{"id":92,"date":"2007-08-31T19:25:00","date_gmt":"2007-08-31T17:25:00","guid":{"rendered":"http:\/\/revuepolaire.com\/?p=92"},"modified":"2023-08-09T16:42:37","modified_gmt":"2023-08-09T14:42:37","slug":"petite-suite-yiddish","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepolaire.com\/index.php\/2007\/08\/31\/petite-suite-yiddish\/","title":{"rendered":"Petite Suite yiddish"},"content":{"rendered":"\n<p>(extraits) extraite de <strong><em>PETITES SUITES POUR VOIX SEULE<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c9crire un po\u00e8me apr\u00e8s Auschwitz est[-il] un acte de barbarie&nbsp;?&nbsp;\u00bb\u2026 ou l\u2019oukase de Theodor Adorno \u2014 voulant concurrencer Arendt \u2014 est-il une des pires absurdit\u00e9s qui aient jamais \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es par un philosophe&nbsp;?<br>Le chant n\u2019est-il pas \u00ab&nbsp;en soi&nbsp;\u00bb le seul exorcisme pour exorciser l\u2019horreur, s\u2019en distancier&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 nos fr\u00e8res Juifs, \u00e0 leurs fr\u00e8res de Palestine, dans l\u2019espoir d\u2019une paix possible. \u00c0 ceux qui gardent cet espoir. \u00c0 ceux qui gardent la m\u00e9moire, alors qu\u2019en Europe \u2014 il semble \u2014 un peu trop l\u2019ont vraiment \u00ab&nbsp;courte&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><small>Les po\u00e8mes ci-dessous, en tant que fragments des <em>Petites Suites pour voix seule<\/em> alors en cours de r\u00e9daction et qui cherchent un \u00e9diteur depuis mars 2006 (d\u00e9pos\u00e9es chez certains \u00e9diteurs au Salon du livre de Paris 2006), ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s une premi\u00e8re fois dans la revue <em>Lieux d\u2019\u00eatre<\/em>, dans les num\u00e9ros 35&nbsp;: \u00ab&nbsp;Gare[s] ou en train de po\u00e8me[s]&nbsp;\u00bb (Hiver 2002-2003), 37&nbsp;: \u00ab&nbsp;Saisons qui portez tout&nbsp;\u00bb (d\u00e9cembre 2003-janvier 2004), &amp; 39&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si peu\u2026 se souvenir&nbsp;\u00bb (hiver 2004). Ils ne sont qu\u2019une partie du livre qui comprend 300 pages.<\/small><br><small>[Corr\u00e9lats&nbsp;: Voir \u00e9galement&nbsp;: <em>Petites Suites allemande et fran\u00e7aise<\/em>, ainsi que <em>Petite Suite rouge avec \u00e9toile<\/em><\/small>.]<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/1_-_Trio_tzigane_de_lotz.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LE TRIO TZIGANE DE LODZ<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb1\">1<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>Le violon de Lodz d\u00e9crit un cercle d\u2019or de son archet&nbsp;: une alliance entre l\u2019invisible et la mort qui monte au ciel pour rappeler les noces de l\u2019\u00e9ternelle fianc\u00e9e du <em>Schibboleth<\/em>, qui pleure, qui l\u2019attend, sous sa couronne de fleurs blanches, cach\u00e9e dans l\u2019ombre, cach\u00e9e dans les renfoncements des murs des auberges ou des maisons o\u00f9 des noces sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9es, o\u00f9 ils ne sont pas invit\u00e9s, o\u00f9 ils ne sont pas attendus ni connus, ni m\u00eame connus&nbsp;; <em>Litzmannstadt<\/em> ne se souvient plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l\u2019attend. Elle l\u2019attend, pourtant. Le violon pleure avec elle. Et elle attend sous sa couronne de fleurs, \u00e9ternelle fianc\u00e9e du Vent\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9verb\u00e8res de Lodz eux seuls ont l\u2019air \u00ab&nbsp;amis&nbsp;\u00bb&nbsp;: ils ressemblent \u00e0 des bougies sous le grand dais du ciel nocturne o\u00f9 sa douleur est pour toujours une coupe qu\u2019elle boit seule. Le ciel a l\u2019air d\u2019un grand mouchoir qu\u2019elle tient par le bout, de loin, en esp\u00e9rant son <em>Schibboleth<\/em>, de loin, cach\u00e9, \u00e0 l\u2019autre bout.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la Nuit comme un fianc\u00e9 qui la consacre la couvre de son voile&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb2\">2<\/a>]. Elle l\u2019attend. Elle l\u2019attend, pourtant. Le violon pleure avec elle. Et elle attend.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la rue, dans la nuit, le cymbalum&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb3\">3<\/a>] cr\u00e9pite au ciel de tout le sel souterrain de la Sil\u00e9sie&nbsp;; la contrebasse aussi, plus sourde&nbsp;; le violon pleure un sel roux&nbsp;; tout ce sel se r\u00e9pand sur Lodz, o\u00f9 le <em>Schibboleth<\/em> n\u2019est pas attendu, n\u2019est pas, n\u2019est jamais revenu, sur Lodz, sur <em>Litzmannstadt<\/em> qui ne se souvient plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Au loin, comme un fleuve de cendres rouges, la Lodka coule&nbsp;: on peut croire comme jadis. Pourtant&nbsp;! Comme tombant du dais du ciel, une pluie de sel, une pluie de notes s\u2019abat sur Lodz, sur <em>Litzmannstadt<\/em> qui dort\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sorciers, d\u00e9mons, chiromanciens, cartomanciens, voleurs d\u2019enfants, fauteurs de sabbats et d\u2019orgies, les Tziganes, les Boh\u00e9miens, fils de Cham ou fils de Ca\u00efn, qui jouent, qui jouaient dans la rue, r\u00e9veillent les mari\u00e9s de Lodz, les mari\u00e9s endormis&nbsp;: enfin, Litzmannstadt se souvient\u2026<br><br>\u2014&nbsp;Mais la musique <em>Klezmer<\/em> finit. Le trio de Lodz se perd dans la nuit\u2026 \u00c9ternelle fianc\u00e9e du Vent, la fianc\u00e9e du <em>Schibboleth<\/em>, partout, le suit.<br><a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/2_-_Le_sourire_du_ghetto.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/2_-_Le_sourire_du_ghetto.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LE SOURIRE DU GHETTO<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb4\">4<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p><small>\u00e0 M.&nbsp;Sawicki, rescap\u00e9 du ghetto de Varsovie, qui, \u00e9vad\u00e9 du ghetto par les \u00e9gouts, a r\u00e9ussi \u00e0 quitter la Pologne pour devenir membre de l\u2019Arm\u00e9e Sanders.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Janek, Schmuel, Yehoudah, sur les trottoirs du Ghetto sont pos\u00e9s comme des moineaux dans le givre&nbsp;; ivre de faim leur \u00e2me h\u00e9site \u00e0 s\u2019envoler vers le ciel bleu, trop bleu sur le Ghetto pour qu\u2019ils ne sentent pas avec la peur du froid la peur que ce ciel ne soit vide. Ils s\u2019attardent dans la poussi\u00e8re, par peur&nbsp;; la poussi\u00e8re seule leur parle, ou, du moins, peuvent-ils le croire, le croire encore&nbsp;; la poussi\u00e8re au moins les rassure encore qui dans le silence et le givre leur parle d\u2019un hier perdu.<\/p>\n\n\n\n<p>Yehoudah, Schmuel et Janek ne p\u00e9pient pas, ne bougent pas&nbsp;: ils ont trop faim, ils ont trop froid. Ils regardent la folle qui passe et qui repasse, debout dans ses guenilles, les yeux perdus au ciel, portant son enfant mort\u2026 qui passe et qui repasse, d\u00e9j\u00e0 perdue au ciel \u2014 ce ciel trop bleu \u2014 et qui marmonne devant eux. Pourtant, ce n\u2019est pas un jeu, non, oh&nbsp;! non&nbsp;! s\u2019ils regardent la folle, qui tourne, qui retourne, qui passe et passe devant eux&nbsp;: c\u2019est qu\u2019\u00e0 chaque tour de la folle qui retourne et qui tourne, ils pensent\u2026&nbsp;: ils font l\u2019effort&nbsp;; ils repensent au gros S.S., mur\u00e9 dans sa graisse comme une tour, debout comme une forteresse, qui a d\u00e9sign\u00e9 leurs parents \u2014 ils ne savent plus o\u00f9, ni quand, \u2014 pour un \u00ab&nbsp;travail volontaire&nbsp;\u00bb dont ils ne sont pas revenus&nbsp;; ils repensent \u00e0 la charrette o\u00f9 ils ne les ont pas vus parmi les corps, parmi les morts&nbsp;; ils esp\u00e8rent\u2026&nbsp;: si on peut appeler \u00ab&nbsp;espoir&nbsp;\u00bb cette pens\u00e9e qui se cong\u00e8le et qui les g\u00e8le au c\u0153ur au lieu de leur donner des ailes&nbsp;; mais \u00e0 quoi bon des ailes, quand le ciel est si bleu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, le Ghetto. Et, eux, dedans. Dehors, il y a d\u2019autres enfants&nbsp;: des enfants vivants, des enfants tout autres, v\u00e9ritablement \u00ab&nbsp;pas comme eux&nbsp;\u00bb, qui, eux, ne restent pas, l\u00e0, \u00e0 rien faire, \u00e0 rien dire, vou\u00e9s \u00e0 rien. Dehors, il y a des enfants libres&nbsp;: libres de vivre encore, eux&nbsp;! Ici, la folle tourne et retourne, colle contre son sein sans lait son enfant mort. L\u2019enfant pue de plus en plus fort avec les jours qui passent. Des jours. Des nuits. \u00c0 rester, l\u00e0&nbsp;: Janek, Schmuel, Yehoudah&nbsp;; Yehoudah, Schmuel et Janek&nbsp;; Janek, Schmuel et la folle&nbsp;; Yehoudah, Schmuel et la folle&nbsp;; la folle et l\u2019enfant, l\u2019enfant mort, qui pue de plus en plus fort\u2026 Ils entendent, l\u00e0, pourtant l\u00e0, la musique miroitante du man\u00e8ge au-del\u00e0 du mur, qu\u2019on peut apercevoir des toits, du haut des toits, quand on est sur les toits post\u00e9s, pos\u00e9s, o\u00f9, depuis longtemps, ils n\u2019ont plus la force d\u2019aller. L\u00e0, le Ghetto. Eux, dedans. Dehors, il y a d\u2019autres enfants qui ne restent pas \u00e0 rien faire, \u00e0 rien dire, vou\u00e9s \u00e0 rien \u2014 vou\u00e9s \u00e0 quoi&nbsp;?\u2026 \u2014 par \u00ab&nbsp;les Aryens&nbsp;\u00bb&nbsp;; pour eux, ce ne sont pas les folles qui tournent, puis qui tournent, porteuses d\u2019enfants qui pourrissent, mais le man\u00e8ge miroitant qui rutile dans sa musique\u2026&nbsp;: Janek, Schmuel, Yehoudah&nbsp;; Yehoudah, Schmuel et Janek\u2026&nbsp;; Janek et la folle\u2026&nbsp;; Schmuel et la folle&nbsp;; Yehoudah et l\u2019enfant mort\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cette musique, ce tournis\u2026&nbsp;: ils vomiraient volontiers, si leur estomac le pouvait. Ils pensent, pour ne plus penser&nbsp;; ils pensent qu\u2019ils ont entendu de la bouche d\u2019adultes, que, depuis, ils n\u2019ont plus revus, que des enfants comme eux avaient pu sortir, s\u2019\u00e9chapper, partir, cach\u00e9s dans des valises&nbsp;; mais o\u00f9 trouver une valise encore, et, d\u00e9sormais, comment sortir&nbsp;? Et puis, qui saurait la porter&nbsp;? Qui saurait la porter encore&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 du mur du Ghetto, les Allemands ont install\u00e9 un beau man\u00e8ge tout en bois, avec des chevaux bleus, tout bleus&nbsp;: oh&nbsp;! pas tant pour les enfants riches qui sont dehors, qui sont libres, que pour rendre les petits Juifs qui sont dedans plus juifs et plus pauvres encore, sous le ciel infiniment bleu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais, soudain, soudain alors m\u00eame qu\u2019ils ne les avaient pas remarqu\u00e9es jusqu\u2019alors, imperceptibles d\u2019abord, puis, de plus en plus perceptibles \u2014 <em>mezza-voce,<\/em> \u2014 les Bouches d\u2019\u00c9gout se mettent \u00e0 parler, \u00e0 leur parler, \u00e0 l\u2019insu de tous, \u00e0 l\u2019insu de la rue d\u00e9j\u00e0 vide, \u00e0 l\u2019insu des morts, \u00e0 leur dire (<em>mezza-voce<\/em> )&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dehors\u2026 avec ou sans parents\u2026 dehors, il y a des poteaux t\u00e9l\u00e9graphiques qui relient l\u2019univers dehors\u2026 et des \u00e9pis de bl\u00e9s, et des chemins, et des orni\u00e8res de boue s\u00e8che sur lesquels on peut marcher, libre. Dehors, il y a des man\u00e8ges, des man\u00e8ges soudain arr\u00eat\u00e9s. Dehors, il y a des champs avec des pommes de terre dedans, \u00e0 manger crues ou m\u00eame \u00e0 cuire, des champs \u00e0 l\u2019infini qui vous m\u00e8nent vers l\u2019horizon, rond, au bout duquel se trouve l\u2019horizon encore, et, peut-\u00eatre encore, la mer, pour aller enfin au-del\u00e0&nbsp;; la mer, et l\u2019Am\u00e9rique&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb Et, Janek, Schmuel, Yehoudah\u2026 Yehoudah, Schmuel et Janek, qui, soudain, ne voient plus la folle qui se d\u00e9cide enfin \u00e0 donner son enfant, \u00e0 rendre son enfant, \u00e0 la poussi\u00e8re, sourient\u2026<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/3_-_Les_etoiles.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/3_-_Les_etoiles.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LES \u00c9TOILES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;Dis, Petit P\u00e8re\u2026 dis&nbsp;! Pourquoi est-ce qu\u2019on doit coudre, nous, une \u00e9toile sur nos habits&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Parce que nous sommes les fils du Ciel, mon fils, et que L\u2019Europe est dans la nuit&nbsp;; que sans les Juifs L\u2019Europe serait dans la nuit\u2026 Nous portons, tous, une \u00e9toile pour qu\u2019il fasse moins noir, ici\u2026 moins noir ici, petit fr\u00e8re, moins noir, tu vois&nbsp;; c\u2019est pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dis, Petit P\u00e8re\u2026 dis, pourquoi la nuit&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Pour qu\u2019il y ait\u2026 La Lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dis, Petit P\u00e8re\u2026 dis, encore\u2026&nbsp;: o\u00f9 va-t-on quand on est mort&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Quand un Juif meurt, petit fr\u00e8re\u2026 une \u00e9toile s\u2019allume au Ciel.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Et le dernier petit enfant juif du ghetto juif de Lublin meurt, tandis qu\u2019au ciel \u2014 qui le saura&nbsp;? \u2014 peut-\u00eatre s\u2019allume, nouvelle, une \u00e9toile\u2026 parmi des millions d\u2019\u00e9toiles nouvelles, que pourtant personne ne voit\u2026 ni ne regarde.<br><a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/4_-_Theatre_a_Theresienstadt.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/4_-_Theatre_a_Theresienstadt.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>TH\u00c9\u00c2TRE \u00c0 THERESIENSTADT<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb5\">5<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Theresienstadt, il y a des fa\u00e7ades&nbsp;; des rues, entre les fa\u00e7ades&nbsp;; dans les rues entre les fa\u00e7ades, des gens.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une place juste au bout de toutes ces rues&nbsp;; et les rues semblent y mener. Sur la place, il y a des gens.<\/p>\n\n\n\n<p>De jeunes vieillards bien habill\u00e9s y sont assis&nbsp;; comme \u00e9tonn\u00e9s d\u2019\u00eatre l\u00e0&nbsp;; sans qu\u2019on sache\u2026 Parmi eux, il y a m\u00eame quelques vieux comme plus \u00e9tonn\u00e9s encore, sans qu\u2019on sache pourtant pourquoi&nbsp;; et qui sont l\u00e0\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Devant les bancs, des passants passent. Devant eux. Comme absorb\u00e9s par cette action, \u00e9tonnamment. Ils passent, dans l\u2019un et l\u2019autre sens, pas apr\u00e8s pas, sous un ciel m\u00e9tallique, et bleu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a, juste un peu plus loin, comme \u00e0 distance cependant, des enfants gras, sans parents, qui jouent sur un terrain de jeu, visiblement tout sp\u00e9cialement am\u00e9nag\u00e9 pour eux.<br>Beaucoup plus loin encore, des femmes, des femmes en cheveux, en tailleur, en talons, des femmes qui \u00ab&nbsp;portent des bas&nbsp;\u00bb \u2014 c\u2019est un <em>Feldwebel<\/em> S.S. qui l\u2019affirme, \u2014 devant une large vitrine sont agglutin\u00e9es, immobiles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Theresienstadt, on croirait presque que la guerre s\u2019est arr\u00eat\u00e9e, tant la ville semble un havre de paix. \u00ab&nbsp;C\u2019est un camp pour <em>\u00ab\u00a0graue Eminenzen <\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb6\">6<\/a>]<em>\u00ab\u00a0<\/em>, pour juifs riches&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb7\">7<\/a>], pour planqu\u00e9s&nbsp;\u00bb pensera le D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 suisse&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb8\">8<\/a>] de la <em>Croix-Rouge internationale<\/em> men\u00e9 par des S.S. affables \u2014 <em>Oberleutnant, Hauptmann, Kommandant<\/em> \u2014 aux uniformes sans plis, qui, avec politesse, invitent \u00e0 photographier \u00ab&nbsp;la vie&nbsp;\u00bb, ce bonheur, cette paix\u2026 \u00e0 photographier sans contr\u00f4le, \u00ab\u00a0au vol\u00a0\u00bb, pour montrer au monde \u00ab&nbsp;Le Grand \u0152uvre allemand&nbsp;\u00bb en pleine r\u00e9alisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s loin, il y a une petite forteresse \u2014 \u00ab&nbsp;La Petite Forteresse&nbsp;\u00bb, comme on dit \u00e0 Theresienstadt, \u2014 qui semble n\u2019\u00eatre plus qu\u2019un objet du d\u00e9cor&nbsp;; comme une pi\u00e8ce de mus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vieux docteur&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb9\">9<\/a>] isra\u00e9lite \u00e0 cheveux blancs, maire de la ville, et, \u00ab&nbsp;Pr\u00e9sident du Conseil juif&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb10\">10<\/a>]&nbsp;\u00bb pr\u00e9cise avec une d\u00e9f\u00e9rence appuy\u00e9e le <em>Kommandant<\/em>, les guide, guide les visiteurs \u00e9berlu\u00e9s&nbsp;; il leur fait visiter une synagogue, \u00ab\u00a0flambant neuve\u00a0\u00bb, aux allures de salle de sport, o\u00f9 un rabbin, porteur de La <em>Thora<\/em>, sous Le <em>Tallit<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb11\">11<\/a>] est occup\u00e9, comme absent, \u00e0 psalmodier Le <em>Kaddish <\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb12\">12<\/a>], dans ses dents.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, sur la place, il y a un kiosque \u00e0 musique o\u00f9 des musiciens jouent des airs entra\u00eenants, tr\u00e8s \u00ab\u00a0gais\u00a0\u00bb \u2014 des \u00ab&nbsp;airs d\u2019avant-guerre&nbsp;\u00bb, \u2014 sans pourtant para\u00eetre bouger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Theresienstadt, il y a des jardins d\u2019enfants, des th\u00e9\u00e2tres, des biblioth\u00e8ques. Il y a une banque&nbsp;: on y bat monnaie. Il y a une poste, et l\u2019on y re\u00e7oit des colis. Il y a m\u00eame un dispensaire o\u00f9 les S.S. \u2014 \u00ab&nbsp;pour raisons humanitaires&nbsp;\u00bb \u2014 lib\u00e9ralement, autorisent, qu\u2019on envoie des m\u00e9dicaments\u2026 mais, la D\u00e9l\u00e9gation de la <em>Croix-Rouge internationale<\/em> invit\u00e9e pourra l\u2019affirmer&nbsp;: c\u2019est un univers si parfait, qu\u2019il n\u2019y a pas de cimeti\u00e8re&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb13\">13<\/a>] \u00e0 Theresienstadt&nbsp;; La Mort est partie en fum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Theresienstadt, en somme, il y a une famille \u2014 donc, des familles \u2014 qui logent sous un toit, et qui mangent autour d\u2019une table avec des cuill\u00e8res, des fourchettes et des couteaux, sous une lampe allum\u00e9e, dans un silence relatif, avec une lenteur ind\u00e9finissable\u2026<br>Il y a tout cela\u2026 tout cela, \u00e0 <em>Theresienstadt<\/em>\u2026 et, \u00ab&nbsp;tout est en ordre&nbsp;\u00bb\u2026 le temps d\u2019un jour\u2026 de th\u00e9\u00e2tre.<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/5_-_Trains_de_la_nuit_et_du_brouillard.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/5_-_Trains_de_la_nuit_et_du_brouillard.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>TRAINS DE LA \u00ab&nbsp;NUIT&nbsp;\u00bb ET DU \u00ab&nbsp;BROUILLARD<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb14\">14<\/a>]<strong>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des trains\u2026 des trains inconnus, silencieux, toujours qui passent dans la nuit d\u2019Europe, des trains qui passent\u2026 tandis que leur vapeur passe devant La Lune. La plupart l\u2019ignorent. Et, ceux qui la voient ou qui la regardent la prennent pour de simples nuages&nbsp;: de l\u2019eau qui passe au ciel, simplement un peu plus l\u00e9g\u00e8re, qui va, elle aussi, retomber sur terre, s\u2019y enfouir sous la poussi\u00e8re, bient\u00f4t, demain, on ne sait quand.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont pas des nuages, mais la vapeur amass\u00e9e de milliers de trains disparus, qui n\u2019existent plus, qui passe au ciel, laquelle \u2014 opaque \u2014 chaque nuit se reforme au ciel pour passer devant cette lune \u00e9trang\u00e8re, qui, cependant, semble la voir, \u00e9trangement, para\u00eet en garder la m\u00e9moire tandis que des trains dans la nuit cahotent\u2026 cahotent au bruit des ballasts, silencieusement dans la nuit, sans nulle cesse\u2026 tandis que les vivants dorment, pour la plupart.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui veillent\u2026 ceux qui veillent mais qui sont seuls, entendent-ils\u2026 entendent-ils qu\u2019il y a des mots aussi dans le vent\u2026 dans le vent\u2026 le vent ou simplement dans l\u2019air, l\u2019air immobile&nbsp;?\u2026<br>Des mots gel\u00e9s, et qui s\u2019appellent, comme perdus \u00e0 tout jamais mais cherchant \u00e0 se r\u00e9chauffer dans la distance et dans l\u2019espace, ici et l\u00e0, on ne sait o\u00f9, on sait d\u2019o\u00f9 revenus, d\u2019o\u00f9 venus&nbsp;:<br><br>\u2014&nbsp;Maman. Maman, j\u2019ai faim. J\u2019ai peur.<br><br>\u2014&nbsp;Dors, Chmerel\u00e9. Dors, mon c\u0153ur. Nous arrivons bient\u00f4t .<br><br>\u2014&nbsp;Maman, j\u2019ai soif. J\u2019ai soif\u2026 j\u2019ai soif.<br><br>\u2014&nbsp;Dors, Sarah. Dors, mon oiseau. Nous arrivons, bient\u00f4t.<br><br>\u2014&nbsp;Maman, maman, dis\u2026 quand arrivons-nous&nbsp;?<br><br>\u2014&nbsp;Bient\u00f4t.<br><br>\u2014&nbsp;Maman&nbsp;!\u2026 Maman&nbsp;!<br><br>\u2014&nbsp;Maman&nbsp;! Maman&nbsp;!\u2026<br><br>\u2014&nbsp;Dors.<br><br>\u2014&nbsp;Dors. Dors\u2026 mon enfant.<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/6_-_Canada.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/6_-_Canada.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>CANADA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voix absentes. Regards perdus.<br>Pr\u00e9sence.<br>Absence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et dans le silence, on entend des silences qui crient, qui prient, des pleurs, des chuchotements, des r\u00e2les qui atteignent enfin l\u2019autre rive ou rien, des voix qui meurent, qui se taisent, des r\u00eaves, des r\u00eaves de fuite et de mort qui marmonnent, qui se retiennent\u2026<br>(Tout cela t\u00e9nu, indistinct.)<\/p>\n\n\n\n<p>Regards perdus, arrach\u00e9s comme des yeux juste \u00e0 la descente des trains, regards vol\u00e9s, regards enfuis, regards entass\u00e9s jusqu\u2019au ciel, amass\u00e9s l\u00e0, jet\u00e9s en tas, d\u2019avance vou\u00e9s \u00e0 la nuit, empil\u00e9s \u00e0 crever le ciel, jusqu\u2019\u00e0 se fondre \u00e0 lui si vide, lui, qui nous regarde depuis, ici, qui regarde le monde, ce bout du monde, comme s\u2019il ne pouvait attester de ce qu\u2019il aura vu ici pourtant, ici, comme s\u2019il doutait.<\/p>\n\n\n\n<p>Valises vides, empil\u00e9es.<br>Souliers, et petits souliers, vides.<br>M\u00e8ches ou tresses amass\u00e9es de cheveux blancs, de cheveux gris, de cheveux d\u2019ange ou noirs de jais, blonds, bruns, roux ou teints au henn\u00e9. Masses de cheveux entass\u00e9s jusqu\u2019au toit, jusqu\u2019\u00e0 le toucher, m\u00eal\u00e9s en tas, veufs, orphelins&nbsp;; cheveux humains, cheveux glac\u00e9s, qu\u2019aucune main ne viendra plus jamais r\u00e9chauffer, jamais plus lisser autour d\u2019un visage, caresser autour d\u2019un visage aim\u00e9. Cheveux pes\u00e9s, cheveux \u00e0 vendre, cheveux \u00e0 vendre au poids, \u00e0 recycler, \u00e0 teindre en vert de gris pour faire des capotes de soldats nazis, des manteaux pour les civils allemands, des couvertures pour leurs enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Jouets d\u2019enfants. Habits. Effets. Appareils dentaires. Lunettes, lorgnons. Proth\u00e8ses diverses&nbsp;: jambes et bras articul\u00e9s, pilons.<\/p>\n\n\n\n<p>Tours de Babel d\u2019objets tri\u00e9s par la Mort,<br>et mis \u00e0 l\u2019encan.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, le vide, autour.<br>(Le vide.)<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis le regard, les regards partout \u2014 immat\u00e9riels, \u2014 les regards arrach\u00e9s \u00e0 la descente des trains, les regards de ceux qu\u2019on s\u00e9pare et qui savent que c\u2019est \u00ab&nbsp;pour toujours&nbsp;\u00bb.<br>Faut bien qu\u2019ils \u00e9chouent l\u00e0 aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>On nomme l\u2019endroit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Canada&nbsp;\u00bb. Des ombres s\u2019y affairent, trient chaque objet, dans le silence les empilent puis les emm\u00e8nent vers les trains, les trains de retour, pour d\u2019autres destinations vers le Reich.<\/p>\n\n\n\n<p>Seuls restent les regards,<br>les regards empil\u00e9s jusqu\u2019au ciel,<br>immat\u00e9riels.<\/p>\n\n\n\n<p>Les regards,<br>c\u2019est le ciel qui regarde le ciel ici, qui voit le vide,<br>qui constate l\u2019inexistence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne sait plus de qui, ou de quoi\u2026<br><a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/7_-_Chambre_a_gaz.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/7_-_Chambre_a_gaz.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>CHAMBRE \u00c0 GAZ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si on t\u2019a mise nue, Laja, c\u2019est \u00ab&nbsp;pour la douche&nbsp;\u00bb. Des enfants nus sont dans tes jambes. Non loin, c\u2019est ta s\u0153ur, Sarah\u2026 et, plus loin, ta m\u00e8re, l\u00e0-bas&nbsp;: cette \u00e9trang\u00e8re que pour la premi\u00e8re fois tu vois nue&nbsp;; elle cache sa nudit\u00e9&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb15\">15<\/a>].<br>Si tu regardes le plafond, ces griffures dans le b\u00e9ton ray\u00e9 de rouge, est-ce pour lire l\u2019avenir&nbsp;?\u2026<br>\u00c0 la descente du train, on vous a fait sauter, enfants et femmes, sur le quai \u2014 ceux qui \u00e9taient vivants encore \u2014&nbsp;; on vous a fait d\u00e9shabiller, puis l\u2019on vous a men\u00e9s en rang jusqu\u2019ici, en courant, sous les coups de matraques, les cris, parmi les aboiements furieux des chiens que des uniformes noirs ont l\u00e2ch\u00e9 sur vous pour vous rassembler comme un troupeau. On vous a fait rentrer ici, puis enferm\u00e9s.<br>Et, depuis\u2026 depuis, c\u2019est ce grand silence.<br>Toutes se taisent. Tout se tait.<br>C\u2019est \u00e0 peine si un enfant ose geindre. Il y a de petits g\u00e9missements de terreur aussit\u00f4t r\u00e9prim\u00e9s, de petits g\u00e9missements, vite, aussit\u00f4t raval\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On attend.<\/p>\n\n\n\n<p>Toi, tu taches de penser, Laja, \u00e0 Chmerel\u00e9, ton fianc\u00e9. Tu ne sais pas pourquoi, mais tu sens qu\u2019il est l\u00e0, l\u00e0 soudain, pr\u00e9sent avec toi, tr\u00e8s fort.<br>Si tu voyais comme tu es belle, Laja, en ce moment, tandis que des pommes de douche, verd\u00e2tre, dans la p\u00e9nombre \u2014 on s\u2019en rend compte&nbsp;! \u2014 une sorte de fum\u00e9e coule.<br>Dans la terreur qui te saisit, c\u2019est quand m\u00eame l\u2019image de ton ch\u00e9ri, de Chmerel\u00e9 que tu b\u00e2tis, que tu reb\u00e2tis, inlassable. Il est l\u00e0, debout, devant toi, choisi, plus r\u00e9el que le brouhaha, le tohu bohu, le d\u00e9lire indescriptible qui prend ces femmes, leurs enfants, et, ces enfants autour de toi. C\u2019est bien Chmerel\u00e9 qui est l\u00e0 devant toi et qui te sourit, avec ce regard grave, et calme, devant ta nudit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9couvre, et dont il a failli \u00eatre priv\u00e9.<br><br>\u2014&nbsp;Ah&nbsp;! se donner \u00e0 lui juste avant que tout soit fini. C\u2019est l\u00e0 tout ce qui t\u2019obs\u00e8de, parmi la fureur et les cris&#8230;.<br>Et tu t\u2019obstines&nbsp;!\u2026 Et tu t\u2019acharnes, tu t\u2019appliques, de tout ton corps qui n\u2019est plus qu\u2019une \u00e2me pour lui, pour que l\u2019image de Chmerel\u00e9 ne te quitte pas, pour que l\u2019image de Chmerel\u00e9 persiste, l\u00e0, debout devant toi, sous le nuage, sous le mouchoir du gaz qui vous marie.<br>Et toutes ces mains qui te bousculent, te touchent dans la bousculade indescriptible\u2026 tous ces coups que l\u2019on te porte aux seins, au dos, au ventre, aux fesses, l\u00e0, aux cuisses\u2026&nbsp;: c\u2019est Chmerel\u00e9 qui te rassure, c\u2019est Chmerel\u00e9 qui te caresse, afin que tout soit accompli, afin que vous ayez votre nuit de noces, afin que vous ayez v\u00e9cu ensemble votre vie, toute votre vie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tout s\u2019accomplit.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces enfants qui, suffoquant, et se collant \u00e0 tes jambes, dans tes jambes s\u2019agrippent \u00e0 toi comme s\u2019ils cherchaient \u00e0 se r\u00e9fugier dans ton ventre vierge, Laja, tu es leur m\u00e8re en cet instant. Dans un vertige, au bord de l\u2019\u00e9vanouissement, tu prends leur t\u00eate dans tes mains, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre, mais sans les repousser, passant de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Sans doute, sentent-ils ton geste, comme un geste fait pour les rassurer, comme une sorte de caresse de jeune m\u00e8re qui les apaise, tandis que l\u2019air leur manque, et tandis qu\u2019ils hal\u00e8tent, t\u00e9tant l\u2019absence d\u2019air, le vide, le gaz, la mort&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb16\">16<\/a>]. C\u2019est toi qui vas les accoucher&nbsp;! C\u2019est toi qui les accouche, tous ces enfants, Laja. C\u2019est toi qui les as accouch\u00e9s \u00e0 la mort, Petite M\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dors.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton travail est fini.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour,<br>l\u2019amour est le plus fort.<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/8_-_Les_retrouvailles.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/8_-_Les_retrouvailles.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LES RETROUVAILLES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Shmuel va au <em>Revier <\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb17\">17<\/a>]&nbsp;; Shmuel pleure&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je cherche Papa, mais je ne le reconnais pas. Il me reconnaissait, hier&nbsp;; je le reconnaissais encore hier&nbsp;; mais, l\u00e0, je ne sais plus, je ne sais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Shmuel, c\u2019est au <em>Revier<\/em> qu\u2019il a revu son p\u00e8re. Il ne l\u2019avait plus vu depuis la rafle \u00e0 Varsovie. Il ne l\u2019avait plus vu depuis qu\u2019il \u00e9tait au <em>Lager.<\/em> Il pensait qu\u2019il \u00e9tait mort, avec les fr\u00e8res, les s\u0153urs, Maman\u2026<br>Et puis voil\u00e0 qu\u2019en passant au <em>Revier<\/em> (pour Dieu sait quoi&nbsp;!\u2026), une voix sort d\u2019un ch\u00e2lit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Shmuel&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>et qu\u2019\u00e0 la voix, rien qu\u2019\u00e0 la voix qu\u2019il reconna\u00eet, Shmuel r\u00e9pond&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Papa&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sort d\u2019un petit vieillard, la voix&nbsp;: m\u00e9connaissable, au teint vraiment vert, \u00e9dent\u00e9, ratatin\u00e9, rid\u00e9, et qui r\u00e2le avec une respiration qui siffle, entre deux toux.<br>Au regard, rien qu\u2019au regard, Shmuel soudain le reconna\u00eet&nbsp;; et ils tombent dans les bras l\u2019un de l\u2019autre, si l\u2019on peut dire, car Shmuel tout maigre qu\u2019il est lui aussi fait bien attention en le serrant un peu, ainsi, \u00e0 ne pas le casser, l\u2019\u00e9touffer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019infirmier \u2014 un salaud de premi\u00e8re, \u2014 il ne sait pourquoi, laisse faire. Mais, aujourd\u2019hui qu\u2019il est revenu au <em>Revier,<\/em> il comprend mieux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;O\u00f9 est mon p\u00e8re&nbsp;? O\u00f9 est mon p\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ta gueule, <em>St\u00fcck.<\/em> C\u2019est un h\u00f4pital, ici, pas un parloir de prison, ni une porcherie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>lui marmonne l\u2019infirmier polonais dans un chleuh approximatif.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu la fermes ou tu te tires. Ton p\u00e8re, je l\u2019ai d\u00e9plac\u00e9, sale Juif&nbsp;! \u00c0 toi de le trouver \u00e0 pr\u00e9sent. Laisse parler les liens du sang\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et les autres infirmiers, et le m\u00e9decin espagnol et son auxiliaire italien rient tr\u00e8s fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, Shmuel, parmi les ch\u00e2lits, accroupi, passant de mourant en mourant, en les enjambant comme il peut, interroge \u00e0 mi voix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Papa&nbsp;!\u2026 Papa&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On le laisse faire ainsi une rang\u00e9e\u2026 puis deux\u2026 puis trois&nbsp;: pour s\u2019amuser. Et Shmuel crie toujours \u00e0 mi voix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Papa&nbsp;!\u2026 Papa&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>au dessus des mourants qui r\u00e2lent.<br>Comme il est sans r\u00e9ponse&nbsp;; comme on en a assez&nbsp;; alors, on l\u2019attrape \u00e0 quatre, quatre \u00e0 quatre, par le fond du pantalon, du dos et du col de veste&nbsp;; on le fait un peu valser pour amuser les tires-au-flanc qui sont l\u00e0 parce qu\u2019ils ont \u00ab\u00a0pay\u00e9\u00a0\u00bb la dispense, le \u00ab&nbsp;<em>Schonung<\/em>&nbsp;\u00bb, en soupe ou en nature. Shmuel crie cette fois \u00e0 pleine voix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Papa&nbsp;!\u2026 Papa&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et, il y en a de plus en plus qui r\u00e2lent, qui ne rient plus, qui ne rient pas, qui crient&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Assez&nbsp;!\u2026<em> Los&nbsp;!\u2026 Alles aus<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb18\">18<\/a>] <em>&nbsp;!\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alors, la porte s\u2019ouvre tout grand sur le ciel gris, sur le ciel d\u00e9j\u00e0 noir. Et l\u2019on envoie Shmuel, d\u2019un coup, d\u2019un seul, dans les \u00e9toiles&nbsp;!<br><a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/9_-_La_ronde_d_Auschwitz.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/9_-_La_ronde_d_Auschwitz.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LA RONDE D\u2019AUSCHWITZ<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb19\">19<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p><small>Aux enfants assassin\u00e9s, fusill\u00e9s et br\u00fbl\u00e9s ou pass\u00e9s par les chambres \u00e0 gaz et cr\u00e9matori\u00e9s \u00e0 Auschwitz, \u00e0 Auschwitz et dans les autres <em>Lager<\/em> \u2026 En pensant \u00e0 Madame Eug\u00e9nie Zaboznik.<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Andr\u00e9e, Andrei, Andr\u00e9s, Anders\u2026 Andi, Andor, Andr\u00e9a\u2026<br>Poldie, Rainer, Radel, Raimar\u2026 Lodie, Livia, Ljuba, Louki\u2026<br>Marian, Marti, Martin, Mario\u2026 Val\u00e8re, V\u00e9ra, Virgile, Vivianne\u2026<br>Wolfgang, Xavi\u00e8re, Youri, Yvan\u2026 Anouk, Caprice, Charmaine, Cherry\u2026<br>Ada, Ad\u00e8le, Agathe, Suzy\u2026 Zita, Zo\u00e9, Tristan, Thomasz\u2026<br>Marinette, Silvana, Serena, Severin\u2026 Val\u00e9ry, Valeska, Valiouschka, Vavoussia\u2026<br>Jacques, Simone, Hermann, Mireille\u2026 Paulette, Justin, Maurice, \u00c9douard\u2026<br>Ida, Louisette, Annette, H\u00e9l\u00e8ne\u2026 Antek, Bogdan, Serban, Mirko\u2026<br>Madeleine, Liliane, Michel, Danielle\u2026 Wladislaw, Zlatko, Milan, Miloslaw\u2026<br>Swetlana, Veruschka, Nadiousa, Nadeschda\u2026 R\u00e9gine, Bernard, L\u00e9on, Michelle\u2026<br>Nikita, Nikola\u00ef, Ophelia, Nikolajs\u2026 Ralissa, Marouane, Fathia, A\u00efcha\u2026<br>Nina, Ninja, Vasco, Pilar\u2026 Linda, Lola, Xaviera\u2026<br>Alba, Delmar, Esmeralda\u2026 Simon, Sophie, Stella, St\u00e9phane\u2026<br>Antonin, Ang\u00e9line, Anton, Antonio\u2026 Perry, Poppy, Milton, Lee\u2026<br>Nada, Najeh, Naji, Najib\u2026 Saturnin, S\u00e9raphin, S\u00e9verine, Sidonie\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Esther, Nathan, Myriam, Allia\u2026 Rachel, Fajga, Ida, Laja\u2026<br>Joseph, Simon, Liki, Lotti\u2026 Max, Dora, Kiwa, L\u00e9on\u2026<br>Fitka, Henri, Maurice, Edgard\u2026 Schmuel, Mo\u00efse, Hermance, Abraham\u2026<br>Oscar, Lazare, L\u00e9a, Boni\u2026 Nelly, Allen, Stella, Chaya\u2026<br>Aron, Rebeca, Olga, Jonas\u2026 Mojsze, Emeric, Thomas, Lejb\u2026<br>Szlama, Mieczyslaw, Wolf, Robert\u2026 Ferenc, Stanislas, Arpen\u2026<br>Alfonso, Rino, Spartaco, Missak\u2026 Roger, Antoine, C\u00e9sar, Gdala\u2026<br>Rachmil, Jos\u00e9, Amad\u00e9o\u2026 Roiza, Mimi, Netti, Frida\u2026<br>Est\u00e9ra, Estreya, Klara, Teti\u2026 Paula, Lya, Susi, Friedel\u2026<br>Ha\u00efm, \u00c9lie, Guido, Zisla\u2026 Feiga, Kha\u00efm, Isak, Rywka\u2026<br>Mina, Sura, Anna, Nadja\u2026 Maria, Fanny, Isma\u00ebl\u2026<br>Hadasa, Chawa, Chaja, Chil\u2026 Dvora, Lotte, Jacob, Szmul, Leib\u2026<br>Schenzi, \u00c9mire, Constantino\u2026 Jetty, Nevine, Sauveur, Aron\u2026<br>Karel, Mo\u00efse, Henrik, Dietrich\u2026 Lydie, Lucie, Marta, Rachelle\u2026<br>Rosa, Ellen, Nina, Isser\u2026 Ginda, Luba, Shirley\u2026<br>Salvador\u2026<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/9b_-_Les_Chardons.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/9b_-_Les_Chardons.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>LES CHARDONS<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb20\">20<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>Les Chardons de <em>Bergen-Belsen<\/em>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb21\">21<\/a>] regardent le ciel avec une t\u00eate pensive.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Chardons de <em>Bergen-Belsen<\/em> ne sentent pas les mains du Vent. Ils se souviennent de la cendre qui les fit na\u00eetre, les porta. Ils se d\u00e9coupent, sans mot dire, sur les nuages, qui passent, sans mot dire&nbsp;: de grands nuages lents qui passent, comme vides et sans m\u00e9moire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Comme eux\u2026 comme eux, les Chardons de <em>Bergen-Belsen<\/em> ne se souviennent plus des plaines de Prusse et du Hanovre. Ils ne sont plus de cette terre&nbsp;; ils ne sont l\u00e0 qu\u2019en apparence&nbsp;; ils ne r\u00eavent pourtant pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Chardons de <em>Bergen-Belsen<\/em> ne sentent plus la Pluie. La Pluie, ni rien d\u2019ailleurs. Les Chardons de <em>Bergen-Belsen<\/em> rouillent, tombent en poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Chardons de <em>Bergen-Belsen<\/em> ont une \u00e2me de fer.<br><a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/9c_-_Recycle.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"http:\/\/revuepolaire.com\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/9c_-_Recycle.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>RECYCL\u00c9<\/strong>&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb22\">22<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Une mine de papier m\u00e2ch\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019Histoire&nbsp;\u00bb&nbsp;!\u2026<br>Une mine de papier de visages m\u00e2ch\u00e9s par L\u2019Histoire qui les transforme en papier&nbsp;: papier qui jaunit, parfois qui pourrit, papier qui se racornit, papier banal, papier vou\u00e9 aux vers, \u00e0 la poussi\u00e8re aussi, comme les corps eux-m\u00eames qui, en papier, se sont transform\u00e9s, \u00ab&nbsp;recycl\u00e9s&nbsp;\u00bb\u2026 quand on doit admettre pourtant \u2014 d\u00e9risoire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d\u2019une improbable \u00e9ternit\u00e9 \u2014 que le papier&nbsp;: c\u2019est ce qui reste quand on a tout oubli\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Treblinka\u2026 Auschwitz\u2026 Ma\u00efdanek,<br>Sobibor\u2026 Belzec\u2026 Chelmno,<br>Gross-Rosen\u2026 Stutthof\u2026 Sajmiste,<br>Sachsenhausen\u2026 Mauthausen\u2026 Bergen-Belsen,<br>Ravensbr\u00fcck\u2026 Natzweiller\u2026 Buchenwald,<br>Neuengamme\u2026 Mittelbau Dora\u2026 Dachau,<br>Flossenb\u00fcrg\u2026 Jasenovac\u2026 Gospic,<br>Pithiviers\u2026 Birkenau\u2026 Drancy,<br>Pologne, Allemagne, Croatie\u2026<br>\u2026 Autriche, France, Europe \u00e9quarrie,<br>et, de L\u2019Atlantique \u00e0 L\u2019Oural, th\u00e9ories de camps \u00e9tablis, aussit\u00f4t contresign\u00e9s, aussit\u00f4t autoris\u00e9s par L\u2019Autorit\u00e9 Centrale, par les administrations, par la collaboration \u2014 qu\u2019elle fut active ou passive \u2014 des pouvoirs locaux, des pouvoirs en place, des populations sous leur coupe\u2026 concentration g\u00e9n\u00e9rale\u2026 extermination programm\u00e9e\u2026 pour une honte, qui devrait durer \u00ab&nbsp;mille ans&nbsp;\u00bb, th\u00e9oriquement qui devait&nbsp;: car\u2026 l\u2019immense g\u00e9ographie du camp se r\u00e9sume \u00e0 un mot abstrait sur un papier qu\u2019on peut br\u00fbler, jusqu\u2019\u00e0 faire douter la m\u00e9moire des survivants qui continue \u00e0 br\u00fbler. Et, demain\u2026 mais demain, qui\u2026 qui br\u00fblera \u2014 qui ou quoi, \u2014 une fois que les survivants, eux, que le feu a \u00e9pargn\u00e9s, dont la m\u00e9moire br\u00fble encore, dispara\u00eetront\u2026 lorsqu\u2019ils auront tous disparus, lorsqu\u2019ils seront, eux, consum\u00e9s\u2026 tous consum\u00e9s\u2026 jusqu\u2019au dernier&nbsp;? La cendre des morts dispers\u00e9e \u2014 dont un peu de cendre chaude sera recueillie dans les livres \u2014 qui br\u00fblera sinon les livres dans ce feu sans cesse larv\u00e9 de La M\u00e9moire qui se perd d\u00e9j\u00e0 en poussi\u00e8re,<br>la poussi\u00e8re d\u2019un g\u00e9nocide,<br>la poussi\u00e8re des corps,<br>la poussi\u00e8re des morts chang\u00e9e en poussi\u00e8re de mots<br>disparaissant sous une autre comme plus impalpable encore et se solidifiant pourtant dans le schiste inutile des biblioth\u00e8ques o\u00f9, bon an mal an, de malheurs pass\u00e9s, les Politiques iront se tailler des fragments pour paver \u2014 de \u00ab&nbsp;l\u2019enfer&nbsp;\u00bb de tant d\u2019autres depuis longtemps oubli\u00e9s \u2014 les bonnes intentions de leurs discours pr\u00e9sents, lesquels passent\u2026 lesquels passent eux-m\u00eames\u2026 puisqu\u2019ils ne sont que du papier \u00e0 l\u2019instant m\u00eame, \u00e0 l\u2019heure, o\u00f9 ils sont prononc\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Six millions de juifs, un de tziganes, un de politiques et de d\u00e9port\u00e9s divers [\u2026]&nbsp;\u00bb<br>ne prennent pas plus de place que ce qu\u2019il faut \u00e0 ces seuls mots, \u00e0 ces mots, seuls, sur une feuille. Tant de visages, tant de regards et tant de vies r\u00e9sum\u00e9es \u00e0 ce seul destin d\u2019une phrase sans \u00e2me&nbsp;:<br>la plus petite urne du monde.<br>Une urne de papier.<br>\u00c0 ranger dans un livre.<br>Parmi les vieilles statistiques depuis longtemps remis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Papier&nbsp;!\u2026 Tra\u00eetre qui nous trahit jusque dans l\u2019ultime salut m\u00eame que tu parais offrir, faisant mine de nous sauver quand nous sommes en fait la mine o\u00f9 tu te fais, en fondant nos pauvres visages\u2026 nos pauvres visages chers au regard perdu\u2026 aux regards perdus de ceux que l\u2019on a tant aim\u00e9s, si, parfois pas m\u00eame connus\u2026 que serais-tu sans le silence&nbsp;?\u2026 Que serais-tu sans ce silence \u00e0 quoi certains d\u2019entre les n\u00f4tres sont parvenus \u00e0 rassembler tant d\u2019absence, \u00e0 r\u00e9sumer la pr\u00e9sence vol\u00e9e d\u2019un monde fait des mondes vol\u00e9s,<br>dans l\u2019eau\u2026<br>dans le seul rond d\u2019eau, l\u2019aur\u00e9ole\u2026<br>dans le seul rond d\u2019eau d\u2019une larme, que ton feu n\u2019avait pas pr\u00e9vue, pour au moins sauver\u2026 \u00ab&nbsp;quelque chose&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;O&nbsp;!\u2026 silence d\u2019eau&nbsp;!<br>Silence d\u2019eau, \u00f4 Po\u00e9sie&nbsp;!\u2026<br>Est-ce bien toi\u2026&nbsp;: la seule qui sait bien sauver quelque chose dans ce papier qui se consume et qui t\u00e9moignait de nos vies&nbsp;?<a href=\"http:\/\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/IMG\/mp3\/Survivre-2.mp3\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>SURVIVRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><small><em>\u00e0 Mme&nbsp;Eug\u00e9nie Zaboznik&nbsp;[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nb23\">23<\/a>], qui parqu\u00e9e enfant dans le ghetto de Cracovie-Podgorze avec ses parents puis d\u00e9port\u00e9e \u00e0 Auschwitz- 1, seule survivante de sa famille, a bien jur\u00e9 de ne plus jamais remettre les pieds ni \u00e0 Auschwitz ni en Pologne, et a fait effacer le tatouage de son num\u00e9ro matricule dont elle entend ne plus jamais se souvenir<\/em> [\u2026].<\/small><\/p>\n\n\n\n<p>Maman Helena,<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis soixante ans, je n\u2019ai jamais pu prendre une seule douche sans penser \u00e0 toi, \u00e0 ta pudeur de femme juive de ce temps-l\u00e0, ta pudeur outrag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En repensant \u00e0 toi, je revois aussi l\u2019agglutinement des corps anonymes, des corps entass\u00e9s&nbsp;; et la fum\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis poussi\u00e8re&nbsp;:<br>je me d\u00e9laie sous la pluie de mes souvenirs.<br>De mon propre corps, il ne reste rien chaque fois que je pense \u00e0 vous&nbsp;: Papa, Maman, Grand-P\u00e8re, mon Fr\u00e8re\u2026<br>Je m\u2019effondre, je me dissous, me disperse \u00e0 la pluie, aux vents&nbsp;; et il pleut et vente toujours\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ne sais pourquoi&nbsp;: vous associe \u00e0 la vision de cette femme tzigane assise dans une all\u00e9e d\u2019Auschwitz, qui serrait ses enfants contre elle, le regard vide\u2026 Un S.S. avait d\u00fb lui dire d\u2019attendre, de s\u2019asseoir l\u00e0. Elle attendait\u2026<br>D\u2019o\u00f9 venait-elle, d\u2019o\u00f9 venaient-ils&nbsp;? Avaient-ils \u00e9chapp\u00e9 par erreur \u00e0 la s\u00e9lection&nbsp;? Avaient-ils \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0oubli\u00e9s\u00a0\u00bb&nbsp;? Venaient-ils d\u2019\u00eatre rafl\u00e9s dans les environs&nbsp;? \u00c9taient-ils arriv\u00e9s par camion&nbsp;? Savait-elle ce qui les attendait, ce qu\u2019on leur faisait attendre, l\u00e0, assis, dans cette all\u00e9e, cette avenue du camp qui menait \u00e0 la mort et au cr\u00e9matoire&nbsp;?\u2026<br><br>\u2014&nbsp;Je ne le sais pas, Maman Helena, mais quand j\u2019y pense, je pense \u00e0 toi&nbsp;: vos images se superposent\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je la revois,<br>je te revois\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je la revois assise, serrant contre elle ses enfants le plus fort qu\u2019elle pouvait\u2026 Et parfois, souvent, comme toi dans mon souvenir, elle n\u2019a plus de visage&nbsp;:<br>elle n\u2019est plus que pluie, que vent\u2026<br>elle n\u2019est que b\u00e9ance, vide\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Et moi je reste \u00e0 vous attendre.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh1\">1<\/a>]&nbsp;.\u2014 Prononcer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Laudch&nbsp;\u00bb\u2026 De cette ville textile situ\u00e9e sur la Lodka et chef lieu de palatinat, dont la population comptait un quart de Juifs avant guerre, les Allemands, en la d\u00e9baptisant d\u2019abord symboliquement, firent un des plus importants ghettos en Pologne. De ses 672.000 habitants recens\u00e9s en 1940 ne restait plus que 496.000, en 1945, lorsqu\u2019elle fut d\u00e9livr\u00e9e par les troupes sovi\u00e9tiques.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh2\">2<\/a>]&nbsp;.\u2014 Toutes ces petites notations font allusion au rituel du mariage selon la tradition juda\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh3\">3<\/a>]&nbsp;.\u2014 Un trio de musique Klezmer, un orchestre juif, comprendrait plut\u00f4t une clarinette, mais, c\u2019est l\u00e0 une singularit\u00e9 qui cherche \u00e0 rendre hommage \u00e0 la fois aux 600.000 Juifs d\u00e9port\u00e9s originaires de Hongrie et aux 250.000 Tziganes victimes de la Shoah, dont beaucoup venaient de Hongrie et de Roumanie.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh4\">4<\/a>]&nbsp;.\u2014 Il s\u2019agit du ghetto de Varsovie, lequel \u00e9tait peupl\u00e9, selon un reportage r\u00e9alis\u00e9 par le correspondant \u00e0 Berlin de l\u2019agence Associated Press le 2 janvier 1941, d\u2019 \u00ab&nbsp;\u00e0 peu pr\u00e8s 500.000 juifs&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y eut \u00ab&nbsp;\u00e0 peu pr\u00e8s&nbsp;\u00bb aucun survivant. Seuls quelques rares \u00ab&nbsp;miracul\u00e9s&nbsp;\u00bb parvinrent \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, par les \u00e9gouts avant que les Allemands ne songent \u00e0 les verrouiller ou bien durant l\u2019insurrection du ghetto qui dura du lundi 19 avril au dimanche 16 mai 1943&nbsp;: 70.000 Juifs ayant d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9sister aux troupes S.S. venues les exterminer. Le 23 juillet 1943, \u00e0 Treblinka, les bourreaux nazis commenc\u00e8rent \u00e0 gazer les derniers survivants du ghetto de Varsovie, d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh5\">5<\/a>]&nbsp;.\u2014 Situ\u00e9 \u00e0 50 kms environ de Prague, \u00e9tabli dans une citadelle, ce \u00ab&nbsp;ghetto-vitrine&nbsp;\u00bb cr\u00e9\u00e9 le 10 novembre 1941 \u00e0 l\u2019intention des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de la Croix-Rouge internationale, vit passer 150.OOO Juifs. Il n\u2019en restait que 18.000 en 1945. On se souviendra qu\u2019un des <em>H\u00e4ftlinge<\/em> fran\u00e7ais les plus c\u00e9l\u00e8bres qui y ont \u00e9t\u00e9 intern\u00e9 s\u2019appelait Robert Desnos.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh6\">6<\/a>]&nbsp;.\u2014 La formule est violemment ironique et antis\u00e9mite puisque l\u2019expression \u00ab&nbsp;Graue Eminenz&nbsp;\u00bb signifie&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e9minence grise&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh7\">7<\/a>]&nbsp;.\u2014 Ils peuvent \u00eatre assimil\u00e9s par d\u00e9rision et par antiphrase aux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Prominenten&nbsp;\u00bb, \u00e0 ces H\u00e4ftlinge disposant de postes \u00e0 pouvoir, d\u00e9tenant un pouvoir r\u00e9el au Lager.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh8\">8<\/a>]&nbsp;.\u2014 Voir&nbsp;: <em>Un vivant qui passe<\/em>, film de Claude Lanzmann, France, 1997. Maurice Rossel, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du CICR, officier de l\u2019arm\u00e9e suisse, fut envoy\u00e9 \u00e0 Berlin pendant la guerre en tant que d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge. Il fut le seul \u00e0 pouvoir inspecter les camps d\u2019Auschwitz et de Theresienstadt, d\u00e8s 1943-1944. Il \u00e9crivit un rapport sur ce dernier. En 1979, il accordait un entretien \u00e0 Claude Lanzmann, lors du tournage de <em>Shoah<\/em>. Voir aussi le texte de l\u2019entretien publi\u00e9&nbsp;: <em>Claude Lanzmann, Un vivant qui passe<\/em>, \u00e9d Mille et une nuits-Arte \u00e9ditions, 1997.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh9\">9<\/a>]&nbsp;.\u2014 Il sera ex\u00e9cut\u00e9 trois mois plus tard \u00e0 la \u00ab&nbsp;Petite Forteresse&nbsp;\u00bb d\u2019une balle dans la nuque.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh10\">10<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019<em>\u00c4ltestenrat<\/em>, que les nazis \u2014 comble du cynisme \u2014 chargeait de composer les listes de d\u00e9portation vers l\u2019Est.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh11\">11<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le ch\u00e2le de pri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh12\">12<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le Chant des morts.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh13\">13<\/a>]&nbsp;.\u2014 Il y a un cimeti\u00e8re \u00e0 Theresienstadt o\u00f9 reposent environ dix mille victimes de l\u2019holocauste, mais la propagande nazie pr\u00e9sentait Theresienstadt comme un lieu de cure pour personnes \u00e2g\u00e9es juives avec une telle persuasion que certaines s\u2019y pr\u00e9sent\u00e8rent d\u2019elles-m\u00eames. En 1942, la mortalit\u00e9 \u00e9tait telle \u00e0 Terezin que les nazis install\u00e8rent dans le sud du ghetto un cr\u00e9matoire capable de br\u00fbler deux cents corps par jour.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh14\">14<\/a>]&nbsp;.\u2014 \u00ab&nbsp;<em>Nacht und Nebel<\/em>&nbsp;\u00bb comme on le sait est le nom de code dont l\u2019id\u00e9e revient \u00e0 Hermann G\u0153ring et qui d\u00e9signa l\u2019op\u00e9ration d\u2019extermination syst\u00e9matique des d\u00e9port\u00e9s d\u00e9cid\u00e9e par Himmler \u00e0 la conf\u00e9rence de Wannsee du 20 janvier 1942 o\u00f9 Reinhardt Heydrich proposa d\u2019apporter \u00ab&nbsp;une solution finale au probl\u00e8me juif [\u2026]&nbsp;\u00bb. Le cin\u00e9aste fran\u00e7ais Alain Resnais reprit en 1955 ce nom de code, aux accents romantiques des plus noirs, pour titre du premier grand film fran\u00e7ais r\u00e9alis\u00e9 sur l\u2019univers concentrationnaire (texte de Jean Cayrol, ancien d\u00e9port\u00e9 de Mauthausen, po\u00e8te, dit par Michel Bouquet). La sp\u00e9cificit\u00e9 du g\u00e9nocide juif n\u2019\u00e9tant pas montr\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre de Jean Cayrol et d\u2019Alain Resnais \u2014 le film de 55 \u00e9tant une commande officielle \u2014 la g\u00e9niale s\u00e9rie de documentaires, bien s\u00fbr, de Claude Lanzmann&nbsp;: <em>Shoah<\/em>, en constitue en quelque sorte le r\u00e9pons, apr\u00e8s dix ans de travail, trente ans plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh15\">15<\/a>]&nbsp;.\u2014 La nudit\u00e9 de la m\u00e8re de Laja est une nudit\u00e9 humili\u00e9e&nbsp;: avec elle, les nazis ont gagn\u00e9. \u00c0 sa nudit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019amour qu\u2019elle porte \u00e0 son fianc\u00e9, Laja, elle, va donner un sens&nbsp;: les nazis ainsi ne pourront l\u2019atteindre, et, exceptionnellement sans doute en un tel lieu, l\u2019amour va triompher de la haine.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh16\">16<\/a>]&nbsp;.\u2014 L\u2019agonie dans une chambre \u00e0 gaz durait de dix \u00e0 vingt minutes. Alors que d\u2019autres devaient en un \u00e9clair revoir le film de leur vie, Laja utilise ce temps, elle, pour vivre la vie qu\u2019elle n\u2019a pas v\u00e9cue.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh17\">17<\/a>]&nbsp;.\u2014 Le <em>Revier<\/em> est l\u2019infirmerie, l\u2019h\u00f4pital du camp. On ne peut y rester que si le m\u00e9decin \u2014 <em>H\u00e4ftling<\/em> lui aussi le plus souvent, donc qui a peur, et fait du z\u00e8le dans l\u2019horreur \u2014 et ses aides, accordent une autorisation, une dispense de travail, un <em>Schonung<\/em>. La sc\u00e8ne qui est d\u00e9crite ici provient en partie du t\u00e9moignage d\u2019un ancien d\u2019Auschwitz qui a ainsi retrouv\u00e9 son p\u00e8re au Revier, et, de la sc\u00e8ne d\u00e9crite par Robert Antelme dans son ouvrage <em>L\u2019Esp\u00e8ce humaine<\/em>, (Paris, r\u00e9\u00e9d. Gallimard, coll. \u00ab&nbsp;Tel&nbsp;\u00bb, 2000, p. 186-189), quand il cherche \u00e0 revoir son ami K., l\u2019instituteur, dont on lui avait dit qu\u2019il allait mourir, et, qu\u2019il ne le reconna\u00eet pas parmi les corps allong\u00e9s. La m\u00eame histoire de retrouvailles est arriv\u00e9e \u00e0 mon grand p\u00e8re \u00e0 son retour de captivit\u00e9 de quatre ans en 1918&nbsp;: ayant \u00e9t\u00e9 rafl\u00e9 dans un coll\u00e8ge belge \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quatorze ans, il en avait dix huit \u00e0 sa lib\u00e9ration, apr\u00e8s l\u2019armistice\u2026 Sur le quai de la gare de Saint-Jean-Pied-de-Porc \u2014 la ville o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 \u2014 p\u00e8re et fils s\u2019\u00e9taient donn\u00e9s rendez-vous. Le quai de la gare \u00e9tait plein de lib\u00e9r\u00e9s ou de d\u00e9mobilis\u00e9s qui rentraient chez eux&nbsp;; il s\u2019est vid\u00e9&nbsp;; il ne restait plus \u00e0 la fin qu\u2019un vieux monsieur m\u00e9connaissable pour son fils et qu\u2019un jeune gars, v\u00e9ritable squelette ambulant&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est toi, Maurice&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;C\u2019est toi, Papa&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh18\">18<\/a>]&nbsp;.\u2014 \u00ab&nbsp;Assez&nbsp;!\u2026 Allez&nbsp;!\u2026 Tout le monde dehors&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh19\">19<\/a>]&nbsp;.\u2014 Beaucoup de ces pr\u00e9noms ont \u00e9t\u00e9 choisis dans les listes de d\u00e9portation retrouv\u00e9s et publi\u00e9s par M.&nbsp;Serge Klarsfeld dans son magistral livre-somme&nbsp;: <em>Le Calendrier de la pers\u00e9cution des Juifs en France, 1940-1944<\/em>, \u00c9dit\u00e9 et Publi\u00e9 par l\u2019association \u00ab&nbsp;Les Fils et Filles des D\u00e9port\u00e9s Juifs de France&nbsp;\u00bb et par \u00ab&nbsp;The Beate Klarsfeld Foundation&nbsp;\u00bb, Paris, juillet 1993. On notera que la premi\u00e8re s\u00e9rie de pr\u00e9noms sont des pr\u00e9noms non juifs marquant bien le souci d\u2019int\u00e9gration et de discr\u00e9tion des Juifs dans beaucoup de communaut\u00e9s, dans beaucoup de pays&nbsp;; la seconde s\u00e9rie de pr\u00e9noms par contre avoue davantage sa juda\u00eft\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh20\">20<\/a>]&nbsp;.\u2014 Les poilus fran\u00e7ais de 14-18 ont leur fleur symbole&nbsp;: le bleuet&nbsp;; les soldats anglais&nbsp;: le coquelicot. Est-il ind\u00e9cent et impertinent de proposer le chardon comme fleur symbole des martyrs qui ont eu \u00e0 porter le \u00ab\u00a0pyjama\u00a0\u00bb bleu et blanc&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh21\">21<\/a>]&nbsp;.\u2014 Bergen-Belsen, command\u00e9 par le Kommandant S.S. Joseph Kramer, fut le premier camp lib\u00e9r\u00e9 par les Anglais. Pendant cette p\u00e9riode qui va, disons, de fin janvier 1945 \u00e0 d\u00e9but avril 45 \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire de la lib\u00e9ration d\u2019Auschwitz le 27 janvier \u00e0 celle de Buchenwald le 11 avril \u2014 des exodes hallucinants des bourreaux allemands et de leurs victimes qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;marches de la mort&nbsp;\u00bb eurent lieu&nbsp;: les S.S. fuyant devant les troupes sovi\u00e9tiques ou les troupes alli\u00e9es en cherchant \u00e0 tuer en route le plus de <em>H\u00e4ftlinge<\/em> possible, \u00e0 supprimer le plus possible de t\u00e9moins qui pourraient parler, ne pouvant tous les tuer d\u2019un coup, Bergen-Belsen fut la derni\u00e8re station, le dernier port des fant\u00f4mes. Bergen-Belsen fut lib\u00e9r\u00e9 le 15 avril 1945. Le premier camp nazi lib\u00e9r\u00e9, lib\u00e9r\u00e9 par les Russes, fut Majdanek en Pologne, d\u00e8s juillet 44, le 24 juillet 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh22\">22<\/a>]&nbsp;.\u2014 \u00ab&nbsp;Aux morts du Rwanda, et de Sarajevo, et d\u2019ailleurs\u2026&nbsp;\u00bb, le 3 juin 1995. Le projet du pr\u00e9sent livre m\u2019occupe depuis cette date. le projet remonte donc \u00e0 plus de dix ans.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louiscloet\/Desktop\/www.editions-polaire.com\/revue-polaire\/spip.php%EF%B9%96article27.html#nh23\">23<\/a>]&nbsp;.\u2014 N\u00e9e le 15 juillet 1926. Eug\u00e9nie Zaboznik r\u00e9fugi\u00e9e en France d\u00e8s 1945, apr\u00e8s d\u2019innombrables difficult\u00e9s pour parvenir en France puis pour obtenir la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, n\u2019est retourn\u00e9e en Pologne qu\u2019en 1948, pour confondre un usurpateur qui, ayant au ghetto r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les papiers de son fr\u00e8re Milek assassin\u00e9 par les nazis et laiss\u00e9 sur le pav\u00e9, tentait de se faire passer pour lui afin de r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019h\u00e9ritage&nbsp;: la maison du ghetto toujours debout apr\u00e8s le conflit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(extraits) extraite de PETITES SUITES POUR VOIX SEULE \u00ab&nbsp;\u00c9crire un po\u00e8me apr\u00e8s Auschwitz est[-il] un&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_editorskit_title_hidden":false,"_editorskit_reading_time":0,"_editorskit_is_block_options_detached":false,"_editorskit_block_options_position":"{}","advgb_blocks_editor_width":"","advgb_blocks_columns_visual_guide":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-92","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-peres-meres-nos-modeles-nos-heros-nos-saints-nos-valeurs"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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