEXUALIT\u00c9<\/strong><br>On a clairement d\u00e9fini les origines romantiques du mouvement surr\u00e9aliste qui n\u2019en est jamais que la r\u00e9surgence accentu\u00e9e privil\u00e9giant par go\u00fbt de la provocation et par n\u00e9vrose le c\u00f4t\u00e9 noir et gothique \u2014 bref le c\u00f4t\u00e9 anglais \u2014 du mouvement, m\u00eame s\u2019il pr\u00e9tend s\u2019inspirer davantage du romantisme allemand. C\u00e9l\u00e9brant l\u2019hyst\u00e9rie parce qu\u2019hyst\u00e9rique soi-m\u00eame \u2014 Baudelaire se revendiquait aussi hyst\u00e9rique, toujours pas sorti de l\u2019ut\u00e9rus&nbsp;\u2014, le surr\u00e9alisme producteur d\u2019une litt\u00e9rature surr\u00e9aliste pornographique et d\u2019une iconographie surr\u00e9aliste pornographique (Cf.&nbsp;: Pierre Molinier se photographiant soi-m\u00eame nu en se travestissant) vante comme le satanisme classique dont le surr\u00e9alisme comme le romantisme se r\u00e9f\u00e8re par esprit de provocation, vante d\u2019autres voies que les \u00ab\u00a0voies naturelles\u00a0\u00bb, copie en somme le Diable et ses modes de copulation.<br>Tr\u00e8s baudelairien, \u00e0 vrai dire baudelairien \u00ab\u00a0en diable\u00a0\u00bb, le film du tr\u00e8s provocateur mais tr\u00e8s profond toujours Serge Gainsbourg&nbsp;: Je t\u2019aime moi non plus en dit long sur la question&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb15\">15<\/a>]. On se souvient de l\u2019argument du film&nbsp;: un camionneur \u00e9boueur homosexuel est poursuivi par les avances d\u2019une jeune femme qu\u2019il contraint \u00e0 des pratiques homosexuelles, si elle entend avoir une relation sexuelle avec lui.<br>Le culte affich\u00e9 de l\u2019androgynie demeure un must, un cri de ralliement chez tous les attard\u00e9s du romantisme&nbsp;: David Bowie, en est est un exemple, Marylin Manson aujourd\u2019hui.<br>L\u2019homosexualit\u00e9 de Ren\u00e9 Crevel sera embl\u00e9matique des rapports qu\u2019il faut trouver entre surr\u00e9alisme et homosexualit\u00e9. On sait que c\u2019est la culpabilit\u00e9 refoul\u00e9e de Breton, projet\u00e9e par Breton sur Crevel, qui provoquera en grande partie le suicide de Ren\u00e9 Crevel. Crevel se suicide au gaz et en guise de testament-raison \u00e9pingle sur le revers de sa veste un papier avec ce simple mot&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u00e9go\u00fbt\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA&nbsp;: UN LIVRE \u00c9CRAN<\/strong><br>Non, on le r\u00e9p\u00e9tera jamais assez&nbsp;: Breton cherche sans cesse \u00e0 donner une image satisfaisante de soi et il ne sait pas qui il est&nbsp;; il cherche pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 donner de soi une image satisfaisante parce qu\u2019il ne sait pas qui il est. Breton est en qu\u00eate d\u2019identit\u00e9. Nadja n\u2019est gu\u00e8re pour lui, quoi qu\u2019il pense et quoi qu\u2019il dise, qu\u2019une psych\u00e9 de passage \u2014 imm\u00e9diatement occult\u00e9e \u2014 et qui lui sert d\u2019alibi.<br>S\u2019il est vrai que pour beaucoup de po\u00e8tes la formule \u00ab&nbsp;tout le po\u00e8te est dans l\u2019hyst\u00e9rie&nbsp;\u00bb pourrait s\u2019av\u00e9rer \u00ab&nbsp;productive&nbsp;\u00bb, Breton est clairement hyst\u00e9rique. Il n\u2019assume pas sa sexuation, d\u2019o\u00f9 son homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e. Dans son univers \u00ab&nbsp;d\u00e9traqu\u00e9&nbsp;\u00bb, images et f\u00eatichisme entretiennent un rapport profond. Le Mus\u00e9e iconographique affiche le f\u00e9tichisme de Breton. Il dessine par ses cimaises une g\u00e9ographie posthume de la perversion. On voudra bien noter qu\u2019il s\u2019agit de documents choisis par Breton \u00ab&nbsp;automatiquement&nbsp;\u00bb&nbsp;: il est loin d\u2019avoir ainsi d\u00e9crypt\u00e9 toute leur port\u00e9e symbolique. Ce sont autant d\u2019\u00e9nigmes pour lui et de figures qu\u2019il croit totemiques et qu\u2019il ne sait pas \u00eatre plut\u00f4t pour certaines d\u2019entre elles \u00e0 valeur d\u2019envo\u00fbtement.<br>C\u2019est comme si le refoulement hyst\u00e9rique de la v\u00e9rit\u00e9 de la sexuation nouait chez Breton l\u2019aiguillette du regard [alors pr\u00e9cis\u00e9ment que chez Baudelaire, il semblerait qu\u2019il la d\u00e9noue].<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PERVERSION DE BRETON<\/strong><br>On en revient toujours \u00e0 cela, \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 de \u00ab&nbsp;l\u2019objet&nbsp;\u00bb absent du livre&nbsp;: \u00e0 cette formule embl\u00e9matique de ce vide&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Objet pervers\u00a0\u00bb enfin au sens o\u00f9 je l\u2019entends.&nbsp;\u00bb C\u2019est la meilleure d\u00e9finition du livre Nadja. \u00ab&nbsp;Objet pervers&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9 l\u2019entend Breton, comme un \u00e9cho seulement, parce qu\u2019au sens second (de comprendre)&nbsp;: il ne l\u2019entend pas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PERVERSION AFFICH\u00c9E<\/strong><br>Le surr\u00e9alisme cultive la provocation par le go\u00fbt de la perversion affich\u00e9e. De mani\u00e8re r\u00e9currente, Breton mettra un soin tout particulier \u00e0 mettre en valeur et \u00e0 soutenir des artistes pervers tels que Bellmer ou Molinier\u2026<br>Sexualit\u00e9 et intellectualit\u00e9 \u00e9tant indissolublement li\u00e9es, chez Breton, la perversion de la vanit\u00e9 \u2014 on sait qu\u2019il entend \u00e0 tout prix devenir un \u00ab&nbsp;grand homme&nbsp;\u00bb \u2014 s\u2019ajoute \u00e0 la perversion.<br>La perversion surr\u00e9aliste est un calicot revendicatif.<br>L\u2019onanisme intellectuel de Breton est d\u2019essence perverse et hyst\u00e9rique. On observe ainsi chez Breton, preuve de son immaturit\u00e9, une obsession compulsive des symboles phalliques qui se fait clairement jour, par exemple, dans le corpus iconographique qui accompagne <em>Nadja<\/em>.<br>Comparons un peu pour comprendre&nbsp;: la perversion pour Baudelaire \u00ab\u00a0va de soi\u00a0\u00bb&nbsp;: elle est clairement m\u00e9taphysique et revendiqu\u00e9e comme telle obsessionnellement. Chez Breton, au contraire, elle n\u2019est tout au plus que litt\u00e9raire&nbsp;; elle est argument d\u2019autorit\u00e9, r\u00e9f\u00e9rence. Vous avez des r\u00e9f\u00e9rences, Monsieur Breton, en mati\u00e8re de perversit\u00e9&nbsp;? Vous pouvez donc vous justifier&nbsp;? Oui, r\u00e9pond sans cesse Breton \u00e0 qui veut et \u00e0 qui mieux mieux&nbsp;: Sade, Lautr\u00e9amont,\u2026 Baudelaire,\u2026 le satanisme romantique, le romantisme noir et le romantisme gothique anglais&nbsp;: Beckford, Lewis, le roman noir\u2026 On voit bien la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019user pour s\u2019afficher d\u2019arguments d\u2019autorit\u00e9. Il n\u2019ose pas s\u2019afficher seul.<br>La perversion commence avec l\u2019absence d\u2019amour, l\u2019absence d\u2019amour en est le terrain. Breton dit Jouffroy dans une interview \u00ab&nbsp;\u00e9tait \u00e0 la recherche d\u2019une femme et il ne la trouvait jamais.&nbsp;\u00bb De cette absence d\u2019amour na\u00eet un d\u00e9go\u00fbt de soi qui s\u2019exprime par un amour de soi affich\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9ment, d\u00e9mesur\u00e9 et hyst\u00e9rique, les extr\u00eames se touchant. L\u2019expression de l\u2019amour de soi est obsc\u00e8ne quand le plaisir de l\u2019autre est supplant\u00e9 par le plaisir de soi auquel on prostitue l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>QU\u2019EST-CE QU\u2019UN PERVERS&nbsp;?<\/strong><br>Par d\u00e9finition, le pervers est un \u00eatre qui n\u2019assume pas la sexualit\u00e9 dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, parce qu\u2019il ne la contr\u00f4le pas. Il entend la contr\u00f4ler et la mettre en sc\u00e8ne. Il entend disposer pour ce faire de tout le temps qu\u2019il souhaite consacrer \u00e0 sa mise en sc\u00e8ne. En quelque sorte, c\u2019est un jouisseur mais c\u2019est un jouisseur calculateur, froid, distanci\u00e9 et sadique, lequel entend faire l\u2019\u00e9conomie du plaisir auquel de toute fa\u00e7on il sait intuitivement qu\u2019il ne peut arriver. Il r\u00e9duit ainsi l\u2019acte sexuel, qui se doit d\u2019\u00eatre en soi un acte d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la mise en sc\u00e8ne, \u00e0 des pr\u00e9liminaires dont il est le seul \u00e0 contr\u00f4ler le d\u00e9roulement et l\u2019ordre qui se fait \u00e0 l\u2019insu de celle ou celui qui n\u2019est plus, qui n\u2019est pas, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 en v\u00e9rit\u00e9 un partenaire, mais une victime qui s\u2019ignore et se d\u00e9couvre peu \u00e0 peu victime Le pervers suit une strat\u00e9gie, manipule, met en sc\u00e8ne et c\u2019est l\u00e0 tout son plaisir. La d\u00e9couverte par la victime au terme de la mise en sc\u00e8ne de son statut de victime, le d\u00e9voilement implicite le plus souvent sous la forme d\u2019un <em>Deus ex machina<\/em> ma\u00efeutique \u2014 car il importe que la victime collabore \u00e0 sa destruction psychique, voire aboutisse au constat qu\u2019elle l\u2019a accomplie toute seule \u2014 constitue pour le pervers un ersatz d\u2019orgasme, le seul, qui, ne le laissant jamais satisfait implique la recherche aussit\u00f4t d\u2019une autre victime.<br>Tout cr\u00e9ateur cr\u00e9ant \u00e0 son image, <em>Nadja<\/em> \u00e9tant l\u2019\u0153uvre d\u2019un pervers, l\u2019\u0153uvre est de nature perverse \u00e0 son tour. De cette perversit\u00e9 (pour paraphraser la c\u00e9l\u00e8bre phrase de Louis Jouvet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un chef d\u2019\u0153uvre est une pi\u00e8ce d\u2019or dont on ne finira jamais de rendre la monnaie&nbsp;\u00bb), on ne pourra jamais finir de rendre la monnaie&nbsp;: tant psycbanalytiquement, pour la meilleure connaissance du psychisme humain et de son fonctionnement, il s\u2019av\u00e8re qu\u2019elle est productive.<br>L\u2019\u0153uvre ne se veut pas perverse \u2014 sauf l\u2019\u00e9pisode des <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>&nbsp;\u2014, mais elle est \u00e0 l\u2019image de son auteur, c\u2019est-\u00e0-dire perverse d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PERVERSION ET SADISME ANAL<\/strong><br>Le stade sadique anal est un des stades de l\u2019\u00e9volution de l\u2019enfant selon les psychanalystes du monde entier. \u00c0 ce stade, l\u2019enfant utilise la d\u00e9f\u00e9quation pour prendre la m\u00e8re (ou le p\u00e8re) en otage et pour se venger d\u2019elle (d\u2019eux). La perversion peut-\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une r\u00e9gression vers le stade sadique anal ou l\u2019impossibilit\u00e9 de franchir ce cap pour parvenir \u00e0 la maturit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>QU\u2019EST-CE QU\u2019UN PERVERS&nbsp;?<\/strong><br>Un pervers \u00e9tant un individu n\u2019assumant pas sa sexuation et par cons\u00e9quent sa sexualit\u00e9, le pervers est dissimulateur par nature.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>INHIBITION, PERVERSION ET SADISME<\/strong><br>L\u2019innommable est toujours celui de la sexuation ou de la mort. \u00c9ros et Thanathos. Deux faces d\u2019une m\u00eame chose. Refusant sa sexuation et donc la sexualit\u00e9, il se r\u00e9fugie dans la dissimulation et dans le sadisme, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il occulte inconsciemment comme Sade la sexualit\u00e9 par la mort&nbsp;; c\u2019\u00e9tait l\u00e0 on le sait le grand phantasme de Sade, celui pour lequel il a \u00e9t\u00e9 embastill\u00e9, emprisonn\u00e9&nbsp;: occulter la petite mort \u00e0 terme par la mort v\u00e9ritable. S\u2019il pr\u00e9tend que c\u2019est par volont\u00e9 de les faire se rejoindre, il n\u2019en est pas moins vrai qu\u2019il op\u00e8re bien dans la pratique un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019annulation d\u2019un corps par la mort, inventeur, pr\u00e9curseur de ce phantasme pour pervers-voyeurs \u2014 inhib\u00e9s absolus \u2014&nbsp;: le <em>\u00ab\u00a0snuff-movie\u00a0\u00bb<\/em>, qui, vendu sous le manteau dans le monde occidental, repr\u00e9sente on le sait des actes de viols r\u00e9els qui se finissent pas l\u2019assassinat de la victime ainsi film\u00e9e en vid\u00e9o.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA PERVERSION<\/strong><br>Le pervers voyeur est voyeur de soi-m\u00eame&nbsp;: il jouit de se voir en train de regarder.<br>Le pervers \u00e9tablit sans cesse des mises en sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019insu de sa victime en la faisant participer activement. Plus c\u2019est \u00e0 son insu, plus il jouit. Il instrumentalise sa victime et l\u2019am\u00e8ne \u00e0 op\u00e9rer le travail de sa propre destruction ou de sa perte, seule. Le plaisir ultime, pour le pervers, est de pouvoir \u2014 hypocrisie supr\u00eame \u2014 se d\u00e9douaner aux yeux de tous la destruction pourtant par lui savemment programm\u00e9e de sa victime&nbsp;; c\u2019est ainsi que Dom Juan proc\u00e8de. Tout autre interpr\u00e9tation du personnage de Dom juan ne saurait que correspondre \u00e0 un affadissement de la monstruosit\u00e9 voulue par Moli\u00e8re de son personnage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PERVERSION ET VOYEURISME<\/strong><br>Tout voyeur est un pervers qui se voit d\u2019abord en train de regarder&nbsp;; ce qu\u2019il voit n\u2019est jamais \u2014 comme pour le f\u00eatichiste l\u2019objet \u2014 qu\u2019un moyen de d\u00e9tourner la pulsion sexuelle de sa finalit\u00e9 naturelle d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 vers une pseudo finalit\u00e9 artificielle onaniste qui n\u2019est que l\u2019expression manifeste d\u2019une inhibition, d\u2019un refoulement, d\u2019un d\u00e9sir irr\u00e9pressible d\u2019occultation du fait sexuel dans ce qu\u2019il a de plus concret, de plus incarn\u00e9, qui s\u2019exprime par la d\u00e9viance du concret vers l\u2019abstrait, de la consommation f\u00e9conde du r\u00e9el vers la consumation st\u00e9rile dans le psychique, le fantasme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VOLONT\u00c9 DE PUISSANCE DE BRETON&nbsp;: EXPRESSION DE SON IMPUISSANCE. INDISTINCTION ET M\u00c9GALOMANIE<\/strong><br>\u00catre un \u00ab&nbsp;grand homme&nbsp;\u00bb pour Breton, c\u2019est pouvoir \u00e9chapper \u00e0 la vie. Passer sa vie comme une statue, ou, mieux&nbsp;: un buste, puisqu\u2019un buste n\u2019a pas de corps et que c\u2019est l\u00e0 \u00ab\u00a0sa nature\u00a0\u00bb. Il n\u2019existe que pour \u00eatre admir\u00e9, que pour servir de r\u00e9f\u00e9rent&nbsp;: c\u2019est un symbole vivant mais abstrait totalement, une mani\u00e8re de ma\u00eetre \u00e0 penser mais qui n\u2019agit pas, qui, surtout, n\u2019est pas sexu\u00e9. Salvador Dali a jou\u00e9 avec cette id\u00e9e d\u2019absence de sexuation et <em>a forciori<\/em> de sexualit\u00e9 du chef iconique et charismatique incarn\u00e9 alors pour lui par Hitler pour cr\u00e9er chez Breton des crises d\u2019hyst\u00e9rie r\u00e9curentes qui le faisaient hurler de rire, lui, Salvador, et l\u2019exorcisaient un peu de ses propres inhibitions. La chair concr\u00e8te de Hitler telle que la con\u00e7oit Dali, telle qu\u2019il l\u2019entrevoit, la devine sous le masque hyst\u00e9rique de l\u2019asexuation est clairement de nature homosexuelle, et, bien s\u00fbr, vou\u00e9e toute enti\u00e8re au sadomasochisme et \u00e0 la domination. Hitler pour Dali n\u2019est qu\u2019une m\u00e9taphore de Breton. Dali a compris qu\u2019il y avait deux mouvements chez Breton qui n\u2019\u00e9taient que l\u2019expression explicite d\u2019une m\u00eame nature&nbsp;: un mouvement d\u2019affirmation totalitaire sur autrui destin\u00e9 \u00e0 cacher un d\u00e9sir de soumission absolue de nature homosexuelle tel qu\u2019il s\u2019est exprim\u00e9 avec Jacques Vach\u00e9, L\u00e9on Trostsky, Sigmund Freud\u2026 (la liste serait longue). Breton passant d\u2019admiration iconique en admiration iconique, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles se r\u00e9duisent en cendre ou en r\u00e9sidus entre ses doigts, la rempla\u00e7ant aussit\u00f4t alors, chaque fois, par une autre, comme un fumeur r\u00e9allume une cigarette, ou un opiumane une pipe. Drogu\u00e9 \u00e0 l\u2019admiration homosexuelle sublim\u00e9e, Breton entendait, comme tout drogu\u00e9 qui n\u2019a de cesse de droguer tout son entourage pour ne plus culpabiliser, qu\u2019on se comporte de la m\u00eame mani\u00e8re avec lui. Fumant ses sublimations, les consumant, afin de se stup\u00e9fier, il entendait \u00eatre fum\u00e9, consum\u00e9 aussi par autrui. C\u2019est ainsi qu\u2019il devait concevoir la communion, \u00ab&nbsp;en silence&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb16\">16<\/a>]&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb L\u2019\u00e9vanescence de la fum\u00e9e convenait bien \u00e0 son d\u00e9sir de d\u00e9corpor\u00e9\u00effication, de vaporisation de la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 ha\u00efe. Rencontrant la coca\u00efnomane Nadja, plus concr\u00e8te, plus imm\u00e9diate, plus port\u00e9e vers le <em>flash<\/em> de la rencontre, voire le <em>clash,<\/em> il n\u2019est pas habitu\u00e9 \u00e0 ce genre de pratique, et, en quelque sorte, il refuse d\u2019\u00eatre par elle \u00ab\u00a0sniff\u00e9\u00a0\u00bb. Il est \u00ab\u00a0fum\u00e9e\u00a0\u00bb, l\u2019extase c\u2019est qu\u2019il ne subsiste rien ensuite. Elle est poudre, d\u2019un \u00e9l\u00e9ment vaporis\u00e9&nbsp;: elle tente de reconstituer une unit\u00e9. Breton aime \u00e0 la disperser tout au contraire aux quatre vents de l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRETON, UNE DES FIGURES DU NARCISSE<\/strong><br>Breton est un Narcisse, or, Narcisse est toujours un pervers onaniste. On peut sans vergogne aucune affirmer que le narcissisme rel\u00e8ve, lorsqu\u2019il est r\u00e9current au point de devenir pathologique, de ce qu\u2019on appelle d\u2019un terme g\u00e9n\u00e9rique&nbsp;: la perversion.<br>La perversion, n\u2019est-ce pas toujours l\u2019expression d\u2019une pr\u00e9vention&nbsp;: d\u2019une pr\u00e9vention contre autrui, en r\u00e9alit\u00e9 contre soi&nbsp;?<br>La perversion aime et use de la mise en sc\u00e8ne.<br>Pervers d\u00e9miurge, sa perversion Breton va la transformer en livre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VOLONT\u00c9 DE POUVOIR, D\u00c9MAGOGIE DE BRETON<\/strong><br>Parmi les surr\u00e9alistes, de tous les surr\u00e9alistes\u2026&nbsp;: Breton [\u2026] parmi eux [\u2026] \u00e0 leur t\u00eate. Il se veut \u00ab\u00a0totalement\u00a0\u00bb surr\u00e9aliste. \u00ab&nbsp;Totalement&nbsp;\u00bb est un totalitarisme \u00e0 \u00e9viter. Breton est un chef totalitaire. Pouvoir et inhibition. Liens subtils et puissants, toujours, quoi qu\u2019on dise, quoi qu\u2019on pense du pouvoir et de l\u2019inhibition, de l\u2019inhibition et du go\u00fbt du pouvoir, du go\u00fbt du pouvoir toujours hyst\u00e9rique. Les grands hommes de pouvoir ont toujours subi le pouvoir, ils l\u2019ont assum\u00e9&nbsp;: ils ne l\u2019ont jamais cherch\u00e9. Ce n\u2019est pas le cas de Monsieur Breton.<br>Inhib\u00e9, impuissant, refoul\u00e9\u2026 donc \u00ab\u00a0homme de pouvoir\u00a0\u00bb, Breton est bien \u00ab\u00a0homme de pouvoir\u00a0\u00bb et non pas de rayonnement qui seul provisionne le pouvoir authentique et d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VOLONT\u00c9 DE PUISSANCE ET NARCISSISME<\/strong><br>De m\u00eame que le narcissisme est l\u2019envers de la haine de soi, la volont\u00e9 de puissance n\u2019est jamais que l\u2019envers de l\u2019inhibition.<br>Breton se caract\u00e9rise par sa vision onaniste ou f\u00e9tichiste des \u00eatres et des choses, par une soif de pouvoir et de reconnaissance \u2014 soif maladive et chronique \u2014 par une m\u00e9galomanie incurable. Il se prostitue avec d\u00e9votion \u2014 \u00ab&nbsp;prostitution sacr\u00e9e&nbsp;\u00bb dirait Baudelaire \u2014 \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il se fait de soi-m\u00eame. Dans son apparent rapport \u00e0 autrui, \u00e0 l\u2019<em>alter ego<\/em> f\u00e9minin, l\u2019objet n\u2019est pas la femme en soi mais seulement sa domination, c\u2019est-\u00e0-dire son annulation, ni pure, ni simple.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>INHIBITON ET VOLONT\u00c9 DE PUISSANCE ENCORE<\/strong><br>Si Breton veut \u00eatre chef et qu\u2019il entend le rester de mani\u00e8re aussi dictatoriale, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas r\u00e9gl\u00e9 son complexe d\u2019\u0152dipe.<br>Deux voies peuvent mener \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9&nbsp;:<br>1\u00b0) Un m\u00e8re castratrice.<br>2\u00b0) Un p\u00e8re autoritaire qui place le mod\u00e8le de la virilit\u00e9 trop haut pour que le fils puisse assumer la sienne en r\u00e9f\u00e9rence.<br>Si Breton veut \u00eatre chef, chef \u00e0 tout prix, s\u2019il exerce de fait une dictature, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas assur\u00e9 de soi, c\u2019est qu\u2019il ne s\u2019assume pas. Il y a une faille en lui qui emp\u00eache toute alt\u00e9rit\u00e9 sereine et r\u00e9ussie.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>RELIGION DU SADISME&nbsp;: MESSE NOIRE. BRETON&nbsp;: PAPE NOIR DU SURR\u00c9ALISME<\/strong><br>Religion du sadisme. Livres comme autant de \u00ab&nbsp;messes noires&nbsp;\u00bb pour reprendre le vieux phantasme huysmansien (<em>L\u00e0-bas,<\/em> 1891) m\u00e2tin\u00e9 de r\u00eaverie mallarm\u00e9enne&nbsp;: \u00ab&nbsp;fuir, l\u00e0-bas, fuir, je sens que les oiseaux sont ivres d\u2019\u00eatre parmi l\u2019\u00e9cume inconnue et les cieux.&nbsp;\u00bb L\u00e0-bas \u00e9tant le satanisme, l\u2019\u00e9cume \u00e9tant celle n\u00e9e de la castration d\u2019Ouranos&nbsp;; les cieux \u00e9tant ceux de la chute. On reste l\u00e0 ni plus ni moins dans l\u2019h\u00e9ritage romantique, dont Breton avoue clairement que le surr\u00e9alisme n\u2019est que \u00ab&nbsp;la pointe la plus extr\u00eame&nbsp;\u00bb, donc la plus h\u00e9riti\u00e8re. Et, de fait, dans cette religion satanique qu\u2019est le surr\u00e9alisme, dont le \u00ab\u00a0pape noir\u00a0\u00bb auto-proclam\u00e9 n\u2019est autre que le \u00ab&nbsp;convulsif&nbsp;\u00bb, l\u2019hyst\u00e9rique, Andr\u00e9 Breton, les figures pieuses et sulpiciennes \u00ab\u00a0en diable\u00a0\u00bb sont fournies par Saint Lautr\u00e9amont et Saint Sade, pour bien marquer, bien souligner si n\u00e9cessaire, la filiation. Breton est \u00ab\u00a0pape du surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb diront les d\u00e9tracteurs \u2014 il n\u2019y a pas de fum\u00e9e sans feu \u2014&nbsp;: c\u2019est donc que le surr\u00e9alisme est bien pour lui une religion. Breton se mythifie et se mystifie. Le surr\u00e9alisme comme religion, ce n\u2019est pas une supposition, un postulat critique&nbsp;: c\u2019est un fait. Quand Benjamin P\u00e9ret insulte un pr\u00eatre, c\u2019est une mani\u00e8re pour lui d\u2019affirmer qu\u2019il exerce l\u00e0 une concurrence d\u00e9loyale et que le pav\u00e9, le pav\u00e9 de Paris pour racoler, appartient d\u00e9sormais \u00e0 la secte nouvelle qui va sauver le monde \u2014 ce monde o\u00f9 \u00ab&nbsp;Dieu est mort&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2014, ce monde o\u00f9 il conviendrait de rassembler \u00ab&nbsp;les \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux de l\u2019Intelligence&nbsp;\u00bb pour d\u00e9finir \u00ab&nbsp;L\u2019Esprit Nouveau&nbsp;\u00bb \u2014 l\u2019\u00ab&nbsp;Ordre Nouveau&nbsp;\u00bb par cons\u00e9quent \u2014&nbsp;: ce surr\u00e9alisme, dont Breton est \u00e0 la fois le proph\u00e8te et le Messie.<br>Amen. La messe est dite. Heureusement.<br>Le mystique se passe de l\u2019\u00c9glise chaque fois qu\u2019elle ment par int\u00e9r\u00eat temporel ou quand elle se trompe. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas que Breton aura maille \u00e0 partir avec les vrais mystiques du groupe&nbsp;: Antonin Artaud, Georges Bataille aussi dans le genre ath\u00e9ologique\u2026 On ne s\u2019\u00e9tonnera pas que les jeunes du <em>Grand Jeu<\/em> n\u2019aient pu s\u2019entendre durablement avec \u00ab\u00a0le Pape du Surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb&nbsp;; pas plus que Stanislas Rodanski, plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ESTH\u00c9TIQUE DU SADISME<\/strong><br>Comme il y a chez les romantiques une esth\u00e9tique du ca\u00efnisme puis du satanisme, il y a chez Breton une esth\u00e9tique du sadisme&nbsp;; il l\u2019impose aux surr\u00e9alistes par la r\u00e9v\u00e9rence oblig\u00e9e \u00e0 Sade et \u00e0 Lautr\u00e9amont. On se souvient que Nadja se termine au fond sur un mot d\u2019ordre abscons&nbsp;: \u00ab&nbsp;La beaut\u00e9 sera CONVULSIVE ou ne sera pas&nbsp;\u00bb&nbsp;; or, que faut-il entendre par \u00ab&nbsp;convulsive&nbsp;\u00bb \u2014 si on entend bien la connotation clairement hyst\u00e9rique du terme et vaguement \u00e9rotique qui nous met du c\u00f4t\u00e9 de la pose hyst\u00e9rique et de la contracture \u2014 faut-il comprendre&nbsp;: en pamoison, ou comme Baudelaire face \u00e0 ce qu\u2019il appelle la \u00ab&nbsp;jouissance du supplici\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: notion sur laquelle le tr\u00e8s baudelairien Georges Bataille s\u2019interrogera aussi, et, longuement, et profond\u00e9ment, lui&nbsp;?<br>S\u2019il y a connotation sexuelle dans le choix de l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;convulsive&nbsp;\u00bb, elle est aussi clairement sadique. On peut y entendre comme une r\u00e9manence et une mise en pratique du c\u00e9l\u00e8bre aphorisme rimbaldien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un soir j\u2019ai assis la Beaut\u00e9 sur mes genoux et je l\u2019ai trouv\u00e9e am\u00e8re et je l\u2019ai injuri\u00e9e.&nbsp;\u00bb Si \u00ab&nbsp;La beaut\u00e9 sera CONVULSIVE ou ne sera pas&nbsp;\u00bb, de m\u00eame, la \u00ab&nbsp;Beaut\u00e9 explosante fixe&nbsp;\u00bb dont parle Breton, n\u2019est pas sans \u00e9voquer l\u2019explosion de la tour-pigeonnier-phallus du Manoir d\u2019Ango. Il y aurait donc aussi une esth\u00e9tique de la castration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BRETON ET LA SCHIZOPHR\u00c9NIE<\/strong><br>Breton a sans nul doute affaire aussi sinon \u00e0 la schizophr\u00e9nie, du moins \u00e0 la schizo\u00efdie qui en est le fr\u00e9missement et l\u2019aveu. Guett\u00e9 sans cesse, comme Goethe, Nerval, ou tant d\u2019autres\u2026 par ce que Baudelaire appelait \u2014 empruntant le mot (1862) au transcendentaliste am\u00e9ricain Emerson \u2014&nbsp;: la \u00ab&nbsp;vaporisation&nbsp;\u00bb, une \u00ab&nbsp;vaporisation&nbsp;\u00bb du moi tent\u00e9 par le recours comme Nadja aux masques des \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9s multiples&nbsp;\u00bb. La fascination pour <em>L\u2019\u00c9treinte de la pieuvre<\/em> en est l\u2019aveu.<br>Une phrase comme \u00ab&nbsp;La Beaut\u00e9 sera convulsive ou ne sera pas&nbsp;\u00bb est l\u2019aveu m\u00eame de son \u00ab&nbsp;hyst\u00e9rie&nbsp;\u00bb, de son go\u00fbt et de son recours \u00e0 la pose et aux contractures. Toutes les statues qui pars\u00e8ment l\u2019ouvrage qu\u2019est <em>Nadja,<\/em> dont la plupart provoquent chez Breton un malaise&nbsp;: celle de Rousseau, celle d\u2019\u00c9tienne Dolet pour exemples, r\u00e9v\u00e8lent chez Breton l\u2019imminence chez lui toujours de la crise hyst\u00e9rique, la tentation de la pose et, en m\u00eame temps, la peur de la contracture&nbsp;: une fois ayant pris la pose pourra-t-il alors la quitter, pris au propre pi\u00e8ge de sa th\u00e9\u00e2tralit\u00e9&nbsp;?<br>\u00ab&nbsp;<em>That is the question<\/em>&nbsp;\u00bb, <em>Mister<\/em> Hamlet&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NADJA ET LA SCHIZOPHR\u00c9NIE<\/strong><br>Nadja est toujours en avant. Nadja est toujours plus avant. Elle est le risque. Elle est le courage. Elle est la sinc\u00e9rit\u00e9. Elle est le don. Sa schizophr\u00e9nie \u00e0 elle n\u2019est pas une demi-mesure, schizo\u00efde&nbsp;: c\u2019est une schizophr\u00e9nie en bonne et due forme \u00e0 identit\u00e9s multiples. Elle n\u2019est pas encore d\u00e9clar\u00e9e, mais cela ne saurait tarder&nbsp;; elle est d\u00e9j\u00e0 av\u00e9r\u00e9e. Entre M\u00e9lusine, L\u00e9ona, L\u00e9na, Nadja, Satan, M\u00e9duse\u2026 Nadja ne va bient\u00f4t plus s\u2019y retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>NADJA,<\/em> LE LIVRE SACR\u00c9 D\u2019UNE NOUVELLE RELIGION<\/strong><br>Pour invoquer le d\u00e9mon, il convient d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par un livre.<em> Nadja<\/em> est ce livre pour Breton&nbsp;; il appara\u00eet comme \u00e9tant phantasmatiquement pour lui \u2014 comme pour Rousseau <em>Les Confessions,<\/em> ou <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em> pour Baudelaire \u2014 une Nouvelle Bible. Il ne faut jamais oublier lorsqu\u2019on aborde les productions d\u2019Andr\u00e9 Breton qu\u2019il est un homme du XIXe si\u00e8cle&nbsp;: n\u00e9 en 1896, sa personnalit\u00e9 se forme en effet avant 1915, avant l\u2019apparition de la guerre de mat\u00e9riel, avant l\u2019industrialisation de la mort, avant la naissance du XXe si\u00e8cle, de fait. Il a dix neuf ans lorsqu\u2019il aborde le XXe si\u00e8cle ou lorsque le XXe si\u00e8cle l\u2019aborde, de la fa\u00e7on pour le moins interlope qu\u2019on sait. S\u2019il affirme que la d\u00e9couverte de l\u2019\u00e9criture automatique en 1919, et, quelques mois auparavant des th\u00e9ories de Freud ont constitu\u00e9 pour lui une seconde naissance, il n\u2019en est pas moins intellectuellement n\u00e9 avant&nbsp;: il a dix neuf ans d\u00e9j\u00e0 lorsqu\u2019il entre dans le XXe si\u00e8cle&nbsp;; habitu\u00e9 de la libraire d\u2019Adrienne Mounnier, rue de l\u2019Od\u00e9on, il fr\u00e9quente l\u2019h\u00e9ritier du symbolisme, l\u2019h\u00e9ritier de Mallarm\u00e9, Paul Val\u00e9ry, qui sera le parrain de sa fille. Il ne faut jamais oublier l\u2019influence qu\u2019exer\u00e7a sur lui Mallarm\u00e9, laquelle en fait un \u00e9crivain porteur d\u2019une part d\u2019un dandysme herm\u00e9tique et d\u2019autre part du phantasme du Livre panac\u00e9e, du Livre \u00ab&nbsp;<em>Pharmakon n\u00e9penth\u00e8s<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb17\">17<\/a>]&nbsp;\u00bb qui doit r\u00e9soudre sa n\u00e9vrose et celle de son si\u00e8cle&nbsp;: de ce phantasme, dont Mallarm\u00e9 finira par mourir d\u2019ailleurs, d\u2019un spasme de la glotte en tentant d\u2019\u00e9crire \u00e0 nouveau son <em>H\u00e9rodiade<\/em>&nbsp;; de cet herm\u00e9tisme dandy et de ce phantasme du \u00ab\u00a0Livre Universel\u00a0\u00bb \u00e0 quoi le monde se r\u00e9sumerait, Breton ne se d\u00e9partira jamais. <em>Nadja<\/em> (1928) en somme, c\u2019est le r\u00eave d\u2019<em>H\u00e9rodiade<\/em> (1897) qui se poursuit, dont le brouillon fut <em>Clair de terre<\/em> (1923), dont la nouvelle tentative sera <em>L\u2019Amour fou<\/em> (1937), et l\u2019on peut continuer la cha\u00eene ainsi\u2026&nbsp;; seulement voil\u00e0, la n\u00e9vrose, l\u2019hyst\u00e9rie ne se r\u00e9sout pas dans un livre, au mieux elle s\u2019y livre et elle s\u2019y expose, elle s\u2019y exhibe, c\u2019est tout&nbsp;: charge au critique, ensuite, d\u2019en d\u00e9monter avec rigueur et m\u00e9thode les m\u00e9canismes d\u2019horlogerie pour tenter d\u2019arr\u00eater la machine infernale, \u00e9viter l\u2019implosion psychique fatale et finale d\u2019\u00ab&nbsp;Un coup de d\u00e9 [qui] jamais n\u2019abolit le hasard&nbsp;\u00bb (1897). Breton est de ces hommes qui tentent ainsi de r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme qui les presse, sur le tapis litt\u00e9raire, d\u2019\u00ab&nbsp;Un coup de d\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb18\">18<\/a>]&nbsp;\u00bb, dans un va-tout.<br>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<br><strong>DOSSIER DALI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>SALVADOR DALI&nbsp;: LE SAUVEUR DU SURR\u00c9ALISME&nbsp;!\u2026<br>DALI, LE PARODISTE G\u00c9NIAL DE BRETON&nbsp;; SON MEILLEUR CRITIQUE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>LE GRAND MASTURBATEUR<\/em> (1929) OU LA FIGURE DU P\u00c8RE<\/strong><br>Juste apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode consacr\u00e9 aux <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em> dans le pr\u00e9ambule analogique, Breton nous relate un \u00e9trange phantasme, rigoureusement fondateur de son hyst\u00e9rie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>(En finissant hier soir de conter ce qui pr\u00e9c\u00e8de, je m\u2019abandonnais encore aux conjectures qui pour moi ont \u00e9t\u00e9 de mise chaque fois que j\u2019ai revu cette pi\u00e8ce, soit \u00e0 deux ou trois reprises, ou que je me la suis moi-m\u00eame repr\u00e9sent\u00e9e. Le manque d\u2019indices suffisants sur ce qui se passe apr\u00e8s la chute du ballon, sur ce dont Solange et sa partenaire peuvent exactement \u00eatre la proie pour devenir de superbes b\u00eates de proie, demeure par excellence ce qui me confond. En m\u2019\u00e9veillant ce matin j\u2019avais plus de peine que de coutume \u00e0 me d\u00e9barasser d\u2019un r\u00eave assez inf\u00e2me que je n\u2019\u00e9prouve pas le besoin de transcrire ici, parce qu\u2019il proc\u00e8de pour une grande part de conversations que j\u2019ai eues hier, tout \u00e0 fait ext\u00e9rieurement \u00e0 ce sujet. Ce r\u00eave m\u2019a paru int\u00e9ressant dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait symptomatique de la r\u00e9percussion que de tels souvenirs, pour peu qu\u2019on s\u2019y adonne avec violence, peuvent avoir sur le cours de la pens\u00e9e. Il est remarquable, d\u2019abord, d\u2019observer que le r\u00eave dont il s\u2019agit n\u2019accusait que le c\u00f4t\u00e9 p\u00e9nible, r\u00e9pugant, voire atroce, des consid\u00e9rations auxquelles je m\u2019\u00e9tais livr\u00e9, qu\u2019il d\u00e9robait avec soin tout ce qui de semblables consid\u00e9rations fait pour moi le prix fabuleux, comme d\u2019un extrait d\u2019ambre ou de rose par-del\u00e0 tous les si\u00e8cles. D\u2019autre part, il faut bien avouer que si je m\u2019\u00e9veille, voyant avec une extr\u00eame lucidit\u00e9 ce qui en dernier lieu vient de se passer&nbsp;: un insecte couleur mousse, d\u2019une cinquantaine de centim\u00e8tres, qui s\u2019est substitu\u00e9 \u00e0 un vieillard, vient de se diriger vers une sorte d\u2019appareil automatique&nbsp;; il a gliss\u00e9 un sou dans la fente, au lieu de deux, ce qui m\u2019a paru constituer une fraude particuli\u00e8rement r\u00e9pr\u00e9hensible, au point que, comme par m\u00e9garde, je l\u2019ai frapp\u00e9 d\u2019un coup de canne et l\u2019ai senti me tomber sur la t\u00eate \u2014 j\u2019ai eu le temps d\u2019apercevoir les boules de ses yeux briller sur le bord de mon chapeau, puis j\u2019ai \u00e9touff\u00e9 et c\u2019est \u00e0 grand-peine qu\u2019on m\u2019a retir\u00e9 de la gorge deux de ses grandes pattes velues tandis que j\u2019\u00e9prouvais un d\u00e9go\u00fbt inexprimable \u2014 il est clair que, superficiellement, ceci est <em>surtout<\/em> en relation avec le fait qu\u2019au plafond de la loggia o\u00f9 je me suis tenu ces derniers jours se trouve un nid autour duquel tourne un oiseau que ma pr\u00e9sence effarouche un peu, chaque fois que des champs il rapporte en criant quelque chose comme une grosse sauterelle verte, mais est indicutable qu\u2019\u00e0 la transposition, qu\u2019\u00e0 l\u2019intense fixation, qu\u2019au passage autrement inexplicable d\u2019une image de ce genre du plan de la remarque sans int\u00e9r\u00eat au plan \u00e9motif concourent au premier chef l\u2019\u00e9vocation de certains \u00e9pisodes des <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em> et le retour \u00e0 ces conjectures dont je parlais. La production des images de r\u00eave d\u00e9pendant toujours au moins de ce <em>double jeu de glaces,<\/em> il y a l\u00e0 l\u2019indication du r\u00f4le tr\u00e8s sp\u00e9cial, sans doute \u00e9minemment r\u00e9v\u00e9lateur, au plus haut degr\u00e9 \u00ab&nbsp;surd\u00e9terminant&nbsp;\u00bb au sens freudien&nbsp;; que sont appel\u00e9es \u00e0 jouer certaines impressions tr\u00e8s fortes, nullement contaminables de moralit\u00e9, vraiment ressenties \u00ab&nbsp;par-del\u00e0 le bien et le mal&nbsp;\u00bb dans le r\u00eave et, par suite, dans ce qu\u2019on lui oppose tr\u00e8s sommairement sous le nom de r\u00e9alit\u00e9.) (p. 55-59)<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>La figure du vieillard \u00e9voqu\u00e9e dans <em>Nadja<\/em> est clairement une figure du p\u00e8re, et, si elle se transforme en insecte imposant la p\u00e9n\u00e9tration bucale jusqu\u2019\u00e0 symboliser par la m\u00eame occasion la censure par la poire d\u2019angoisse de l\u2019inhibition, elle nous r\u00e9v\u00e8le l\u2019origine de l\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e d\u2019Andr\u00e9 Breton&nbsp;: la figure paternelle, l\u2019autoritarisme de son p\u00e8re gendarme.<br>Il convient de mettre la sc\u00e8ne du vieillard en rapport avec la toile surr\u00e9aliste \u00ab\u00a0Manifeste\u00a0\u00bb de Dali&nbsp;: <em>Le Grand Masturbateur<\/em> (1929) \u2014 soit un an apr\u00e8s la publication du livre Bible, du livre Phare <em>Nadja<\/em> \u2014 Tableau o\u00f9 une forme ectoplasmique f\u00e9minine, un succube, fait face au bas ventre d\u2019une forme ectoplasmique masculine ,un incube. Dali choisit de repr\u00e9senter cette apparition sacril\u00e8ge \u00e0 droite, sachant bien quelle signification on accorde dans l\u2019univers jud\u00e9o-chr\u00e9tien \u00e0 cette place. Sous le couple, au premier plan&nbsp;: une gigantesque sauterelle copulatrice.<br>Le p\u00e8re gendarme (l\u2019oiseau-p\u00e8re-vieillard et le phantasme de la fellation impos\u00e9e)&nbsp;: Nadja va payer pour lui, ce vieillard-sauterelle qui impose la fellation \u00e0 son fils, la fellation sacril\u00e8ge&nbsp;: \u00ab\u00a0ceci est mon corps\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DALI OU LE PARFAIT MIROIR, LA PSYCH\u00c9 PARODIQUE DE LA PART F\u00c9MININE REFOUL\u00c9E DE BRETON<\/strong><br>Dali \u00e9tait \u00e0 m\u00eame de r\u00e9p\u00e9rer comme Nadja l\u2019homosexualit\u00e9 refoul\u00e9e de Breton car il avait eu sa phase d\u2019ind\u00e9cision dans son adolescence d\u2019artiste en fr\u00e9quentant le po\u00e8te F\u00e9d\u00e9rico Garcia Lorca \u2014 homosexuel notoire \u2014 et Luis Bunu\u00ebl, le cin\u00e9aste. Le trio est l\u00e9gendaire&nbsp;!\u2026 Toute sa vie, Dali jouera avec cette ind\u00e9cision, restera \u00e0 la frange, au point de jonction entre sexuation et sexualit\u00e9, cultivant \u00e0 plaisir l\u2019ind\u00e9cision androgyne comme une nostalgie de quelque paradis perdu. C\u2019est sans doute un des \u00e9l\u00e9ments clefs qui donnent cette \u00e9ternelle jeunesse \u00e0 son \u0153uvre, cette puissance inalt\u00e9rable de provocation, et, d\u2019autre part, provoquent chez certains un sentiment d\u2019infantilisation et d\u2019exasp\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DALI, PARODISTE G\u00c9NIAL DE BRETON&nbsp;: LA \u00ab&nbsp;M\u00c9THODE PARANO\u00cfA CRITIQUE&nbsp;\u00bb DALINIENNE ET LE CONCEPT DE \u00ab&nbsp;L\u2019AUTO-SODOMIE&nbsp;\u00bb PARODIQUE<\/strong><br>Le succube Nadja n\u2019est autre que le masque fantasmatique de l\u2019incube Breton pour Breton-Narcisse. Nadja n\u2019est tout au plus, au mieux, qu\u2019un leurre qu\u2019il s\u2019est invent\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 le pi\u00e9ger, \u00e0 faire qu\u2019il ne s\u2019\u00e9chappe pas une fois de plus par peur d\u2019une rencontre interlope. Dis-moi qui tu hantes, je te dirais qui tu es. Or, ici, pas d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, elle n\u2019est que de fa\u00e7ade. La formule oraculaire se devrait ici d\u2019\u00eatre ainsi plut\u00f4t&nbsp;: dis-moi qui te hante et je te dirai qui tu es. Mais Breton n\u2019avouera jamais que vis \u00e0 vis de la sexuation, de son expression et de sa finalit\u00e9&nbsp;: la sexualit\u00e9, il se hante soi-m\u00eame hyst\u00e9riquement, vou\u00e9 au vertige onaniste et au seul vertige onaniste, car s\u2019il l\u2019outrepassait alors sa morale \u00ab\u00a0petite bourgeoise\u00a0\u00bb (Gala \u00c9luard <em>dixit<\/em> ) provoquerait chez lui un rejet qui ne pourrait aboutir \u00e0 terme qu\u2019\u00e0 la schizophr\u00e9nie. Ce n\u2019est sans doute pas un hasard si le premier et le plus grand parodiste du surr\u00e9alisme et surtout du Pape du surr\u00e9alisme \u2014 \u00e0 savoir Salvador Dali \u2014 parle parfois d\u2019\u00ab&nbsp;auto-sodomie&nbsp;\u00bb&nbsp;; pour se faire, il repr\u00e9sente sa s\u0153ur de dos, \u00ab&nbsp;auto-sodomis\u00e9e&nbsp;\u00bb dans la vaporisation de son \u00eatre par pr\u00e9cis\u00e9ment la recomposition de son \u00eatre. La s\u0153ur de Dali n\u2019est alors que la part f\u00e9minine de sa psych\u00e9 que Dali sent en soi. \u00ab\u00a0Mon Breton, ma s\u0153ur, songe \u00e0 la douceur d\u2019aller \u00e0 [\u2026] ensemble\u00a0\u00bb. Vis \u00e0 vis de Breton, Dali empruntera toujours la voie de la <em>mimesis<\/em> parodique, dans l\u2019espoir de provoquer chez lui quelque <em>catharsis<\/em> salutaire, voire, dans le seul espoir du rire&nbsp;: le sachant, le sentant, le croyant incurable.<br>Fondamentalement, Dali singe aussi avec la d\u00e9lectation de la mythification-d\u00e9\u00effication-mystification, le culte sacrificatoire et propitiatoire que Breton voue \u00e0 Jacques Vach\u00e9 et impose \u00e0 tous les membres du groupe&nbsp;; pour ce faire, il fait mine ostentatoirement d\u2019adorer Breton et de ne proc\u00e9der que de lui, jusque dans sa sexuation, laissant entendre sans doute qu\u2019il pourrait aimer ne proc\u00e9der que de lui jusque dans la sexualit\u00e9. La chose ira tellement loin \u2014 sur une toile c\u00e9l\u00e8bre qui avait provoqu\u00e9 la fureur outrag\u00e9e de Breton et qui repr\u00e9sentait Hitler, la fesse d\u2019Hitler n\u2019\u00e9tant rien moins que la fesse phantasmatique projet\u00e9e d\u2019un Breton hitl\u00e9ris\u00e9&nbsp;\u2014, la chose ira tellement loin que Breton finissant confus\u00e9ment par comprendre \u00e0 quoi le Catalan voulait le faire aboutir comme conclusion sur la r\u00e9alit\u00e9 de sa propre pysch\u00e9, excluera Dali au moins dans sa t\u00eate \u00e0 l\u2019issu d\u2019un proc\u00e8s qu\u2019il voulait fracassant et que Dali rendra burlesque \u00e0 souhait&nbsp;: le mode de proc\u00e8s dont il avait hyst\u00e9riquement pris l\u2019habitude et dans lequel il jouait, lui, le mangeur de cur\u00e9, entendons le r\u00f4le du Grand Inquisiteur, regrettant sans doute que le parturiant ne fut pas soumis \u00e0 la question avant l\u2019\u00e9jection-ex\u00e9cution, substitut ni plus ni moins psychanalytiquement que d\u2019une \u00e9rection et d\u2019une \u00e9jaculation phantasm\u00e9es (pour parler psychanalytiquement, qu\u2019on veuille bien m\u2019en excuser). On peut sugg\u00e9rer, dans cette mesure, en recourant comme Salvador Dali \u00e0 l\u2019image sexuelle, provocatrice ici, que, Breton, en excluant, un \u00e0 un les membres du groupe surr\u00e9aliste qui lui \u00e9taient les plus chers, qu\u2019il jalousait le plus, en lesquels il s\u2019\u00e9tait le plus reconnu, investi, projet\u00e9, phantasm\u00e9 dans sa recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de sexuation acceptable et son phantasme d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sexuelle possible, enfin possible&nbsp;: il les \u00ab&nbsp;sodomisait&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;s\u2019auto-sodomisait&nbsp;\u00bb de fait pour reprendre l\u2019expression volontairement iconoclaste mais profond\u00e9ment analys\u00e9e de Dali, qui affirme, une fois de plus, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Breton, une intuition g\u00e9niale.<br>Salvador Dali, de crise successives en crise successives, sera d\u00e9finitivement exclu du groupe en 1934.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>L\u2019ORIGINE DE LA VOCATION LITT\u00c9RAIRE CHEZ BRETON&nbsp;: UNE ACTIVIT\u00c9 DE SUBSTITUTION PLUT\u00d4T QUE DE SUBLIMATION<\/strong><br>On trouve dans <em>Nadja<\/em> de Breton une \u00e9criture de substitution et non de sublimation comme on pourrait s\u2019y attendre de la part d\u2019un \u00e9crivain se revendiquant de la psychanalyse. Chez Breton, dans <em>Nadja,<\/em> l\u2019\u00e9criture est une \u00e9criture de type onaniste \u00e0 ranger parmi ce que Breton appelle dans l\u2019Enqu\u00eate sur la sexualit\u00e9 paru dans <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em>&nbsp;: les \u00ab&nbsp;consolations l\u00e9gitimes de la vie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DANS LE <em>PREMIER MANIFESTE DU SURR\u00c9ALISME<\/em> (1924), UN AVEU MANIFESTE \u00c0 CET \u00c9GARD<\/strong><br>Dans Le <em>Premier manifeste du surr\u00e9alisme<\/em> (1924), Breton racontant la g\u00e9n\u00e8se de l\u2019\u00e9criture automatique en lui, confie une anecdote litt\u00e9ralement fondatrice de son rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Dans <em>Nadja,<\/em> par ailleurs, v\u00e9ritables \u00ab\u00a0travaux pratiques\u00a0\u00bb li\u00e9s au travail manifeste et destin\u00e9 \u00e0 corroborer son bien-fond\u00e9, n\u2019\u00e9crit-il pas explicitement que l\u2019\u00e9criture n\u2019est pour lui qu\u2019une activit\u00e9 de substitution, un exutoire \u00e0 son inhibition&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai toujours incroyablement souhait\u00e9 de rencontrer la nuit, dans un bois, une femme belle et nue, ou plut\u00f4t un tel souhait une fois exprim\u00e9 ne signifiant plus rien, je regrette impitoyablement de ne pas l\u2019avoir rencontr\u00e9e.&nbsp;\u00bb \u2014 on appr\u00e9ciera au passage le choix de l\u2019adverbe \u00ab&nbsp;impitoyablement&nbsp;\u00bb qui sent le masochisme \u00e0 plein nez et qui sous-entend sadiquement que quelqu\u2019une, un jour, va payer. \u2014 \u00ab&nbsp;Supposer une telle rencontre n\u2019est pas si d\u00e9lirant, somme toute&nbsp;: il se pourrait.&nbsp;\u00bb (Au bois de Boulogne, par exemple, o\u00f9 les prostitu\u00e9es montrent toujours un peu de la marchandise aux clients.) \u00ab&nbsp;Il me semble que <em>tout<\/em> [\u2026]&nbsp;\u00bb \u2014 en italiques&nbsp;: ce \u00ab&nbsp;<em>tout<\/em>&nbsp;\u00bb rendu \u00e9vanescent par le choix des italiques relevant de l\u2019innommable et indicible \u00e0 la fois, dr\u00f4le de fa\u00e7on de parler de l\u2019acte litt\u00e9raire qui d\u00e8s lors n\u2019est plus qu\u2019un \u00ab&nbsp;\u00e7a&nbsp;\u00bb psychanalytique qui s\u2019avoue, un espace du refoulement \u2014 \u00ab&nbsp;il me semble que <em>tout<\/em> [poursuit Breton] se fut arr\u00eat\u00e9 net, ah&nbsp;! je n\u2019en serais pas \u00e9crire ce que j\u2019\u00e9cris.&nbsp;\u00bb<br>\u00c9crivain, pardon \u00e9crivant, par d\u00e9faut, voil\u00e0 ce qu\u2019il est donc&nbsp;; l\u2019aveu est clair, net, m\u00e9dusant. Le commentaire de Breton est \u00e9clairant, lui aussi, puisque la col\u00e8re qui l\u2019accompagne avoue clairement \u00e0 la fois l\u2019inhibition, d\u00e9j\u00e0 diagnostiqu\u00e9e prospectivement, et le sentiment d\u2019impuissance qui habite l\u2019auteur, le d\u00e9go\u00fbte de soi-m\u00eame&nbsp;; on y lit aussi clairement le refuge dans le phantasme comme seule issue trouv\u00e9e pour l\u2019heure \u00e0 son probl\u00e8me&nbsp;: \u00e9voquant cette opportunit\u00e9 somme toute possible de d\u00e9couvrir un jour, ou, plut\u00f4t, d\u2019\u00eatre d\u00e9couvent un jour par surprise, par une femme nue, ici \u00e0 valeur de f\u00e9e amante comme M\u00e9lusine, dans une for\u00eat tr\u00e8s symbolique de la for\u00eat primitive et du monde des l\u00e9gendes, de la croyance, bref le monde ancien o\u00f9 planait encore sur tout l\u2019enchantement depuis perdu comme l\u2019enfance \u2014 les dieux sont morts&nbsp;\u2014, il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019adore cette situation qui est, entre toutes, celles o\u00f9 il probable que j\u2019eusse le plus manqu\u00e9 de <em>pr\u00e9sence d\u2019esprit.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 nouveau dans les italiques, et l\u2019on ne s\u2019en \u00e9tonnera pas de la part d\u2019un hyper-romantique \u00e0 tendance symbolisante, on peut entrevoir la notion, d\u00e9cid\u00e9ment r\u00e9currente, d\u2019innommable et d\u2019indicible&nbsp;: \u00c9crire, en somme, serait-ce manifester une \u00ab&nbsp;<em>pr\u00e9sence d\u2019esprit<\/em>&nbsp;\u00bb par d\u00e9faut, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a pas de corps, o\u00f9 il ne peut y avoir de corps&nbsp;? Comme pour r\u00e9pondre, Breton conclut&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019aurais m\u00eame pas eu, je crois celle de fuir. (Ceux qui rient de cette derni\u00e8re phrase sont des porcs.)&nbsp;\u00bb (p. 44-45). Col\u00e8re bien significative d\u2019un malaise \u00e0 cacher, d\u2019un manque, d\u2019une aporie.<br>Un peu plus loin, Breton analyse un peu plus avant la pulsion qui en d\u00e9coule&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais, pour moi, descendre vraiment dans les bas-fonds de l\u2019esprit, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est plus question que la nuit tombe et se rel\u00e8ve (c\u2019est donc le jour&nbsp;?) c\u2019est revenir rue Fontaine, au \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre des deux Masques\u00a0\u00bb qui depuis lors a fait place \u00e0 un cabaret.&nbsp;\u00bb On y joue <em>Les D\u00e9traqu\u00e9es,<\/em> o\u00f9 Breton va avoir la r\u00e9v\u00e9lation de la pulsion sadienne et sadique en lui. Le stade bucco-anal et sadique anal, ici, ne sont gu\u00e8re d\u00e9pass\u00e9s. On notera aussi que rue Fontaine, \u00e0 Paris, il est un autre th\u00e9\u00e2tre, un autre cabaret, tr\u00e8s \u00ab\u00a0priv\u00e9\u00a0\u00bb, lui&nbsp;: le domicile-atelier de notre po\u00e8te o\u00f9, se livrant sans rel\u00e2che \u00e0 la d\u00e9bauche du r\u00eave et du phantasme d\u00e9brid\u00e9, comme Diderot, notre po\u00e8te pourrait dire \u2014 comme Sade aussi, qui, emprisonn\u00e9, apr\u00e8s des actes sadiques commis sur des prostitu\u00e9es a r\u00eav\u00e9 plus qu\u2019il n\u2019a commis (\u00ab&nbsp;peu poss\u00e9d\u00e9, beaucoup joui&nbsp;\u00bb dirait Rousseau&nbsp;?) \u2014&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mes pens\u00e9es, ce sont mes catins.&nbsp;\u00bb<br>D\u2019o\u00f9 provient ce rapport, disons plut\u00f4t&nbsp;: ce recours \u00e0 la fois rousseauiste et sadien \u00e0 l\u2019\u00e9criture&nbsp;? Quoi&nbsp;? Breton&nbsp;: un Rousseau-sadien&nbsp;? Rousseau l\u2019homme aux cinq enfants et qui n\u2019en a peut-\u00eatre eu aucun&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb19\">19<\/a>]&nbsp;? Un puissant mystificateur, dont la puissance phantasmatique \u2014 par un subtil et tr\u00e8s pervers principe de \u00ab&nbsp;vases communicants&nbsp;\u00bb \u2014 n\u2019a d\u2019\u00e9gale que l\u2019impuissance&nbsp;? Le rapprochement est-il si hardi, somme toute&nbsp;? Rousseau n\u2019\u00e9tait-il pas apr\u00e8s tout exhibitionniste, et, parano\u00efaque comme Breton, sans \u00eatre pour autant \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb&nbsp;?<br>Cet extrait du <em>Premier manifeste<\/em> r\u00e9pond, qui commence par une inqui\u00e9tante hallucination sonore, symptome patent d\u2019un \u00e9tat sinon de schizophr\u00e9nie du moins de schizo\u00efdie avanc\u00e9e [n\u2019oublions pas que les surr\u00e9alistes ont d\u00e9cid\u00e9 de cesser les exp\u00e9riences d\u2019\u00e9criture automatique parce qu\u2019ils sentaient qu\u2019ils \u00e9taient en train, tous, de perdre la raison]&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><small>Un soir donc, avant de m\u2019endormir, je per\u00e7us, nettement articul\u00e9e au point qu\u2019il \u00e9tait impossible d\u2019y changer un mot, mais distraite cependant du bruit de toute voix, une assez bizarre phrase qui me parvenait sans porter trace des \u00e9v\u00e9nements auxquels, de l\u2019aveu de ma conscience, je me trouvais m\u00eal\u00e9 \u00e0 cet instant-l\u00e0, phrase qui me parut insistante, phrase oserai-je dire <em>qui cognait \u00e0 la vitre.<\/em> J\u2019en pris rapidement notion et me disposais \u00e0 passer outre quand son caract\u00e8re organique me retint&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb20\">20<\/a>]. En v\u00e9rit\u00e9 cette phrase m\u2019\u00e9tonnait&nbsp;; je ne l\u2019ai malheureusement pas retenue jusqu\u2019\u00e0 ce jour, c\u2019\u00e9tait quelque chose comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a un homme coup\u00e9 en deux par la fen\u00eatre&nbsp;\u00bb mais elle ne pouvait souffrir d\u2019\u00e9quivoque, accompagn\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait de la faible repr\u00e9sentation visuelle d\u2019un homme marchant et tron\u00e7onn\u00e9 \u00e0 mi-hauteur par une fen\u00eatre perpendiculaire \u00e0 l\u2019axe de son corps. \u00c0 n\u2019en pas douter il s\u2019agissait du simple redressement dans l\u2019espace d\u2019un homme qui se tient pench\u00e9 \u00e0 la fen\u00eatre. Mais cette fen\u00eatre ayant suivi le d\u00e9placement de l\u2019homme, je me rendis compte que j\u2019avais affaire \u00e0 une image d\u2019un type assez rare et je n\u2019eus vite d\u2019autre id\u00e9e que de l\u2019incorporer \u00e0 mon mat\u00e9riel de construction po\u00e9tique. Je ne lui eus pas plus t\u00f4t accord\u00e9 ce cr\u00e9dit que d\u2019ailleurs elle fit place \u00e0 une succession \u00e0 peine intermittente de phrases qui me surprirent gu\u00e8re moins et me laiss\u00e8rent sous l\u2019impression d\u2019une gratuit\u00e9 telle que l\u2019empire que j\u2019avais pris jusque l\u00e0 sur moi-m\u00eame me parut illusoire et que je ne songeai plus qu\u2019\u00e0 mettre fin \u00e0 l\u2019interminable querelle qui a lieu en moi.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mesure o\u00f9 Breton ne parvient pas \u00e0 retenir la phrase qu\u2019il consid\u00e8re toutefois d\u2019embl\u00e9e comme une clef susceptible de lui ouvrir ou de lui r\u00e9v\u00e9ler un monde, on peut donc sugg\u00e9rer \u00e0 la fois qu\u2019il s\u2019y reconna\u00eet, qu\u2019elle r\u00e9sonne comme un s\u00e9same de son \u00ab\u00a0en-soi\u00a0\u00bb, sa v\u00e9rit\u00e9 ontologique, et qu\u2019en m\u00eame temps il l\u2019occulte. Elle devient ainsi indissociablement l\u2019embl\u00e8me \u00e0 la fois de sa production litt\u00e9raire qui se d\u00e9sinhibe et en m\u00eame temps d\u2019un refoulement. La note que Breton adjoint \u00e0 la derni\u00e8re phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019empire que j\u2019avais jusque l\u00e0 sur moi-m\u00eame me parut illusoire et [\u2026] je ne songeai plus qu\u2019\u00e0 mettre fin \u00e0 l\u2019interminable querelle qui a lieu en moi.&nbsp;\u00bb \u2014 aveu sur le mode rousseau\u00efste \u2014 est particuli\u00e8rement significative&nbsp;: \u00ab&nbsp;Knut Hamsun&nbsp;\u00bb \u00e9crit-il, citant le fameux \u00e9crivain norv\u00e9gien qui, confi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatre ans \u00e0 un oncle, pasteur sur les \u00eeles Lofoten dans l\u2019Oc\u00e9an arctique au-del\u00e0 du cercle polaire, connut une enfance \u00e9trange pr\u00e8s de cet \u00eatre autoritaire qu\u2019il surnomma plus tard dans une nouvelle \u00ab&nbsp;<em>Et sp\u00f6kelse,<\/em> Le Fant\u00f4me&nbsp;\u00bb (1918)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Knut Hamsun place sous la d\u00e9pendance de la faim cette sorte de r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 laquelle j\u2019ai \u00e9t\u00e9 en proie, et il n\u2019a peut-\u00eatre pas tort. (Le fait est que je ne mangeais pas tous les jours \u00e0 cette \u00e9poque.) \u00c0 coup s\u00fbr ce sont bien les m\u00eames manifestations qu\u2019il relate en ces termes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le lendemain je m\u2019\u00e9veillai de bonne heure. Il faisait encore nuit. Mes yeux \u00e9taient ouverts depuis longtemps, quand j\u2019entendis la pendule de l\u2019appartement au-dessous sonner cinq heures. Je voulus me rendormir, mais je n\u2019y parvins pas, j\u2019\u00e9tais compl\u00e8tement \u00e9veill\u00e9 et mille choses me trottaient en t\u00eate. \/ Tout d\u2019un coup, il me vint quelques bons morceaux, tr\u00e8s propres \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s dans une esquisse, dans un feuilleton&nbsp;; je trouvai subitement, par hasard, de tr\u00e8s belles phrases, des phrases comme je n\u2019en avais jamais \u00e9crit. Je me le r\u00e9p\u00e9tai lentement, mot pour mot, elles \u00e9taient excellentes. Et il en venait toujours. Je me levai, je pris du papier et un crayon sur la table qui \u00e9tait derri\u00e8re mon lit. C\u2019\u00e9tait comme si une veine se f\u00fbt bris\u00e9e en moi, un mot suivait l\u2019autre, se mettait \u00e0 sa place, s\u2019adaptait \u00e0 la situation, les sc\u00e8nes s\u2019accumulaient, l\u2019action se d\u00e9roulait, les r\u00e9pliques surgissaient dans mon cerveau, je jouissais&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb21\">21<\/a>] prodigieusement. les pens\u00e9es me venaient si rapidement et continuaient \u00e0 couler&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb22\">22<\/a>] si abondamment que je perdais une foule de d\u00e9tails d\u00e9licats, parce que mon crayon ne pouvait pas aller assez vite, et cependant je me h\u00e2tais, la main toujours en mouvement, je ne perdais pas une minute. Les phrases continuaient \u00e0 pousser&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb23\">23<\/a>] en moi, j\u2019\u00e9tais plein&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb24\">24<\/a>] de mon sujet.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans l\u2019<em>Orph\u00e9e<\/em> ou <em>Le Testament d\u2019Orph\u00e9e<\/em> de Cocteau \u00ab&nbsp;on va de tribunal en tribunal&nbsp;\u00bb, on va de texte en texte, et de r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire en r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb25\">25<\/a>]. L\u00e0 encore, on observera chez Breton quelque chose de significatif, de r\u00e9v\u00e9lateur&nbsp;: la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019identifier \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre, \u00e0 une figure tut\u00e9laire, exclusivement masculine, \u00e0 la fois amante et bizarrement paternelle, exactement comme il l\u2019a fait au seuil de sa \u00ab\u00a0vocation\u00a0\u00bb litt\u00e9raire avec Jacques Vach\u00e9, qui le dominait intellectuellement. Il y a chez Breton l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019assumer, seul&nbsp;: il lui faut toujours un autre homme comme argument d\u2019autorit\u00e9, comme \u00e9cran pour projeter la r\u00e9pr\u00e9sentation qu\u2019il se fait de sa psych\u00e9e, que, de fait il ne d\u00e9code pas, dont il ne d\u00e9code pas les signes. De quel type de faim parle Breton&nbsp;? Ne s\u2019agirait-il pas plut\u00f4t d\u2019une faim sexuelle, d\u2019une faim d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 non assouvie et qui provoquerait le flot compensatoire de l\u2019\u00e9criture automatique, la glossolalie onaniste qui pr\u00e9tendrait \u00e0 la transe, \u00e0 l\u2019extase, \u00e0 l\u2019exorcisme par invocation, donc \u00e0 la gu\u00e9rison possible. Cyrano op\u00e8re ainsi par d\u00e9faut, ne pouvant approcher Roxane, ne pouvant assumer son long nez \u00e0 dire vrai pychanalytiquement connot\u00e9, pour tout dire en deux mots \u00e0 la fois sa sexuation et la sexualit\u00e9. Breton ne serait-il pas une des figures sadiennes de Cyrano&nbsp;?<br>Cet homme coup\u00e9 en deux par une fen\u00eatre, en effet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a un homme coup\u00e9 en deux pas une fen\u00eatre&nbsp;\u00bb, phrase, qui, dit-il, rajoute-t-il, quand elle lui v\u00eent, \u00ab&nbsp;ne pouvait souffrir d\u2019\u00e9quivoque, accompagn\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait de la faible repr\u00e9sentation visuelle d\u2019un homme marchant et tron\u00e7onn\u00e9 \u00e0 mi-hauteur par une fen\u00eatre perpendiculaire \u00e0 l\u2019axe de son corps.&nbsp;\u00bb&nbsp;: n\u2019est-elle pas \u00e0 mettre en abyme avec l\u2019image qui pr\u00e9c\u00e8de dans <em>Nadja,<\/em> dans son univers, l\u2019entr\u00e9e du succube Nadja&nbsp;: \u00e0 savoir l\u2019all\u00e9gorique explosion du pigeonnier-phallus du Manoir d\u2019Ango o\u00f9 Breton s\u2019\u00e9tait fantasmatiquement, iconographiquement, r\u00e9fugi\u00e9 pour \u00e9crire&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb26\">26<\/a>]&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enfin voici que la tour du Manoir d\u2019Ango saute, et que toute une neige de plumes, qui tombe des ses colombes, fond en touchant le sol de la grande cour nagu\u00e8re empierr\u00e9e de d\u00e9bris de tuiles et maintenant couverte de vrai sang&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 69)&nbsp;? N\u2019est-elle pas \u00e0 mettre en abyme avec la question r\u00e9currente, leitmotiv, obsessionnelle dans <em>Nadja<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb Faut-il plut\u00f4t entendre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que suis-je&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et ce questionnement ne ram\u00e8ne-t-il pas \u00e0 l\u2019indistinction sexuelle qui travaille Breton&nbsp;: qu\u2019en est-il, en effet, de sa sexuation&nbsp;?<br>\u00c0 cette \u00ab&nbsp;Angoissant[e] [question]&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Angoissant Voyage&nbsp;\u00bb, une image dans <em>Nadja<\/em> r\u00e9pond qui est le texte en vis \u00e0 vis de la reproduction en quatre exemplaires, les banalisant, les exorcisant, des \u00ab&nbsp;yeux de foug\u00e8re&nbsp;\u00bb de Nadja, \u00e9voquant \u00e0 nouveau la \u00ab&nbsp;femme nue&nbsp;\u00bb synecdotiquement, la for\u00eat primitive des sortil\u00e8ges o\u00f9 les f\u00e9es amantes peuvent appara\u00eetre nues soudain aux chevaliers qui \u00ab&nbsp;passent&nbsp;\u00bb (Cf.&nbsp;: \u00ab&nbsp;Andr\u00e9 Breton passe&nbsp;\u00bb in \u00ab&nbsp;Tournesol&nbsp;\u00bb, in <em>Clair de terre<\/em> ) mais s\u2019il peut supporter le corps nu de la \u00ab&nbsp;femme nue&nbsp;\u00bb dans \u00ab&nbsp;la for\u00eat&nbsp;\u00bb, il ne peut supporter son regard, ce qui fait qu\u2019en d\u00e9finitive&nbsp;: il \u00ab&nbsp;ne voit pas&nbsp;\u00bb, entendons&nbsp;: il ne peut pas voir \u00ab&nbsp;la femme nue cach\u00e9e dans la for\u00eat&nbsp;\u00bb&nbsp;; cette image est embl\u00e9matiquement celle d\u2019un mur. Pour Proust le petit pan de mur est celui de la <em>Vue de Delft<\/em> de Wermeer de Delft&nbsp;; il est \u00ab&nbsp;jaune&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;jaune imp\u00e9rial&nbsp;\u00bb&nbsp;; on peut y lire une lib\u00e9ration de soleil dans le fait de pouvoir s\u2019ab\u00eemer dans l\u2019Art, sa merveille, dans sa sublimation\u2026&nbsp;: Proust, homosexuel honteux&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb27\">27<\/a>], aura eu du moins sur lui cet empire que lui redonnait soudain l\u2019Art. Chez Breton, le pan de mur est un \u00e9cran comme le mur du fond de la caverne de Platon&nbsp;: s\u2019y projettent des ombres, plus sp\u00e9cifiquement un type d\u2019ombres bien pr\u00e9cis celles \u00ab&nbsp;de chemin\u00e9es, des immeubles en d\u00e9molition&nbsp;\u00bb, de chemin\u00e9es phalliques, on l\u2019a compris, puisque le \u00ab\u00a0Mus\u00e9e iconographique\u00a0\u00bb dans <em>Nadja<\/em> est quasi satur\u00e9 de symboles phalliques, de \u00ab&nbsp;chemin\u00e9es&nbsp;\u00bb \u00e9rig\u00e9es encore mais frapp\u00e9es d\u2019alignement et qui sont destin\u00e9es d\u2019imminence \u00e0 tomber, dress\u00e9es qu\u2019elles sont encore illusoirement comme dans \u00ab&nbsp;L\u2019Angoissant Voyage&nbsp;\u00bb, tableau f\u00e9tiche pour Breton, sign\u00e9 du tr\u00e8s m\u00e9taphysique Giorgo de Chirico, que Breton va bient\u00f4t se mettre \u00e0 ha\u00efr&nbsp;: pourquoi&nbsp;? Ne hait-on pas tout sp\u00e9cialement, fid\u00e8lement, ceux qui ont os\u00e9 vous dire la v\u00e9rit\u00e9 sur vous-m\u00eame&nbsp;? Dans la suite de ce fragment de Nadja, apr\u00e8s nous avoir fait appara\u00eetre ces \u00ab&nbsp;chemin\u00e9es&nbsp;\u00bb condamn\u00e9es, il commente&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Se peut-il qu\u2019ici cette poursuite \u00e9perdue prenne fin&nbsp;? Poursuite de quoi, je ne sais, mais poursuite, pour mettre ainsi en \u0153uvre tous les artifices de la s\u00e9duction mentale&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb28\">28<\/a>]. Rien, ni le brillant, quand on les coupe, de m\u00e9taux inusuels comme le sodium \u2014 ni la phosphorescence, dans certaines r\u00e9gions, des carri\u00e8res&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb29\">29<\/a>] \u2014 ni l\u2019\u00e9clat du lustre admirable qui monte des puits [figure phallique invers\u00e9e, invagin\u00e9e, figure vaginale, d\u2019ut\u00e9rus] \u2014 ni le cr\u00e9pitement du bois d\u2019une horloge que je jette au feu pour qu\u2019elle meure en sonnant l\u2019heure \u2014 ni le surcro\u00eet d\u2019attrait qu\u2019exerce L\u2019Embarquement pour Cyth\u00e8re lorsqu\u2019on v\u00e9rifie que sous diverses attitudes il ne met en sc\u00e8ne qu\u2019un seul couple \u2014 ni la majest\u00e9 des paysages de r\u00e9servoirs [on retrouve les symboles phalliques] \u2014 ni le charme de pans de murs, avecs leurs fleurettes [pour conter fleurette&nbsp;?] et leurs ombres de chemin\u00e9es, des immeubles en d\u00e9molition&nbsp;: rien de tout cela, rien de ce qui constitue pour moi ma lumi\u00e8re propre n\u2019a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9. Qui \u00e9tions-nous devant la r\u00e9alit\u00e9, cette r\u00e9alit\u00e9 que je sais maintenant couch\u00e9e aux pieds de Nadja comme un chien fourbe&nbsp;? Sous quelle latitude pouvions-nous bien \u00eatre, livr\u00e9s ainsi \u00e0 la fureur des symboles, en proie au d\u00e9mon de l\u2019analogie [\u2026] Je me souviens de lui \u00eatre apparu noir et froid comme un homme foudroy\u00e9 aux pieds du Sphinx. (p. 127-130, <em>passim.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Int\u00e9ressante aussi la note qu\u2019il adjoint \u00e0 la formule, \u00e0 cette phrase pour lui fondatrice de son \u00e9criture et pr\u00e9sentant \u00ab&nbsp;l\u2019homme coup\u00e9 en deux par la fen\u00eatre&nbsp;\u00bb, phrase qui \u00e9tait \u00ab&nbsp;accompagn\u00e9e&nbsp;\u00bb d\u2019une \u00ab&nbsp;faible repr\u00e9sentation visuelle d\u2019un homme marchant et tron\u00e7onn\u00e9 \u00e0 mi-hauteur par une fen\u00eatre perpendiculairement \u00e0 l\u2019axe de son corps&nbsp;\u00bb \u2014 image m\u00eame de sa psych\u00e9, que sans cesse il regarde comme les androgynes sur le conseil d\u2019Herm\u00e8s coup\u00e9s en deux par Zeus avec un cheveu d\u2019Aphrodite ne cess\u00e8rent plus, d\u00e8s lors, de se regarder le nombril \u2014&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Peintre, cette repr\u00e9sentation visuelle e\u00fbt sans doute pour moi prim\u00e9 l\u2019autre. Ce sont assur\u00e9ment mes dispositions pr\u00e9alables qui en d\u00e9cid\u00e8rent. Depuis ce jour, il m\u2019est arriv\u00e9 de concentrer volontairement mon attention sur de semblables apparitions et je sais qu\u2019elles ne le c\u00e8dent point en nettet\u00e9 aux ph\u00e9nom\u00e8nes auditifs. Muni d\u2019un crayon et d\u2019une feuille blanche, il me serait facile d\u2019en suivre les contours. C\u2019est que l\u00e0 encore il ne s\u2019agit pas de dessiner, <em>il ne s\u2019agit que de calquer<\/em>. Je figurerais bien ainsi un arbre, une vague, un instrument de musique, toutes choses dont je suis incapable de fournir en ce moment l\u2019aper\u00e7u le plus sch\u00e9matique. Je m\u2019enfoncerais, avec la certitude de me retrouver, dans un d\u00e9dale de lignes qui ne me paraissent concourir, d\u2019abord, \u00e0 rien. Et j\u2019en \u00e9prouverais, en ouvrant les yeux, une tr\u00e8s forte impression de \u00ab\u00a0jamais vu\u00a0\u00bb. La preuve de ce que j\u2019avance a \u00e9t\u00e9 faite maintes fois par Robert Desnos&nbsp;: il n\u2019y a, pour s\u2019en convaincre, qu\u2019\u00e0 feuilleter le n\u00b036 des <em>Feuilles libres<\/em> contenant plusieurs de ses dessins [Rom\u00e9o et Juliette, Un homme est mort ce matin, etc.] pris par cette revue pour des dessins de fous et publi\u00e9s innocemment comme tels.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore un passage, morceau d\u2019anthologie vraiment pour illustrer ce que Freud a g\u00e9nialement su appeler&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9&nbsp;\u00bb, dont l\u2019adjectif pr\u00e9figure \u00ab&nbsp;L\u2019Angoissant Voyage&nbsp;\u00bb auquel Chirico peut faire allusion, et, face auquel, sans s\u2019\u00eatre jamais trouv\u00e9 vraiment, Andr\u00e9 Breton se retrouve, bizarrement plus appais\u00e9, comme apr\u00e8s l\u2019explosion d\u2019une catastrophe, comme apr\u00e8s l\u2019explosion de la tour-pigeonnier-phallus du Manoir d\u2019Ango. Dans cette fa\u00e7on d\u2019aborder la question du dessin, \u00e0 nouveau, on notera le transfert&nbsp;: parlant de ses propres dessins, il en arrive tout naturellement \u00e0 parler des dessins de Desnos. Les dessins de Desnos viennent naturellement occulter les siens. On comprend mieux d\u00e8s lors pourquoi il ne saura pas voir les dessins de Nadja qui par leur biais sans cesse lui tend un miroir.<br>De la m\u00eame mani\u00e8re, on pourra trouver significatif, que dans <em>Les Pas perdus<\/em> \u2014 recueil d\u2019articles dont il pr\u00eate un exemplaire \u00e0 Nadja comme \u00e9tant repr\u00e9sentatif de ce qu\u2019il est&nbsp;\u2014, parlant de Jacques Vach\u00e9, Breton choisisse d\u2019user de l\u2019\u00e9criture automatique, et pas pour r\u00e9v\u00e9ler n\u2019importe quels phantasmes interlopes dans la micassure d\u2019images, dans l\u2019automatisme, qui, malgr\u00e9 tout, dans la fen\u00eatre du texte permet de reconstituer des pans de vitre bris\u00e9e et surtout l\u2019image de la psych\u00e9 qu\u2019elle refl\u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;On est mal fix\u00e9 sur la valeur des pressentiments si ces coups de bourse au ciel, les orages dont parle Baudelaire, de loin en loin font appara\u00eetre un ange au judas.&nbsp;\u00bb Cet ange rel\u00e8verait-il des \u00ab&nbsp;anges&nbsp;\u00bb tels que les imaginait Jean Gen\u00eat&nbsp;? Puis, voici que Breton se pr\u00e9sente sous les traits miteux d\u2019un employ\u00e9 aux \u00e9critures, face \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;ange&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Jacques&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est ainsi qu\u2019en 1916 ce pauvre employ\u00e9 qui veillait permit \u00e0 un papillon [symbole r\u00e9surrectionnel] de demeurer sous l\u2019appareil r\u00e9flecteur [\u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9ph\u00e8m\u00e8re \u00e9bloui vole vers toi, chandelle,\/ Cr\u00e8pite, flambe et dit&nbsp;: B\u00e9nissons ce flambeau&nbsp;!&nbsp;\u00bb (Baudelaire, \u00ab&nbsp;Hymne \u00e0 la Beaut\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Spleen et Id\u00e9al&nbsp;\u00bb, XXI, in <em>Les Fleurs du Mal<\/em> )] dans son bureau. En d\u00e9pit de sa jolie visi\u00e8re, \u2014 on \u00e9tait dans l\u2019Ouest [Ce que c\u2019est que le cin\u00e9ma platonicien&nbsp;: un Western muet], \u2014 il semblait n\u2019avoir dans la t\u00eate qu\u2019un alphabet morse [l\u2019\u00e9criture automatique, glossolalie de substitution]. Il passait son temps \u00e0 se souvenir des falaises d\u2019\u00c9tretat et de parties de saute-mouton avec les nuages [\u00ab&nbsp;Le vert paradis des amours enfantines&nbsp;\u00bb baudelairien&nbsp;?]. Aussi accueillit-il avec empressement l\u2019officier aviateur [tomb\u00e9 du ciel, \u00e0 pic&nbsp;?]. \u00c0 vrai dire, on ne sut jamais dans quelle arme Jacques servait. Je l\u2019ai vu couvert d\u2019une cuirasse, couvert n\u2019est pas le mot, c\u2019\u00e9tait le ciel pur [Bref, Jeanne d\u2019Arc, dirait Joseph Delteil]. Il rayonnait avec cette rivi\u00e8re au cou, l\u2019Amazone, je crois, qui arrose encore le P\u00e9rou [ce que c\u2019est que l\u2019aura donn\u00e9 par l\u2019amour&nbsp;!]. Il avait incendi\u00e9 de grandes parties de for\u00eat vierge, on le voyait \u00e0 ses cheveux et \u00e0 tous les beaux animaux qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s en lui [La jungle de l\u2019inconscient bretonnien, la jungle phantasmatique de tous les d\u00e9sirs refoul\u00e9s, \u00ab&nbsp;le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu&nbsp;\u00bb (Rimbaud)&nbsp;: Jacques Vach\u00e9 se pr\u00e9tend \u00e0 la projection]. Ce n\u2019est pas le serpent \u00e0 sonnettes qui m\u2019emp\u00eacha de lui donner la main [De quel serpent, s\u2019agit-il&nbsp;? Il semble soudain bien \u00e9d\u00e9nique&nbsp;!\u2026]. Il redoutait plus que tout certaines exp\u00e9riences sur la dilatation des corps [Comme celles auxquelles se livre l\u2019ouvrier lyonnais rencontr\u00e9s par suite d\u2019un \u00ab&nbsp;hasard&nbsp;\u00bb somme toute \u00ab&nbsp;objectif&nbsp;\u00bb dans <em>Les Confessions<\/em> de Rousseau&nbsp;?]. Si cela, disait-il, n\u2019entra\u00eenait que des d\u00e9raillements&nbsp;! La barre qu\u2019on chauffe \u00e0 blanc dans Michel Strogoff n\u2019\u00e9tait donc pas faite pour l\u2019aveugler [En voil\u00e0 un au moins qui n\u2019a pas peur d\u2019\u00eatre aveugl\u00e9 par les symboles phalliques]. [\u2026] Les \u00e9l\u00e9gances masculines sortent de l\u2019ordinaire [Breton s\u2019y int\u00earesse donc&nbsp;?]. La couverture du <em>Miroir des Modes<\/em> est couleur de l\u2019eau qui baigne le gratte-ciel o\u00f9 on l\u2019imprime [Encore un symbole phallique&nbsp;!\u2026 Encore une mare, un bain \u00e0 la M\u00e9lusine comme dans le dessin de Nadja o\u00f9 Breton Chat-pot-Vautour est le seul \u00e0 y baigner&nbsp;: M\u00e9lusine, elle, reste \u00e0 sec, d\u00e9sesp\u00e9remment&nbsp;: le chat lui a confisqu\u00e9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment f\u00e9minin, l\u2019\u00e9l\u00e9ment menstruel&nbsp;: l\u2019eau]. Les ventres humains, b\u00e2tis sur pilotis, sont par ailleurs d\u2019excellents parachutes [Il y a donc chute&nbsp;?]. [\u2026] Si nous nous mettons encore \u00e0 genoux devant la femme, c\u2019est pour lacer son soulier [Les deux ensemble, sans doute&nbsp;?]. Dans les retours sur soi, mieux vaut emprunter les routes carrossables [C\u2019est plus confortable pour la psych\u00e9, surtout celle qui se refoule.]. La voiture de Madame est avanc\u00e9e puisque les cheveaux tombent \u00e0 la mer [C\u2019est ce qu\u2019on appelle avoir le sens \u00e0 la fois de la chute et de la \u00ab\u00a0conclusion\u00a0\u00bb]. Aimer et \u00eatre aim\u00e9 se poursuivent sur la jet\u00e9e, c\u2019est dangereux [Pour des individus ind\u00e9cis, ambigus comme Breton, c\u2019est l\u2019\u00e9vidence]. Soyez s\u00fbrs que nous jouons plus de notre fortune dans les casinos [La bourse et la vie]. Surtout, ne pas tricher [C\u2019est un enjeu ontologique&nbsp;: il faut tricher dans son cas&nbsp;: quelle autre issue&nbsp;?]. Tu sais, Jacques, le joli mouvement des ma\u00eetresses sur l\u2019\u00e9cran, lorsque <em>enfin<\/em> on a tout perdu [Amours de projection, amours substitutifs, sur l\u2019\u00e9cran noir de nos songes]&nbsp;? Fais voir tes mains, sous lesquelles l\u2019air est ce grand instrument de musique&nbsp;: trop de chance, tu as trop de chance. Pourquoi aimes-tu faire affluer le sang bleu aux joues de cette petite&nbsp;? [Jacques Vach\u00e9 pr\u00e9figurerait-il la Solange des <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>&nbsp;? Auquel cas, le couple, constitu\u00e9 sur la Sc\u00e8ne du bien nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre des deux Masques\u00a0\u00bb, par Solange morphinomane et la tr\u00e8s physiquement bretonnienne fonctionnaire Directrice, grosse s\u0153ur jumelle du fonctionnaire aux \u00e9critures de tout \u00e0 l\u2019heure, serait-il l\u2019image fantasmatique du couple Breton-Jacques Vach\u00e9 opiumane, mort d\u2019overdose en 1919 \u00e0 Nantes&nbsp;?] J\u2019ai connu un appartement qui \u00e9tait une merveilleuse toile d\u2019araign\u00e9e [Gageons qu\u2019il se situait rue Fontaine.]. [\u2026] L\u2019ancien \u00e9l\u00e8ve de M.&nbsp;Luc-Olivier Merson savait sans doute qu\u2019en France l\u2019\u00e9mission de fausse monnaie est s\u00e9v\u00e8rement punie [L\u2019homosexuel, refoul\u00e9 ou non, pour les femmes partenaires involontaires d\u2019un jeu pervers, rel\u00e8ve assur\u00e9ment de ce que Baudelaire aussi dans <em>Le Spleen de Paris<\/em> appelait&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Fausse Monnaie&nbsp;\u00bb]. Que vouliez-vous que nous fassions&nbsp;? La belle affiche&nbsp;: <em>Ils reviennent. \u2014 Qui&nbsp;? \u2014 Les Vampires<\/em>, et dans la salle \u00e9teinte les lettres rouges de <em>Ce soir-l\u00e0<\/em> [On en revient \u00e0 l\u2019univers de refuge, de l\u2019expression du moi refoul\u00e9 refuge&nbsp;: l\u2019univers sadique, tel qu\u2019il s\u2019expose et se met en sc\u00e8ne avec perversit\u00e9 souhait\u00e9e, esp\u00e9r\u00e9e, dans <em>Les D\u00e9traqu\u00e9es<\/em> ]. Tu sais, je n\u2019ai plus besoin de prendre la rampe pour descendre, et sous des semelles de peluche, l\u2019escalier cesse d\u2019\u00eatre un accord\u00e9on [Il avait donc peur \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est, de se sentir \u00eatre ce qu\u2019il est]. \/ Nous f\u00fbmes ces gais terroristes, sentimentaux \u00e0 peine plus qu\u2019il \u00e9tait de saison, des garnements qui promettent [Leurs rapports \u00e9taient donc d\u2019ordre sentimental]. [\u2026] L\u2019avenir est une belle feuille nerv\u00e9e qui prend les colorants et montre de remarquables lacunes [Depuis que Vach\u00e9 est perdu&nbsp;?]. Il n\u2019a tient qu\u2019\u00e0 nous de puiser \u00e0 pleines mains dans les chevelures \u00e9chou\u00e9es [Celle des chers morts, celle de Jacques Vach\u00e9 par exemple o\u00f9 Breton lisait tant de choses redoutables et irr\u00e9sistiblement attirantes, fascinantes&nbsp;?]. Le repas futur est servi sur une nappe de p\u00e9trole [L\u2019avenir est, en effet, compte-tenu de l\u2019indistinction de nature destin\u00e9 \u00e0 flamber.]. [\u2026] Je te vois, Jacques, comme un berger des Landes&nbsp;: tu as de grosses \u00e9chasses de craie [Les \u00e9chasses sont proustiennes, peut-\u00eatre, mais surtout phalliques&nbsp;: comme celles de Dali, qui en fera un grand usage dans ses toiles.]. Le boisseau de sentiments n\u2019est pas cher cette ann\u00e9e [Aux \u00ab&nbsp;Bois-charbon&nbsp;\u00bb du sentiment, Breton se chauffera comme il peut.]. Il faut bien faire quelque chose pour vivre [survivre] et la jolie rel\u00e8ve \u00e0 la capote souill\u00e9e, est une laiti\u00e8re dans le brouillard [\u00e9trange collusion entre la rel\u00e8ve masculine et \u00ab&nbsp;une laiti\u00e8re dans le brouilllard&nbsp;\u00bb]. Tu m\u00e9ritais mieux, le bagne par exemple [pour d\u00e9linquance textuelle&nbsp;?]. Je pensais t\u2019y trouver avec moi en voyant le premi\u00e8re \u00e9pisode de <em>La Nouvelle Aurore,<\/em> mon cher Palas [Comme Philonous et Hylas, on voudra bien le noter&nbsp;: la r\u00e9f\u00e9rence est grecque.]. Pardon. Ah&nbsp;! nous sommes morts tous deux [Ah bon&nbsp;! Breton ne serait dont qu\u2019un mort qui se survit.]. [\u2026] Les seize printemps de William R.G. Eddie\u2026 gardons cela pour nous [\u00c0 quoi fait-il donc allusion. Cela sent \u00e0 plein nez son allusion \u00e0 l\u2019univeres des <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>. ]. \/ J\u2019ai connu un homme plus beau qu\u2019un mirliton [Bien \u00e9trange analogie.]. [\u2026] Cet homme fut mon ami.&nbsp;\u00bb<br>C\u2019est Jacques Vach\u00e9 aussi dont le souvenir hante la ville de Nantes, Nantes o\u00f9 Jacques Vach\u00e9, natif de Lorient, d\u00e9mobilis\u00e9, revenu de tout depuis longtemps et de sa rencontre avec Andr\u00e9 Breton aussi en 1916, s\u2019est \u00ab\u00a0suicid\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une surdose d\u2019opium en 1919, Nantes dont vient \u00e9trangement pour Breton, il le relate dans <em>Nadja<\/em> dans le pr\u00e9ambule analogique, comme une Eurydice-Vach\u00e9 revenue de la mort \u2014 \u00e0 moins que ce ne soit Breton qui soit Eurydice \u2014 Benjamin P\u00e9ret&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] place du Panth\u00e9on, un soir, tard. On frappe. Entre une femme dont l\u2019\u00e2ge approximatif et les traits aujourd\u2019hui m\u2019\u00e9chappent. En deuil, je crois. Elle est en qu\u00eate d\u2019un num\u00e9ro de la revue <em>Litt\u00e9rature,<\/em> que quelqu\u2019un lui a fait promettre de rapporter \u00e0 Nantes, le lendemain [Jacques Vach\u00e9, suivrait-il <em>post-mortem,<\/em> les activit\u00e9s de son ancien ami&nbsp;?]. Ce num\u00e9ro n\u2019est pas encore paru mais j\u2019ai peine \u00e0 l\u2019en convaincre. Il appara\u00eet bient\u00f4t que l\u2019objet de sa visite est de me \u00ab\u00a0recommander\u00a0\u00bb la personne qui l\u2019envoie et qui doit bient\u00f4t venir \u00e0 Paris pour s\u2019y fixer. (J\u2019ai retenu l\u2019expression&nbsp;: \u00ab\u00a0qui voudrait se lancer dans la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb que depuis lors, sachant \u00e0 qui elle s\u2019appliquait, j\u2019ai trouv\u00e9e si curieuse, si \u00e9mouvante.) [S\u2019agirait-il en effet \u2014 l\u2019activit\u00e9 litt\u00e9raire n\u2019\u00e9tant clairement pour Breton qu\u2019une activit\u00e9 de substitution, puisqu\u2019il l\u2019\u00e9crit lui-m\u00eame \u2014 encore d\u2019un apprenti \u00ab\u00a0branleur\u00a0\u00bb comme on dit&nbsp;: \u00ab\u00a0apprenti-sorcier\u00a0\u00bb&nbsp;?] Mais qui me donnerait-on en charge ainsi, plus que chim\u00e9riquement, d\u2019acceuillir, de conseiller&nbsp;? Quelques jours plus tard, Benjamin P\u00e9ret \u00e9tait l\u00e0.&nbsp;\u00bb (p. 32-33).<br>\u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! Nous sommes morts tous deux.&nbsp;\u00bb conclut Breton dans son article d\u2019hommage \u00e0 son \u00ab&nbsp;ami&nbsp;\u00bb Jacques Vach\u00e9, article n\u00e9crologique \u00ab&nbsp;il y a des fleurs qui \u00e9closent sp\u00e9cialement pour les articles n\u00e9crologiques dans les encriers.&nbsp;\u00bb De l\u00e0 \u00e0 penser que <em>Nadja<\/em> est un \u00ab\u00a0tombeau de Jacques Vach\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9crit par Orph\u00e9e-Breton ou Breton-Eurydice ayant perdu sa moiti\u00e9, un tombeau comme <em>Les Essais<\/em> de Montaigne sont un \u00ab\u00a0tombeau de Monsieur de La Bo\u00e9tie\u00a0\u00bb, il n\u2019y a qu\u2019un pas qui peut \u00eatre all\u00e9grement franchi. Breton, un petit mort en deuil d\u2019un cher ami de Nantes, qui esp\u00e8re toujours son retour&nbsp;?\u2026 Est-ce si improbable&nbsp;? \u00c9luard, lors de leur premi\u00e8re rencontre ne le prend-il pas pour \u00ab&nbsp;un de ses amis, tenu pour mort \u00e0 la guerre&nbsp;\u00bb (p. 29)&nbsp;? Nantes, restera pour lui, par excellence ce que Alain Jouffroy appelle une ville enc\u00e9phale.<\/p>\n\n\n\n<p>Nantes&nbsp;: peut-\u00eatre avec Paris la seule ville de France o\u00f9 j\u2019ai l\u2019impression que peut m\u2019arriver quelque chose qui en vaut la peine, o\u00f9 certains regards br\u00fblent pour eux-m\u00eames de trop de feux (je l\u2019ai constat\u00e9 encore l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le temps de traverser Nantes en automobile et de voir cette femme, une ouvri\u00e8re, je crois, qu\u2019accompagnait un homme, et qui a lev\u00e9 les yeux&nbsp;: j\u2019aurais d\u00fb m\u2019arr\u00eater), o\u00f9 pour moi la cadence de la vie n\u2019est pas la m\u00eame qu\u2019ailleurs, o\u00f9 un esprit d\u2019aventure au-del\u00e0 de toutes les aventures habite encore certains \u00eatres [\u2026]. (p. 33)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ouvri\u00e8re laisse pr\u00e9sager que Nadja ne sera jamais, elle aussi, qu\u2019une image de la psych\u00e9 bretonnienne projet\u00e9e au \u00ab&nbsp;hasard&nbsp;\u00bb, objectivement, au passage. Une fois encore, Andr\u00e9 Breton, le veuf, Andr\u00e9 Breton l\u2019\u00e9ternel veuf de l\u2019iconoclaste Jacques Vach\u00e9, reconverti depuis par d\u00e9pit et par fid\u00e9lit\u00e9 suppos\u00e9e en sectateur sadien, comme dans son po\u00e8me \u00ab&nbsp;Tournesol&nbsp;\u00bb de <em>Clair de terre,<\/em> \u00ab&nbsp;Passe&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Andr\u00e9 Breton passe&nbsp;\u00bb dans <em>Nadja,<\/em> qui croise celle qui peut lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis l\u2019\u00e2me errante&nbsp;\u00bb&nbsp;: on peut tout craindre pour elle alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;La voiture de madame est avanc\u00e9e puisque les cheveaux tombent dans la mer. Aimer et \u00eatre aim\u00e9 se poursuivent sur la jet\u00e9e, c\u2019est dangereux. Soyez s\u00fbrs que nous jouons plus de notre fortune dans les casinos. Surtout ne pas tricher. Tu sais, Jacques, le joli mouvement des ma\u00eetresses sur l\u2019\u00e9cran lorsque <em>enfin<\/em> on a tout perdu&nbsp;? Fais voir tes mains, sous lequel l\u2019air est ce grand instrument de musique&nbsp;: trop de chance, tu as trop de chance. Pourquoi aimes-tu faire affluer le sang bleu aux joues de cette petite&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sum\u00e9&nbsp;?<br>L\u2019homme coup\u00e9 en deux par la fen\u00eatre dans Le <em>Premier Manifeste du surr\u00e9alisme,<\/em> implique que la partie de son individu sous la ceinture est occult\u00e9e&nbsp;: c\u2019est une pierre dans le jardin de la th\u00e8se de l\u2019homosexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouvera dans l\u2019\u0152uvre d\u2019Andr\u00e9 Breton d\u2019autres occurrences de ce fantasme de castration radicale li\u00e9 \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 compensatoire de s\u2019imposer comme un personnage important, une r\u00e9f\u00e9rence, mais se sachant en errance et en d\u00e9sh\u00e9rence. Une particuli\u00e8rement significative sans doute que l\u2019on trouve parmi les po\u00e8mes \u00e9crits en 1940-1943, un po\u00e8me que Breton a intitul\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Froleuse&nbsp;\u00bb&nbsp;: Breton s\u2019y repr\u00e9sente en exil\u00e9 dans un ch\u00e2teau digne d\u2019un roman noir anglais. Parmi des bustes identificatoires masculins en cire&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nb30\">30<\/a>], un buste vivant qu\u2019on peut croire \u00eatre sa propre figure atrocement tronqu\u00e9e elle aussi, mais plus atrocement puisqu\u2019il est vivant&nbsp;; une nappe unique sert \u00e0 masquer toutes les tables, emprisonnant la taille de femmes \u00ab&nbsp;fausses et vraies&nbsp;\u00bb dont le tronc et le sexe vraisemblablement absents sous cette nappe sont avantageusement ou insupportablement remplac\u00e9s, on ne sait mais on le devine, par la sublimation de l\u2019art sous la forme d\u2019une musique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Mes malles n\u2019ont plus de poids les \u00e9tiquettes sont des lueurs courant sur une mare \/ Sera-ce assez que tout pour cette contr\u00e9e o\u00f9 m\u00e8ne bien apr\u00e8s sa mise au rebut la diligence de la nuit \/ [\u2026] Ch\u00e2teau qui tremble et j\u2019en jure que vient de poser devant un \u00e9clair \/ Lieu frustr\u00e9 de tout ce qui pourrait le rendre habitable \/ Je ne vois qu\u2019\u00e9troits couloirs enchev\u00eatr\u00e9s \/ Escaliers \u00e0 vis \/ Seulement au haut de la tour de guet \/ \u00c9clate l\u2019air taill\u00e9 en rose [\u2026]&nbsp;\u00bb \u2014 On appr\u00e9ciera une fois encore le symbole phallique d\u00e9sign\u00e9 comme refuge ultime. \u2014 \u00ab&nbsp;L\u2019architecte fou de ce qui restait d\u2019espace libre \/ Semble avoir r\u00eav\u00e9 un garage pour mille tables rondes \/ \u00c0 chacune d\u2019elles sont pr\u00e9sum\u00e9s souper au caviar au champagne \/ Avec moi des bustes de cire plus beaux les uns que le autres mais parmi eux m\u00e9connaissable s\u2019est gliss\u00e9 un buste vivant \/ Bustes car il n\u2019y a qu\u2019une nappe \u00e0 reflets changeants pour toutes les tables \/ Assez lacunaire pour emprisonner la taille de toutes ces femmes fausses et vraies \/ Tout ce qui est ou manque d\u2019\u00eatre au-dessous de la nappe se d\u00e9robe dans la musique [\u2026]<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><br><strong>En guise de bilan suspensif&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On sait que le surr\u00e9alisme \u2014 c\u2019est Breton lui-m\u00eame qui l\u2019a avou\u00e9, affirm\u00e9 et revendiqu\u00e9 \u2014 n\u2019est que \u00ab&nbsp;la pointe extr\u00eame du romantisme&nbsp;\u00bb. Or, qu\u2019est-ce que le romantisme, sinon une immense lettre de r\u00e9clamation adress\u00e9e \u00e0 Dieu&nbsp;? Par essence, l\u2019\u0153uvre romantique, et par cons\u00e9quent la d\u00e9marche de l\u2019artiste romantique dont l\u2019\u0153uvre n\u2019est que l\u2019incarnation monstrueuse de substitution, \u00e0 l\u2019image de son cr\u00e9ateur, consiste, d\u00e9miurge \u00e0 \u00ab&nbsp;broyer le monde avec ses dents pour le recracher \u00e0 la face de Dieu&nbsp;\u00bb&nbsp;; l\u2019\u0153uvre romantique, corps substitutif, c\u2019est dans son essence d\u00e9miurge, satanique&nbsp;: la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 recrach\u00e9e \u00e0 la face de Dieu.<br>Les vrais fous, les seuls, sont des fous dans l\u2019ordre du rejet de la corpor\u00e9\u00eft\u00e9 et de toute sexuation, dans l\u2019ordre de la sexualit\u00e9 et l\u2019ordre de la perversion. Les autres, qui se prennent pour J\u00e9sus Christ ou pour Napol\u00e9on peuvent servir d\u2019exemple, \u00eatre p\u00e9dagogiques sans le vouloir, sans le savoir&nbsp;: on peut rendre ainsi positif, sinon pour eux et pour leurs victimes imm\u00e9diates, du moins pour les autres, tous les autres, leur parcours. Des fous sexuels, on ne tire rien comme le\u00e7ons sinon l\u2019horreur.<br>\u00ab&nbsp;Victor Hugo \u00e9tait un fou qui se prenait pour Victor Hugo&nbsp;\u00bb \u2014 pour reprendre la c\u00e9l\u00e8bre formule de Cocteau&nbsp;\u2014, et, ce fou a servi de mod\u00e8le et d\u2019exemple&nbsp;: on peut tirer de la sagesse de ses ridicules m\u00eames, de ses erreurs. De la folie de Sade, de la perversion de Breton que peut-on retirer sinon l\u2019horreur du crime et de la perversion&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>L\u2019OBJECTIVIT\u00c9 DU LECTEUR POUR PESER LA PART DU \u00ab&nbsp;HASARD&nbsp;\u00bb&nbsp;: LE PORTE-FOLIO DES DESSINS DE NADJA&nbsp;: UN BELV\u00c9D\u00c8RE PH\u00c9NOM\u00c9NOLOGIQUE<\/strong><br>Paroles, dessins et comportements de Nadja r\u00e9v\u00e8lent le vrai Andr\u00e9 Breton. L\u2019ensemble de ces documents laiss\u00e9s imprudemment par Andr\u00e9 Breton \u00e0 la sagacit\u00e9 du lecteur pour peser la part du \u00ab&nbsp;hasard&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;objectivement&nbsp;\u00bb.<br>Dessins et propos de Nadja r\u00e9v\u00e8lent un second livre qui \u00e0 terme \u00e9clipse celui de Breton.<br>Les dessins de Nadja sont objectivement le seul belv\u00e9d\u00e8re ph\u00e9nom\u00e9nologique pour observer avec un esprit d\u2019impartialit\u00e9 qui \u00e9chappe \u00e0 la s\u00e9duction d\u00e9ploy\u00e9e par Breton \u2014 efficace ou non \u2014 son texte et son projet.<br>Il est vraisemblable que de son \u00ab\u00a0aventure\u00a0\u00bb avec Nadja Breton n\u2019a retenu qu\u2019un floril\u00e8ge fort subjectif aux \u00e9l\u00e9ments au reste aussi partiellement recompos\u00e9s consciemment ou inconsciemment. L\u2019occultation de la nuit d\u2019amour dans la version d\u00e9finitive du livre qu\u2019il savait \u00eatre la version qui le repr\u00e9senterait \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 en est la preuve absolue.<br>Par la description et le commentaire, les dessins sont occult\u00e9s, voire modifi\u00e9s, les l\u00e9gendes des m\u00eames dessins sont occult\u00e9es voire modifi\u00e9es.<br>Si Nadja n\u2019est pour Breton qu\u2019un <em>freaks,<\/em> un <em>barnum<\/em> de foire, ayant des probl\u00e8mes d\u2019identit\u00e9 et n\u2019ayant pas encore bascul\u00e9 dans la folie, Nadja est plus \u00e0 m\u00eame que bien des psychiatres ou des psychanalystes de d\u00e9crypter ceux de Breton.<br>Les desssins de Nadja sont la preuve indubitable qu\u2019elle a d\u00e9masqu\u00e9 le pervers Breton&nbsp;; mais elle est suicidaire&nbsp;: ne l\u2019oublions pas.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>UNE NOUVELLE LECTURE DE <em>NADJA<\/em> ET DE L\u2019\u0152UVRE D\u2019ANDR\u00c9 BRETON&nbsp;: UNE LECTURE NOUVELLE ET CRITIQUE<\/strong><br><strong>Postulat pr\u00e9alable&nbsp;:<\/strong><br>Il n\u2019y a pas de sot d\u2019objet d\u2019\u00e9tude pour le critique.<br><strong>Autre constat&nbsp;:<\/strong><br>De nouvelles lectures de <em>Nadja<\/em> sont depuis peu possibles.<br>La critique ne s\u2019autorise \u00e0 parler de certains tabous lev\u00e9s, somme toute, que depuis peu.<br>Le discours sur la sexualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 longtemps occult\u00e9 dans l\u2019enseignement. Les surr\u00e9alistes depuis les ann\u00e9es soixante-dix ont \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement panth\u00e9onis\u00e9s (on a fait \u00e0 vrai dire beaucoup d\u2019argent sur leur dos en les panth\u00e9onisant)&nbsp;: on peut d\u00e9sormais les regarder peut-\u00eatre avec davantage de recul, comme un morceau du pass\u00e9 litt\u00e9raire qui, d\u00e9cid\u00e9ment, n\u2019a plus grand chose \u00e0 voir avec la modernit\u00e9. Les surr\u00e9alistes sont Kitsch, autant que les symbolistes dont \u00e0 bien des \u00e9gards ils sont issus, et, il serait peut-\u00eatre temps de commencer \u00e0 le dire. Andr\u00e9 Breton et ses lieutenants, Andr\u00e9 Breton et sa \u00ab\u00a0pens\u00e9e\u00a0\u00bb, sa \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb, sont aujourd\u2019hui s\u00e9rieusement dat\u00e9s, d\u2019autant que quoi qu\u2019aient pu dire les post-modernes issus du structuralisme, l\u2019Histoire n\u2019est pas morte, l\u2019Histoire n\u2019est pas finie&nbsp;: elle nous pend au nez et peut d\u00e9sormais nous \u00e9clater \u00e0 nouveau \u00e0 la figure, n\u2019importe quand.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NOUVELLE CRITIQUE DU SURR\u00c9ALISME ET DE <em>NADJA<\/em>&nbsp;? OUI&nbsp;: LE REFUS D\u2019EMPATHIE VIS \u00c0 VIS DE L\u2019HOMME ET DE L\u2019\u0152UVRE COMME POSTULAT PR\u00c9ALABLE<\/strong><br><strong>BRETON ET LE DISCOURS MORAL<\/strong><br>Breton peut-il \u00e9chapper au \u00ab\u00a0discours moral\u00a0\u00bb&nbsp;? Non, puisque le discours moral est d\u2019abord le fait de Breton. Les exemples abondent. Breton ne cesse de c\u00e9der \u00e0 la contradiction. Il chante les louanges de la pi\u00e8ce <em>Les D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>, et, il est troubl\u00e9, et, de fait, choqu\u00e9 par une femme nue, puisque l\u2019\u00c9lectric Palace, il le dit clairement est \u00ab&nbsp;un lieu de d\u00e9bauche&nbsp;\u00bb. Il se pr\u00e9tend sadien mais r\u00e9agit r\u00e9guli\u00e8rement dans son texte comme un petit bourgeois. La sc\u00e8ne dans laquelle Nadja asperge de son sang l\u2019homme qui vient de la boxer parce qu\u2019elle s\u2019est refus\u00e9e \u00e0 lui devrait l\u2019enchanter&nbsp;: elle le d\u00e9go\u00fbte.<br>Breton se montre souvent hypocrite et hyst\u00e9rique, bien souvent, il n\u2019a plus de sens critique.<br>Il montre Nadja comme Charcot montrait dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre de la Piti\u00e9 Salp\u00e9tri\u00e8re \u00e0 Paris \u2014 son <em>Barnum<\/em> \u2014 ses hyst\u00e9riques, provoquant devant un public mondain des crises qui se traduisaient \u00e0 terme par les convulsions et les poses. Nadja est ainsi par Breton exhib\u00e9e, prostitu\u00e9e, puis, comme les hyst\u00e9riques du Docteur Charcot r\u00e9int\u00e9grant leur cellule pouvaient l\u2019\u00eatre par les internes (Aragon-Breton y font allusion dans un c\u00e9l\u00e8bre article de <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste<\/em> n\u00b011, p. 20-22&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le Cinquantenaire de l\u2019hyst\u00e9rie&nbsp;\u00bb), consomm\u00e9e en priv\u00e9 par l\u2019interne Breton.<br>L\u2019autre hyst\u00e9rique, c\u2019est Breton. La question de l\u2019homosexualit\u00e9 le rend hyst\u00e9rique jusqu\u2019\u00e0 la contracture et \u00e0 la prostration.<br>Voir \u00e0 cet \u00e9gard pour s\u2019en convaincre ce qu\u2019il en dit dans <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste,<\/em> n\u00b0&nbsp;11, p. 32-40) dans l\u2019enqu\u00eate sur la sexualit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Recherches sur la sexualit\u00e9\/part d\u2019objectivit\u00e9, d\u00e9terminations individuelles, degr\u00e9 de conscience&nbsp;\u00bb.<br>Ce qui caract\u00e9rise Breton \u00e0 cet \u00e9gard, c\u2019est la paralysie. On le surprend souvent en pleine r\u00e9gression sadique anale&nbsp;; au reste, le jouet favori de Breton, c\u2019est le phallus, si l\u2019on en croit sa stup\u00e9fiante collection iconographique. Le corpus iconographique en est sous la forme de symboles psychanalytiques litt\u00e9ralement satur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LA NOUVELLE CRITIQUE DU SURR\u00c9ALISME<\/strong><br>Que les tenants et les d\u00e9fenseurs du surr\u00e9alisme historique ne racontent pas d\u2019histoire&nbsp;: la dissendence ne s\u2019est pas faite apr\u00e8s la mort de Brefon mais d\u00e8s le surr\u00e9alisme historique. On n\u2019a pas attendu la critique am\u00e9ricaine pour dire des choses cinglantes sur Breton et ses m\u00e9thodes, tr\u00e8s parano\u00efaques, mais pas du tout critiques. Parmi les critiques, Dali sera et demeure sans doute \u00e0 jamais le plus g\u00e9nial de tous.<br>Certes, on peut raisonnablement penser que placer la lecture du livre <em>Nadja<\/em> d\u2019embl\u00e9e sur le terrain moral est une erreur, mais, de fait, il ne s\u2019agit nullement de cela&nbsp;: il s\u2019agit de constater dans les faits, d\u2019essayer de comprendre pourquoi la relation d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 avec Nadja a \u00e9chou\u00e9. L\u2019homosexualit\u00e9 de Breton n\u2019est jamais, \u00e0 ce titre, qu\u2019une des composantes de cette probl\u00e9matique-constat qui sert de point de d\u00e9part \u00e0 toute la d\u00e9marche critique&nbsp;: la rencontre de Breton avec Nadja est un \u00e9chec.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>HERM\u00c9TISME DE BRETON<\/strong><br>Si certains passages de Breton sont incompr\u00e9hensibles, c\u2019est d\u00fb&nbsp;: soit \u00e0 la confusion r\u00e9elle parfois de son esprit, soit au fait qu\u2019h\u00e9ritier du symbolisme dans ses jeunes ann\u00e9es de formation il en a conserv\u00e9 \u2014 de mani\u00e8re tr\u00e8s mallarm\u00e9enne, influenc\u00e9 qu\u2019il est aussi par Val\u00e9ry \u2014 un go\u00fbt de l\u2019herm\u00e9tisme, qui d\u00e9rive ni plus ni moins du dandysme baudelairien. De m\u00eame est-il un h\u00e9ritier direct des fr\u00e9n\u00e9tiques, des boussingots et des Jeunes-France dans son d\u00e9sir de provoquer. Il n\u2019a jamais fait myst\u00e8re de cette h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 romantique, et, m\u00eame romantique allemande chez lui comme chez Nerval ou les fr\u00e9n\u00e9tiques et les Jeunes-France fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>NOUVELLES PERSPECTIVES CRITIQUES<\/strong><br>Le langage critique comme l\u2019art \u2014 car c\u2019en est un parfois \u2014 ne doit pas pr\u00e9tendre d\u00e9finir une marche \u00e0 suivre mais bien plut\u00f4t une marge \u00e0 suivre&nbsp;: dans la mesure o\u00f9 seule la marge d\u00e9finit le contour, et, qu\u2019\u00e9crire, c\u2019est plut\u00f4t circonscrire un silence vital, circonscrire son point de source&nbsp;: en bref, se taire autour avec de mots pour en r\u00e9v\u00e9ler la pr\u00e9sence.<br>Aujourd\u2019hui, \u00e9crire sur le sexe ou sur l\u2019homosexualit\u00e9 ne choque plus personne. Gr\u00e2ce aux combats militants des surr\u00e9alistes pour \u00ab&nbsp;L\u2019Union libre&nbsp;\u00bb, le sexe est entr\u00e9 dans les m\u0153urs, s\u2019est banalis\u00e9, et, quelles qu\u2019aient \u00e9t\u00e9 les r\u00e9ticences affich\u00e9es de Breton envers elle&nbsp;: l\u2019homosexualit\u00e9 a en quelque sorte b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette \u00ab\u00a0d\u00e9mocratisation\u00a0\u00bb. Aujourd\u2019hui, pour choquer, restent les derniers interdits&nbsp;: parler de la merde et de l\u2019urine, des d\u00e9jections diverses du corps humain,\u2026 parler de la mort,\u2026 ou, parler de l\u2019impuissance et de l\u2019inhibition,\u2026 dans un monde de publicit\u00e9 et de psych\u00e9s de r\u00e9clame qui pr\u00e9tend \u00e0 des fins strictement commerciales que chaque \u00eatre d\u00e9mocratiquement peut vivre dans un corps id\u00e9al sans sanies, \u00e9ternellement jeune, et qui ne va jamais mourir. On notera que ces trois objets&nbsp;: merde, mort, impuissance furent pr\u00e9monitoirement les objets favoris d\u2019Artaud et de Dali.<br>Filmant des couples et cherchant \u00e0 saisir la nature de leurs rapports d\u2019intimit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire cherchant \u00e0 pi\u00e9ger ontologiquement les nouvelles conditions auxquelles la modernit\u00e9 soumet les couples, le cin\u00e9aste italien Antonioni repr\u00e9sentera volontiers l\u2019\u00e9pouse ou l\u2019amante sur une cuvette de W.C. en train de satisfaire un besoin naturel (on retrouverait l\u00e0 quelque-part Marcel Duchamp et son urinoir baptis\u00e9 po\u00e9tiquement, parodiquement et de mani\u00e8re iconoclaste&nbsp;: \u00ab&nbsp;Fontaine&nbsp;\u00bb). Cette inscription de la conjointe ou de la partenaire dans les limites tr\u00e8s r\u00e9elles de l\u2019analit\u00e9, qui sont bien inh\u00e9rentes quoi qu\u2019on dise ou pense \u00e0 la condition humaine, c\u2019est une fa\u00e7on de l\u2019incarner plus radicale que de la montrer en train de faire l\u2019amour, l\u2019image ayant perdu depuis longtemps toute cr\u00e9dibilit\u00e9 ontologique, reli\u00e9e qu\u2019elle est au phantasme et \u00e0 l\u2019illusion. Cette vision tr\u00e8s incarn\u00e9e qui d\u00e9finit la sexuation des \u00ab\u00a0partenaires\u00a0\u00bb par le mode naturel de la d\u00e9jection sera reprise par d\u2019autres&nbsp;: elle a l\u2019avantage de r\u00e9ancrer la femme dans la corpor\u00e9it\u00e9, de rappeler que la relation sinon commence du moins passe n\u00e9cessairement par le m\u00e9dium de la corpor\u00e9it\u00e9, qui, si elle est affront\u00e9e de face devient rapidement m\u00e9dusante. Pour s\u2019en convaincre, on relira l\u2019indispensable ouvrage de Pascal Quignard <em>Le Sexe et l\u2019effroi<\/em>. Situer la sexuation par le mode de d\u00e9jection est aussi une fa\u00e7on de reposer la question cruciale, le doute gnostique&nbsp;: comment peut-on aimer en \u00e9tant contraint d\u2019exprimer son amour \u2014 soit ce qu\u2019il y a de plus \u00ab\u00a0noble\u00a0\u00bb en nous, de plus \u00ab\u00a0divin\u00a0\u00bb diront les chr\u00e9tiens \u2014 avec des \u00ab&nbsp;organes excr\u00e9mentiels&nbsp;\u00bb pour emprunter la formule \u00e0 Charles Baudelaire, Maupassant (Voir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un cas de divorce&nbsp;\u00bb) partageant avec Baudelaire cette m\u00eame hantise, m\u00eame si l\u2019un \u00e9tait totalement inhib\u00e9&nbsp;: Baudelaire, et que l\u2019autre pouvait para\u00eetre dans son \u00e9rotomanie apparemment extraverti&nbsp;: Maupassant.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 Pour pr\u00e9figurer la notion de \u00ab&nbsp;Mus\u00e9e secret&nbsp;\u00bb tel que l\u2019invoquera Malraux.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;.\u2014<em> Nadja<\/em>, p. 132-133.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 <em>Nadja<\/em>, p. 94-98, <em>passim<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 Nadja, p. 103.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh5\">5<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, Pr\u00e9face aux <em>Paradis artificiels<\/em>, d\u00e9di\u00e9s \u00ab&nbsp;\u00e0 J. G. F.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh6\">6<\/a>]&nbsp;.\u2014 Georges Sebbag, Andr\u00e9 Breton L\u2019amour-folie, Paris, 2004, \u00e9d. Jean-Michel Place.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh7\">7<\/a>]&nbsp;.\u2014 Pour emprunter le terme \u00e0 Charles Baudelaire \u00e0 propos entre autres de son jeune ami \u00c9douard Manet.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh8\">8<\/a>]&nbsp;\u2014 Qu\u2019on m\u2019autorise cet emprunt au \u00ab&nbsp;Ma\u00eetre&nbsp;\u00bb&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh9\">9<\/a>]&nbsp;.\u2014 Nadja, p. RETROUVER L\u2019OCCURRENCE.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh10\">10<\/a>]&nbsp;.\u2014 <em>Nadja<\/em>, p. 172.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh11\">11<\/a>]&nbsp;.\u2014 Charles Baudelaire, \u00ab&nbsp;Th\u00e9odore de Banville&nbsp;\u00bb, <em>R\u00e9flexions sur quelques-uns de mes contemporains<\/em>, VII.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh12\">12<\/a>]&nbsp;.\u2014 <em>Nadja<\/em>, p. 102.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh13\">13<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019h\u00e9ro\u00efne diabolique \u2014 le Diable m\u00eame en fait \u2014 dans le livre de Jacque Cazotte qui fut un des livres de chevet de Baudelaire&nbsp;: Le Diable amoureux (1772).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh14\">14<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: interview de Suzanne Musard r\u00e9alis\u00e9e par Georges Sebbag, Andr\u00e9 Breton L\u2019Amour fou, \u00e9d. Jean-Michel Place, Paris, 2004, p. 228.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh15\">15<\/a>]&nbsp;.\u2014 Son choix aussi de la filiforme Jeanne Birkin, puis de la non moins filiforme Bambou qui lui succ\u00e9da.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh16\">16<\/a>]&nbsp;.\u2014 Cf. le passage de Nadja, p. 108-109&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avec respect je baise ses tr\u00e8s jolies dents et elle alors, gravement, la seconde fois sur quelques notes plus haut que la premi\u00e8re&nbsp;: \u00ab\u00a0La communion se passe en silence\u2026 La communion se passe en silence.&nbsp;\u00bb C\u2019est, m\u2019explique-t-elle, que ce baiser la laisse sous l\u2019impression de quelque chose de sacr\u00e9, o\u00f9 ses dents \u00ab\u00a0tenaient lieu d\u2019hostie\u00a0\u00bb. \/ 8 octobre. \u2014 J\u2019ouvre, en m\u2019\u00e9veillant, une lettre d\u2019Aragon, venant d\u2019Italie et accompagnant la reproduction photographique du d\u00e9tail central d\u2019un tableau d\u2019Ucello que je ne connaissais pas. Ce tableau a pour titre&nbsp;: La Profanation de l\u2019Hostie. Vers la fin de la journ\u00e9e, qui s\u2019est pass\u00e9e sans autre incident, je me rends au bar habituel (\u00ab&nbsp;\u00c0 la Nouvelle France&nbsp;\u00bb o\u00f9 j\u2019attends vainement Nadja.&nbsp;\u00bb On conna\u00eet la suite\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh17\">17<\/a>]&nbsp;.\u2014 Baudelaire, Les Paradis artificiels.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh18\">18<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: St\u00e9phane Mallarm\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un coup de d\u00e9 jamais n\u2019abolira le hasard&nbsp;\u00bb (1897)<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh19\">19<\/a>]&nbsp;.\u2014 Certains critiques pensent que Rousseau est un affabulateur sur tout le fil de son discours \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la sexualit\u00e9 et qu\u2019il n\u2019a jamais eu de rapport sexuel. On le sait en tous les cas frapp\u00e9 d\u2019\u00e9nur\u00e9sie&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire, qu\u2019il continuait de pisser au lit&nbsp;; ce n\u2019est pas sans laisser pr\u00e9sager sur le plan psychanalytique quelque immaturit\u00e9 radicale, jamais soign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh20\">20<\/a>]&nbsp;.\u2014 On sera sensible \u00e0 ce que ce \u00ab&nbsp;caract\u00e8re organique&nbsp;\u00bb affirme, avoue comme caract\u00e8re assez clair de substitution. L\u2019\u0153uvre comme corps substitutif, la litt\u00e9rature comme corps de substitution.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh21\">21<\/a>]&nbsp;.\u2014 On constate bien ici combien la litt\u00e9rature appara\u00eet comme une activit\u00e9 d\u2019ordre sexuel, une activit\u00e9 de substitution.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh22\">22<\/a>]&nbsp;.\u2014 Jean Cocteau parle, lui, d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9rection mentale&nbsp;\u00bb, Breton \u2014 paradoxalement puisqu\u2019il le hait \u2014 file la m\u00e9taphore.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh23\">23<\/a>]&nbsp;.\u2014 M\u00eame remarque.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh24\">24<\/a>]&nbsp;.\u2014 Ici, gageons que c\u2019est Dali qui se fenderait d\u2019un commentaire&nbsp;: y trouvant une illustration de ce qu\u2019il nomme ironiquement&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019auto-sodomisation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh25\">25<\/a>]&nbsp;.\u2014 La difficult\u00e9 en critique, c\u2019est de savoir, comme Picasso dans le film de Clouzot, dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019arr\u00eate.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh26\">26<\/a>]&nbsp;.\u2014 Puisque c\u2019est bien du pigeonnier qu\u2019il donne l\u2019image et non de la \u00ab&nbsp;cahute masqu\u00e9e artificiellement de broussailles, \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois, et d\u2019o\u00f9 [il] pourrai[t], tout en [s\u2019]occupant par ailleurs \u00e0 [son] gr\u00e9, chasser au grand-duc. (\u00c9tait-il possible qu\u2019il en f\u00fbt autrement, d\u00e8s lors qu[\u2019il] voulait \u00e9crire Nadja&nbsp;?) Je repose la question&nbsp;: Breton serait-il un oiseau de proie&nbsp;? Loplop&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh27\">27<\/a>]&nbsp;.\u2014 Ses biographes nous apprennent qu\u2019il fr\u00e9quentait les \u00ab\u00a0Maisons\u00a0\u00bb pour homosexuels. Son inhibition le faisait h\u00e9siter dans la perversion entre le voyeurisme avec mise en sc\u00e8ne et le sadisme pratiqu\u00e9 sur des rats.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh28\">28<\/a>]&nbsp;.\u2014 Comme on dit&nbsp;: cruaut\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh29\">29<\/a>]&nbsp;.\u2014 On ne peut s\u2019emp\u00eacher de songer \u00e0 la m\u00e9taphore de la cristallisation du sentiment \u00e9voqu\u00e9e par Stendhal qui comparait le processus de la sublimation \u00e0 ce jeu qui consistait, dans les contr\u00e9es o\u00f9 l\u2019on pratiquait l\u2019extraction du sel, \u00e0 laisser \u00ab\u00a0infuser\u00a0\u00bb \u2014 en quelque sorte \u2014 dans l\u2019ombre d\u2019un puits de mine un rameau au bout d\u2019une ficelle pour avoir la joie apr\u00e8s quelques semaines, l\u2019\u00e9merveillement, de l\u2019en ressortir tout immacul\u00e9 et tout constell\u00e9 de cristaux.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article77.html#nh30\">30<\/a>]&nbsp;.\u2014 On retrouve l\u00e0 l\u2019original fantasmatique bretonnien des d\u00e9lires parodiques de Dali qui pars\u00e8me ses \u0153uvres de bustes ou de statues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les amateurs de Breton ayant fait exploser l\u2019audimat sur notre site \u2014 ce qui est&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-560","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-pilori-nos-exasperations"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Andr\u00e9 Breton\u00a0: Nadja, ou le r\u00e9cit d\u2019un pr\u00e9dateur\u00a0? 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