{"id":562,"date":"2007-12-02T18:25:00","date_gmt":"2007-12-02T17:25:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=562"},"modified":"2023-08-09T15:16:25","modified_gmt":"2023-08-09T13:16:25","slug":"andre-breton-nadja-ou-le-recit-dun-predateur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2007\/12\/02\/andre-breton-nadja-ou-le-recit-dun-predateur\/","title":{"rendered":"Andr\u00e9 Breton\u00a0: Nadja, ou le r\u00e9cit d\u2019un pr\u00e9dateur\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Sans doute est-il temps que Polaire s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la \u00ab\u00a0Prost\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0Pape du Surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, Andr\u00e9 Breton, pour mieux permettre de nous situer en le situant [comme dirait Debord]. \u00ab\u00a0Nadja\u00a0\u00bb est le r\u00e9cit fait par Breton d\u2019une rencontre avec une femme, rencontre que la critique pr\u00e9sente habituellement comme \u00e9tant \u00ab\u00a0supra-po\u00e9tique\u00a0\u00bb. Ne serait-ce pas plut\u00f4t-l\u00e0 le r\u00e9cit d\u2019une pr\u00e9dation cynique\u00a0? [Extrait\u00a0: un chapitre d\u2019un long ouvrage critique \u00e0 ce jour in\u00e9dit.]<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Andr\u00e9 Breton&nbsp;: <em>Nadja<\/em>,<br>ou<br>quand l\u2019<em>alter ego<\/em> f\u00e9minin de passage et l\u2019\u0153uvre qu\u2019on en fait sont psych\u00e9 de secours.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Nadja<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Breton<br>ou<br>du petit th\u00e9\u00e2tre pervers d\u2019 Andr\u00e9-L\u00e9noa Breton,<br>d\u00e9linquante textuelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je prendrai pour point de d\u00e9part l\u2019h\u00f4tel des Grands Hommes, Place du Panth\u00e9on, o\u00f9 j\u2019habitais vers 1918, et pour \u00e9tape le Manoir d\u2019Ango \u00e0 Varengeville-sur-Mer, o\u00f9 je me trouve en ao\u00fbt 1927 toujours le m\u00eame d\u00e9cid\u00e9ment, le Manoir d\u2019Ango o\u00f9 l\u2019on m\u2019a offert de me tenir, quand je voudrais ne pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9, dans une cahute masqu\u00e9e artificiellement de broussailles, \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois, et d\u2019o\u00f9 je pourrais, tout en m\u2019occupant par ailleurs \u00e0 mon gr\u00e9, chasser au grand-duc. (\u00c9tait-il possible qu\u2019il en f\u00fbt autrement, d\u00e8s lors que je voulais \u00e9crire <em>Nadja&nbsp;?<\/em> )&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>(Andr\u00e9 BRETON, <em>Nadja,<\/em> p. 24.)<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Question&nbsp;: \u00ab&nbsp;une cahute masqu\u00e9e artificiellement de broussailles, \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois&nbsp;\u00bb&nbsp;: est-ce l\u00e0 la m\u00e9taphore du dispositif d\u2019\u00e9criture, de la disposition d\u2019esprit de Breton face au monde et \u00e0 l\u2019\u00e9criture, la m\u00e9taphore psychanalytique de son belv\u00e9d\u00e8re ph\u00e9nom\u00e9nologique, en somme&nbsp;?<br>Seconde question&nbsp;: \u00ab&nbsp;une cahute masqu\u00e9e artificiellement de broussailles, \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois, et d\u2019o\u00f9 je pourrais, tout en m\u2019occupant par ailleurs \u00e0 mon gr\u00e9, chasser au grand-duc. (\u00c9tait-il possible qu\u2019il en f\u00fbt autrement, d\u00e8s lors que je voulais \u00e9crire <em>Nadja&nbsp;?<\/em> )&nbsp;\u00bb&nbsp;: Breton serait-il donc fantasmatiquement un oiseau de proie, et, la proie d\u00e9sign\u00e9e, d\u2019avance d\u00e9sign\u00e9e&nbsp;: Nadja&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera le double objet de ce livre\u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><br><strong>LE PR\u00c9AMBULE ANALOGIQUE.<br>LA PR\u00c9LIMINAIRE SUCCESSION DES ANALOGIES, QUI, SELON BRETON, ANNONCENT LA RENCONTRE AVEC NADJA&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme on le constate assez vite, en d\u00e9couvrant le livre, Nadja, le personnage \u00e9ponyme, et le journal de bord qui lui est associ\u00e9, n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 la page 71.<br>Breton fait pr\u00e9c\u00e9der cette rencontre de Nadja, d\u2019un pr\u00e9ambule syncr\u00e9tique \u00e0 pr\u00e9tention philosophique, puis d\u2019un pr\u00e9ambule analogique, d\u2019une succession d\u2019analogies qui lui paraissent annonciatrices de la fatalit\u00e9 de cette rencontre. D\u00e8s le d\u00e9part, d\u00e8s le premier contact avec les premi\u00e8res pages de l\u2019\u0153uvre, on est frapp\u00e9 par la ressemblance du projet de Breton dans <em>Nadja<\/em> avec celui de Rousseau dans <em>Les Confessions<\/em> . Il y aura \u00e0 de certains endroits comme des \u00e9chos directs du livre de Rousseau&nbsp;; t\u00e9moin cette phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Peu importe que, de-ci de-l\u00e0, une erreur ou une omission minime, voire quelque confusion ou un oubli sinc\u00e8re jettent une ombre sur ce que je raconte, sur ce qui dans son ensemble, ne saurait \u00eatre sujet \u00e0 caution. J\u2019aimerais enfin qu\u2019on ne ramen\u00e2t point de tels accidents de la pens\u00e9e \u00e0 leur injuste proportion de faits divers [\u2026].&nbsp;\u00bb (p. 24). On songe \u00e9videmment dans le prologue des <em>Confessions<\/em> \u00e0 \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai rien tu de mauvais, rien ajout\u00e9 de bon, et s\u2019il m\u2019est arriv\u00e9 d\u2019employer quelque ornement indiff\u00e9rent, ce n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 que pour remplir un vide occasionn\u00e9 par mon d\u00e9faut de m\u00e9moire&nbsp;; j\u2019ai pu supposer vrai ce que ce je savais l\u2019avoir pu \u00eatre, jamais ce que je savais \u00eatre faux.&nbsp;\u00bb<br>Apr\u00e8s un long pr\u00e9ambule assez n\u00e9buleux, dont on chercherait en vain \u00e0 dresser la recension des concepts philosophiques suppos\u00e9s l\u2019\u00e9tayer, Breton disserte de la forme de son livre, justifi\u00e9e par une esth\u00e9tique \u00ab\u00a0artiste\u00a0\u00bb dirait-on si nous \u00e9tions encore au XIXe si\u00e8cle&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je persiste \u00e0 r\u00e9clamer les noms, \u00e0 ne m\u2019int\u00e9resser qu\u2019aux livres qu\u2019on laisse battants comme des portes, et desquels on n\u2019a pas \u00e0 chercher la clef. Fort heureusement les jours de la litt\u00e9rature psychologique \u00e0 affabulation romanesque sont compt\u00e9s.&nbsp;\u00bb (p. 18) Breton, on le remarquera \u00e9gratigne au passage le genre romanesque. Breton, en effet, avait horreur du roman, parce qu\u2019en tant que pervers (ceci \u00e9tant dit sans jugement de valeur, objectivement)&nbsp;: avec le roman, c\u2019est une fiction, et, une seule, qui lui est impos\u00e9e, ce qui le prive de toute cr\u00e9ativit\u00e9 narcissique.<br>Tr\u00e8s rapidement, on voit clairement que <em>Nadja,<\/em> le livre \u2014 on d\u00e9couvrira qu\u2019il en de m\u00eame pour la femme qui lui pr\u00eate son nom, simple pr\u00eate-nom, pour son titre \u2014 n\u2019est jamais pour Breton qu\u2019un outil d\u2019introspection. Nadja, la femme r\u00e9elle, appara\u00eetra plus tard, elle aussi, comme un instrument qui va servir \u00e0 mat\u00e9rialiser une image de la psych\u00e9 bretonnienne&nbsp;; Breton, revendiquant sa puret\u00e9 (d\u2019une mani\u00e8re bien ambigu\u00eb et qui fait fr\u00e9mir), la compare \u00e0 un diamant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour moi, je continuerai \u00e0 habiter ma maison de verre, o\u00f9 l\u2019on peut voir \u00e0 tout heure qui vient me rendre visite, o\u00f9 tout ce qui est suspendu aux plafonds et aux murs tient comme par enchantement, o\u00f9 je repose la nuit sur un lit de verre aux draps de verre, o\u00f9 <em>qui je suis <\/em>m\u2019appara\u00eetra t\u00f4t ou tard grav\u00e9 au diamant.&nbsp;\u00bb (p. 18-19)<br>Par avance, Breton d\u00e9finit l\u2019objet r\u00e9el de son livre, ce qui permet de mesurer que Nadja n\u2019en sera jamais qu\u2019une illustration, relevant des \u00ab\u00a0travaux pratiques\u00a0\u00bb surr\u00e9alistes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai dessein de relater, en marge du r\u00e9cit que je vais entreprendre, que les \u00e9pisodes les plus marquants de ma vie <em>telle que je peux la concevoir hors de son plan organique,<\/em> soit dans la mesure o\u00f9 elle est livr\u00e9e aux <strong>hasards<\/strong>, au plus petit comme au plus grand, o\u00f9 regimbant contre l\u2019id\u00e9e commune que je m\u2019en fais, elle m\u2019introduit dans un monde comme d\u00e9fendu qui [p. 19] est celui des rapprochements soudains, des <strong>p\u00e9trifiantes co\u00efncidences<\/strong>, des r\u00e9flexes primant tout autre essor du mental, des accords plaqu\u00e9s comme au piano, des \u00e9clairs qui feraient voir, mais alors <em>voir,<\/em> s\u2019ils n\u2019\u00e9taient encore plus rapides que les autres. [\u2026] je me d\u00e9couvre d\u2019<strong>invraisemblables complicit\u00e9s<\/strong>, qui me convainquent de mon illusion toutes les fois que je me crois seul \u00e0 la barre du navire. [p. 20] [\u2026] <strong>faits-glissades<\/strong> [\u2026] <strong>faits-pr\u00e9cipices<\/strong> [p. 21] [\u2026]. <strong>sensations \u00e9lectives<\/strong> [\u2026] dont la part d\u2019incommunicabilit\u00e9 m\u00eame est source de plaisirs in\u00e9galables. \/ Qu\u2019on n\u2019attende pas de moi le compte global de ce qu\u2019il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019\u00e9prouver dans ce domaine. Je me bornerai ici \u00e0 me souvenir sans effort de ce qui, ne r\u00e9pondant \u00e0 aucune d\u00e9marche de ma part, m\u2019est quelquefois advenu, de ce qui me donne, m\u2019arrivant par des voies insoup\u00e7onnables, la mesure de la <strong>gr\u00e2ce<\/strong> ou de la <strong>disgr\u00e2ce<\/strong> particuli\u00e8res dont je suis l\u2019objet&nbsp;; j\u2019en parlerai sans ordre pr\u00e9\u00e9tabli, et selon le [p. 22] caprice de l\u2019heure qui laisse surnager ce qui surnage.&nbsp;\u00bb (p. 19-24, <em>passim.<\/em> )<br>Tr\u00e8s rapidement, on d\u00e9couvre, dans l\u2019\u0153uvre, l\u2019aveu d\u2019une omnipr\u00e9sence de sensations phobiques chez l\u2019auteur, d\u2019hallucinations. Il a beau, par avance, se d\u00e9fendre sur leur nature&nbsp;: sa r\u00e9action de col\u00e8re, prospective, devan\u00e7ant la r\u00e9action du lecteur et la pr\u00e9voyant, rajoute au caract\u00e8re pathologique de son rapport au monde, au r\u00e9el. On voudra bien se souvenir que pour Freud \u2014 comme pour le docteur Ferdi\u00e8re, m\u00e9decin d\u2019Antonin Artaud qui avait fr\u00e9quent\u00e9 les surr\u00e9alistes \u2014 les surr\u00e9alistes \u00e9taient pour la plupart \u00ab\u00a0cliniquement fous\u00a0\u00bb, ce qui constituait \u00e0 bien des \u00e9gards le fond m\u00eame de leur g\u00e9nie. C\u2019est ainsi que Ferdi\u00e8re l\u2019envisageait. Pour Freud, ce diagnostic de folie \u00e9tait beaucoup plus sec, moins nuanc\u00e9. Les surr\u00e9alistes l\u2019aga\u00e7aient prodigieusement. Breton s\u2019est bien rendu compte de cette r\u00e9ticence de la part du ma\u00eetre viennois&nbsp;; sa rencontre avec Freud tel qu\u2019il la relate dans <em>Les Pas perdus<\/em> [livre dont il pr\u00eate un exemplaire \u00e0 Nadja, qu\u2019on veuille bien s\u2019en souvenir, avec un exemplaire du <em>Premier Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em> aussi accompagn\u00e9 de \u00ab&nbsp;Poison soluble&nbsp;\u00bb] montre bien la d\u00e9ception de Breton&nbsp;; l\u2019article s\u2019intitule avec d\u00e9rision \u00ab&nbsp;Interview du professeur Freud&nbsp;\u00bb&nbsp;:<br>\u00ab&nbsp;Aux jeunes gens et aux esprits romanesques qui, parce que la mode est cet hiver \u00e0 la psycho-analyse, ont besoin de se figurer une des agences les plus prosp\u00e8res du rastaquou\u00e8risme moderne, le cabinet du professeur Freud avec des appareils \u00e0 transformer les lapins en chapeaux et le d\u00e9terminisme bleu pour tout buvard, je ne suis pas f\u00e2ch\u00e9 d\u2019apprendre que le plus grand psychologue de ce temps habite une maison de m\u00e9diocre apparence dans un quartier perdu de Vienne. \u00ab\u00a0Cher Monsieur, m\u2019avait-il \u00e9crit, n\u2019ayant que tr\u00e8s peu de temps libre dans ces jours, je vous prie de venir me voir ce Lundi (demain 10) \u00e0 3 heures d\u2019apr\u00e8s-midi dans ma consultation. Votre tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9, Freud.\u00a0\u00bb \/ Une modeste plaque \u00e0 l\u2019entr\u00e9e&nbsp;: Pr. Freud, 2-4, une servante qui n\u2019est pas sp\u00e9cialement jolie, un salon d\u2019attente aux murs d\u00e9cor\u00e9s de quatre gravures faiblement all\u00e9goriques&nbsp;: l\u2019Eau, le Feu, la Terre et l\u2019Air, et d\u2019une photographie repr\u00e9sentant le ma\u00eetre au milieu de ses collaborateurs, une dizaine de consultants de la sorte la plus vulgaire, une seule fois, apr\u00e8s le coup de sonnette, quelques cris \u00e0 la cantonade&nbsp;: pas de quoi alimenter le plus infime reportage. Cela jusqu\u2019\u00e0 ce que la fameuse porte capitonn\u00e9e s\u2019entrouvre pour moi. Je me trouve en pr\u00e9sence d\u2019un petit vieillard sans allure, qui re\u00e7oit dans son pauvre cabinet de m\u00e9decin de quartier. Ah&nbsp;! il n\u2019aime pas beaucoup la France, rest\u00e9e seule indiff\u00e9rente \u00e0 ses travaux. Il me montre cependant avec fiert\u00e9 une brochure qui vient de para\u00eetre \u00e0 Gen\u00e8ve et n\u2019est autre chose que la premi\u00e8re traduction fran\u00e7aise de cinq de ses le\u00e7ons. J\u2019essaie de le faire parler en jetant dans la conversation les noms de Charcot, de Babinski, mais, soit que je fasse appel \u00e0 des souvenirs trop lointains, soit qu\u2019il se tienne avec un inconnu sur un pied de r\u00e9ticence prudente, je ne tire de lui que des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s comme&nbsp;: \u00ab\u00a0Votre lettre, la plus touchante que j\u2019aie re\u00e7ue de ma vie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Heureusement, nous comptons beaucoup sur la jeunesse.\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb<br>La d\u00e9ception de Breton \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Freud se lit encore dans <em>Nadja<\/em> de mani\u00e8re plus perceptible encore, plus explicite. Il n\u2019en faut pour preuve que ce passage o\u00f9 se marque assez clairement une distanciation exasp\u00e9r\u00e9e et crisp\u00e9e qui n\u2019est rien moins que la mat\u00e9rialisation et la cons\u00e9quence de la d\u00e9ception \u00e9prouv\u00e9e par Breton de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 reconnu comme \u00ab&nbsp;Grand Homme&nbsp;\u00bb par le grand ma\u00eetre viennois, qui ne l\u2019a re\u00e7u que comme un coll\u00e9gien flagorneur d\u00e9sireux d\u2019obtenir en retour des \u00e9loges sur ses pr\u00e9tentions de potache et un farceur&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019aimerais [\u2026] qu\u2019on ne ramen\u00e2t point de tels accidents de la pens\u00e9e, \u00e0 leur <em>injuste<\/em> proportion de faits divers et que si je dis, par exemple, qu\u2019 [p. 25] \u00e0 Paris la statue d\u2019\u00c9tienne Dolet, place Maubert, m\u2019a toujours tout ensemble attir\u00e9 et caus\u00e9 un insupportable malaise, on n\u2019en d\u00e9duis\u00eet pas imm\u00e9diatement que je suis, en tout et pour tout, justiciable de la psychanalyse, m\u00e9thode que j\u2019estime et dont je pense qu\u2019elle ne vise \u00e0 rien moins qu\u2019\u00e0 expulser l\u2019homme de lui-m\u00eame, et dont j\u2019attends d\u2019autres exploits que des exploits d\u2019huissier. Je m\u2019assure, d\u2019ailleurs, qu\u2019elle n\u2019est pas en \u00e9tat de s\u2019attaquer \u00e0 de tels ph\u00e9nom\u00e8nes, comme, en d\u00e9pit de ses grands m\u00e9rites, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 lui faire trop d\u2019honneur que d\u2019admettre qu\u2019elle \u00e9puise le probl\u00e8me du r\u00eave ou qu\u2019elle n\u2019occasionne pas simplement de nouveaux manquements d\u2019actes \u00e0 partir de son explication des actes manqu\u00e9s. J\u2019en arrive \u00e0 ma propre exp\u00e9rience, \u00e0 ce qui est pour moi sur moi-m\u00eame un sujet \u00e0 peine intermittent de m\u00e9ditations et de r\u00eaveries.&nbsp;\u00bb (p. 25-26)<br>Suit, la narration de la rencontre fortuite avec Eug\u00e8ne Grindel, dit Paul \u00c9luard, lors de la premi\u00e8re de <em>Couleur du temps<\/em> d\u2019Apollinaire, au Conservatoire Ren\u00e9 Maubel. \u00c0 l\u2019entracte, Breton bavarde avec Picasso au balcon, un jeune homme s\u2019approche, c\u2019est le futur Paul \u00c9luard&nbsp;: \u00ab&nbsp;il m\u2019avait pris [dit Breton] pour un de ses amis, tenu pour mort \u00e0 la guerre.&nbsp;\u00bb (p. 29) De cette \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb surr\u00e9aliste, on mesure soudain l\u2019origine&nbsp;: le traumatisme de la guerre. Traumatisme dont est n\u00e9 Dada. Dada accouchant \u00e0 terme du surr\u00e9alisme, monstre s\u00e9duisant et plus mobile, r\u00eavant r\u00e9volution radicale, mutation de l\u2019\u00eatre, lib\u00e9ration de l\u2019humanit\u00e9, mais selon des r\u00e8gles assez despotiques, comme Dali aura l\u2019occasion de nous le rappeler plus loin dans ce polycopi\u00e9. \u00ab&nbsp;La seule diff\u00e9rence entre moi et un fou&nbsp;\u00bb dira Dali, \u00ab&nbsp;c\u2019est que je ne suis pas fou&nbsp;\u00bb&nbsp;; sous-entendu, les surr\u00e9alistes inf\u00e9od\u00e9s \u00e0 Breton et au groupe, eux, en bloc, l\u2019\u00e9taient.<br>Narcissisme, disions-nous&nbsp;? Une preuve vient bient\u00f4t s\u2019ajouter au prologue, au pr\u00e9ambule satur\u00e9 d\u2019indices de personne \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier. Un des buts de Breton, avec Soupault, tout un dimanche&nbsp;: rechercher, sur les devantures des \u00ab&nbsp;boutiques qu\u2019ils servent \u00e0 d\u00e9signer&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;les mots BOIS-CHARBONS qui s\u2019\u00e9talent \u00e0 la derni\u00e8re page des Champs magn\u00e9tiques&nbsp;\u00bb\u2026&nbsp;: \u00ab&nbsp;exercer un talent bizarre de prospection&nbsp;\u00bb. (p. 29) De mani\u00e8re probante, il nous renseigne alors au passage sur son mode de fonctionnement psychique&nbsp;: il est avant tout visuel&nbsp;: ce qui explique d\u00e9j\u00e0 en partie la pr\u00e9sence de photographies dans l\u2019ouvrage, ponctuant tout le texte&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9tais averti, guid\u00e9, non par l\u2019image hallucinatoire des mots en question, mais bien par celle d\u2019un des ces rondeaux de bois qui se pr\u00e9sentent en coupe, peints sommairement par petits tas sur la fa\u00e7ade, de part et d\u2019autre de l\u2019entr\u00e9e, et de couleur uniforme avec un secteur plus sombre. Rentr\u00e9 chez moi, cette image continua \u00e0 me poursuivre. Un air de chevaux de bois, qui venait du carrefour M\u00e9dicis, me fit l\u2019effet d\u2019\u00eatre encore cette b\u00fbche. Et, de ma fen\u00eatre, aussi, le cr\u00e2ne de Jean-Jacques Rousseau, dont la statue m\u2019apparaissait de dos \u00e0 deux ou trois \u00e9tages au-dessous de moi. Je reculai pr\u00e9cipitamment, pris de peur.&nbsp;\u00bb On aura donc not\u00e9 ce point capital&nbsp;: Breton est avant tout un visuel. Ce qui explique, on l\u2019a dit, l\u2019importance des dessins de Nadja, m\u00eame s\u2019il ne les d\u00e9crypte pas. Cette pr\u00e9sence, jusqu\u2019\u00e0 la saturation, des illustrations&nbsp;: des photographies ou des reproductions de tableaux ou de dessins en contrepoint du texte, marquent sans doute aussi la tendance f\u00e9tichiste, ic\u00f4nolatre qui caract\u00e9rise Breton, laquelle fait que Nadja devra \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e peut-\u00eatre comme une ic\u00f4ne parmi d\u2019autres dans le dispositif mental, dans la mise en sc\u00e8ne perverse du livre. Le dessin, la photographie n\u2019auraient ainsi, inconsciemment pour Breton, pas de valeur en soi, de valeur ontologique, mais une valeur par rapport \u00e0 un ensemble dont la disposition, seule importe. En quelque sorte, ils seraient les \u00e9l\u00e9ments de ce qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019art conceptuel on appelle \u00ab&nbsp;une installation&nbsp;\u00bb, les surr\u00e9alistes ayant \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 en proposer au public lors de leurs grandes exposition&nbsp;; Dali avec ses mannequins, par exemple, ou son taxi pluvieux, ayant excell\u00e9 dans le genre.<br>Dans la suite du pr\u00e9ambule analogique qui fait suite lui-m\u00eame \u2014 on l\u2019a dit d\u00e9j\u00e0 \u2014 au pr\u00e9ambule philosophico-syncr\u00e9tique, on passe de Soupault \u00e0 P\u00e9ret. Un constat s\u2019impose&nbsp;: beaucoup d\u2019hommes, beaucoup d\u2019amis de c\u0153ur d\u00e9filent dans le propos de Breton, sont \u00e9voqu\u00e9es, avant qu\u2019il n\u2019aborde son sujet suppos\u00e9, avant qu\u2019il ne parle de la femme suppos\u00e9e \u00eatre l\u2019objet de son livre&nbsp;: Nadja, l\u2019h\u00e9ro\u00efne \u00e9ponyme. \u00ab&nbsp;Nantes. P\u00e9ret.&nbsp;\u00bb (p. 32-33) Nantes, c\u2019est la ville o\u00f9 Jacques Vach\u00e9 est mort. Nantes, c\u2019est la ville mausol\u00e9e du g\u00e9nie Vach\u00e9, Horst Wessel du surr\u00e9alisme, martyr canonis\u00e9 ind\u00e9finiment invoqu\u00e9 comme recours, comme argument d\u2019autorit\u00e9 par Breton au fil de l\u2019histoire du mouvement, et, encore, lorsque le mouvement se survivra \u00e0 lui-m\u00eame apr\u00e8s guerre, jusqu\u2019en 1966, jusqu\u2019\u00e0 la mort de Breton. Nantes, dans l\u2019inconscient ou dans l\u2019esprit de Breton associe ainsi P\u00e9ret \u00e0 Vach\u00e9, fait de P\u00e9ret pour Breton une sorte de r\u00e9surgence de Jacques Vach\u00e9, m\u00eame si Breton le tait, du moins se le tait \u00e0 soi-m\u00eame. Breton d\u00e9clare \u00e0 propos de Nantes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nantes&nbsp;: peut-\u00eatre avec Paris la seule ville de France o\u00f9 j\u2019ai l\u2019impression que peut m\u2019arriver quelque chose qui en vaut la peine, o\u00f9 certains regards br\u00fblent pour eux-m\u00eames de trop de feux (je l\u2019ai constat\u00e9 encore l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, le temps de traverser Nantes en automobile et de voir cette femme, une ouvri\u00e8re, je crois, qu\u2019accompagnait un homme, et qui a lev\u00e9 les yeux&nbsp;: j\u2019aurais d\u00fb m\u2019arr\u00eater), o\u00f9 pour moi la cadence de la vie n\u2019est pas la m\u00eame qu\u2019ailleurs, o\u00f9 un esprit d\u2019aventure au-del\u00e0 de toutes les aventures habite encore certains \u00eatres [\u2026].&nbsp;\u00bb (p. 33) Cette ouvri\u00e8re laisse pr\u00e9sager que Nadja ne sera jamais, elle aussi, qu\u2019une image de la psych\u00e9 bretonnienne projet\u00e9e au \u00ab&nbsp;hasard&nbsp;\u00bb, objectivement, au passage.<br>\u00c0 nouveau, on retourne aux amis de c\u0153ur. \u00c0 ces amis, pour lesquels Breton (comme Baudelaire) \u00e9prouvait des \u00ab&nbsp;amiti\u00e9s-passions&nbsp;\u00bb. Toute cette galerie d\u2019hommes, qu\u2019il fait d\u00e9filer comme une g\u00e9n\u00e9alogie prospective du surr\u00e9alisme en instance de panth\u00e9onisation \u00e0 plus ou moins long terme, est cens\u00e9e annoncer une femme, on voudra bien le noter. Apr\u00e8s P\u00e9ret de Nantes, comme un magn\u00e9tiseur, Breton fait appara\u00eetre la figure de Robert Desnos, cette fois, associ\u00e9 \u00e0 Marcel Duchamp. \u00ab&nbsp;Robert Desnos [\u2026] l\u2019\u00e9poque des sommeils. [\u2026] Marcel Duchamp qu\u2019il n\u2019a jamais vu dans la r\u00e9alit\u00e9. Ce qui passait de Duchamp pour le plus inimitable \u00e0 travers quelques myst\u00e9rieux \u00ab&nbsp;jeux de mots&nbsp;\u00bb (Rrose S\u00e9lavy) se retrouve chez Desnos dans toute sa puret\u00e9 et prend soudain une extraordinaire ampleur. [\u2026] [p. 35] \u00e9quations po\u00e9tiques, [\u2026] valeur absolue d\u2019oracle [\u2026].&nbsp;\u00bb (p. 35-36).<br>\u00c0 Nadja, tout \u00e0 l\u2019heure, ne sera que pr\u00eat\u00e9e cette \u00ab&nbsp;valeur absolue d\u2019oracle&nbsp;\u00bb&nbsp;: il lui faudra singer la surr\u00e9alit\u00e9, pour continuer \u00e0 \u00eatre int\u00e9ressante aux yeux de Breton. On surprendra souvent Breton en flagrant d\u00e9lit de nombrilisme. On surprendra souvent Nadja en flagrant d\u00e9lit, elle, de mystification, donnant \u00e0 Breton la surr\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il exige, pour tenter de l\u2019attacher \u00e0 elle, de le s\u00e9duire\u2026 (en vain). Comme pour marquer combien Breton, inconsciemment est conscient \u2014 ne reculons pas devant le paradoxe ou l\u2019alliance de mots \u2014 de sa facult\u00e9 narcissique de projection de son <em>ego<\/em> sur tout ce qui l\u2019entoure, cette nouvelle analogie li\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment au cin\u00e9ma&nbsp;: \u00ab&nbsp;boulevard Bonne-Nouvelle [\u2026] mes pas me portent, [Il \u00e9voque alors un spectacle cin\u00e9matographique qui l\u2019a fascin\u00e9, dans lequel] un chinois, qui avait trouv\u00e9 je ne sais quel moyen de se multiplier, envahissait New York \u00e0 lui seul, \u00e0 quelques millions d\u2019exemplaires de lui seul. [\u2026] <em>L\u2019\u00c9treinte de la Pieuvre.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 38) En peuplant la ville de Nantes ou la ville de Paris de ses fantasmes, Breton n\u2019agit-il pas de m\u00eame, en se multipliant&nbsp;? On notera au passage que selon les crit\u00e8res de la psychiatrie ce chinois serait une m\u00e9taphore lumineuse du syndrome de la schizophr\u00e9nie \u00e0 personnalit\u00e9s multiples et prolif\u00e9rantes, maladie par le biais de laquelle la veritable personnalit\u00e9 du patient se \u00ab&nbsp;vaporise&nbsp;\u00bb, pour emprunter le mot au transcendentaliste am\u00e9ricain \u00c9merson (<em>The Conduct of life,<\/em> 1862) et \u00e0 Baudelaire qui en a fait en quelque sorte l\u2019exergue de son projet autobiographique&nbsp;: <em>Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;De la vaporisation et de la centralisation du <em>Moi.<\/em> Tout est l\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb<br>Suit l\u2019exaltation narcissique du go\u00fbt de la provocation et de la pose dandy&nbsp;: l\u2019\u00e9vocation de \u00ab&nbsp;Jacques Vach\u00e9 [encore un homme&nbsp;!\u2026], \u00e0 l\u2019orchestre de l\u2019ancienne salle des \u00ab\u00a0Folies-Dramatiques\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb (p. 40), entendons de Jacques Vach\u00e9, accompagn\u00e9 de Breton, l\u2019imitant, et s\u2019amusant \u00e0 effarer \u00ab\u00a0le bourgeois\u00a0\u00bb, sonne dans le texte comme une apoth\u00e9ose. L\u2019\u00e9vocation des autres amis n\u2019\u00e9taient qu\u2019une variation&nbsp;: Vach\u00e9 constitue le th\u00e8me majeur&nbsp;: c\u2019est lui qui est le ma\u00eetre, la mesure de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;; c\u2019est lui qui \u00e0 \u00ab\u00a0appris [\u00e0 Breton] la musique\u00a0\u00bb, lui a donn\u00e9 la cadence. La relation Breton-Vach\u00e9 fonctionne sur le mode de la domination. Breton ayant \u00e9t\u00e9 domin\u00e9 par Vach\u00e9, Breton, de droit, croit-il, cherchera \u00e0 dominer les autres membres du groupe. Il se voudra l\u2019orchestrateur seul patent\u00e9, le seul metteur en sc\u00e8ne fond\u00e9 de cet \u00ab&nbsp;op\u00e9ra&nbsp;\u00bb sens\u00e9 \u00eatre \u00ab&nbsp;fabuleux&nbsp;\u00bb que se voulait \u00eatre le surr\u00e9alisme. Il n\u2019a recrut\u00e9 des musiciens et des chanteurs, des d\u00e9corateurs, que pour jouer sa partition&nbsp;: un requiem-ballet-oratorio d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Jacques Vach\u00e9, comme les Essais de Montaigne peuvent \u00eatre lus comme un \u00ab&nbsp;Tombeau de Monsieur de La Bo\u00e9tie&nbsp;\u00bb.<br>Peut-\u00eatre l\u2019\u00e9vocation suivante, li\u00e9e elle aussi \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre et non plus \u00e0 un cin\u00e9ma, \u2014 li\u00e9e donc encore \u00e0 un lieu de spectacle&nbsp;: th\u00e9\u00e2tre des illusions \u2014 serait-elle reconnue par Sandor Ferrenczi (auteur de <em>Thalassa<\/em> en 1924, le grand sp\u00e9cialiste de la r\u00e9gression intra-ut\u00e9rine) comme \u00e9tant un fantasme de retour intra-ut\u00e9rin, d\u2019invagination, en somme. Breton \u00e9voque en effet \u00ab&nbsp;Le \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre Moderne\u00a0\u00bb, situ\u00e9 au fond du passage de l\u2019Op\u00e9ra aujourd\u2019hui d\u00e9truit, [\u2026] grandes glaces us\u00e9es, d\u00e9cor\u00e9es [\u2026] des rats [\u2026] [p. 43]&nbsp;\u00bb dans son aspect g\u00e9n\u00e9ral, mais surtout \u00ab&nbsp;le \u00ab\u00a0bar\u00a0\u00bb du premier \u00e9tage, si sombre [\u2026], \u00ab\u00a0un salon au fond d\u2019un lac\u00a0\u00bb.&nbsp;\u00bb (p. 43-44, <em>passim<\/em> )<br>Puis, l\u2019on passe de l\u2019\u00e9vocation de lieu de spectacle, o\u00f9 de lieux o\u00f9 l\u2019on se donne en spectacle, \u00e0 un autre type de spectacle&nbsp;: un fantasme et un aveu \u00e0 la fois des plus int\u00e9ressants, soulign\u00e9s pr\u00e9ventivement (une nouvelle fois) par une col\u00e8re hyst\u00e9rique \u00e0 la Baudelaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai toujours incroyablement souhait\u00e9 de rencontrer la nuit, dans un bois, une femme belle et nue, ou plut\u00f4t, un tel souhait une fois exprim\u00e9 ne signifiant plus rien, je regrette incroyablement de ne pas l\u2019avoir rencontr\u00e9e. Supposer une telle rencontre n\u2019est pas si d\u00e9lirant, somme toute [p. 44]&nbsp;: il se pourrait. Il me semble que tout se f\u00fbt arr\u00eat\u00e9 net, ah&nbsp;! je n\u2019en serais pas \u00e0 \u00e9crire ce que j\u2019\u00e9cris.&nbsp;\u00bb Si l\u2019on peut faire ce genre de rencontre dans les l\u00e9gendes qui mettent en sc\u00e8ne des f\u00e9es-amantes, comme M\u00e9lusine, on peut faire aussi, plus prosa\u00efquement ce genre de rencontre au Bois de Boulogne \u00e0 Paris, avec une prostitu\u00e9e, qui montre au passant, entrouvrant son manteau, la marchandise. Quel aveu sur le r\u00f4le de l\u2019\u00e9criture dans sa vie, qui n\u2019appara\u00eet d\u00e8s lors tout au plus que comme une activit\u00e9 de substitution \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sexuelle&nbsp;: il ram\u00e8ne donc l\u2019\u00e9criture \u00e0 une pratique onaniste. \u00ab&nbsp;J\u2019adore cette situation qui est, entre toutes, celle o\u00f9 il est probable que j\u2019eusse le plus manqu\u00e9 de pr\u00e9sence d\u2019esprit. Je n\u2019aurai m\u00eame pas eu, je crois, celle de fuir. (Ceux qui rient de cette derni\u00e8re phrase sont des porcs.)&nbsp;\u00bb Breton s\u2019imagine donc fuyant naturellement devant une \u00ab&nbsp;femme nue&nbsp;\u00bb&nbsp;? Tiens. Pourquoi&nbsp;? Il poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 la fin d\u2019un apr\u00e8s-midi, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, aux galeries de c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00a0\u00bb\u00c9lectric-Palace\u00a0\u00bb, une femme nue, qui ne devait avoir eu \u00e0 se d\u00e9faire que d\u2019un manteau, allait bien d\u2019un rang \u00e0 l\u2019autre, tr\u00e8s blanche. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bouleversant. Loin, malheureusement, d\u2019\u00eatre assez extraordinaire, ce coin de l\u2019\u00a0\u00bb\u00c9lectric\u00a0\u00bb \u00e9tant un lieu de d\u00e9bauche sans int\u00e9r\u00eat.&nbsp;\u00bb (p. 44-45)<br>Un an apr\u00e8s, et il s\u2019en souvient encore. On en d\u00e9duira ce qu\u2019on voudra sur l\u2019\u00e9panouissement que devait conna\u00eetre Breton dans sa vie priv\u00e9e. Cela laisse r\u00eaveur, quand m\u00eame.<br>(Apr\u00e8s cette \u00e9vocation de la femme nue de l\u2019\u00ab&nbsp;\u00c9lectric Palace&nbsp;\u00bb, il poursuit&nbsp;\ud83d\ude42 \u00ab&nbsp;Mais, pour moi, descendre vraiment dans les bas-fonds de l\u2019esprit, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est plus question que la nuit tombe et se rel\u00e8ve (c\u2019est donc le jour&nbsp;?) c\u2019est revenir rue Fontaine, au \u00ab&nbsp;Th\u00e9\u00e2tre des Deux-Masques&nbsp;\u00bb qui depuis lors a fait place \u00e0 un cabaret. [p. 45] [\u2026] Je ne tarderai pas davantage \u00e0 dire l\u2019admiration sans borne que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9e pour <em>Les D\u00e9traqu\u00e9es,<\/em> qui reste et restera longtemps la seule \u0153uvre dramatique (j\u2019entends&nbsp;: faite uniquement pour la sc\u00e8ne) dont je veuille me souvenir. [\u2026]&nbsp;\u00bb<br>Nous restons d\u00e9cid\u00e9ment dans l\u2019id\u00e9e de spectacle. Breton, visuel, on l\u2019a dit, serait-il naturellement voyeur&nbsp;? Il semble que la notion de spectacle l\u2019obs\u00e8de en tous les cas. On passe tout naturellement de l\u2019\u00e9vocation du fantasme de la femme nue dans la for\u00eat, du souvenir de la femme nue de \u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9lectric Palace&nbsp;\u00bb \u00e0 celle de la pi\u00e8ce <em>Les D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>&nbsp;: une pi\u00e8ce dans le genre \u00ab&nbsp;Grand-Guignol&nbsp;\u00bb [Voir&nbsp;: p. 46] pour le moins symbolique de l\u2019univers mental de Breton, c\u2019est-\u00e0-dire assez trouble aussi. Faut-il lire l\u2019ensemble de la succession des spectacles&nbsp;: <em>L\u2019\u00c9treinte de la pieuvre<\/em>, la femme nue dans la for\u00eat, la femme nue de l\u2019\u00c9lectric Palace, <em>Les D\u00e9traqu\u00e9es<\/em>, comme une gradation croissante dans l\u2019aveu de la pulsion sadique chez Breton. C\u2019est bien possible, lorsqu\u2019on lit la suite, on peut s\u2019en convaincre&nbsp;:<br>\u00ab&nbsp;[\u2026] pour moi, descendre vraiment dans les bas-fond de l\u2019esprit, l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est plus question que la nuit tombe et se rel\u00e8ve (c\u2019est donc le jour&nbsp;?) c\u2019est revenir rue Fontaine&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nb1\">1<\/a>], au \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre des Deux-Masques\u00a0\u00bb qui depuis lors a fait place \u00e0 un cabaret. Bravant mon peu de go\u00fbt pour les planches, j\u2019y suis all\u00e9 jadis, sur la foi que la pi\u00e8ce qu\u2019on y jouait ne pouvait \u00eatre mauvaise, tant la critique se montrait [p. 45] acharn\u00e9e contre elle, allant jusqu\u2019\u00e0 en r\u00e9clamer l\u2019interdiction. [\u2026] L\u2019action a pour cadre une institution de jeune filles&nbsp;: le rideau se l\u00e8ve sur le cabinet de la directrice. Cette personne blonde, d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, d\u2019allure imposante, est seule et manifeste une grande nervosit\u00e9. On est \u00e0 la veille des vacances et elle attend avec anxi\u00e9t\u00e9 l\u2019arri- [p. 46] v\u00e9e de quelqu\u2019un&nbsp;: \u00ab\u00a0Et Solange qui devrait \u00eatre l\u00e0\u2026\u00a0\u00bb [\u2026]&nbsp;\u00bb L\u00e0 dessus, rajoutons un \u00ab&nbsp;jardinier h\u00e9b\u00e9t\u00e9, qui hoche la t\u00eate et s\u2019exprime d\u2019une mani\u00e8re intol\u00e9rable, avec d\u2019immenses retards de compr\u00e9hension et des vices de prononciation, le jardinier du pensionnat, [\u2026] \u00e2nonnant des paroles vagues et ne semblant pas disposer \u00e0 s\u2019en aller.&nbsp;\u00bb Une dame \u00e2g\u00e9e se fait introduire&nbsp;: \u00ab&nbsp;elle a re\u00e7u de sa petite-fille une lettre assez confuse, mais la suppliant de venir au plus vite la chercher.&nbsp;\u00bb [p. 47] C\u2019est la fin de l\u2019ann\u00e9e, juste avant les vacances, dit la Directrice&nbsp;: \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, rien que de normal&nbsp;: \u00ab&nbsp;les enfants sont toujours un peu nerveuses. Il n\u2019y a, d\u2019ailleurs, qu\u2019\u00e0 appeler la petite pour lui demander si elle a \u00e0 se plaindre de quelqu\u2019un ou de quelque chose. La voici. Elle embrasse sa grand-m\u00e8re. Bient\u00f4t on voit que ses yeux ne pourront plus se d\u00e9tourner de celle qui l\u2019interroge. Elle se borne \u00e0 quelques gestes de d\u00e9n\u00e9gation. [\u2026] On sent qu\u2019elle n\u2019ose parler. Elle restera. L\u2019enfant se retire, soumise.&nbsp;\u00bb [p. 48]<br>On sent donc clairement \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 la fois une histoire d\u2019homosexualit\u00e9 f\u00e9minine et de p\u00e9dophilie, laquelle enchante Breton. La p\u00e9dophilie n\u2019est jamais, semble-t-il, pour la Directrice, qu\u2019une activit\u00e9 de substitution, un jeu pervers. Voici l\u2019obscur objet de son d\u00e9sir bient\u00f4t formul\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enfin, le bruit d\u2019une voiture\u2026 Le visage [de la Directrice] qu\u2019on observait s\u2019\u00e9claire. Devant l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Une femme adorable entre sans frapper [adorable pour et par Breton]. C\u2019est elle. Elle repousse l\u00e9g\u00e8rement les bras qui la serrent. Brune, ch\u00e2tain, je ne sais [Breton semble avoir eu une pr\u00e9dilection plut\u00f4t pour les brunes]. Jeune. Des yeux splendides, [p. 48] o\u00f9 il y a de la langueur, du d\u00e9sespoir, de la finesse, de la cruaut\u00e9.&nbsp;\u00bb Une h\u00e9ro\u00efne sadienne, ou, plus exactement Sade, en femme&nbsp;? \u00ab&nbsp;Mince, tr\u00e8s sobrement v\u00eatue, une robe de couleur fonc\u00e9e, des bas de soie noire. Et ce rien de \u00ab\u00a0d\u00e9class\u00e9\u00a0\u00bb que nous aimons tant.&nbsp;\u00bb Breton est coutumier de ce pluriel de majest\u00e9 dont il use et abuse, ce qui n\u2019est pas sans n\u00e9cessiter une interpr\u00e9tation&nbsp;: celle de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un moi qui a du mal \u00e0 se d\u00e9finir, \u00e0 se fixer, et, qui, dans cette mesure a tendance \u00e0 s\u2019imposer \u00e0 autrui de mani\u00e8re perverse et dictatoriale.<br>La visiteuse qui fascine Breton et dans laquelle il se projette avec toute la force de son fantasme est en quelque sorte \u00e9ponyme plus que la Directrice du titre de la pi\u00e8ce. \u00ab&nbsp;On ne dit pas ce qu\u2019elle vient faire, elle s\u2019excuse d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 retenue. Sa grande froideur apparente contraste autant qu\u2019il est possible avec la r\u00e9ception qu\u2019on lui fait [Cette distance est sans doute d\u00fbe \u00e0 l\u2019usage de la drogue, laquelle provoque \u00e0 terme ce que Jean Cocteau appelait&nbsp;: une \u00ab&nbsp;vitrification des sentiments&nbsp;\u00bb]. Elle parle, avec une indiff\u00e9rence qui a l\u2019air affect\u00e9e, de ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 sa vie, peu de chose, depuis l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente o\u00f9, \u00e0 pareille \u00e9poque, elle est d\u00e9j\u00e0 venue. Sans pr\u00e9cisions de l\u2019\u00e9cole o\u00f9 elle enseigne. Mais <em>(ici la conversation va prendre un tour infiniment plus intime)<\/em> il est maintenant question des bonnes relations que Solange a pu entretenir avec certaines \u00e9l\u00e8ves plus charmantes que les autres, plus jolies, mieux dou\u00e9es. Elle devient r\u00eaveuse. Ses paroles sont \u00e9cout\u00e9es tout pr\u00e8s de ses l\u00e8vres. Tout \u00e0 coup, elle s\u2019interrompt, on la voit \u00e0 peine ouvrir son sac et, d\u00e9couvrant une cuisse merveilleuse, l\u00e0, un peu plus haut que la jarreti\u00e8re sombre\u2026 [On songe \u00e0 la photographie du Mus\u00e9e Gr\u00e9vin de 1959 rajout\u00e9e sur ordre de Breton lors de la republication de <em>Nadja<\/em> en 1962] \u00ab\u00a0Mais, tu ne te piquais pas&nbsp;! \u2014 Non, oh&nbsp;! main- [p. 49] tenant, que veux-tu.\u00a0\u00bb Cette r\u00e9ponse faite sur un ton de lassitude si poignant.&nbsp;\u00bb Il lui manquait \u00e9videmment d\u2019\u00eatre morphinomane. \u00ab&nbsp;Comme ranim\u00e9e, Solange, \u00e0 son tour, s\u2019informe&nbsp;: \u00ab\u00a0Et toi\u2026 chez toi&nbsp;? Dis.\u00a0\u00bb Ici aussi il y a eu de <em>nouvelles<\/em> \u00e9l\u00e8ves tr\u00e8s gentilles [On imagine assez ce que l\u2019adjectif laisse entendre&nbsp;: dociles aux caprices \u00e9rotiques, par peur]. Une surtout. Si douce. \u00ab\u00a0Ch\u00e9rie, tiens.\u00a0\u00bb Les deux femmes se penchent longuement \u00e0 la fen\u00eatre. Silence. UN BALLON TOMBE DANS LA PI\u00c8CE. Silence. \u00ab\u00a0C\u2019est elle&nbsp;! Elle va monter. \u2014 Tu crois&nbsp;?&nbsp;\u00bb [p. 51] On appr\u00e9ciera la pr\u00e9sentation typographique, tout en majuscules de la phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un ballon tombe dans la pi\u00e8ce&nbsp;\u00bb. Beau comme la rencontre fortuite de l\u2019innocence et de la perversit\u00e9 sur une table de dissection&nbsp;: celle de l\u2019auto-analyse de type psychanalytique.<br>Pour la plus grande fascination de Breton. L\u2019enfant va dispara\u00eetre. Un m\u00e9decin va s\u2019en m\u00ealer. Le jardinier idiot va r\u00e9v\u00e9ler que d\u00e9j\u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, on avait retrouv\u00e9 une \u00e9l\u00e8ve dans le puits.&nbsp;\u00bb Le choix du puits pour cacher le corps de l\u2019enfant n\u2019est pas sans sugg\u00e9rer \u00e0 nouveau quelque chose d\u2019intra-ut\u00e9rin. Breton alterne ainsi dans son livre symboles phalliques et symboles ut\u00e9rins. \u00ab&nbsp;Tout idiot qu\u2019il est, il manifeste son trouble quant \u00e0 la co\u00efncidence avec le passage de Melle Solange. Le m\u00e9decin s\u2019embusque. \u00ab&nbsp;Passage de Solange qui traverse la sc\u00e8ne. Elle ne semble pas participer \u00e0 l\u2019\u00e9moi g\u00e9n\u00e9ral, elle va droit devant elle comme un automate.&nbsp;\u00bb [p. 53] La grand m\u00e8re de l\u2019enfant arrive et se trouve mal. \u00ab&nbsp;On regarde le m\u00e9decin. Le commissaire. Les domestiques. Solange. La directrice\u2026 Celle-ci, \u00e0 la recherche d\u2019un cordial, se dirige vers l\u2019armoire aux pansements, l\u2019ouvre\u2026 Le corps ensanglant\u00e9 de l\u2019enfant appara\u00eet, la t\u00eate en bas et s\u2019\u00e9croule sur le plancher [La mise en sc\u00e8ne est typiquement sadienne]. Le cri, l\u2019inoubliable cri..&nbsp;\u00bb [p. 53] On appr\u00e9ciera la conclusion que Breton en fait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne sais si le cri dont je parle mettait exactement fin \u00e0 la pi\u00e8ce, mais j\u2019esp\u00e8re que ses auteurs [\u2026] n\u2019avaient pas voulu que Solange f\u00fbt \u00e9prouv\u00e9e davantage et que ce personnage, trop tentant pour \u00eatre vrai, [p. 54] e\u00fbt \u00e0 subir une apparence de ch\u00e2timent que, du reste, il nie de toute sa splendeur.&nbsp;\u00bb Pas plus que Breton ne sera inqui\u00e9t\u00e9 pour sa mise en sc\u00e8ne et son jeu pervers avec Nadja, qu\u2019il enfermera au placard lui aussi, vid\u00e9e, et la t\u00eate en bas\u2026 Voici la petite transform\u00e9e en \u00ab&nbsp;Poup\u00e9e&nbsp;\u00bb de Bellmer&nbsp;; voici cass\u00e9 le beau jouet, la belle poup\u00e9e de chair vivante. Breton poursuit sans vergogne, ravi d\u2019avoir pu faire sa profession de foi sadienne et sadique&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ajouterai seulement que le r\u00f4le \u00e9tait tenu par la plus admirable et sans doute la <em>seule<\/em> actrice de ce temps, que j\u2019ai vue jouer aux \u00ab\u00a0Deux Masques\u00a0\u00bb dans plusieurs autres pi\u00e8ces o\u00f9 elle n\u2019\u00e9tait pas moins belle, mais de qui, peut-\u00eatre \u00e0 ma grande honte, je n\u2019ai plus entendu parler&nbsp;: Blanche Derval.&nbsp;\u00bb [p. 55] Blanche, comme la blanche hermine, car on sait l\u2019animal cruel et sanguinaire&nbsp;: il saigne toujours ses victimes, ses proies&nbsp;? On appr\u00e9ciera la note, rajout\u00e9e par l\u2019auteur en 1962&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019ai-je voulu dire&nbsp;? Que j\u2019aurais d\u00fb l\u2019approcher, \u00e0 tout prix tenter de d\u00e9voiler la <em>femme<\/em> r\u00e9elle qu\u2019elle \u00e9tait. Pour cela, il m\u2019e\u00fbt fallu surmonter certaine pr\u00e9vention contre les com\u00e9diennes, qu\u2019entretenait le souvenir de Vigny, de Nerval. je m\u2019accuse l\u00e0 d\u2019avoir failli \u00e0 l\u2019 \u00ab\u00a0attraction passionnelle\u00a0\u00bb.&nbsp;\u00bb [p. 55] Seul le ridicule de la sublimation de pacotille, l\u2019onanisme de compensation litt\u00e9raire donne la notion de l\u2019infini&nbsp;!\u2026 On reconna\u00eetra l\u00e0 encore une fois le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0coinc\u00e9\u00a0\u00bb de Breton, son c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0petit bourgeois\u00a0\u00bb, paradoxal&nbsp;: il s\u2019extasie sur l\u2019all\u00e9gorie de la perversion qu\u2019incarne Blanche Derval, mais se souvient d\u2019un m\u00eame coup [de rein mental&nbsp;?] qu\u2019une com\u00e9dienne ne peut \u00eatre qu\u2019une femme \u00ab\u00a0l\u00e9g\u00e8re\u00a0\u00bb, une femme \u00ab\u00a0de peu de moralit\u00e9\u00a0\u00bb (comme Nadja, th\u00e9\u00e2treuse aussi \u00e0 ses heures, comme jadis Jeanne Duval ou Juliette Drouet). Par ailleurs, d\u2019une part, on notera que l\u2019univers litt\u00e9raire chez lui prend toujours le pas sur la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: l\u2019univers litt\u00e9raire des autres, et, m\u00eame et surtout le sien propre&nbsp;; d\u2019autre part, on se posera cette question&nbsp;: \u00ab&nbsp;pr\u00e9vention contre les com\u00e9diennes&nbsp;\u00bb dit-il,\u2026 ne s\u2019agit-il pas l\u00e0 plut\u00f4t, et, \u00ab\u00a0plus simplement\u00a0\u00bb, d\u2019une pr\u00e9vention contre les femmes&nbsp;?<br>La suite est \u00e9difiante aussi, puisque du fantasme implicite n\u00e9 pour Breton de l\u2019argument de la pi\u00e8ce des <em>D\u00e9traqu\u00e9es,<\/em> on passe au fantasme explicite d\u2019un r\u00eave que sa rem\u00e9moration g\u00e9n\u00e8re chez lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;(En finissant hier soir de conter ce qui pr\u00e9c\u00e8de, je m\u2019abandonnais encore aux conjectures qui pour moi ont \u00e9t\u00e9 de mise chaque fois que j\u2019ai revu cette pi\u00e8ce, soit \u00e0 deux ou trois reprises, ou que je me la suis moi-m\u00eame repr\u00e9sent\u00e9e. Le manque d\u2019indices suffisants sur ce qui se passe apr\u00e8s la chute du ballon, sur ce dont Solange et sa partenaire peuvent exactement \u00eatre la proie pour devenir de superbes b\u00eates de [p. 55] proie,&nbsp;\u00bb \u2014 comme lui avec Nadja&nbsp;? \u2014 \u00ab&nbsp;demeure par excellence ce qui me confond. En m\u2019\u00e9veillant ce matin j\u2019avais plus de peine que de coutume \u00e0 me d\u00e9barrasser d\u2019un r\u00eave assez inf\u00e2me que je n\u2019\u00e9prouve pas le besoin de transcrire ici, [il l\u2019occulte donc] parce qu\u2019il proc\u00e8de pour une grande part de conversations que j\u2019ai eues hier, tout \u00e0 fait ext\u00e9rieurement \u00e0 ce sujet.&nbsp;\u00bb C\u2019est Breton qui l\u2019affirme. Qu\u2019en est-il en r\u00e9alit\u00e9&nbsp;? \u00ab&nbsp;Ce r\u00eave m\u2019a paru int\u00e9ressant dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait symptomatique de la r\u00e9percussion que de tels souvenirs, pour peu qu\u2019on s\u2019y adonne avec violence, peuvent avoir sur le cours de la pens\u00e9e. Il est remarquable, d\u2019abord, d\u2019observer que le r\u00eave dont il s\u2019agit n\u2019accusait que le c\u00f4t\u00e9 p\u00e9nible, r\u00e9pugnant, voire atroce, des consid\u00e9rations auxquelles je m\u2019\u00e9tais livr\u00e9, qu\u2019il d\u00e9robait avec soin tout ce qui de semblables consid\u00e9rations fait pour moi le prix fabuleux, comme d\u2019un extrait d\u2019ambre ou de rose par-del\u00e0 tous les si\u00e8cles.&nbsp;\u00bb Cette \u00e9vocation du parfum animal sexualis\u00e9 de l\u2019ambre m\u00eal\u00e9 antynomiquement \u00e0 celui v\u00e9g\u00e9tal spiritualis\u00e9 de la rose, ne rel\u00e8verait-elle pas du cri de Baudelaire \u00e0 l\u2019aim\u00e9e d\u00e9test\u00e9e dans \u00ab&nbsp;Une charogne&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Alors, \u00f4 ma beaut\u00e9, dites \u00e0 la vermine qui vous mangera de baisers \/ Que j\u2019ai gard\u00e9 la forme et l\u2019essence divine de mes amours d\u00e9compos\u00e9es&nbsp;\u00bb&nbsp;? Breton poursuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u2019autre part, il faut bien avouer que si je m\u2019\u00e9veille, voyant avec une extr\u00eame lucidit\u00e9 ce qui en dernier lieu vient de se passer&nbsp;: un insecte couleur mousse, d\u2019une cinquantaine de centim\u00e8tres, qui s\u2019est substitu\u00e9 \u00e0 un vieillard, [p. 57] vient de se diriger vers une sorte d\u2019appareil automatique&nbsp;; il a gliss\u00e9 un sou dans la fente [laquelle ne manque pas d\u2019\u00eatre psychanalytiquement connot\u00e9e], au lieu de deux, ce qui m\u2019a paru constituer une fraude particuli\u00e8rement r\u00e9pr\u00e9hensible, au point que, comme par m\u00e9garde, je l\u2019ai frapp\u00e9 d\u2019un coup de canne [laquelle ne manque pas d\u2019\u00eatre psychanalytiquement connot\u00e9e aussi, et, on reconna\u00eet bien l\u00e0 le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0flic\u00a0\u00bb du fils de gendarme, du \u00ab\u00a0pape\u00a0\u00bb du surr\u00e9alisme, le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0petit bourgeois\u00a0\u00bb de Breton, qui, se pr\u00e9tendant r\u00e9volutionnaire est avant tout fondamentalement dogmatique] et l\u2019ai senti me tomber sur la t\u00eate \u2014 j\u2019ai eu le temps d\u2019apercevoir les boules de ses yeux briller sur le bord de mon chapeau, puis j\u2019ai \u00e9touff\u00e9 et c\u2019est \u00e0 grand-peine qu\u2019on m\u2019a retir\u00e9 de la gorge deux de ses grandes pattes velues tandis que j\u2019\u00e9prouvais un d\u00e9go\u00fbt inexprimable [le fantasme de soumission au p\u00e8re est presque explicitement exprim\u00e9 de mani\u00e8re homosexuelle] \u2014 il est clair que, superficiellement, ceci est <em>surtout<\/em> en relation avec le fait qu\u2019au plafond de la loggia o\u00f9 je me suis tenu ces derniers jours se trouve un nid, autour duquel tourne un oiseau que ma pr\u00e9sence effarouche peu, chaque fois que des champs il rapporte en criant quelque chose comme une grosse sauterelle verte, mais il est indiscutable qu\u2019\u00e0 la transposition, qu\u2019\u00e0 l\u2019intense fixation, qu\u2019au passage autrement inexplicable d\u2019une image de ce genre du plan de la remarque sans int\u00e9r\u00eat au plan \u00e9motif concourent au premier chef [p. 58] l\u2019\u00e9vocation de certains \u00e9pisodes des <em>D\u00e9traqu\u00e9es<\/em> et le retour \u00e0 ces conjectures dont je parlais.&nbsp;\u00bb<br>R\u00e9sumons. Un vieillard, qui se confond \u00e0 un oiseau nourricier, donneur de sauterelles, qui ne sont pas sans \u00e9voquer imm\u00e9diatement celles du <em>Grand Masturbateur<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nb2\">2<\/a>] de Salvador Dali, qui ne manquera pas d\u2019\u00e9pingler, lui, le grand inventeur de la \u00ab&nbsp;m\u00e9thode parano\u00efa-critique&nbsp;\u00bb, la folie perverse du \u00ab\u00a0Pape\u00a0\u00bb Breton [\u00e0 gauche de l\u2019insecte dalinien, un couple ectoplasmique de sucube et d\u2019incube permet de pr\u00e9ciser la nature du fantasme de p\u00e9n\u00e9tration bucale bretonnien&nbsp;: un buste de femme visiblement agenouill\u00e9e fait face \u00e0 un bas-ventre d\u2019homme stylis\u00e9 visiblement debout et nu]. R\u00e9sumons encore&nbsp;: Breton r\u00e9gressant \u00e0 l\u2019\u00e9tat de jeune oison que l\u2019hyst\u00e9rie gave de force avec des images et des sensations le ramenant au stade bucal et anal. L\u2019analit\u00e9 l\u2019envahissant par la bouche, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9touffer.<br>Laissons le soin \u00e0 Andr\u00e9 Breton de conclure, il sait si mal le faire&nbsp;: \u00ab&nbsp;La production des images de r\u00eave d\u00e9pendant toujours au moins de ce <em>double jeu de glaces,<\/em> il y a l\u00e0 l\u2019indication du r\u00f4le tr\u00e8s sp\u00e9cial, sans doute \u00e9minemment r\u00e9v\u00e9lateur, au plus haut degr\u00e9 \u00ab\u00a0surd\u00e9terminant\u00a0\u00bb au sens freudien, que sont appel\u00e9es \u00e0 jouer certaines impression tr\u00e8s fortes, nullement contaminables de moralit\u00e9, vraiment ressenties \u00ab\u00a0par-del\u00e0 le bien et le mal\u00a0\u00bb dans le r\u00eave et, par suite, dans ce qu\u2019on lui oppose tr\u00e8s sommairement sous le nom de r\u00e9alit\u00e9.)&nbsp;\u00bb<br>La litt\u00e9rature clairement avou\u00e9e comme \u00e9tant une activit\u00e9 de substitution onaniste, nous l\u2019avions d\u00e9j\u00e0 vue. La voici \u00e0 pr\u00e9sent pr\u00e9sent\u00e9e comme moyen grossier, comme m\u00e9dium pour tenter de rencontrer des femmes, ou, \u00e0 d\u00e9faut, des jeunes filles, nous en avons l\u2019\u00e9vocation ou l\u2019aveu dans ce qui suit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le pouvoir d\u2019incantation que Rimbaud [\u00e9crivain tax\u00e9 alors d\u2019homosexualit\u00e9] exer\u00e7a sur moi vers 1915 et qui depuis lors, s\u2019est quintessenci\u00e9 en de rares [p. 59] po\u00e8me tels que <em>D\u00e9votion<\/em> est sans doute, \u00e0 cette \u00e9poque, ce qui m\u2019a valu, un jour o\u00f9 je me promenais seul sous une pluie battante, de rencontrer une jeune fille la premi\u00e8re \u00e0 m\u2019adresser la parole, qui, sans pr\u00e9ambule, comme nous faisions quelque pas, s\u2019offrit \u00e0 me r\u00e9citer un des po\u00e8mes qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait&nbsp;: <em>Le Dormeur du Val<\/em>. C\u2019\u00e9tait si inattendu, si peu de saison.&nbsp;\u00bb [p. 62]<br>Puis, sans lien, Breton se met \u00e0 nous faire une analogie entre cette rencontre et la d\u00e9couverte d\u2019un objet singulier \u2014 tout bonnement phallique, en v\u00e9rit\u00e9 \u2014 aux puces de Saint-Ouen, et d\u2019une autre rencontre f\u00e9minine li\u00e9e encore \u00e0 Rimbaud&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout r\u00e9cemment encore, comme un dimanche, avec un ami, je m\u2019\u00e9tais rendu au \u00ab\u00a0march\u00e9 aux puces&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nb3\">3<\/a>]\u00a0\u00bb de Saint-Ouen (j\u2019y suis souvent, en qu\u00eate de ces <strong>objets qu\u2019on ne trouve nulle part ailleurs, <\/strong>d\u00e9mod\u00e9s, fragment\u00e9s, inutilisables, presque incompr\u00e9hensibles, <strong>pervers enfin au sens o\u00f9 je l\u2019entends et o\u00f9 je l\u2019aime,<\/strong>&nbsp;\u00bb \u2014 peut-on r\u00eaver plus bel aveu que le choix de ce mot&nbsp;? \u2014 reprenons&nbsp;: \u00ab&nbsp;pervers enfin au sens o\u00f9 je l\u2019entends et o\u00f9 je l\u2019aime,&nbsp;\u00bb dit-il, \u00ab&nbsp;comme par exemple cette sorte de demi-cylindre blanc irr\u00e9gulier, verni, pr\u00e9sentant des reliefs et des d\u00e9pressions sans signification pour moi, stri\u00e9 d\u2019horizontales et de verticales rouges et vertes, pr\u00e9cieusement contenu dans un \u00e9crin, sous une devise en langue italienne, que j\u2019ai ramen\u00e9 chez moi et dont \u00e0 bien l\u2019examiner j\u2019ai fini par admettre qu\u2019il ne correspond qu\u2019\u00e0 la [p. 62] statistique, \u00e9tablie dans les trois dimensions, de la population d\u2019une ville de telle \u00e0 telle ann\u00e9e, [c\u2019est ce qu\u2019on appelle un lien de cause \u00e0 effet, vu la dimension phallique de l\u2019objet] ce qui pour cela ne me le rend pas plus lisible), notre attention s\u2019est port\u00e9e simultan\u00e9ment sur un exemplaire tr\u00e8s frais des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> de Rimbaud [on appr\u00e9ciera l\u2019analogie], perdu dans un mince \u00e9talage de chiffons, de photographies jaunies du si\u00e8cle dernier, de livres sans valeur et de cuillers en fer. [\u2026] L\u2019ouvrage n\u2019est pas \u00e0 vendre, les documents qu\u2019il abrite lui appartiennent. C\u2019est encore une jeune fille, tr\u00e8s rieuse. [\u2026] Tr\u00e8s cultiv\u00e9e, elle ne fait aucune difficult\u00e9 \u00e0 nous entretenir [p. 63] de ses go\u00fbts litt\u00e9raires qui la portent vers Shelley, Nietzsche et Rimbaud. [\u2026] Elle s\u2019appelle Fanny Beznos.&nbsp;\u00bb [p. 64] Ce qui n\u2019est pas, par le biais de la paronomase, sans \u00e9voquer Desnos. La chose n\u2019est sans doute pas neutre. Les rapports qu\u2019entretient Breton avec certains membres \u00ab\u00a0f\u00e9tiches\u00a0\u00bb du groupe surr\u00e9aliste ne sont pas sans ambigu\u00eft\u00e9. Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, nous y reviendrons. L\u2019objet phallique, \u00ab&nbsp;objet pervers&nbsp;\u00bb, la litt\u00e9rature de Rimbaub dont se revendiquent les surr\u00e9alistes \u2014 entendons Breton&nbsp;\u2014, une jeune-fille Beznos-Desnos qui vend l\u2019objet phallique et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette litt\u00e9rature de substitution pour Breton qu\u2019est celle de Rimbaud\u2026&nbsp;: de \u00ab&nbsp;faits glissades&nbsp;\u00bb en \u00ab&nbsp;faits pr\u00e9cipices&nbsp;\u00bb, tout ceci est tr\u00e8s parlant.<br>Puis, voici l\u2019\u00e9pisode du gant&nbsp;!\u2026<br>\u00ab&nbsp;Je me souviens aussi de la suggestion en mani\u00e8re de jeu faite un jour \u00e0 une dame, devant moi, d\u2019offrir \u00e0 la \u00ab\u00a0Centrale Surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb, un des \u00e9tonnants gants [objet \u00e9rotique] bleu ciel [couleur romantique allemande symbolique de l\u2019id\u00e9alit\u00e9 incorporelle, d\u00e9corpor\u00e9\u00effi\u00e9e] qu\u2019elle portait pour nous faire visite \u00e0 cette \u00ab\u00a0Centrale\u00a0\u00bb [tenue alors par le tr\u00e8s mystique Antonin Artaud, rue de Grenelle dans le VIIe], de ma panique quand [p. 64] je la vis sur le point d\u2019y consentir [voil\u00e0 qui est bien surprenant&nbsp;!], des supplications que je lui adressai pour qu\u2019elle n\u2019en f\u00eet rien [Il ne veut donc pas d\u2019elle&nbsp;: elle s\u2019offre explicitement]. Je ne sais ce qu\u2019alors il put y avoir de redoutablement, de merveilleusement d\u00e9cisif dans la pens\u00e9e de ce gant quittant pour toujours cette main [de cette d\u00e9nudation symbolique].&nbsp;\u00bb Mais que craint-il donc&nbsp;? Cette femme, c\u2019est Lise Meyer, dont il dit \u00eatre amoureux. Voici qu\u2019elle s\u2019offre \u00e0 lui, lui lance son gant comme un d\u00e9fi chevaleresque pour qu\u2019il la conqui\u00e8re et voici qu\u2019il recule pris de terreur&nbsp;!\u2026 Il commente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Encore cela ne prit-il ses plus grandes, ses v\u00e9ritables proportions, je veux dire celles que cela a gard\u00e9es, qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 cette dame projeta de revenir poser sur la table, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 j\u2019avais tant esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019elle ne laisserait pas le gant bleu, un gant de bronze qu\u2019elle poss\u00e9dait et que depuis j\u2019ai vu chez elle, gant de femme aussi, au poignet pli\u00e9, aux doigts sans \u00e9paisseur, gant que je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher de soulever, surpris toujours de son poids et ne tenant \u00e0 rien tant, semble-t-il, qu\u2019\u00e0 mesurer la force exacte avec laquelle il appuie sur ce quoi d\u2019autre n\u2019e\u00fbt pas appuy\u00e9.&nbsp;\u00bb [p. 65]<br>Panique de Breton, devant la perspective de voir nue la main de la femme apr\u00e8s laquelle il croit soupirer \u2014 la tr\u00e8s mondaine Lise Meyer \u2014. Panique de Breton de la voir le prendre au mot et lui \u00ab\u00a0jeter le gant\u00a0\u00bb comme on lance un d\u00e9fi&nbsp;: \u00ab\u00a0soyez \u00e0 la hauteur de vos r\u00eaves et de vos fantasmes, mon petit bonhomme&nbsp;!\u2026\u00a0\u00bb Ironie de la \u00ab&nbsp;Dame&nbsp;\u00bb \u2014 ironie peu courtoise, et, qui laisse notre po\u00e8te au tapis, qui ne rel\u00e8ve pas&nbsp;: il n\u2019y aura pas d\u2019autre joute&nbsp;\u2014, lorsqu\u2019elle vient d\u00e9poser \u00e0 la place du gant, de sa main gant\u00e9e, un gant de bronze \u00ab&nbsp;au poignet pli\u00e9, aux doigts sans \u00e9paisseur&nbsp;\u00bb afin que Breton puisse s\u2019\u00e9tonner de son poids de mort, puisse peser son \u00e9chec, peser l\u2019impact de l\u2019affront qu\u2019il a fait subir \u00e0 la \u00ab&nbsp;Dame&nbsp;\u00bb, avec son manque d\u2019\u00e0 propos, et qu\u2019il a pris dans la figure, psychiquement s\u2019entend, par retour.<br>On l\u2019aura compris, avant m\u00eame d\u2019aborder la question suppos\u00e9e, la question du livre, son objet soi-disant&nbsp;: le personnage de Nadja, tout le texte de Breton sue l\u2019inhibition. Tout le texte de Breton parle de son inhibition et de la perversion \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb qui en d\u00e9coule&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nb4\">4<\/a>]. Le fragment suivant est l\u00e0 pour confirmer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a que quelques jours, Louis Aragon me faisait observer que l\u2019enseigne d\u2019un h\u00f4tel de Pourville, qui porte en caract\u00e8res [p. 65] rouges les mots&nbsp;: MAISON ROUGE, \u00e9tait compos\u00e9 en tels caract\u00e8res et dispos\u00e9e de telle fa\u00e7on que, sous une certaine obliquit\u00e9, de la route, \u00ab&nbsp;MAISON&nbsp;\u00bb s\u2019effa\u00e7ait et \u00ab&nbsp;ROUGE&nbsp;\u00bb se lisait \u00ab&nbsp;POLICE&nbsp;\u00bb. [Nous commenterons plus loin.] Cette illusion d\u2019optique n\u2019aurait aucune importance si le m\u00eame jour, une ou deux heures plus tard, la dame que nous appellerons <em>la dame au gant<\/em> ne m\u2019avait men\u00e9 devant un tableau changeant comme je n\u2019en avais jamais vu, et qui entrait dans l\u2019ameublement de la maison qu\u2019elle venait de louer. C\u2019est une gravure ancienne qui, vue de face, repr\u00e9sente un tigre, mais qui, cloisonn\u00e9e perpendiculairement \u00e0 sa surface de petites bandes verticales fragmentant elles-m\u00eames un autre sujet, repr\u00e9sente, pour peu qu\u2019on s\u2019\u00e9loigne de quelques pas vers la gauche, un vase, de quelques pas vers la droite, un ange.&nbsp;\u00bb [p. 67]<br>Toute la femme r\u00e9sum\u00e9e&nbsp;: tigre, affront\u00e9e de face&nbsp;! \u00ab&nbsp;vase&nbsp;\u00bb destin\u00e9 \u00e0 recevoir la semence m\u00e2le et \u00e0 enfanter vue \u00e0 gauche [pour reprendre la terminologie employ\u00e9e par les p\u00e8res de l\u2019\u00c9glise]&nbsp;! ange de la r\u00e9demption ou exterminateur \u00e0 droite [pour reprendre \u00e0 nouveau la terminologie des p\u00e8res de l\u2019\u00c9glise]. \u00c9trange champ lexical religieux archa\u00efque que celui utilis\u00e9 ici par Breton pour traduire son fantasme, sa phobie. Laissons Breton conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je signale, pour finir, ces [p. 67] deux faits parce que pour moi, dans ces conditions, leur rapprochement \u00e9tait in\u00e9vitable et parce qu\u2019il me para\u00eet tout particuli\u00e8rement impossible d\u2019\u00e9tablir de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre une corr\u00e9lation rationnelle.&nbsp;\u00bb La corr\u00e9lation s\u2019\u00e9tablit pourtant fantasmatiquement d\u2019elle-m\u00eame entre une maison de prostitution, ou, du moins qui fait penser \u00e0 ce type de maison fr\u00e9quente \u00e0 l\u2019\u00e9poque avec son enseigne \u00ab&nbsp;Maison Rouge&nbsp;\u00bb, qui, sous un certain angle, fait remarquer cet autre grand n\u00e9vros\u00e9 sur le plan du sexe qu\u2019\u00e9tait Louis Aragon devient \u00ab&nbsp;Police&nbsp;\u00bb, et l\u2019image iconique, all\u00e9gorique, de ce qu\u2019est la femme pour Breton, qu\u2019ironiquement Lise Meyer se pla\u00eet \u00e0 lui faire admirer, \u00e0 d\u00e9faut de le voir manifester plus hardiment, plus virilement sans doute, d\u2019autres curiosit\u00e9s. Avant d\u2019aborder la question Nadja, on finit donc sur le tigre, sur la chim\u00e8re Lise Meyer, ironiquement triomphante, \u00ab&nbsp;bourreau&nbsp;\u00bb en somme, pour emprunter le terme \u00e0 Baudelaire, pour passer, bient\u00f4t, \u00e0 la victime expiatoire des inhibitions de Breton&nbsp;: Nadja, Nadja la clocharde pr\u00e9cis\u00e9ment, Nadja la proie facile, dont le sacrifice pourtant ne les conjurera pas pour autant, dont le sacrifice sera vain.<br>Apr\u00e8s cette fugitive \u00e9vocation de ce qui \u00e9tait sans nul doute une maison close \u00e0 Pourville qui se transforme en commissariat, on sera sensible au fait que la p\u00e9r\u00e9grination de Breton d\u00e9bute au manoir d\u2019Ango \u00e0 Varengeville, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans le refuge phallique que constitue son pigeonnier \u2014 qu\u2019il associe \u00e0 \u00ab&nbsp;une cahute masqu\u00e9e artificiellement de broussailles, \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois&nbsp;\u00bb [p. 24] \u2014 [on appr\u00e9ciera la valeurs psychanalytique de la broussaille], et qu\u2019elle y retourne. Il est vrai que le tout d\u00e9but du livre contient un autre symbole celui de l\u2019impuissance&nbsp;: cherchant \u00e0 faire l\u2019\u00e9loge de la surprise qui caract\u00e9rise l\u2019atmosph\u00e8re des tableaux de Chirico, Breton fait une analogie avec \u00ab&nbsp;la magnifique lumi\u00e8re des tableaux de Courbet [qui] est pour [lui] celle de la place Vend\u00f4me, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la colonne tomba.&nbsp;\u00bb [p. 14] Apr\u00e8s un fade pr\u00e9ambule, vague pastiche rimbaldien (\u00ab&nbsp;Je n\u2019aurai jamais ma main&nbsp;\u00bb), sur l\u2019horreur du travail, voici que Nadja s\u2019annonce, est annonc\u00e9e, sous la forme d\u2019un fantasme phallique on ne peut plus clairement d\u00e9cryptable, et, qu\u2019il faut comprendre comme un r\u00eave de d\u00e9sinhibition qui passe par un acte sadique.<br>Breton, qui semble s\u2019\u00eatre apais\u00e9, donn\u00e9 du courage avant l\u2019\u00e9vocation de Nadja, comme s\u2019\u00e9tant justifi\u00e9 par avance de tout ce qu\u2019il va raconter ensuite, conclut en mani\u00e8re de suspens&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019esp\u00e8re, en tous cas, que la pr\u00e9sentation d\u2019une s\u00e9rie d\u2019observations de cet ordre et de celle qui va suivre sera de nature \u00e0 pr\u00e9cipiter quelques hommes dans la rue, apr\u00e8s leur avoir fait prendre conscience, sinon du n\u00e9ant, du moins de la grave insuffisance de tout calcul soi-disant rigoureux sur eux-m\u00eames, de toute action qui exige une application suivie, et qui a pu \u00eatre pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e. Autant en emporte le vent du moindre fait qui se produit, s\u2019il est vraiment impr\u00e9vu. Et qu\u2019on ne me parle pas, apr\u00e8s cela, du travail, je veux dire de la valeur morale du travail. Je suis contraint d\u2019accepter l\u2019id\u00e9e du travail comme n\u00e9cessit\u00e9 mat\u00e9rielle, \u00e0 cet \u00e9gard je suis on ne peut plus favorable \u00e0 sa meilleure, \u00e0 sa plus juste r\u00e9partition. Que les sinistres obligations de la vie me l\u2019imposent, soit, [p. 68] qu\u2019on me demande d\u2019y croire, de r\u00e9v\u00e9rer le mien ou celui des autres, jamais. Je pr\u00e9f\u00e8re, encore une fois, marcher dans la nuit \u00e0 me croire celui qui marche dans le jour. Rien ne sert d\u2019\u00eatre vivant, le temps qu\u2019on travaille. L\u2019\u00e9v\u00e9nement dont chacun est en droit d\u2019attendre la r\u00e9v\u00e9lation du sens de sa propre vie, cet \u00e9v\u00e9nement que peut-\u00eatre je n\u2019ai pas encore trouv\u00e9 mais sur la voie duquel je me cherche, n\u2019est pas au prix du travail. Mais j\u2019anticipe, car c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0, par-dessus tout, ce qu\u2019\u00e0 son temps m\u2019a fait comprendre et ce qui justifie, sans plus tarder ici, l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de Nadja.&nbsp;\u00bb [p. 69]<br>Voici le passage qui nous int\u00e9resse symboliquement. Symboliquement, Breton le pose en guise non plus de conclusion, mais bien plut\u00f4t d\u2019introduction \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de Nadja&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enfin voici que la tour du Manoir d\u2019Ango saute, et que toute une neige de plumes, qui tombe des ses colombes, fond en touchant le sol de la grande cour nagu\u00e8re empierr\u00e9e de d\u00e9bris de tuiles et maintenant couverte de vrai sang&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 69) Cette phrase sert de lien entre la longue s\u00e9rie des analogies, des \u00ab&nbsp;hasards objectifs&nbsp;\u00bb justifiant <em>a posteriori<\/em> toute l\u2019attitude de Breton, lui donnant toute latitude, et le r\u00e9cit sous forme de journal des rencontres avec Nadja. Le d\u00e9sir de lever l\u2019inhibition symbolique&nbsp;: la tour phallique saute blanc, symboliquement se r\u00e9sout clairement en castration&nbsp;: et retombe rouge en \u00ab&nbsp;vrai sang&nbsp;\u00bb.<br>Apr\u00e8s ce long pr\u00e9alable, apr\u00e8s ce long pr\u00e9ambule que j\u2019ai compar\u00e9 au prologue des <em>Confessions<\/em> de Rousseau, dans lequel Rousseau, inversant les r\u00f4les, met le genre humain au banc des accus\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019ils \u00e9coutent mes confessions, qu\u2019ils g\u00e9missent de mes indignit\u00e9s, qu\u2019ils rougissent de mes mis\u00e8res [\u2026]&nbsp;\u00bb&nbsp;: Nadja peut rentrer en sc\u00e8ne. Elle sera mise en sc\u00e8ne par Breton, sans savoir qu\u2019elle est perp\u00e9tuellement mise en sc\u00e8ne, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle en devienne folle. \u00c0 la limite avec le phantasme de castration, de d\u00e9sir de d\u00e9sinhibition qui se r\u00e9sout de fait en castration, on a \u2014 contre elle \u2014 le chef d\u2019accusation inconscient, qui, selon Breton, lui vaut l\u2019ex\u00e9cution finale&nbsp;: tout M\u00e9lusine qu\u2019elle est, elle ne saura pas lever le sortil\u00e8ge qui p\u00e8se sur Breton, d\u00e9nouer les aiguillettes de sa sexualit\u00e9 entrav\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>NOTE&nbsp;:<br>Certaines et certains d\u2019entre vous ont peut-\u00eatre vu ce film, sorti il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, mettant en sc\u00e8ne un Fabrice Luchini s\u00e9duisant une fille \u00ab\u00a0pour rire\u00a0\u00bb \u00e0 la suite d\u2019un pari, et, l\u2019abandonnant ensuite&nbsp;: <em>La Discr\u00e8te<\/em>. On est en droit de se demander si l\u2019auteur du sc\u00e9nario n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9, au moins souterrainement, par la lecture de <em>Nadja.<\/em> Le dispositif pervers dans le jeu de la s\u00e9duction est \u00e0 peu pr\u00e8s du m\u00eame ordre&nbsp;: la perversion voyeuriste prime dans les deux cas.<\/p>\n\n\n\n<p><small>[Le texte date de 2002-2003&nbsp;; s\u2019il est d\u00e9pos\u00e9, je n\u2019ai pas encore tent\u00e9 de le faire publier, convaincu qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019\u00e9diteurs, rien que des commer\u00e7ants&nbsp;; je pense que quiconque va \u00e0 l\u2019encontre de la doxa officielle qui favorise et qui autorise le commerce n\u2019a plus droit de cit\u00e9. J\u2019ai fini par comprendre que j\u2019\u00e9tais \u00ab&nbsp;irr\u00e9cup\u00e9rable&nbsp;\u00bb, mais peut-\u00eatre un \u00e9diteur qui aurait \u00e9chapp\u00e9 au d\u00e9cervelage, irr\u00e9ductible et courageux, envisagerait-il de me d\u00e9tromper&nbsp;?\u2026]<\/small><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019atelier du po\u00e8te \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment rue Fontaine.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;\u2014 Dali les \u00e9voquera lui-m\u00eame un peu plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 Qui se sent vermineux qu\u2019il se gratte&nbsp;!\u2026 Cette habitude qu\u2019avait Breton d\u2019amasser des objets jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement n\u2019est pas sans relever, elle aussi, sinon de la psychiatrie, du moins de l\u2019\u00e9tude psychanalytique, en tant qu\u2019activit\u00e9 patente de compensation, en un mot, d\u2019activit\u00e9 \u00ab\u00a0f\u00e9tichiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article71.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 La peur du \u00ab&nbsp;vagin dent\u00e9&nbsp;\u00bb, la sexualit\u00e9 v\u00e9cue comme une d\u00e9voration. Pierre-Jean Jouve, puis Pierre Emmanuel, en parleront fort bien en marge du surr\u00e9alisme. Tout le texte de Breton sue la peur de la sexualit\u00e9. On repense \u00e0 la formule que Kiki de Montparnasse lan\u00e7ait aux surr\u00e9alistes lors d\u2019une de leurs interminables palabres d\u2019intellectuels gamins et mondains&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous parlez tout le temps d\u2019amour et vous ne savez m\u00eame pas baiser&nbsp;!&nbsp;\u00bb Voir \u00e0 cet \u00e9gard le livre d\u2019Alain Jouffroy&nbsp;: <em>La Vie r\u00e9invent\u00e9e<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans doute est-il temps que Polaire s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la \u00ab\u00a0Prost\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0Pape du Surr\u00e9alisme\u00a0\u00bb, Andr\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-562","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-pilori-nos-exasperations"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Andr\u00e9 Breton\u00a0: Nadja, ou le r\u00e9cit d\u2019un pr\u00e9dateur\u00a0? 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